‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 207 sur 322 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'OPÉRA - COMIQUE

Les foires Saint-Germain et Saint-Laurent apportaient tons les ans, durant l'été, aux Parisiens, des divertissements variés. Ceux des théâtres forains étaient les plus recherchés. La bonne compagnie et le demi-monde s'y rendaient en société, comme de nos jours on va visiter les baraques des fêtes de Saint-Cloud et de Neuilly.

On y avait, à celte époque, inauguré une nouvelle sorte de pièces répondant au goût et à l'esprit du jour. Au moyen d'un dialogue à reparties enjouées, on parodiait les événements politiques et surtout les pièces de théâtre des grandes scènes parisiennes. Le public s'amusait follement aux bons mots et aux satires : aussi le théâtre de la foire voyait-il chaque année sa vogue et sa popularité augmenter dans toutes les classes de la société.

Jusqu'en 171 4i il ne se distinguait pas extérieurement beaucoup des autres établissements forains qui l'entouraient. Mais, sous la direction du sieur Saint-Elme et de la veuve Baron, qui formèrent ensemble une association, approuvée des directeurs de l'Opéra, le théâtre de la foire, portant le nom encore nouveau d'Opéra-Comique, fut monté sur un pied plus considérable. De cette époque date ce théâtre essentiellement français et parisien. Lesage, l'immortel auteur de Gil Blas, y donne déjà des pièces, et, durant quatre ans, jusqu'en 17 18, ce spectacle attire dans la belle saison de nombreux chalands. La Comédie-Française s'émeut de ses succès et saisit L'autorité judiciaire d'une réclamation afin de faire supprimer cette concurrence qui lui paraît dangereuse. Sa requête est favorablement accueillie, et le nouveau théâtre est supprimé; on n'autorise plus â la foire d'autres représentations que celles des marionnettes ou des danseurs de corde1.

Page 1