LES THEATRES PUBLICS SOUS L'EMPIRE LA MISE EN SCÈNE
Les théâtres, durant la période impériale, sont réduits à huit par décret du 2.i> avril 1807, et la mise en scène parait s'être réfugiée uniquement à l'Opéra. Aux Français, on ne pense pas encore aux soins à donner à la confection des décors. On ne retrouve dans les comptes, les mémoires ou les éditions des pièces aucune mention des peintres attachés à la scène classique. Le costume intéresse davantage. Les premiers sujets s'inquiètent de la façon dont ils paraissent devant le public. Taîma, Mlle Mars, Mlle Raueourt, se préoccupent de chacun de leurs habillements, et, malgré les modes d'alors, ils représentent suffisamment les personnages qu'ils jouent, surtout quand il s'agit de sujets tirés de l'histoire de Rome. Il est vrai que les recherches des costumiers ou des dessinateurs ne les amenaient pas toujours à l'exactitude des costumes.
Pour donner un habillement exact au personnage d'Hamlet dans la pièce de Ducis, Garnerey, alors dessinateur principal des théâtres, eut l'idée de faire des recherches en Danemark et dans les pays allemands limitrophes, où la tradition avait dû conserver au héros de Shakespeare son costume original. À cet effet, il se procura les portraits des acteurs qui jouaient Hamlet à Hambourg et à Copenhague. Or, dans ces villes, le prince danois, loin d'être vêtu à la façon des princes Scandinaves, apparaissait sur la scène avec un costume tout noir de capitan espagnol du xvie siècle. Garnerey, sans s'en douter, habilla à son tour Hamlet en Philippe H ou en Spinola, persuadé que, par ses recherches si bien dirigées, il avait réalisé un prodige d'exactitude!1
1. Voir les gravures des théâtres de Garnerey, Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes (œuvre de Garnerey).
LE THÉÂTRE CONTEMPORAIN
Le genre de représentations que l'on donne aux Français ne comporte guère de mise en scène spéciale, el l'on ne peut signaler qu'un essai de reproduction de scène historique dans une pièce qui n'eut du reste aucun succès, la tragédie de Gyrus, dans le cinquième acte de laquelle Chénier avait, sur l'ordre de Napoléon, assez fidèlement représenté la cérémonie de son couronnement1.
Aussi, ni l'élude du Théâtre-Français, ni celle de l'Opéra-Comique, des Italiens, du Vaudeville ou des Variétés, ne nous apprendrait rien de nouveau sur la mise en scène. Il faut diriger uniquement nos recherches du côté de l'Opéra.
Le gouvernement consulaire avait appelé à la direction de cette scène un ancien Conventionnel du nom de Bonnet de Treiches. C'était un administrateur habile, comme le montre le fait suivant. Durant les dix dernières années de la monarchie, l'Opéra avait tous les ans un déficit moyen de 362 ooo livres; de 1800 à i8oG, Bonnet de Treiches réduisit ce déficit à une somme moyenne de 5oooo livres, bien qu'en une seule année (l'an XII) il eût dépensé 1 336 000 francs de décors et de costumes, acquitté 60000 francs de droit des pauvres et pavé l'arrérage des pensions des anciens sujets, charge qui incombait autrefois à la cour5.
Bonnet de Treiches se préoccupa sans cesse de la mise en scène. En prenant possession de sa place, il trouvait un service de décoration tout organisé : Protain, ancien membre de l'Académie d'Egypte, en qualité de dessinateur attitré de l'Opéra faisait les maquettes, qu'exécutait en grand un peintre du nom de Boequet (de cette tribu des Bocquct qui comptait déjà des peintres du roi en 17163). L'Opéra avait encore comme décorateurs les frères Degotti cl Mœnch père et fils, artistes adroits et diligents dans l'exécution des peintures. Berthélemy, peintre et archéologue, déjà connu par le tableau du Dévouement (TEustache de Saint-Pierre, composait les costumes, en attendant que Ménageot et Carnerey vinssent, durant l'Empire cl la Restauration, en dessiner un certain nombre.
La représentation d'Ossian ou les Bardes, opéra de Lcsueur, qui