Archives nationales, O
Lettre de M. (V ' Angevillers à M. de la Ferté du 27 avril 1784. Archives nationales, O1 844»
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LE THÉÂTRE AU XVIIIe SIÈCLE.
Quelques précautions économiques que l'on prenne à l'Opéra comme au Théâtre-Français pour faire durer éternellement les décors, il faut de temps à autre, cependant, lorsque les toiles des châssis tombent en loques, renouveler le palais à volonté des tragédies et la chambre des comédies. Alors, on voit à chaque nouveau décor s'accentuer le mouvement architectural du style qui se modifie. A la Comédie-Française, les salons où l'on joue Molière ou Destouches sont ceux qu'on a pu voir encore dans les vieux hôtels des fermiers généraux ou des grands seigneurs du temps de Louis XV.
Ainsi, par exemple, dans l'inventaire des décors du château de Versailles en 1770, nous trouvons la mention suivante : « Chambre pour les comédies de Molière. Décoration d'ordre ionique en marbre vert et marbre brèche violette; les ornements en or, le fond en partie circulaire1. »
Pour la tragédie, le palais à volonté devient une cour d'honneur à la façon de celles des grands hôtels parisiens du xviue siècle, comme l'hôtel Soubise (les Archives nationales) nous en fournit encore un exemple. Crébillon et Voltaire virent ainsi leurs pièces se jouer dans les mêmes décors que ceux où les jours suivants on représentait Athalie et le Cid.
Qu'on ne s'effraye pas trop! les mêmes errements subsistent encore, et il n'y a pas longtemps (1891) que le directeur de la Comédie-Française commandait à MM. Rubé et Chaperon un nouveau décor pour les représentations d' Athalie; jusqu'alors on jouait cette tragédie dans un décor fait en 1806 pour Sémiramis*.
Tout à la fin du siècle, les critiques commencent à se préoccuper de l'archéologie et de la vraisemblance. « Le Ballet des Horaces et des Curiaces, dit Rachaumont3, n'a pas été. admiré ici : on reproche au décorateur d'avoir mis des anachronismes en représentant Rome avec des monuments beaucoup trop modernes! »
Les Italiens, principalement les Milanais, ont durant le xvme siècle continué leur école de décoration, qui vers 1760 devient particulière à la Scala. A Venise, Tiepolo jette un éclat incomparable, et son talent doit certainement s'attacher aux opéras et aux ballets de son temps.
1. Archives nationales, O1 348 1 . C'est dans ce décor que Lancret a représenté le Glorieux, de Destouches.