‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 90 sur 194 · RÔLE DU CHŒUR DANS LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

RÔLE DU CHŒUR DANS LA TRAGÉDIE

disciple ; et, quoi que le zèle des grammairiens érudits ait fait pour réparer la négligence des deux philosophes *, le hasard a voulu qu'Horace ^ fût aujourd'hui le seul auteur où nous trouvions une détinition un peu explicite de cette forme originale du drame, qui a duré si longtemps en Grèce et qui resta toujours étrangère au théâtre latin.

Remarquons, en passant, à quel point dans ces omissions et dans ces défauts même qui déparent la Poétique, se retrouve Tempreinte du génie d'Aristote.

Dans le dialogue où le jeune Anacharsis entendait disputer quelques beaux esprits d'Athènes sur les règles de la tragédie , Barthélémy prête à ses personnages des doutes sur Futilité du chœur : « Pourquoi, disaient les uns, ne pas supprimer les chœurs et la musique, comme on commence à les supprimer dans la comédie ? Les chœurs obligent les auteurs à blesser à tout moment la vraisemblance, etc.. — Sans le chœur, répondaient les autres, plus de mouvement sur le théâtre, plus de majesté dans le spectacle. Il augmente l'intérêt pendant les scènes, il Tentretient pendant les intermèdes, etc. » J'ai bien peur

* Voir le témoignage de Chaméléon, un des élèves d'Aristote, cité par Suidas à l'article OùS't^* Trpoi; Aiôvucov.

* Art poétique, v. 230 et suiv. Cf. les témoignages de Marius Victorinus et de Diomède recueillis par Casaubon, De Satyrica Graecorum poesi, I, 1.

que de tels doutes ne soient un anachronisme dans la bouche de ces Athéniens contemporains et amis d'Aristote. La tragédie était née du dithyrambe ; c est dans le chœur dithyrambique que se développa le dialogue, c'est sur un récit lyrique que se détacha peu à peu l'action dramatique ; ils étaient inséparables lun de l'autre, surtout dans les sujets sérieux. Quand la comédie ne trouva plus de chorèges, abandonnant les sujets politiques, elle se réduisit sans trop de peine aux tableaux de mœurs et aux intrigues de la vie privée. Loin de perdre à ce changement, elle y gagna une originalité nouvelle. Mais la tragédie, toute héroïque et toute religieuse, qui était sortie du dithyrambe cnThonneur d'un dieu, la tragédie privée du chœur devenait, ce qu'elle fut plus tard sur le théâtre de Rome, un divertissement tout profane. Aristote pouvait louer Eschyle d'avoir amoindri le rôle du chœur, parce que le chœur a imite moins » que les autres personnages; il pouvait recommander au poète d'utiliser pour l'action de son drame ce personnage secondaire * ; mais il ne pouvait en proposer ni même en concevoir la suppression.

A cet égard, Aristote lui-même nous suggère

1 Poétique, chap. iv et xviii ; Problèmes, XIX. 15 48 (chapitres qu'on trouve reproduits à la suite de mon édition de la Poétique). Cf. les schoUes de Venise sur l'Iliade, IX, 17.

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