‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecs [microform]: introduction à l'étude de la littérature grequeChapitre 97 sur 194 · LE STYLE TRAGIQUE · texte numérisé non relu

LE STYLE TRAGIQUE

pour le poète, les épithètcs aussi, pourvu qu'il n'en abuse pas*. Il y a enfin les mots composés, mais qui ne vont pas à toute espèce d'ouvrage. Ici nous retrouvons l'esprit classificateur d' Aristote : il permet aux poètes dithyrambiques les mots doubles, comme plus bruyants ; aux poètes épiques les gloses ou mots étrangers, comme nobles et hardis (apparemment parce qu'on lisait chez Homère et chez ses imitateurs beaucoup de ces formes dialectales inusitées dans la langue vulgaire) ; la métaphore aux poètes ïambiques et aux auteurs de comédie. En toutes ces choses d'ailleurs il recommande la mesure, car mieux vaudrait parler tout bonnement et comme tout le monde que de charger son style d'une parure affectée ^ La tragédie en particulier demande un langage simple et naturel; c'est pourquoi elle a renoncé au mètre trochaïque, usité d'abord, pour l'ïambique, dont Tallure est plus rapprochée de la prose qu'on parle dans la conversation'. A ce propos, Aristote loue fort Euripide d'avoir su habilement encadrer dans son style les mots de la conversation familière \ Dans

« Rhétorique, III, 2, 3.

« Rhétorique, III, 3 : Atô rà 'AAxt«îauavroç f v/pà yatvgrar

3 Rhétorique, III, i : Ex rwv nrooLuirpt^v eiç rô iajxêiêov fitTiQntrotv Stù TÔ tw Xôyw toùto twv ag'rpwv ôaotÔTarov gtvat

TWV CltX).WV.

* Rhétorique, IIÏ, 2 : Aw ^a Àavôaveiv Trotovvraç xai p;j ^excb Xg'yctv TrgTrÀaapisvwç àUà tts^vxôtwç-... lùinrîrai <?' cv

if

un genre diflFérent, il ne loue pas moins Homère pour ces expressions heureuses à Taide desquelles il anime et passionne les êtres inanimés, par exemple dans ces vers :

La pierre impudente roula de nouveau sur la terre.... Le fer impatient traversa la poitrine.... [Beaucoup de iances, avant d'avoir frappé], se fichèrent dans le sol, ardentes à s*abreuver de sang.

« Mettre ainsi en action, dit-il, c'est proprement imiter*. »

Aristote distingue aussi avec soin, parmi les qualités du style, soit en vers, soit en prose, celles qui conviennent pour la lecture et celles qui conviennent pour la déclamation : pour la lecture, il faut que le style soit exact ; pour la déclamation, qu'il se prête à l'action, c'est-à-dire qu'il exprime vivement la passion et les mœurs. Voilà pourquoi les acteurs recherchent les drames qui ont ce mérite, et les poètes recherchent les acteurs habiles

fiav Tcç fix r^; cèuGuia; ^ta^sxTOu èxÀty&tv fft»vTi95p* ônta EvptTrtJïj; nottî xat x/izi^ti^t ttoôto;. Cf. plus haut, chap. 1, § IV* les reproches peu équitables, que, chez Aristophane, Eschyle adresse à Euripide sur cet usage du style familier dans la tragédie. * Rhétorique, III, 11 : w; xé^pTnrai 'O/xïjpoç 7roÀ>.«;roû rei rà

yitav TTôtstv £j(?oxt^ic. Suivent les exemples : .... xtvovjxeva yào xat Çàivra izottî irûvra^ i; ^' hipytiu ^i^ufTi;» Le scholiaste de Venise sur l'Iliade, I, 303, 481, fait évidemment allusion à ce passage de la Rhétorique, ou bien il emprunte ce qu'il dit à une observation analogue contenue dans les Problèmes homériques d*Aristote.

Page 1