‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 79 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

flatte à qui l'éclairé, accueillant, non l'avis le plus solide, mais l'avis le plus conforme à ses goûts; puis, enfin, n'écoulant que lui-même, el prenant pour ministres des hommes sans talent ou sans expérience qu'il se charge de former. Ce règne, glorieux à juste titre, offre ainsi des phases t rès- diverse s ; on peut le diviser en deux paris presque égales pour la durée, l'une de grandeur, l'autre de décadence: et, dans la première, on peut de même distinguer deux périodes, celle des années fécondes où tout prospère par une volonté puissante que la saine raison dirige, el celle où le déclin commeuee, parce que la passion prend de l'empire aux dépens de la raison.

C'est le génie d'un homme du tiers état, du Ris d'un commerçant, de Jean-Baptiste ('olbert, qui donna l'inspiration créatrice au gouvernement de Louis XIV (1). Colberl fut ministre vingt-deux ans (2), et, durant ce temps le plus beau du règne, la prospérité publique eut pour mesure le degré d'influence de sa pensée sur la volonté du roi. Cette pensée, dans sa nature intime, se rattachait à celle de Richelieu, pour la mémoire duquel Colbert professait un véritable culte (3). Dès son entrée au conseil, il fit reparaître les plans du grand ministre et se proposa pour but l'exécution de tout ce que cet homme ex-

(I) Le père Je Colberl, marchand de drap à Reims, y tenait boutique à renseigne du Long vêtu, cl joignait a ce commerce celui des toiles, du vin et du Mr. Su famille avait plusieurs branches également vouées ou négoce dont lui-même fil l'apprentissage à Parts d'abord, et ensuite à Lyon. Revenu à Paris, il quitta la vie de comptoir, et fut successivement clerc de notaire , clerc chet un procureur au Chàlclel, commis au bureau de recette financière qu'on nommait des parties casuellrs , secrétaire particulier du cardinal Maïarin, et enfin intendant de sa maison. Haiarin, à son lit de mort, le recommanda vivement au roi. On trouve cette phrase dans les instructions qu'il écrivit de sa propre main pour son fils aîné : « Mon fils doit bien penser et n Taire souvent réflexion sur ce que sa naissance l'auroil fait être, si Dieu • n'avoit pas béni mon travail , et si ce travail n'avolt pus été extrême. • Voy. VJIittain de ta nie et de l'adminiitralion de Colbert, par II. Pierre Clément, Pièces justificatives, n°« vi et m.

(3) Del6iitùiG63.

(3) Colbert, fidèle observateur des maximes de Klchelieu jusqu'à s'en attirer des plaisanteries de la part du feu roi... Quand il s'agissait d'une affaira

m ordinaire, n'avait pu qu'ébaucher, indiquer ou entrevoir. L'œuvre de Richelieu s'était accomplie dans la sphère des relations extérieures ; mais il n'avait pu que déblayer le terrain et tracer les voies pour la réorganisation intérieure du royaume. Par la diplomatie et par la guerre, lui et son habile successeur avaient assuré à la France une situation prépondérante parmi les Étais européens; il s'agissait de lui donner un degré de richesse et de bien-élrc égal à sa grandeur au dehors, de créer et de développer eu elle tous les éléments de la puissance financière, industrielle et commerciale. C'est ce qu'entreprit un homme qui n'avait ni le litre ni les droits de premier ministre, serviteur d'un monarque jaloux de sou autorité personnelle, et ombrageux en ce point jusqu'à la manie (1). Richelieu avait Tait de grandes choses dans sa pleine liberté d'action; Colbert en fit de non moins grandes sous la dépendance la plus étroite, avec la nécessité de plaire dans tout ce qu'il lui fallait résoudre, et avec la condition de ne jamais jouir extérieurement du mérite de ses propres actes, de prendre pour soi dans le pouvoir les soucis, tes mécomptes, les injustices populaires, et de porter suraulrui le succès, la gloire et la reconnaissance publique.

importante, le feu roi disait souvent : « Voilà Colbert qui va noua dire ; Sire, ■ ce grand cardinal de Richelieu , etc. (Mém. de M- de Votincourt, sur la marine, joint au Mém. du marquis de Yilletle, publié par M. de M on mer que pour la Société de l'Histoire de France , p. lu.)

{() Quant aux personnes qui dévoient seconder mon travail, je résolus, sur toutes choses, de ne point prendre de premier ministre ; et, si vous m'en

jamais aboli en France, rien n'étant plus indigne que de voir d'un eu té toute la fonction, et de l'autre le seul titre du roi. l'unr ce dessein, il était absolument nécessaire de partager ma confiance et l'exécution de mes ordres, sans la donner tout entière à pas un. {OEuvrn de Louh XIV, t. I, p. 37.} —Nul ne partage votre travail sans avoir nu peu de part A votre puissance. N'en laissez a autrui que ce qu'il vous sera imposable Je retenir ; car quelque soin que vous puissiez prendre.il vous en échappera loujours beaucoup plus qu'il ne serait a souhaiter. \,Ibid., p. 150.) — L'ambassadeur de Portugal lui dit un jour : » Sire, j'accominoilrray celte affaire avec vos ministres. - — Monsieur l'ambassadeur, répliqua le roy, vous voulez dieu nos gens « d'affaires. »(£« Portrait* delà cour, Arcbiv es curieuses de l'histoire de France, S» série, t. VIII, p. 37t.}

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