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Mémoires secrets, 22 janvier

LÀ DÉCORATION ET LES DÉCORATEURS

La Comédie Italienne, rentrée en France, a amené avec elle un décorateur dont nous avons vainement cherché le nom dans les comptes royaux : il a cependant un talent réel, et Cochin vante un préau de prison et une galerie de palais qu'il exécuta vers 17301. Avec Favart la décoration des Italiens passe entièrement à des mains françaises.

Déjà sous l'influence italienne s'était développé le principe des mines antiques qu'Hubert Robert devait populariser dans l'Ecole française. A la fin du siècle, soit sons l'influence de Rousseau, soit sous celle de l'opéra-comique de Favart, on en vient au sentimentalisme, qui se traduit à la cour par le hameau de Trianon. Les décors champêtres l'emportent sur ceux d'architecture. On se plaint toujours qu'ils ne sont point assez beaux, et Cochin demande en 1781 que Joseph Vernet et Hubert Robert soient appelés à la direction artistique de l'Opéra2.

Comme on le voit, la décoration théâtrale était plus brillante au xvme siècle qu'au \vne. Ses progrès au point de vue du réalisme furent considérables, et au point de vue artistique son niveau s'éleva, avec Servandoni, Roucher et Fragonard, à la hauteur de l'art le plus accompli. Mais s'il est demeuré quelques-uns des dessins de Vigarani et de Rérain, au contraire aucun de ceux de Servandoni, de Roucher et de Fragonard n'a survécu. Seul, le rideau du théâtre de l'Odéon, dû à l'imagination des architectes Peyre et de Wailly, nous a été conservé. On peut toutefois comprendre, d'après le goût du xvme siècle, d'après le courant d'esprit et d'art qui régnait, surtout d'après le talent remarquable des peintres, combien ces décors devaient être beaux, et combien nous avons perdu à ne pas les retrouver de nos jours".

1. Il est possible que Cochin veuille parler de Pietro Algieri, qui exécuta les décors des Fées rivales, jouées en 1748 à la Comédie-Italienne et dont le Mercure fait grand éloge.

2. Cochin, Lettre sur un projet de salle pour V Opéra. Paris, 1781, in- 12.

3. On peut remarquer en terminant qu'un des principaux défauts de la décoration théâtrale jusqu'au milieu du xix" siècle tenait à la manière d'éclairer la scène. Tandis que la lumière naturelle vient toujours d'eu haut, au théâtre on éclairait par en bas, et le foyer de clarté qui partait des pieds de l'acteur ne suffisait pas à rendre tous les effets, si multiples et si merveilleux, que produit le soleil sur les sites naturels. — Voir Pujoulx, Paris à la fin du xvme siècle. Paris, 1801, p. 128.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

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