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LE THÉÂTRE PENDANT LA RÉVOLUTION

A peine l'Assemblée constituante a-t-elle proclamé la liberté des théâtres que de toutes parts on en voit surgir; mais La plupart d'entre eux disparaissent avec plus de rapidité qu'ils n'en ont mis à se créer. A la place qu'ils laissent vide s'en élèvent de nouveaux, qui meurent à leur tour. Les anciens spectacles ne sont pas moins bouleversés que les nouveaux, de sorte que, pendant la Révolution, l'histoire du théâtre est un imbroglio fort difficile à démêler1.

La Comédie-Française jouait à l'Odéon, lorsque apparut le Charles IX de Marie-Joseph Chénier. Ce fut d'une part un enthousiasme indescriptible, d'autre part un terrible déchaînement de colères et de violences. Les acteurs se divisent en deux camps : d'un côté les partisans des idées nouvelles, en tête desquels se trouvent Talma; de l'autre les défenseurs de la cour, avec Molé, Dazincourt, Mlles Contât et Raueourt.

Une scission a lieu, et les premiers viennent se fixer dans une salle connue jusqu'alors sous le nom de Variétés-Amusantes, adossée au Palais- Royal, au coin de la rue Saint-Ilonoré, le Théâtre-Français actuel. Louis,

i. Il est d'ailleurs à noter que, pour la période révolutionnaire, les comptes des Menus Plaisirs, ces guides si fidèles pour l'histoire du théâtre, font défaut, et il est inutile d'ajouter que les entrepreneurs de spectacles n'ont rien laissé de leurs comptes dans les dépôts puhlics : on n'y aurait du reste trouvé guère autre chose que la preuve indiscutable qu'ils faisaient de mauvaises affaires.

LE THEATRE CONTEMPORAIN

qui en était L'architecte, avait, dans sa disposition intérieure, corrigé les défauts révélés par l'usage dans le Grand-Théâtre de Bordeaux. Là, Talma et les transfuges de la Comédie apportent, avec leur talent, leur répertoire de pièces nouvelles, qui attirent un public enthousiaste. A l'Odéon, le vieux théâtre français perd tous les jours de son importance, et si, durant la Terreur, il reprend, avec la pièce de Paméla, de François de Neufchàteau, un instant de vogue et soulève les applaudissements de ceux que révolte le régime sanglant de l'époque, il est bientôt fermé par l'autorité, et ses acteurs, traités de Brissotins et de Feuillants, sont arrêtés et jetés en prison, où ils restent une année entière.

L'Opéra, placé au boulevard Saint-Martin, joue toujours; mais, quoique en 1 792 la mise en scène paraisse encore aux étrangers supérieure à ce qu'ils voient chez eux, le succès n'est guère plus grand qu'au Théâtre-Français. Les recettes, qui lui étaient pour les cinq sixièmes fournies par la location des loges, disparaissent par le fait même de la Révolution, puisque tous leurs titulaires ont émigré ou sont condamnés. Il est en de même à l'Opéra-Comiquc, au théâtre Feydeau, au théâtre Louvois, où le public riche manque.

De plus, tous les jeunes acteurs sont â l'armée. Et puis, que de spectacles dans la rue! Comme aux jours de la Ligue et de la Fronde, le bourgeois est garde national; il aime l'uniforme chamarré d'or et les plumets. Ceux des comédiens qui ne sont pas à la frontière servent dans la milice urbaine. Gramont, l'un des plus connus, est nommé capitaine. Un gavroche de ses subordonnés s'écrie : « Je suis fier d'être commandé par Orosmane ou Tancrède; mais, pour l'honneur de la compagnie, qu'il soit défendu aux fusiliers de siffler le capitaine!' » Les fêtes de la déesse Raison ou de l'Etre suprême font tort aux représentations populaires des grands théâtres. Le peuple préfère le plein air aux salles fermées, et l'absence de recettes réduit de tous côtés les directeurs aux expédients ou à la faillite.

Cependant, une femme lutte courageusement, durant cette période troublée, et fonde théâtres sur théâtres. C'est la Montansier, l'ancienne favorite de Marie-Antoinette. Elle a déjà créé au Palais-Royal le petit théâtre qu'ont illustré depuis les Arnal, les Cil Perez, les Henry Monnier, les Geoffroy. Non contente de ce premier succès, elle organise une troupe

1. Hugo, Histoire ila theàlre du Palals-RoYal, p. 5o et suiv.

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