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LE THEATRE DE LA COUR SOUS L'EMPIRE

salon et l'on cause comme chez soi, isolés du reste de l'auditoire. C'est un lieu de réunion pour la société choisie, et les dames à la mode y reçoivent chaque soir une compagnie d'élite1.

A côté des théâtres publics, le théâtre de la cour reparait comme avant 1789.

A la Malmaison, en particulier, pour satisfaire au goût de la comédie, passe-temps favori de la famille du Premier Consul, Fontaine construit d'abord un théâtre portatif, qu'on installe dans une galerie près du salon. Puis, sur les instances de Bonaparte, qui lui alloue un crédit de trente mille francs, il bâtit dans la cour une salle de spectacle en planches, sans ornements extérieurs et couverte en ardoises. Elle ;i la forme d'un cercle coupé par des pans, et peut contenir environ deux cents personnes; elle possède un parterre, un rang de loges, une galerie, et n'est décorée que de toiles peintes qui recouvrent le plafond et les murs. Commencée le 22 mars 1802, la salle fut terminée le 20 avril et inaugurée le 12 mai par une représentation de la Serva padrona, jouée par une troupe italienne2.

Talma parait dans ce théâtre à plusieurs reprises : la simplicité de la salle et de la scène, dépouillées de leur appareil ordinaire, donnait à son talent une imposante majesté : « Un jour, dit un témoin, qu'il représentait des scènes à' Othello avec son épouse, il inspira la terreur jusqu'à suspendre noire respiration et nous glaça d'épouvante; la scène était si habilement jouée que chacun se croyait le témoin d'un des drames les plus terribles, et nous en ressentions les profondes émotions3. »

M. de Rémusat, comme premier chambellan de l'Empereur, est chargé de l'organisation des théâtres de la cour, et c'est aux mémoires et à la correspondance de sa femme qu'on peut demander de nombreux détails sur leur organisation matérielle4.

Napoléon a ordonné à Percier et à Fontaine de construire un théâtre

1. Henri Bouchot, le Luxe sous le premier Empire. Articles de la J'ie contemporaine, numéros du i5 août et du icr novembre 1892.

», Mémoires ^manuscrits et inédits de Fontaine, cités d'après de Lescure : le Château de la Malmaison. Paris, 1 8 G y , p. ?.65.

3. Baron Lejeune, Souvenirs d'un officier de l'Empire, t. I, p. 261.

4. Quant aux appréciations, il nous suffira de citer celle où, parlant de Talma, Mme de Rémusat déclare que Napoléon « ne sentait pas sou talent, qu'il n'avait pas en lui ce qui fait qu'on se complaît dans la représentation d'une fiction de théâtre, qu'il manquait, du reste, d'instruction pour goûter le charme des représentations qu'on organisait pour son plaisir ». (Mme de Rémusat, Mémoires, t. If, p. 358.)

LE THEATRE CONTEMPORAIN

portatif que le menuisier Bouiller transportera à volonté dans les palais impériaux. Bedel, le tapissier de Sa Majesté, en fera les aménagements, et durant tout l'Empire, aux Tuileries, à Compiègnë et à Fontainebleau, on jouera dans les salles existantes ou dans les salles d'occasion.

Souvent on donne des spectacles intimes pour la famille de Napoléon, et Mme de Rémusat nous apprend qu'Eugène et Hortense, alors « jeunes, gais et affectueux », jouent devant Bonaparte et lui apportent des bouquets à la (in de la représentation1. Plus tard, en i8o.j, Junot, Caroline Bonaparte et Pauline Borghèse donnent à leur tour une représentation privée aux Tuileries2. Enfin, en 1806, on prépare pour le retour de Nappléon, qui vient de gagner la bataille dTéria, et que Mme de Rémusat attend avec la plus vive impatience, une comédie que, dit-elle, « nous lui jouerons en famille; la reine Horten.se m'a donné un rôle avec elle et j'ai été touchée de celte bonté, que- mon cœur méritait3 ». Mme de Rémusat se considérait alors « comme de la famille Bonaparte1 ».

Dans les premiers temps, ce ne furent que des représentations improvisées. Plus tard le théâtre de la cour prit plus d'importance, et le fait le plus considérable de son histoire est la série des représentalions données à Weimar et à Erfurt, lors de la fameuse entrevue de 1808. Napoléon fit transporter à Erfurt une partie de la Comédie- Française. Des tapissiers, des peintres et divers ouvriers précédèrent les artistes, s'emparèrent de la vieille salle du théâtre du palais, abandonnée depuis longtemps et qui servait alors de grange5, ; ils la réparèrent et la disposèrent de telle façon que, du 28 septembre au i3 octobre, sauf le jour où le grand-duc de Saxe- Weimar reçut les deux empereurs dans son palais de Weimar, il y eut chaque soir une représentation0. On connaît les allusions auxquelles donnèrent lieu les fameux vers prononcés par Talma :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux, ou celui-ci :

Sur l'univers soumis régnons sans violence.

1. Mémoires de Mme de Rémusat, t. lit, p. 1 34 • ■i. Ibidem, t. III, ]>. ia3.

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