‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 220 sur 322 · Nllitter, le Nouvel Opéra. Paris, 1875, p. g · texte numérisé non relu

Nllitter, le Nouvel Opéra. Paris, 1875, p. g

3. Arnaud d'Etcheverry, Histoire des théâtres de Bordeaux. Bordeaux, 1860. Voir surtout la monographie qu'a consacrée au théâtre de Bordeaux l'architecte Louis (Portefeuille iconographique, précédé d'une notice arr.hitectonographique sur le Grand-Théâtre de Bordeaux. Paris, 1828), et le travail récent de M. Marionneau sur l'architecte Louis (Victor Louis, architecte : sa fie, ses travaux et sa correspondance. Paris, 1881).

4. Œuvres complètes de Voltaire. Paris, 1877, t. IV, p. 271 et 273. Préface et avertissement de la Princesse de Navarre, comédie-ballet de Voltaire et Rameau, s'j février 1745.

LES S ALLES DE SPECTACLE

Les palais royaux ne voulaient pas non plus rester en relard sur Paris et la province, et en 1770 on inaugurait à Versailles, à l'occasion du mariage de Marie-Antoinette, le théâtre du Palais1, commencé en 1 7 j3 par Gabriel. 11 était entièrement en menuiserie peinte couleur de marbre vert antique; les ornements étaient dorés en or mat et les loges garnies de velours bleu. Une galerie à arcades avec fond de glaces

Premier aspect de la salle actuelle de la Comédie-Française lors de sa construction par l'architecte Louis.

contournait le derrière des loges découvertes. Les portes s'enlevaient en gris avec des dessins en camaïeu d'or sur les marbres verts. La scène, gigantesque, se changeait en une deuxième salle avec loges et galeries pour les fêles et les bals. Pajou et Guibert étaient les auteurs des sculptures, et Du Rameau avait peint le plafond, représentant Apollon préparant des couronnes pour les hommes illustres dans les arts.

L'agencement de la scène et la machinerie sont toujours restés, aux yeux des professionnels, comme le chef-d'œuvre du genre. La salle,

1. Bibliothèque de la ville de Versailles, ms. n° 87, par Métayer, in-folio, 1773, avec gouaches fort curieuses.

Vif) LE THEATRE Al XVIIIe SIÈCLE.

de forme elliptique, peut, pour les architectes, ne pas être un chefd'œuvre; mais, pour les touristes, il semble que par ses délicieux ornements en camaïeu d'or à la fois discrets et chauds de ton, par ses peintures, ses effets de glaces où se reflètent les lumières, elle puisse constituer comme l'idéal d'une salle de bon goût et d'élégance. Il est à regretter qu'au lieu de lui laisser sa couleur de marbre vert antique, on l'ait peinte actuellement en rouge, et qu'on ait remplacé le velours bleu par du velours également rouge. Elle est encore disposée telle qu'elle le fut pour la réunion du Sénat en 1876*.

Les publicistes ont partout vanté les dispositions de la scène, qui permettaient d'y faire manœuvrer des bataillons. Bachaumont voit encore les choses en plus grand. Dans la représentation d'Er/ielinde, en 1773, il parle d'un mouvement de scène où figuraient quatre cents grenadiers à cheval2. Quatre cents grenadiers! Un régiment de cavalerie entier! Quelque grande que fût la scène, elle n'était pas la place d'armes de Versailles, et d'ailleurs, qu'on se rassure : le Jules Lemaitre de l'époque était quelque peu farceur, car il n'y avait pas alors dans toute l'armée française quatre cents grenadiers à cheval, puisque cette arme ne comptait qu'une compagnie de la maison du roi, environ cent cinquante chevaux.

Au xvnf siècle comme encore de nos jours, des gens du monde, fiers de posséder quelques connaissances superficielles, se figuraient être les véritables inspirateurs des plus grands artistes. Ainsi, lorsque le théâtre de Versailles fut sur le point d'être terminé, un de ces hommes qui s'intitulent hommes de goût, le chevalier de Chaumont, prétendit être le seul auteur de la salle, tandis que Gabriel, disait-il, n'était que l'exécuteur de ses conceptions. M. de Chaumont était au contraire, c'est toujours lui qui le dit, « un amateur distingué, né avec un goût naturel pour la mécanique et le dessin ». Il avait été en Italie, y avait vu des salles de spectacles, et, d'après « ces connaissances réunies », il avait inspiré Gabriel, qu'il ne faut considérer que comme un manœuvre au service du génie inventeur de l'homme du monde5. Gabriel, l'honneur de L'architecture française, le digne successeur de Mansart, n'aurait donc

1. Quoique M. E. de Goncourt (la Maison d'un artiste, Paris, 1 88 r , p. 63) ait cru posséder dans sa collection la représentation de la « salle de spectacle de Versailles garnie de ses spectateurs des loges, du parterre et des musiciens de l'orchestre », il nous semble facile, pour peu qu'on connaisse la salle de Gabriel, de reconnaître qu'il n'y a aucun rapport entre la salle représentée par Cochin et celle de Versailles.

•i. Mémoires secrets, 12 décembre 1773.

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