‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 255 sur 322 · DO I · texte numérisé non relu

DO I

à Bruxelles et fait en même temps construire rue de la Loi (actuellement rue de Richelieu), en face de la Bibliothèque nationale, à l'endroit où se trouve le square Louvois, un vaste théâtre, dont Louis est encore l'architecte. C'est le Théâtre-National, qui ouvre en 1793. La Montansier a compris que, malgré les succès de Talma, la Comédie-Française en se scindant a perdu de son prestige, et que l'Opéra, en quelque sorte exilé au boulevard Saint-Martin, ne réussit pas mieux. Dans son Théâtre-National, elle réunit tous les genres et donne successivement des opéras, des opéras-comiques, des tragédies et des vaudevilles.

Aurait-elle abouti dans cette audacieuse tentative? On l'ignore; car, un beau matin, un piquet de gardes nationaux et de gendarmes de la 29e division militaire s'empare du bâtiment, en vertu d'un arrêté qui y installe de plein droit l'Opéra. L'autorité donnait pour prétexte que le théâtre était une cause perpétuelle d'incendie pour le local qui contenait les richesses intellectuelles du monde (la Bibliothèque nationale). Le considérant parait bizarre quand on se rapelle que peu de temps auparavant un Conventionnel déclarait qu'il fallait brûler la Bibliothèque nationale comme le réceptacle de tout ce qui engendre les plaies funestes de l'humanité1. Chose plus bizarre encore, les mêmes autorités qui avaient expulsé la Montansier se déjugeaient quelques jours après en déclarant, sur le rapport des membres du Comité de l'instruction publique, David, Leroi, Hubert et Lanoix, que le voisinage de l'Opéra ne faisait courir aucun risque à la Bibliothèque nationale2.

En tout cas, l'Opéra était installé place Louvois par la force militaire et il y était si bien installé qu'il y demeura pendant le reste de la période révolutionnaire, sous le Directoire, l'Empire et la Restauration, jusqu'en 1820.

L'ouverture de l'Opéra, rue de Richelieu, eut lieu le 20 thermidor an II; pour la première fois, les spectateurs du parterre y étaient

1. La citoyenne Montansier réclama à la Convention 7 millions d'indemnité pour son lliéàtre rue de la Loi, dont l'ancien Comité de Salut public s'était emparé. « Sept millions pour un théâtre! s'écria Bourdon de l'Oise, dans la séance de la Convention nationale du 24 frimaire an Itl, on aurait à ce prix une escadre de sept vaisseaux! » (Journal des Théâtres et des Fêtes nationales, rédigé par une société de gens de lettres sous la direction de Ducliosal, 39 frimaire an III.) Voir aussi : Encore 7 militions pour le »rand Opéra; ça ne prendra pas ; rendez la salle à Montansier. (S. I. n. d.) Bibliothèque nationale, département des Imprimés, Vp 4583.

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