A. VitU, le Jeu de paume des Mestayers. Paris
2, A Màcon, Du Croisy, Hubert et d'autres comédiens reçoivent en j658 l'autorisation de la
Costumes de Molière en Mascarille et en Scapin.
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que l'on place dans le fond, quelques chaises, des bancs, tel esl vraisemblablement le matériel qui sert à chacune des représentations1. Si le gouverneur ou quelque seigneur assiste à la représentation, i! fait savoir aux magistrats municipaux qu'il faut une galerie à balustres pour l'entourer lui et les siens : c'est le seul objet de luxe que comportent alors les salles où paraît la troupe de Molière9. Longtemps fixée à Agen, sa troupe y devient celle des comédiens ordinaires de M. le due d'Épernon, gouverneur de la Guyenne, et joue dans le château de ce personnage. A Lyon, elle acquiert une telle réputation que le bruit en vient jusqu'à Paris et même à la cour. Aussi lorsque, en iG58, Molière rentre dans la capitale, il obtient, sur sa demande, l'autorisation de jouer devant le roi, et il représente dans la salle des Gardes du vieux Louvre la tragédie de Nicomède de Corneille et une petite comédie de lui : le Docteur amoureux. Le roi, enchanté, ne fait pas attendre sa récompense : il concède à Molière la salle du Petit-Bourbon, où au temps de Henri III avaient joué les Italiens et où se donnaient depuis la plupart des ballets. C'était encore, après le théâtre du Marais, la meilleure salle de Paris3.
Les fonctionnaires royaux n'eurent pas pour Molière et ses compagnons les mêmes prévenances que le roi. Un beau jour, en effet, le 1 1 octobre 1660, en arrivant dans leur salle pour y jouer, ils s'aperçoivent que la démolition du monument est commencée; personne n'a cru devoir les en avertir. Heureusement, sur ses demandes instantes, Molière reçut de Sa Majesté la salle du Palais-Royal, celle que Richelieu avait fait construire pour Mirame et que Mazarin avait modifiée pour
municipalité de jouer la comédie pendant un mois dans l'endroit le plus commode qu'ils pourront trouver. Les registres consulaires ne nous disent malheureusement pas quel était à cette époque l'endroit le plus favorable à la représentation des comédies de Molière, mais nous avons tout lieu de croire que le jeu de paume de la ville était le seul lieu où l'on pût installer une salle de théâtre. Voir Archives communales de Mdcon, FF. 43-
1. Nous ne citons pas les innombrables écrits qui ont été publiés sur les divers séjours de Molière en France. La bibliographie moliéresque forme à elle seule un énorme volume. Elle a été résumée avec autant de jugement que de soin par MM. E. Despois et Paul Mesnard dans la notice biographique de Molière, qui constitue le tome X du Molière de la Collection des Grands Écrivains de la France publiée par Hachette.
2. Voir Ad. Magen, la Troupe de Molière à Agen. Bordeaux, 1877, p. 21.
3. Quoique M. Despois [le Théâtre en-France sous Louis XI V. Paris, 188G, p. 22) dise qu'il y fut « vraisemblablement fort piètrement et s'y tenait modestement », nous croyons que la salle du Maiais et à coup sûr celle de l'Hôtel de Bourgogne étaient moins vastes et moins bien entretenues que celle du Petit-Bourbon, qui faisait partie du palais du roi et avait servi à des représentations fort luxeuses montées par la maison du roi.
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la représentation de son Orfeo. « Cette salle abandonnée s'était depuis endormie dans le silence et dans la nuit. Molière allait la réveiller; et quel réveil! de quelle activité surprenante il allait ranimer! quels prodiges il allait y accomplir ! Le logis n'était pas somptueux. A peine si les comédiens avaient eu le temps d'y faire exécuter les travaux d'appropriation indispensables et qui ne semblaient même que provisoires. La salle, construite, comme il était d'usage alors, dans la forme très défectueuse d'un long parallélogramme, pouvait contenir environ un millier de spectateurs; au lieu du plafond, une grande toile suspendue par des cordages; quelques lustres de très petite dimension, perçant de leurs points lumineux l'obscurité qu'ils ne parvenaient pas à vaincre; le parterre debout, agité, bruyant, venant s'appuyer sur le mur même de la scène; deux rangs de loges; au fond, un petit amphithéâtre : en somme, l'aspect d'une salle de province dans une ville de second ordre, comme il en existait encore il v a quarante ans, voilà le portrait peu flatteur que l'on peut faire de la salle du Palais - Royal, en 1GG1, d'après les plans qui existent encore et les détails que donne un contemporain, Chappuzeau, dans son Théâtre Fiançais. C'est pourtant là que, dans l'espace de moins de douze années, se produisit l'incomparable succession de chefs-d'œuvre qui va de F Ecole des femmes à Don Juan, du Misanthrope à Tartuffe, de F Avare à Amphitryon, du Bourgeois gentilhomme aux Femmes savantes et au Malade imaginaire1. »
Déjà fatigué et malade depuis longtemps, Molière mourut presque subitement deux ou trois heures après la troisième représentation de la comédie du Malade imaginaire, le dernier de ses chefs-d'œuvre*.
A peine a-t-il disparu, qu'un ordre de Louis XIV retire à sa troupe la salle du Palais-Royal pour la donner à l'Opéra. Alors a lieu la fusion des deux troupes, celle de Molière et celle du Marais, et leur établissement dans un jeu de paume situé rue Mazarine, où depuis trois ans était l'Opéra. L'Hôtel de Bourgogne continuait ses représentations en concurrence avec l'ancienne troupe de Molière et celle du théâtre du Marais réunies, lorsque, en 16G0, Louis XIV résolut de fondre ces troupes en une seule, et désormais il n'y eut plus à Paris qu'un seul théâtre, celui dit des Comédiens du Roi.
1. Emile Perrin, lettre à M. Sarcey sur la Mise en scène. Paris, 1880. p. 3a et 33. ■2. Les détails de sa mort sont trop connus pour être rappelés; voir, comme nous l'avons déjà indiqué, les éditions de Molière, de Mesuard et Louis Molaud.
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Ainsi fui créée la Comédie-Française, qui s'installa huit ans après, en iMo,, rue de PAncienne-Comédié, où elle demeura jusqu'en 1770. De là elle passa aux Tuileries, dans la salle dite des Machines, puis à rOdéon en [782, et enfin, en 1789, elle s'établit rue Richelieu, où elle est encore aujourd'hui, régie par le fameux décret de Moscou.
Quant à la Comédie-Italienne, nous croyons qu'elle n'eut pas sous le règne de Louis XIV la vogue de ses premiers temps. Elle n'avait plus à eette époque l'attrait de la nouveauté. De plus, comme son esprit était essentiellement satirique, elle avait contre elle les agents du gouvernement de Louis XIV, qui n'entendait pas qu'on plaisantât sur les aetes de son administration. Aussi a-t-on relativement peu de détails sur son existence; elle joua d'abord au Petit-Bourbon et au Palais-Royal, alternant ses représentations avec celles de Molière, et après avec celles de l'Opéra. Quand la troupe de l'Hôtel de Bourgogne alla s'installer rue Mazarine, la Comédie-Italienne occupa seule l'Hôtel de Bourgogne désormais libre. Elle n'y resta pas longtemps, car, lors de la représentation de la Fausse Prude, en 1694, les allusions trop directes à Mme de Maintenon furent cause que le roi, blessé, fil chasser les comédiens italiens1. Ils ne reparurent que sous la Régence.
Pendant ce temps, l'Opéra prenait naissance et acquérait de suite un développement inusité.
La représentation {Y Andromède avait excité le goût des amateurs de spectacles à trucs et à grande mise en scène. Corneille se mit de nouveau à l'œuvre, et en i65g il livra au marquis de Sourdéac, grand machiniste et homme de théâtre, le manuscrit de la Toison d'or*. Celui-ci fit monter cette pièce dans son château de Neufbourg, où elle fut représentée plusieurs fois l'année suivante. Bientôt après, le marquis de Sourdéac concéda le manuscrit et toutes les machines au théâtre du Marais, où la Toison d'or fut un nouveau succès pour Corneille. En même temps Perrin et Cambert, l'un poète et l'autre musicien, composaient une pastorale en musique3, c'est-à-dire un véritable Opéra, intitulée Pomone. Le succès qu'elle obtint en iG.k), au château dTssy, devant un public choisi, inspira à Perrin l'idée de créer à Paris un théâtre d'opéra avec grand spectacle et musique. Il
1. Voir Mémoires tic Saint— Simon, édit. Boislislc, i. IV, p. 125.
■x. Titllcmant des Itéaux, Historiettes, édit. Paul] Paris, i85 4-6 1, l. VII, p. 370.
S. Voir Perrin, Œuvres de. poésie, 1660, in-ia-
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s'associa avec le marquis de Sourdéac et un bailleur de fonds nommé Champeron, constituant une société qui en f 6 69 obtint un privilège pour l'exploitation de « la comédie en musique ». Cette société loua le jeu de paume* de la Bouteille, rue Mazarine, et commença ses représentations le 17 mars 1671; mais bientôt l'intrigant Lulli parvint à se faire substituer par le roi à Perrin dans la direction de l'Opéra.
Lulli s'établit clans un autre jeu de paume situé au bas de la rue de Vaugirard. Ouvert le i5 novembre 1672 avec les Fêtes de l'Amour et de Bacchus, ce nouveau théâtre eut peu de durée. Presque aussitôt, en effet, après la mort de Molière, Lulli demanda pour lui la salle du Palais-Royal. Le roi l'accorda gratuitement à son favori italien. A partir de cette date, l'Opéra, appelé Académie royale de musique, est devenu institution de l'Etat et n'a plus jamais payé de lover. Il demeura dans la salle de Mirante jusqu'à l'incendie du 6 avril 1763.
Les privilèges que le roi lui a concédés, Lulli les fait respecter d'abord de la façon la plus rigoureuse par Molière durant les derniers temps de sa vie et plus tard par la Comédie-Frai çaise, en lui défendant de se servir d'un orchestre contenant plus d'un certain nombre de musiciens ou bien de donner des représentations avec ballets et chœurs. Sa jalousie va plus loin encore et s'exerce quelquefois d'une façon grotesque : c'est ainsi qu'il s'inquiète des théâtres de marionnettes. Un sieur de la Grille en a établi un au Marais en 1G7G1. Les pantins ont l\ pieds de haut; il les intitule « Pygmées » et il leur fait jouer un opéra en musique avec ballets, machines et changements de décorations2. Cette pièce a du succès; le public et la critique en parlent, et un des prédécesseurs de Jules Janin dit avec un accent prophétique en parlant des marionnettes : « Elles chantent trop haut pour chanter longtemps3. » Le dire du critique se changea vite en réalité. Lulli, ému de la concurrence, fait ordonner la fermeture du théâtre royal des Pygmées, malgré le privilège que Fouis XIV avait concédé à leur inventeur; celui-ci a beau changer le nom de ses acteurs, et appeler les Pygmées des « Bamboches », Lulli, toujours jaloux et toujours favorisé du grand roi, entrave également le succès des Bamboches*. Après sa mort, ces luttes se renou-
1. Voir les certificats du n et i5 avril 1676, trouvés dans l'étude de M. Descours, notaire à Paris, et publiés par Jal.
2. La pièce est à la Bibliothèque nationale, Y. 5(ig3, in -4.