LE DITHYRAMBE. L ÏAMBE
sant, celui du rythme et de Tharmonie. Imiter avec des sons qui charment l'oreille les phénomènes physiques ou les actions des hommes, est donc une sorte de fonction naturelle, un besoin de notre âme ; c'est une faculté à l'exercice de laquelle répond un plaisir *. Cette faculté, quand elle estéminente, fait les poètes, qui, dès l'origine, se partagent en deux classes : les uns, aimant à imiter ce qui est moralement bon, les autres, ce qui est moralement mauvais. L'imitation du bon a eu pour première forme le dithyrambe, chant lyrique en l'honneur des dieux ou des héros ; la plus belle œuvre qu'elle ait produite dans l'antiquité est l'Iliade d'Homère ; par des transformations et par des perfectionnements successifs, elle aboutit à la tragédie. L'imitation du mauvais a pour première forme Vïambe, sorte de poésie satirique, pleine de personnalitéa^ injurieuses, comme en admettaient les fêtes de Cérès ; ou bien le chant phallique, comme on en récitait encore au temps d'Aristote dans quelques processions religieuses : l'œuvre la plus étendue et la plus complète qu'elle ait produite dans l'antiquité, est le Margitès d'Homère, poème composé en plusieurs espèces de vers contre un personnage odieux et ridicule, dont le nom, peu
* Voyez dans la Morale à Nicom., I, 7, 8, 13 ; IX, 9, de belles analyses du plaisir et du bonheur que l'homme trouve à exercer ses facultés.
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historique sans doute, avait passé en proverbe ; cette imitation aboutit à la coynédie.
Telle est l'opinion d'Aristote sur les origines de la poésie. Il faut quelque effort pour la dégager nettement des premiers chapitres de la Poétique, à travers bien des digressions, des lacunes et des obscurités de stvle. Nous sommes sûrs du moins de n*y avoir rien ajouté qu'un peu d'ordre et de lumière*. Qu'felques traits de cette théorie sont empruntés à Plalon, mais l'ensemble porte l'empreinte du génie systématique d'Aristote. On voit combien, à ses yeux, l'histoire et la théorie de Tart se confondent, avec quelle précision les faits viennent s'encadrer dans son plan idéal de toute poésie. A ce point de vue exclusif, l'art poétique ne comporte plus qu'un petit nombre de divisions fort simples. Le genre lyrique, selon qu'il est sérieux ou plaisant, se transforme par l'intermédiaire de l'épopée, en tragédie ou en comédie, et vient s'absorber ainsi dans le drame ; d'ailleurs, la tragédie et la comédie ayant plusieurs conditions et plusieurs règles communes, traiter de la première, c'est presque traiter de la seconde. Si donc nous ne trouvons plus aujourd'hui dans la Poétique,
* Montaigne, Essais, I, 25 : t C'est dommage que les gens d'entendement ayment tant la briefveté. Sans doute leur réputation en vault mieulx, mais nous en valons moins. >» Montaigne parle ainsi à propos de Plutarque ; qu'eût-il dit d'Aristote?