Les Aides, édit. de i
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sonnifie L'Église catholique. Dans la cour du palais de Bruges, nous apprend-il lui-même, se trouvait « un grand pélican qui se donnoit en la poitrine, et en lieu de sang qui en devoit partir, en sailloit hvpocras qui tomboit dans une manne d'osier si soubtilement faite que rien ne s'en perdoit, mais en pouvoit chacun prendre ce qu'il plaisoit ».
Moutons qu'à Rouen Charles VII trouva à l'une de ses entrées une fontaine formée d'un bélier représentant les armoiries de la ville, dont le vin lui saillait par les cornes, qui étaient toutes dorées1.
A Bourg, on fit mieux, en ijoi, pour recevoir Philibert le Beau, puisqu'on représente une jeune fille d'une taille gigantesque « laissant échappe)' par ses deux mamelles de métal colorié deux jets de vin qui tomboit dans un bassin ». On remplaçait adroitement à certains moments le vin écoulé pour que les seins de la jeune personne fussent à jet continu2. On renouvelle dans la même ville en i54i pour le galant François Ier une représentation identique d'une pucelle en plomb « jettant vin par ses mamelles3 ».
Les ligures de Bruges nous montrent encore des spectacles de forme bizarre, représentant des ciboires gigantesques ou des théâtres affectant la silhouette d'un cœur ouvert comme une armoire à deux battants, dans lesquels sont des personnages; la ville de Paris avait fait construire quelque chose d'approchant pour la réception de Claude de France.
Chacune de ces décorations est représentée, sur les gravures, éclairée par les rampes de cierges allumés, fichés verticalement au centre d'un plat d'étain qui empêche la cire fondante de tomber sur les spectateurs. De distance en distance des lustres de quarante cierges, avant six pieds de haut chacun, placés en cercle, sur des armatures à trois étages de forme conique, sont accrochés par des cordes attachées aux toits des maisons et pendent au milieu des rues.
Comme les spectacles des entrées relevaient du théâtre et en étaient une émanation, ils en suivirent exactement les modifications successives. \u xiv0 siècle, le drame liturgique règne en maître au théâtre avec les fabliaux dans la littérature; à cette époque, la fête de Philippe le Bel représente la Passion et la fable du Renard; ensuite les drames liturgiques prennent plus d'importance avec la Confrérie de la Passion; toutes
i. Godefroy, Cérémonial français, i. V, p. 662, d'après Monstrelet, année 1 449a. Jules Baux, Histoire de V église de Brou, Lyon 1884, P- 28.
S. Revue de la Société littéraire et historique du département de l'Ain, 6' année, 1 877, p. 164. Article i!<- M. Ét. Milliot.
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les entrées représentent alors la vie de Jésus-Christ ou des scènes de la vie des saints. Lorsque les Moralités se développent, on les voit, sur les tréteaux de la rue Saint-Denis, apparaître en même temps que les spectacles historiques. Les allégories figurant dame Justice, dame Tempérance offrant des vœux au souverain, sont une pantomime de moralité, tandis que la prise de la bastille de Dieppe rappelle le drame patriotique et historique du Mystère du siège d'Orléans ou de la bataille de Castillon. Lorsque les représentations religieuses s'effacent, les allégories ou moralités prennent plus d'importance, mais le caractère des figurations scéniques change : on remplace les personnages vivants par des mannequins à figure de cire, qui tiennent à la main
Grue artificielle jetant du vin par le bec.
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dos rouleaux sur lesquels est écrit ce qu'ils représentent ou ce qu'ils sont censés dire : c'est la fin des pantomimes ou des dialogues fort courts des entrées du moyen âge. A la fin du xvic siècle, les spectacles disparaissent complètement, cédant la place à des peintures en trompel'œil habilement placées au milieu d'arcs de triomphe ou de décorations construits pour la circonstance.
A Bruges, on vit pour la première fois les portiques et les arcs de triomphe; ils sont en plâtre ou en stuc appliqué sur des charpentes et sont couverts de décorations en relief de style italien du commencement du siècle. (Iliaque décoration s'enlève en or sur un fond de couleur.
Leur apparition à Paris suit bientôt; et ils s'implantent même d'une telle façon dans toute l'Europe que partout ils détrônent les autres divertissements des entrées ou des réceptions royales, qui au xvne siècle n'ont plus de caractère scénique1.
Si l'on voit encore quelques personnages figurer dans les entrées, en province, jusqu'à la fin du xvie siècle, ils y tiennent lieu des statues, qui eussent été plus coûteuses pour les municipalités. Du reste, Paris terminant, avec l'entrée d'Eléonore d'Autriche, les grandes représentations à spectacles, les autres villes cesseront peu à peu également, et au xvue siècle aucune trace de ce genre de réjouissances n'existera plus en France. Cependant il est à noter que dans certaines villes de Flandre, les Mystères mimés ne disparaissent pas totalement. A l'occasion de diverses cérémonies religieuses, telles que la Translation des reliques de saints, on assiste à des représentations tout à fait identiques à celles des entrées royales du moyen âge. Ainsi le 3 septembre i634, à l'occasion (le l'arrivée des reliques de Vicoigne à Valenciennes, on représenta le Mystère du martyre de sainte Cordule, « non pas en peinture, ni aussi par manière d'action vocale, mais tout au naturel, par des personnes muettes », sur un théâtre mesurant 1 1 pieds de long sur (S de large et autant de hauteur. On décapitait sainte Cordule avec feinte de sang, tout comme deux siècles auparavant. Mais cette représentation est une des dernières manifestations des spectacles mimés et de leurs vieilles traditions. Les promenades de géants et les réjouissances populaires en Flandre avaient déjà, du temps de Fouis XIV, le caractère qu'elles ont encore aujourd'hui et qu'on a pu
1. Les frères Parfait, Histoire </u Théâtre /'ram ais, 1. H, p. 149.
admirer récemment dans les fêtes somptueuses par lesquelles la ville de Lille a célébré le glorieux centenaire du siège de 17921.
De cette étude il semble que l'on puisse tirer plusieurs faits de nature à éclairer d'un jour nouveau les mœurs et l'esprit général du théâtre au moyen âge.
C'est ce que nous nous efforcerons de faire en concluant.
Nous sommes tellement habitués à voir, dans les tapisseries et les miniatures du moyen âge, les personnages de la Bible vêtus à la mode du xive et du xv° siècle, qu'il nous paraît tout naturel qu'on représente le roi Assuérus et sa cour sous le costume de Charles VII ou de Louis XII. Les scènes de l'histoire romaine au contraire, moins souvent figurées durant ces époques, sont demeurées gravées dans notre mémoire sous les traits de l'école académique du commencement du siècle. Pour nous, Romulus se personnifie dans le guerrier coiffé d'un casque et vêtu d'un baudrier que David a représenté au centre du tableau de Y Enlèvement des Sabines. Les sénateurs romains ne nous semblent pas pouvoir être différents des rigides personnages qu'ont dessinés dans leurs tableaux Girodet et Lethière. Aussi n'est-ce pas sans sourire que nous les contemplons, vêtus comme des échevins ou des prévôts.
Et cependant le costume qu'on leur prêtait alors ne devait pas beaucoup plus s'éloigner de la vérité que celui que leur ont donné au commencement du siècle les peintres exclusivement amoureux du romain.
N'est-ce pas là une preuve qu'au théâtre et même dans l'art tout est convention? Ce qui parait naturel à un moment ne l'est plus à l'autre. Ainsi il nous serait impossible de représenter aujourd'hui des Romains ou même des personnages du temps de Louis XIV en costume moderne (habit ou redingote); et cependant ce procédé fut en usage jusqu'à notre époque, où s'est développée une science presque inconnue aux siècles passés : l'archéologie.
Il faut, aujourd'hui que tout le monde a quelque notion de cette science, ne pas représenter sur la scène ou sur des tableaux des choses trop invraisemblables. Il faut tenir compte des découvertes récentes des historiens et des archéologues et s'efforcer, autant qu'on le peut,
I. Voir Hécart, Recherches historiques, bibliographiques, critiques et littéraires sur le théâtre de f^alenciennes, Paris, 1816, p. 5.
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de restituer les milieux anciens tels que notre éducation nous a habitués à les concevoir.
La raison d'être de la mise en scène est d'expliquer la pièce aux spectateurs en les empoignant et en les charmant; elle devra, pour accomplir cette tâche, se conformer aux règles que nous venons d'indiquer.
Dans les Mystères parlés ou mimés, on représentait sur les théâtres ou les tréteaux des personnages de l'antiquité ou de la fable avec des costumes du xve siècle; ces costumes étaient riches, et les yeux en étaient ravis. Cela suffisait, car la vraisemblance importait peu alors.
Le succès était complet : que pouvait-on désirer de plus?
La vue demande autant que l'esprit à être satisfaite du spectacle, et, quel que soit le genre de la pièce, le plaisir est plus grand à voir sur la scène une jeune et jolie personne, élégamment habillée, qu'une vilaine femme mal arrangée.
Tel est le principe des conventions successivement adoptées pour la décoration et le costume de théâtre, aussi bien au moyen âge que de nos jours.
La confirmation de cette théorie se trouve encore dans la figuration des ouvriers qui sont représentés venant offrir leurs hommages au souverain. Que de fois n'avons-nous pas entendu dire, à propos des dernières décorations de l'Hôtel de Ville, que pour représenter les différents corps de métiers de la ville de Paris, il y aurait lieu de les faire figurer dans leur costume de travail, c'est-à-dire avec la blouse et la casquette! Les deux ouvriers qui offrent, au xvc siècle, leurs vœux à Anne de Beaujeu ou à Claude de France, ne sont-ils pas la preuve de la justesse de cette théorie artistique, dont la mise en pratique ne serait que la continuation d'une tradition admise même au plus beau temps de la monarchie et de la féodalité!
Que l'on examine les choses de plus près, on constatera qu'au xve siècle, toutes les figurations décoratives d'ouvriers les représentent vêtus d'habits de leur temps; mais, loin d'être des vêtements de travail, ces habits sont des costumes riches, comme ceux des figurants de Mystères. Si l'on voulait suivre à la lettre la tradition de la municipalité parisienne, on devrait représenter, dans les arts plastiques, les ouvriers d'aujourd'hui vêtus à la dernière mode, comme les habitués de cercles élégants : une truelle et un marteau indiqueraient seulement qu'il s'agit d'ouvriers et à quel corps de métier ils appartiennent.
Combien ne rirait-on pas de cette représentation, qu'on qualifierait d'absurde, et qui, en i5o5, paraissait naturelle!
Le tbéâtre, quel qu'il fût, Mystères ou Pantomimes d'entrée, Moralités satiriques ou comiques, était la fête du peuple par excellence. Comme dans les Saturnales de l'antiquité, les bourgeois et les ouvriers se costumaient en princes ou en rois pour paraître sur les plancbes ou pour accompagner le souverain dans son cortège, et ce jour-là ils se croyaient réellement être les personnages qu'ils jouaient; il n'y avait pas de frein pour régler ce besoin de luxe. Le figurant qui représentait un valet ou un soldat revêtait, sans crainte des critiques, un habit de prince et se couvrait des joyaux empruntés aux plus riches trésors d'église. La mesure était nulle sur ce point, et c'est là un des traits saillants de l'époque dont nous venons de nous occuper.
PIÈCE JUSTIFICATIVE