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CHAPITRE 1er

Les Angines à la fin du XVIIIe siècle

Un nom résume toute la question, à la fin du XVIIIe siècle : c’est Pinel. Pinel a fait école, Pinel a eu de nombreux disciples, Pinel a été écouté et imité : c’est lui qui, le premier, a eu des opinions unicistes par rapporté l’angine.

Pour lui, l’anguïe peut être analogue à l’inflammation des membranes muqueuses, en affectant la membrane interne de barrière bouche, du pharynx, du larynx, ou bien participer à la nature du phlegmon, en atttaquant les amygdales et les glandes salivaires.

Elle portera plus ou moins les caractères de l’inflammation musculaire, suivant qu’elle affectera les muscles releveurs de l’os hyoïde, ceux du larynx, ceux du pharynx, ceux de la luette ou du voile du palais. Les connaissances profondes de Boerhaavë

sur l’anatomie, son esprit de méthode et . son laconisme de rédaction ne brillent nulle part mieux, d’après Pinel, que dans ce qu’il a écrit sur l’angine inflammatoire ; mais ce serait une erreur de confondre, avec ce qu’on appelle, maux de gorge gangreneux, ce que Boerhaave désigne du nom d’angine gangreneuse qui n’est qu’une terminaison de l’inflammation. On doit même regretter que cette autre maladie ait échappé à sa sagacité, puisqu’elle a été indiquée par Arétée (lib. I, cap. IX) et qu’ après s’être montrée successivement dans différentes parties de l’Europe, avec le caractère d’épidémie, on en a donné plusieurs fois les descriptions les plus exactes. Pourquoi Stoll, dans ses Aphorismes, n’a-t-il pas suppléé à cette omission, se demande Pinel qui ajoute : « J'ai publié, dans la Gazette de Santé , en 1789, des notices sur une semblable épidémie qui venait de régner dans une contrée de l’Angleterre, et qui avait été décrite avec exactitude dans le journal de médecine de Londres. »

D’autre part, pour Pinel, les jeunes gens et les jeunes filles d’un tempérament sanguin sont les plus exposés à contracter une angine par un exercice violent et pénible, la déclamation oratoire, le chant, les cris, l’équitation en sens contraire d’un vent froid et violent, etc. Si le siège de l’angine est principalement dans la trachée-artère : chaleur, douleur dans cette partie, fièvre aiguë, voix frêle et avec sifflement, respiration fréquente, etc. Si le

larynx est plus particulièrement affecté, il se joint aux symptômes précédents une douleur vive lors de l’élévation du pharynx, une voix très aiguë, un danger imminent de suffocation, etc. et c’est sans doute l’espèce la plus alarmante. Si l’affection porte plus directement sur le pharynx, déglutition très douloureuse ou même impossible, la matière alimentaire ou les boissons revenant par les narines. Enfin, si le siège du mal est dans les amygdales, la respiration est très gênée, le passage de l’air à travers les narines est plus ou moins obstrué, l’excrétion des mucosités des amygdales fort augmentée, la douleur est aiguë et se propage jusqu’à l’oreille interne.

L’angine inflammatoire en général peut se terminer par une résolution bénigne de la maladie, par suppuration, par abcès, par gangrène, par l’exsudation de l’albumine et par la formation de ce qui s’appelle une fausse membrane, propre à boucher les passages de la respiration et à suffoquer.

L’angine inflammatoire est une maladie qui, dès les premiers temps, demande les secours les plus actifs, soit en portant le relâchement dans les parties affectées par des fomentations à l’extérieur, des gargarismes tièdes, l’eau en vapeur, soit en agissant sur les voies alimentaires par des boissons abondantes et l’usage réitéré des clystères, soit enfin en déterminant une irritation vers les extrémités inférieures, par des pédiluves chauds et très prolongés.

Pinel décrit aussi, d'après ses prédécesseurs, le mal de gorge gangréneux ; ses symptômes ordinaires sont : douleur de tête et de Tanière-bouche, fièvre légère, toux, nul gonflement à l’extérieur, quelques légères traces d’inflammations dans quelque partie du pharynx. Vers le troisième jour, éruption chancreuse dans cette partie ou au voisinage, avec formation d’une pellicule blanche ; ensuite accroissement de la douleur et de la difficulté à respirer, voix rauque et comme par sifflement, quelquefois extinction de la voix. Vers le sixième ou septième jour, croûte gangréneuse, pâleur et lividité de la face, régurgitation des boissons par le nez, respiration difficile, voix éteinte, pouls petit et fréquent, etc. « On ne peut guère reconnaître les caractères de la fièvre, et c’est d’après les principes généraux connus que le traitement doit être dirigé, en portant également ses vues sur l’affection locale. C’est dans d£S affections semblables, où la nature ne développe que des efforts impuissants ou nuisibles, qu’il faut porter des secours prompts, prévenir ou modérer les progrès ultérieurs de la maladie et montrer autant de lumière dans le choix des moyens que d’habileté dans l’art de les diriger. »

Malgré les opinions plutôt unicistes (par rapport à l’angine) de Pinel, les idées traditionnalistes continuent à être acceptées au début du XIXe siècle, comme il fallait s’y attendre.

La thèse de Moutard-Martin, qui date de 1806 et qui porte le titre de Propositions sur les différentes

espèces d'angines , est, après le traité de Pinel, le premier travail important à consulter, du moins en ce qui concerne les écrivains de langue française, car il ne faut pas oublier les ouvrages de Frank et d’HÉBERD: n qui ont paru au début du XIXe siècle et qui sont particulièrement intéressants.

Moutard-Martin conserve au terme angine toute l’étendue de sa signification traditionnelle ; ce terme, dit-il, signifie « resserrement, suffocation, on y attache ordinairement l’idée d’une maladie plus ou moins inflammatoire, occupant les organes de la déglutition, le larynx ou la trachée-artère. » Cependant les efforts de Boerhaave et de Van Swieten, qui s’étaient heureusement inspirés de Galien, n’avaient pas été entièrement perdus car, à l’exemple de Pinel, l’auteur sépare nettement la phlegmasie laryngée de la phlegmasie gutturale. « Sous le rapport de leur siège, les angines se trouvent divisées tout naturellement en deux sections, selon qu’elles affectent les organes de la respiration ou de la déglutition. » D’autre part, Moutard-Martin, ainsi que plusieurs de ses contemporains (Hédouin, Flaust, Lemercier, etc.)insistentbeaucoup sur l’intensité variable du mal, remarque déjà ancienne, mais sur laquelle il était bon de revenir, à cause de sa valeur clinique, en présence de la multiplicité assez artificielle en somme des types d’inflammations gutturales admises depuis Boerhaave, Van Swieten, Sauvage. « Si l’inflammation est très vio-

lente, Fangine est dite inflammatoire ; elle est dite catarrhale, si l’inflammation et légère »

Moutard-Martin admet encore les variétés syphihtique, aqueuse, pharyngée, tonsillaire. L’étiologie qu’il énumère est purement traditionnelle et sans intérêt par conséquent. Il n'aborde même pas en effet la question de l’influence des constitutions médicales, qu’avaient établie, au milieu de beaucoup d’erreurs, les travaux intéressants de Sydenham, Huxham, Stoll, etc. Pour lui, Fangine pharyngée se distinguerait par la localisation des phénomènes inflammatoires à la partie postérieure du pharynx, par une sécrétion très abondante, claire et visqueuse, par une dysphagie très intense, puis une dyspnée presque nulle.

L’angine tonsillaire qui, comme la précédente, existerait rarement à l’état isolé-, se caractérisait par la saillie considérable des amygdales très rouges et recouvertes ça et là de plaques blanchâtres. Les douleurs s’irradieraient volontiers dans les parties voisines, principalement dans les oreilles où elles seraient souvent fort pénibles et accompagnées de bourdonnements. L’amygdalite serait en somme l’angine la plus fréquente, la plus violente, celle qui détermine le plus de gonflement des parties atteintes.

L’angine aqueuse serait une angine peu franchement inflammatoire, bâtarde et caractérisée par une infiltration séreuse des parties malades, On trouve

déjà des faits semblables signalés dans Boerhaave et Van Swieten. C’est l’angine œdémateuse sur laquelle on insistera de nouveau vers le milieu du XIX* siècle.

Renauldin, dans son article Angine du Dictionnaire en 60 volumes (1812), s’inspire à peu près des mêmes idées que Moutard Martin. Comme beaucoup, de ses prédesseurs, il admet une angine œsophagienne, terme vicieux qui sera bientôt remplacé par celui d’œsophagite. 11 insiste sur lès points blanchâtres, dont sont tachetées l°s tonsilles malades et il signale nettement les complications auriculaires. Comme de nombreux auteurs contemporains, il confond, avec la diphtérie, la gangrène pharyngée ; enfin il décrit, comme fréquente, l’angine pharyngée, qui se cantonnerait exactement aux parois pharyngés sans intéresser les amygdales et qui se caractériserait par les symptômes suivants : « On la reconnaît à la rougeur et au gonflement de la partie postérieure du pharynx qui est aussi parsemée de taches blanchâtres, à la raucité de la voix, à ia douleur, à la difficulté de là déglutition qui devient même impossible lorsque la partie supérieure de l’œsophage participe à l’inflammation ; d’où il résulte que les boissons et les aliments, ne pouvant franchir l’obstacle, sont rejetés par les narines. Le malade éprouve une douleur d’oreille provenant de l’irritation de la trompe d’Eustache et il rend par la bouche un mucus visqueux plus ou moins abondant ».

Blache et Chomel, dans leur article Angine du Dictionnaire en 30 volumes , distinguent l’ amygdalite de l’angine proprement dite pour les raisons suivantes : elle en différerait « par son siège dans un organe d’une texture particulière, par l’intumescence considérable qui l’accompagne, par la suppuration profonde qui le termine fréquemment, et par l’induration chronique à laquelle elle donne lieu, lorsqu’elle s’est reproduite un certain nombre de fois. » Ils mentionnent pour mémoire les angines périodiques, ils décrivent une épidémie d’angine simple, observée dans l’arrondissement de Condom, ils notent assez longuement les complications auriculaires et racontent en quelques lignes l’histoire de l’angine phlegmoneuse. Cependant, Chomel signale les granulations pharyngées.

Enfin Roche, dans l’article Angine du Diction nuire en 1 5 volumes , nie absolument les angines périodiques, insiste sur l’importance étiologique des troubles menstruels, décrit l’amygdalite phlegmoneuse comme une complication de l’angine simple, et il étudie, après Stoll et Franck, une variété d’angine bilieuse (qui n’est peut-être qu’une perturbation fonctionnelle locale due au mucus ingéré).

Telles sont les principales idées directrices au sujet des angines, à la fin du XVIIIe et au commencement du XIXe sicle. C’est presque le néant. On admet de nombreuses variétés d’angines, on s’occupe très peu de leur étiologie, de leur marche, de leur

évolution. On considère que les unes sont simples, et les autres compliquées et l’on est persuadé que tout dépend des humeurs de l’organisme, du sang, de la constitution. Tout cela est obscur, difficile à comprendre, plus difficile encore à interpréter.

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