Ibidem, ly juin 17G
LES SALLES DE SPECTACLE
été qu'un entrepreneur! A ce compte, pourquoi M. de Chaumont ne dit-il pas aussi que c'est lui qui a dessiné et inventé les admirables bâtiments de la place de la Concorde? La postérité a été bien cruelle pour M. de Chaumont, artiste incomparable, qui avait toutes les connaissances, sans s'être jamais donné la peine d'en acquérir aucune, semblable à ces gens qu'on voit chaque jour dans les salons, mais rarement dans les milieux savants! Malgré tout, Gabriel passe
Salle de l'ancieu théâtre Feydeau.
pour avoir eu quelque talent, et, à notre avis, il a fait à Versailles la plus jolie salle de spectacle qui existe.
La disposition si élégante de la salle de Versailles ne peut être utilisée dans les salles publiques. Trop de places y sont perdues; seule, la salle Ventadour a pu reconstituer des séries de loges découvertes; mais on sait à quel prix il fallait les louer et combien de fois les impresarii italiens firent faillite dans ce théâtre de Paris!
Pour signaler un nouveau progrès dans la construction des théâtres, il nous faut anticiper sur les événements et remonter à l'année 1793. Alors la Montansier confie à Louis la construction du grand théâtre national, qui doit bientôt devenir l'Opéra. Dans cette salle, comme dans celle des Variétés amusantes, construite par le même architecte,
LE THEATRE AU XVIIIe SIÈCLE
la disposition des doubles colonnes au fond de la salle réalise, à la fin du siècle, une perfection aussi grande qu'il était permis de l'atteindre en matière de construction de théâtres publics.
Mais déjà auparavant, en 1780, Lenoir, l'architecte de l'Opéra du boulevard Saint-Martin, avait inauguré un genre encore inconnu d'architecture, dont le principe est l'application du fer à la construction. Les Halles centrales de Paris, comme le Palais de l'Industrie, et plus encore la Galerie des machines, en sont aujourd'hui les types accomplis.
Cette innovation s'était produite pour la première fois lors de la construction d'un lieu de plaisir appelé le Waux-hall, qui se composait d'une coupole de forme ovale, soutenue par vingt-quatre colonnes d'ordre ionique groupées deux à deux; entre chaque entre-colonnement se trouvait un lustre, et sous la colonnade une galerie ou promenoir, dont le fond « était un massif de verdure sur lequel se détachaient les plus belles fleurs de nos jardins ». Des statues, des bustes, des fontaines, des arcades de feuillage, complétaient la décoration de ce lieu, que les contemporains qualifient de féerique et d'enchanteur1.
Dans le théâtre Feydeau, construit par Molinos et Legrand en 1789, on poussa également l'emploi du fer aussi loin qu'il était possible alors. A l'extérieur, la façade en rotonde présentait au premier abord l'aspect d'une gare de chemin de fer. Une colonnade couverte, à trois grands arceaux, laissait pénétrer les voitures devant les portes du vestibule'. L'intérieur de la salle n'était pas moins curieux. De nombreuses colonnes blanches supportaient une coupole légère, construite en fer, tandis que les frises étaient de style néo-étrusque. Les loges étaient grillées3. On reprochait seulement à ce théâtre l'obscurité de sa peinture, qui ôtait aux toilettes comme aux épaules des femmes tout leur éclat4. Il fut inauguré le G janvier 1.791 par l'ancienne troupe du théâtre de Monsieur, qui y joua le Nozze di Dorina*.