CHAPITRE PREMIER
Lu mouvement qui faisait More et qui propageait ces constitutions républicaines, ne tarda pas à pénétrer en Gaule par les Alpes el par la voie de mer. Dès le commencement du xir siècle, on voit la nouvelle forme de gouvernement municipal, le consulat, apparaître successivement dans les villes qui avaient le plus de relations commerciales avec les villes d'Italie, ou le plus d'affinité avec elles par les mœurs, l'état matériel, toutes les conditions de la vie civile et politique. Des villes principales où elle fut établie, soit de vive force, soit de bon accord entre les citoyens et le seigneur, la constitution consulaire s'étendit par degrés aux villes de moindre importance. Cette espèce de propagande embrassa le tiersméridioualdela France actuelle, pendant que, sous une zone différente, au nord et an centre du pays, la même impulsion des esprits, les mêmes causes soeiales, produisaient de tout autres effets.
A l'extrémité du territoire, sur des points que ne pouvait atteindre l'influence italienne, un second type de constitution, aussi nenf, aussi énergique, mais moins parfait que l'autre, la commune jurée, naquit spontanément par l'application faite au régime municipal d'un genre d'association dont la pratique dérivait des mœurs germaines (l). Appropriée à l'état social, au degré de civilisation et aux traditions mixtes des villes de la Gaule septentrionale, cette forme de municipalité libre se propagea du nord au sud, en même temps que l'organisation consulaire se propageait du sud au nord. Des deux côtés, malgré la différence des procédés el des résultats, l'esprit fut le même, esprit d'action, de dévouement civique et d'inspiration créatrice. Les deux grandes formes de constitution municipale, la commune proprement dite [i'j et la cité régie par des consuls,
(1) Voyez les Considérations sur l'Histoire de fronce, chap. vi, p. t(li et suiv., in*, 1832.
(2) Ce mot n'a vu it point t) uns le moyen âge la généralité île sens que nous lui préions aujourd'hui j il désignait d'une manière spéciale la municipalité constituée par association et par assurance mutuelle sous la foi du serment. Voyez les Cowidèraliow iw l'Histoire de France, cliop. vr, p. 174 et suiv.
eurent également pour principe l'insurrection plus ou moins violente, plus ou moins contenue, et pour but l'égalité des droits et la réhabilitation du travail. Par l'une et par l'autre, l'existence urbaine fut non-seulement restaurée, mais renouvelée; tes villes acquirent la garantie d'un double état de liberté; elles devinrent personnes juridiques, scion l'ancien droit civil, et personnes juridiques selon le droit féodal ; c'està-dire qu'elles n'eurent pas simplement la faculté de gérer les intérêlsde voisinage, celle de posséder et d'aliéner, mais qu'elles obtinrent de droit, dans l'enceinte de leurs murailles, la souveraineté que les seigneurs exerçaient sur leurs domaines.
Les deux courantsde la révolution municipale, qui marchaient l'un vers l'autre, ne se rencontrèrent pas d'abord; il y eut entre eux une zone intermédiaire, où l'ébranlement se Ht sentir sans aller jusqu'à la réforme complète, au renouvellement constitutionnel. Dans la partie centrale de la Gaule, d'anciens municipes, des villes considérables, s'affranchirent du joug seigneurial par des efforts successifs, qui leur donnèrent une administration plus ou moins libre, plus ou moins démocratique, mais ne tenant rien ni delà commune jurée des villes du Nord, ni du consulat des villes du Midi. Quelques-unes reproduisirent dans le nombre de leurs magistrats électifs des combiuaisous analogues à celles qu'a va il présentées le régime des curies gallo-romaines; d'autres al! ce lire ni dans leur constitution un mode uniforme, le gouvernement de quatre personnes choisies chaque année par la généralité des dtuyens, et exerçant le pouvoir administratif et judiciaire seules ou avec l'assistance d'un certain nombre de notables (I). 11 y avait là des garanties de liberté civile ci île liberté politique; mais quoique ces villes, moins audacieuses en fait d'innovation, eussent
(t) Les dix prud'hommes d'Orléans et de Chavires semblent une réminiscence du rflle que jouaient les dix premiers sénateurs, Deftmprimi, Decaproli. dans In municipal! lé romaine. Le gouvernement de quatre prud'hommes, qui fut celui de llourges et Je Tours, jouit d'uni' iiniiuIc faveur sur une lianitedc territoire prolongée île l'est i l'ouest datte lu Touraiuc, le Berry, le Nivernais, lu Bourgogne et In Fratiche-Comté.