‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 10 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

réussi à dégager de ses entraves le principe de l'élection populaire, l'indépendance municipale y demeura sous beaucoup de rapporta faible et indécise; la vigueur et l'éclat furent pour les constitutions nouvelles, pourle régime consulaire et la commune jurée, suprême expression des instincts libéraux de l'époque.

Celte révolution complète, à laquelle échappèrent de vieilles cités municipales, pénétra sous l'une ou l'autre de ses deux formes dans beaucoup de villes de fondation postérieure aux temps romains. Quelquefois même, quand la cité se trouvait côte à côte avec un grand bourg né sous ses murs, il arriva que ce fut dans le bourg, et pour lui seul, que s'établit soit le consulat, soit le régime de l'association jurée (\). Alors, comme toujours, l'esprit de rénovation souffla où il voulut, sa marche sembla réglée sur certains points, et sur d'autres capricieuse; ici il rencontra des facilités inespérées, là des obstacles inattendus l'arrêtèrent. Les chances forent diverses et le succès inégal dans la grande lutte des bourgeois contre les seigneurs; et non-seulement la somme des garanties arrachées de force ou obtenues de bon accord ne fut point la même partout, mais, jusque sous les mêmes formes politiques, il y eut pour les villes différents degrés de liberté et d'indépendance. On peut dire que la série des révolutions municipales du xn« siècle offre quelque chose d'analogue au mouvement qui, de nos jours, a propagé en tant de pays le régime constitutionnel (2). L'imitation y joua un rôle considérable; la guerre et la paix, les menaces et les transactions, l'intérêt et la générosité eurent leur partdans l'événement définitif. Les uns, du premier élan, arrivèrent au but; d'autres, tout près de l'atteindre, se virent ramenés en arrière; il y eut de grandes victoires et de grands mécomptes, et souvent les plus nobles efforts, une volonté ardente et dévouée, se déployèrent sans aucun fruit ou n'aboutirent qu'à peu de chose (5).

(1) Ou peut citer, pour le premier cas, Pcrigueux et 1c Pu y-Saint- Front ; pour le second, Tours et Chatcauneuf.

(2) Voyez les Lettres sur l'Histoire de France, lettre xiv.

(3) Voyez l'histoire de In commune <te Vézelay, Ittlret sw l'Hitloire de /Vance, lettres Mij,xxmet Jtxiv.

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