CHAPITRE IX
hanie et plus sérieuse de ce que lui-même appelait énergîquement le mélicr de roi {1). Ainsi l'exercice du pouvoir, qui, depuis la mort de Henri IV, n'avait eu lieu que par délégaiion, se trouva réuni à son principe, et la royauté, réduite durant un demi-siècle à l'état de pure idée, redevint pour ainsi dire une personne. Celte révolution, qui simplifiait logiquement l'autorité souveraine, fut saluée avec joie par la sympathie et l'espérance populaire; on y voyait le terme de ces maux que les peuples imputent toujours aux intermédiaires placés entre le troue et la nation, personne alors n'en pressentait les vastes et singulières conséquences.
Louis XIV, avec une rare dignité de caractère, possédait un sens droit, l'instinct du pouvoir et de l'ordre, l'esprit des affaires jusque dans le détail, une grande faculté d'application et une remarquable puissance de volonté; mais il lut manquait la haute portée de vue et la liberté d'intelligence qui avaient mis au premier rang des hommes d'État Richelieu et Mazariu. Sa résolution d'agir en tout selon la règle du devoir et de n'avoir pour but que le bien public élait profonde et sincère, les mémoires qui nous restent de lui l'expriment avec une effusion quelquefois touchante (2), mais il n'eut pas la force de suivre
«t deux ou trois heures chaque fais avec diverses personnes , sans compter les heures que je passoig seul en particulier, ni le temps que je pourrais donner eïlraordinairement nui affaires extraordinaires, s'il en survenoit, n'y ayant pas un moment où il ne fût permis île m'en parler, puur peu qu'elles fussent pressres. (Mémoires de Louis XtV adressés à sou fils; Ofiuvrci de Louit XIV, t. I, p. 20.) — Ibid., p. 19. (I] Un écrit de Louis XIV, tout entier de su main, est intitulé : Rcflexioiu
vantes : Tout rapporter au bien de l'Élat. — L'intérêt del'Éialdoit um relier le premier. — Penser à tout. — Se garder de soi-même. {OEwrei de Lùuii XIV, t. Il, p. iS6.) — Ici je ne vous dirai pas seulement que c'est toutefois par lu [par le travail) que l'on règne, pour cela qu'un régne, et qu'il y a de l'ingratitude et de l'audace à l'égard de Dieu , de l'injure el de lu tyrannie 4 l'égard des hommes , de vouloir l'un sans l'autre. (Mémoires de Louis XIV, tiirf.,1. I, p. 13.)
(2) J'ai toujours considéré comme le plus iloui plaisir du monde lu satisfaction qu'on trouve il faire son devoir. J'ai même souvent admiré comment il se pou voit faire que l'amour du travail, étant une qualité si nécessaire aux
toujours la loi morale qu'il s'imposait. En voulant ne faire qu'une même chose de son propre bonheur et du bien de l'État, il incliiia trop à confondre l'Élat avec lui-même, à l'absorber dans sa personne(l).Trop souvent il prit la voix de ses passions pour celle de ses devoirs, ci ce qu'il se vantait d'aimer le plus, l'intérêt général, fut sacrifié par lui à son intérêt de famille, à une ambition sans bornes, à un amour déréglé pour l'éclat et pour la gloire (2). Su longue vie le montre de plus en plus entraîné sur celle pente périlleuse. On te voit d'abord modeste et en même temps ferme d'esprit, aimant les hommes supérieurs et cherchant les meilleurs conseils (3); puis, préférant qui le
souverains, fût pourtant une de «lies qu'on trouve plus rarement en eu*. (Ofc'uurci de Louis XIV. t. I, p. 105.) — Quand j'ai pris le gouvernement lie mon royaume , j'ai bien vu que ma réputation i>I loi L éli-e à la merci Je lout le morille, qui peut-être ue me rendroil pas toujours justice. Mais, comme je ne songe qu'A me bien acquitter de tout eo que je iloU à MM peuples et a ma dignité, j'ui méprisé, pour faire mon devoir, toutes les antres gloires. J'ai cru que la première qualité d'un roi eioil la fermeté, et qu'il ne devait jamais laisser ébranler sa vertu par le blâme ou par les louanges i que, pour bien gouverner son tint, le bonheur de ses sujets étoit le seul pèle qu'il devoit regarder, sans se soucier des tcmpêiesct des vents différents qui aj/ilmiicnt continuellement son vaisseau. (ftnV., 1.11, p. *3ï.;
(1) Enfin , mon fils , nous devons considérer le bien de nos sujr.ll bien plus qtif le noire propre. Il semble qu'ils fassent une partie de nousmêmes, puisque nous sommes A la tête d'un corps dont ils sont membres. Ce n'est que puur leurs propres avantages que nous devons tenr donner îles lois, et ce pouvoir que nous avons snr eu» ue nous doit servir qu'A travailler plus efficacement a leur bonheur. [Ibid., t. I, p. 116 .)— Quand on a l'État en vue, on travaille pour soi. Le bien de l'un fait la gloire de l'autre. Quand le premier est heureux, élevé et puissant, celui qui en est cause est glorieux, cl par conséquent doit pins goûter que ses sujets, pur rapport a lui et a eux, tout ce qu'il y a de plus agréable dans la vie. {Ibid., t. 11, p. 457.)
(3) Voy. l'introduction d" bel ouvrage de M. Hignet : ,1'ejoeiotioni relative! à la succession d'Espagne tous Louis XI V,
(3) Délibérer â loisir sur toutes les choses importantes et en prendre conseil de divers gens n'est fms, comme les sots se l'imaginent , un témoignage de faiblesse ou de dépendance, mais plutôt une marque de prudence et de solidité. C'est une innsime surpreminle, mais véritable pourtant, que ceux qui, pour se montrer plus maîtres île leur propre conduite, ne veulent prendre conseil en rien de ce qu'ils font, ne font presque jamais rien de ee qu'ils veulent. (QffuvrM dt Louis XIV, t. Il, p. 1(3.)