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CHAPITRE VI

LE COSTUME

Sous la Régence, les costumes demeurent au théâtre ce qu'ils étaient sous Louis XIV. A l'Opéra, jusqu'en 1724, on conserve les modes mythologiques de fantaisie ornementale à lambrequins répétés à la façon de Bérain, et à la Comédie-Française on joue avec les habits de ville.

Lorsque la Comédie-Italienne revient en France, soit sous l'influence de Gillot, soit sous celle de Watteau, de Boucher, ou de tout autre dessinateur, elle inaugure une série de costumes amusants, principalement des costumes de femmes, comme celui de Colombine, que l'on retrouve souvent dans les pièces françaises.

Adrienne Lecouvreur était déjà à l'apogée de son talent lorsqu'elle introduisit un premier changement dans les habitudes de la Comédie- Française. Au lieu de mettre des robes de ville pour jouer les héroïnes de l'antiquité, elle prit l'habillement de cour, plus ornementé, plus brillant, plus difficile à porter. Elle joua pour la première fois, suivant ce principe, le Tyridate de Campistron en 1727, avec une robe à longue queue traînante, à paniers d'une largeur extraordinaire, qui, étant donnée la présence des spectateurs sur la scène, devait être d'une incommodité excessive1.

Les hommes ont pour toutes les pièces de l'antiquité la cuirasse à tonnelets en toile d'argent ou d'acier avec des brodequins à l'antique, de larges manches et des manchettes bouffantes; comme coiffure, ils joignent à cet attirail de César d'occasion le petit chapeau alors à la mode, qu'ils recouvrent d'un panache presque aussi haut qu'eux2. Avec ce

1. Monval. Notice publiée en tête des Costumes de la Comédie-Française, par Guillaumot.

2. Ainsi est représenté le comédien français dans la gravure de Watteau intitulée les Comédiens français.

LE THÉÂTRE AU XVIIIe SIÈCLE

costume on joue Abner ou Auguste jusqu'à l'époque de Talma. Si, au lieu de représenter des empereurs romains ou des héros de la fable, les personnages de tragédie appartenaient à une période de l'histoire plus moderne, on les habillait comme les femmes, à la mode du jour. Ainsi apparaissait Venceslas en costume de prince, avec un cordon bleu en sautoir.

Lorsqu'une pièce se jouait depuis longtemps, certains habits s'usaient plus que d'autres. On les remplaçait par des vêtements à la mode du jour, tandis que ceux qui avaient résisté continuaient à servir. Il en résultait pour certaines comédies une cacophonie générale de mise en scène où des individus avaient l'air de représenter une galerie de modes différentes, remontant à vingt-cinq ou trente années.

Dans la comédie de caractère proprement dite, qui est censée se passer au temps où l'on joue, aucun changement ne s'est encore opéré : on joue Molière, non pas en habit de son temps, mais à la mode de l'époque où l'on est. Ouvrez une édition du grand comique, qu'elle soit illustrée par Boucher ou par Moreau, les acteurs y sont vêtus au goût du moment où l'artiste dessine.

A l'Opéra, les costumes de fantaisie du temps de Louis XIV disparurent vers 1725 ou 172G. Des errements identiques à ceux qui lèguent à la Comédie-Française s'introduisent sur la scène lyrique, et désormais les chanteuses viennent charmer le public dans le costume qu'endossent les grandes dames pour les réceptions de Versailles1.

Il en fut ainsi jusqu'à la Révolution : au Théâtre-Français et à l'Opéra, on joua la comédie dans les costumes de ville, la tragédie et l'opéra dans les costumes de cour. On tenta bien quelques réformes, et certains acteurs ou actrices de talent s'efforcèrent de donner plus de réalisme et de vérité à leur costume, et par suite à leur jeu, mais chacune de ces tentatives demeura isolée durant le xvni' siècle et ne trouva pas d'imitateurs.

Que d'anecdotes amusantes pourrait fournir l'histoire du costume de théâtre au xvme siècle! Un jour une jeune actrice de dix-huit ans, Mlle Desenne, débute à Fontainebleau devant Louis XV, âgé de treize à quatorze ans. Elle tient le rôle d'Hermione dans Andromaque. Le roi est touché de la façon dont elle joue et lui fait cadeau pour son

1. Voir les gravures représentant des scènes de divers opéras en tête de chaque volume de l;i Collection des Opéras français.

LE COSTUME

rôle d'un costume de cour contenant i 100 onces d'argent, c'est-à-dire pesant 25 kilogrammes. On conçoit combien il devait être pénible, pour une si jeune actrice, de jouer la pièce de Racine avec pareille armure sur le corps ! 1

L'habitude de donner des vêtements aux acteurs, que nous avons déjà vue au xvne siècle, continua jusqu'à la Révolution, puis elle disparut complètement, au moins en France.

Cependant voici une anecdote qui rappelle cet usage déjà si loin de

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