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LES SERVICES D'ORDRE ET D'ÉCLAIRAGE

sionna; aussi la panique se répandit-elle rapidement dans toutes les classes de la population comme dans les administrations.

La Comédie-Française jouait alors sur le théâtre des Tuileries; le ministère de la maison du roi envoya inspecteurs sur inspecteurs visiter l'établissement. Et, comme bien on pense, rien n'était préparé pour combattre le feu. La salle avait été construite à une époque où l'on ne prenait aucune précaution et où l'on ne connaissait même pas les pompes et les procédés de sauvetage. Aussi l'aménagement des locaux rendait-il impossible l'installation des appareils modernes, et on ne l'avait même pas essayée. Les rapports transmis à ce sujet sont des plus curieux; ceux qui les ont rédigés ont l'air de tomber des nues en constatant qu'ils n'ont trouvé ni réservoirs, ni tuyaux, ni pompes, ni personne pour s'en servir dans le cas où il y en aurait eu'.

Mais les deux accidents de 1763 et de 1781 ont réveillé la municipalité. Architectes et savants se préoccupent de la question du feu. Dumont, le fameux architecte, dresse un mémoire pour l'installation des pompes dans les théâtres. Quand on construit l'Odéon, on établit dans les sous-sols une pompe à laquelle on joint 35o pieds de tuyaux de cuir; quatre pompiers sont de service dans le jour; les réservoirs placés sur les toits et dans les caves doivent être vidés deux fois par an, pour qu'il ne s'y forme aucun dépôt2.

A l'Odéon, on inaugura le rideau de fer entre la salle et le théâtre. Boullet, machiniste de l'Opéra, en avait fait le projet et inventé le mécanisme3. On eut l'occasion de voir au théâtre Feydeau, en l'an IV, de quelle utilité il était. Le feu, s'étant déclaré â la scène, se serait

1. Voir entre autres une lettre de Dangevillers du i3 juin 1781. Archives nationales O1 844.

2. VoirDussaussoy, Recherches sur les moyens de combattre les incendies. Paris, 1767, in-8, chap. 1, et Archives nationales, Ol 846. — Outre les quatre pompiers de service, il y avait huit soldats du régiment des gardes, commandés par un sergent et un caporal. La garde du spectacle était confiée à deux sergents, quatre caporaux et cinquante soldats du régiment desgardes, commandés par deux sergents-majors. Ils recevaient une gratification de 10 deniers 10 sols par soirée. Voir Thiery, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, 1786, p. 602, et Archives nationales, O1 170J.

Il faut ajouter que le corps des pompiers n'était pas un corps militaire, mais une sorte de garde nationale comme les pompiers de province aujourd'hui : la surveillance élait permanente, mais le service de chaque homme n'était que temporaire et volontaire; de plus, malgré toute leur honne volonté, les hourgeois qui composaient ce corps n'avaient pas une instruction suffisante pour effectuer leur service. Leur commandant était un nommé Morat, qui, grâce à son énergie et à son activité, rendit les plus grands services. Le corps des pompiers, complètement désorganisé sous la Révolution et l'Empire, fut reconstitué par les soins de Pasquier en 1810, et reçut une organisation militaire. Son premier commandant fut un officier du génie, M. de Plazanet, qui avait été blessé ausiègede Saragosse (voir Mémoires duchancelier Pasquier. Paris, 1893.)

3. Boullet, Essai sur Part de construire les théâtres. Paris, 1801, p. 73.

LE THEATRE AU XVIIIe SIÈCLE.

immédiatement communiqué à la salle et tout y aurait été brûlé; au contraire, l'incendie, limité par le rideau aux décors et aux machines, fut bientôt éteint. Un peu plus tard, on chercha à rendre incombustibles les machines et les décors : on recouvrit de plâtre tous les bois de la scène qui pouvaient en être enduits sans nuire aux manœuvres. Les décorateurs avaient constaté que les toiles de décors peintes d'un seul côté sont vin aliment des plus terribles pour la propagation du feu; au contraire, quand elles sont peintes des deux côtés elles brûlent sans flamme et très lentement, et lorsqu'elles sont recouvertes avec des matières terreuses le feu ne peut y prendre; ils proposèrent donc d'enduire toutes les toiles de décoration d'une couche de colle dans laquelle on aurait auparavant délayé du plâtre très fin.

Depuis, on a sans cesse essayé de rendre ininflammables les décors et les costumes. Mais, malgré les progrès des découvertes modernes, la fatalité l'emporte sur L'industrie humaine. Les théâtres brûlent toujours, et même, à mesure qu'on avance, les incendies deviennent plus terribles et font chaque fois un plus grand nombre de victimes.

L'éclairage des salles ne varia pas beaucoup durant tout le xvme siècle. On remplaça cependant, dans la deuxième moitié du siècle, la masse des petits lustres qui éclairaient la salle par un lustre unique de grandes dimensions. Lors de la construction de l'Odéon, on fit divers essais. Lavoisier adressa à l'Académie des sciences un long mémoire sur l'éclairage des théâtres, concluant qu'il fallait établir les foyers lumineux sur des points élevés et cachés des spectateurs, et au moyen de réflecteurs renvoyer les feux sur les endroits à mettre en lumière. C'était proposer le principe de l'éclairage électrique actuel. Bachaumont applaudit à cette proposition et fit voir qu'elle apporterait une réalité de plus au théâtre; jusqu'alors, en effet, les feux de la rampe, qui étaient les seuls à éclairer la scène, partaient d'en bas, tandis que la lumière du jour vient d'en haut, contradiction absolue que l'on aurait dû corriger depuis longtemps, et qui néanmoins n'a pas empêché la rampe de subsister'. En même temps, on cherchait, à l'Odéon, à remplacer, dans le lustre central, toutes les bougies par des quinquets à huile, d'invention nouvelle2. La chose réussit, et jusqu'à l'apparition du gaz les grands lustres de théâtre se composèrent de lampes à huile.

i. Bachaumont, Mémoires secrets, i" décembre 1781.

a. Archives nationales, O' 1 7 14 et suiv. L'essai fut fait pour la première fois le 5 mars 1784.

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