‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 98 sur 194 · EXORDES ET PROLOGUES · texte numérisé non relu

EXORDES ET PROLOGUES

à le reproduire, au contraire, on supporte avec peine les poètes qui ne sont bons que pour la lecture, comme Chérémon parmi les tragiques (il est d'une exactitude de prosateur), et Licymnius parmi les auteurs de dithyrambes. Les morceaux écrits pour être joués, si on les sépare de l'action qui les devait faire valoir, ne produisent pas leur effet et semblent misérables*, etc.

Toutes ces remarques assurément sont d'un homme sensible aux plus fines délicatesses du langage. L'auteur de la Rhéloriqueles étend plus loin. Donnant ensuite des règles pour la disposition des parties du discours, il les applique à la poésie par une induction qui est devenue, après lui, familière à tous les rhéteurs \L'exorde d'un discours, le prologue d'un poème et l'ouverture d'une pièce de musique ont un caractère commun, c'est d'instruire d'avance le lecteur pour que « sa pensée ne reste pas en suspens, et de lui remettre, pour ainsi dire, en main un fil conducteur. » Après avoir cité les préambules de trois poèmes épiques, Aristote continue : (( Les poètes dramatiques montrent de même le sujet de leur drame, sinon dès le commencement, comme fait Euripide, du moins quel-

* Rhétorique, III, 12: Ov yào i) aùzi} yjoaa^txïj /.ai àywvtfr- TixiQ .... Kffre ^£ >2|t; ypoLfi^^ii ^èv « àxpiÇg^Tatîj, àywvea-Ttxvj âï ^ v;roxpiTixwTâTï;.

* Rhétorique, III, 14 ; Tô pi'êv noùoititov ètrriv ùpyji Uyoy^ ÔKtp iv 7roi>;(T£t TrpôÀoyo; xal «v aùXïj^jgt Trpoau).tôv, etc.*

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que part avant Tentrée du chœur *, comme Sophocle [dans YŒdipe Roi] :

Moil père était Polybe, etc.

il en est de même datis la comédie. »

Voilà bien des observations que l'auteur se proposait d'étendre et de compléter dans sa Poétique, à laquelle il renvoie même plusieurs fois ses lecteurs. Il nous reste assez de ce petit ouvrage pour voir qu'en effet la théorie du style y était traitée avec méthode et d'après les mêmes principes que dans la Métorique. Mais les développements que la Rhétorique annoncé manquent presque tous aujourd'hui dans la Poétique.

Je trouve au chapitre dixième que le style a le même rôle et la même importance dans les vers que dans la prose ; au vingt-et-unième, que la première qualité de l'élocution poétique est d'être claire ; que les mots doubles conviennent spécialement au dithyrambe ; les mots étrangers, à l'épopée ; les métaphores, aux poèmes ïambiques, etc. C'est assez pour me convaincre que les deux ouvrages sont d'Aristote et qu'ils témoignent d'un

- * 'Ev Tri TTjooXôyw ^é ttov ^ri\oi. Je traduis le mot 7rpô>oyo; d'après la définition qui est au chap. xii de la Poétique : Upoloyoç fxkv tiépoi okov rpa^w^taç tô irpô ^^pow 7:apô(?ov. Mais les vers en question sont dans l'OEdipe de Sophocle, y, 774 et suiv., après deux chants du chœur. Aristote a donc fait erreur de mémoire, ou bien, dans sa Poétique, il attache au mot irapo- ^oç un sens particulier qui nous échappe.

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