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ET SES CONDITIONS MATÉRIELLES D'EXISTENCE

AU XVP SIÈCLE

Le moyen âge a eu son théâtre : le drame religieux ou chevaleresque, dont la caractéristique est la mise en scène. La Renaissance n'en aura pas à proprement parler; elle sera l'époque de gestation où les éléments scéniques nouveaux et incomplets s'essayeront et se perfectionneront pour former, après bien des efforts, le tout complet qui, au siècle suivant, deviendra la comédie et la tragédie françaises.

Deux révolutions intellectuelles séparent le moyen âge de la Renaissance : la première a produit la liberté de penser, la seconde a donné naissance à la vie des relations, d'où est sortie la politesse, qui semblait n'exister qu'à l'état de germe au moyen âge.

Par suite de ces évolutions, le théâtre se modifie conformément à la marche progressive des idées et des habitudes. Au lieu d'être un spectacle fait uniquement pour régaler les yeux, il s'adresse à l'esprit sans se préoccuper de satisfaire les sens.

Ce premier changement s'opère brusquement, d'un seul coup; tandis que la modification de la forme, qui tend à rechercher dans les pièces de théâtre les convenances et l'élégance du style, plus longue à s'effectuer, ne devient définitive qu'à l'arrivée de Corneille.

Est-ce à dire que, depuis François Ier jusqu'à Richelieu, le théâtre soit resté dans les mêmes errements, que ses conditions d'existence matérielle et que ses productions aient été les mêmes durant cent ans?

Non. Quoique les historiens et les critiques aient représenté la scène

LE THEATRE AU XVIe SIÈCLE.

française comme n'ayant pas varié depuis la fin des Mystères jusqu'à Corneille, et n'en aient jamais fait qu'un tableau uniforme pour tous les moments de cette durée d'un siècle, nous croyons cependant qu'elle présente deux périodes différentes : l'une qui dure de la fin des Mystères jusqu'à la Ligue, la deuxième qui va de l'avènement de Henri IV jusqu'au ministère de Richelieu.

La première de ces périodes, celle qui appartient au xvie siècle, s'ouvre avec le prononcé de l'arrêt du Parlement de 1 548, qui, prohibant les Mystères, donne la date officielle de la fin des spectacles du moven âge et du commencement du théâtre moderne. Cette décision judiciaire n'a pas seulement comme conséquence la disparition lente et successive du drame liturgique, elle est encore la cause déterminante du développement des divers genres du théâtre qui, à la fin du règne de François Ier, n'existaient qu'à l'état d'essais.

Quelque naïves et grossières qu'aient été les représentations du drame liturgique, elles n'en avaient pas moins eu, dans la capitale et dans les provinces, un succès considérable. De purement religieuses, elles étaient devenues le plus souvent licencieuses, contenant parfois des allusions à des faits d'actualité, et plaisant à la foule par ce côté particulier; aussi avaient-elles développé chez toutes les populations l'amour et le besoin du théâtre. De plus, les Soties ou pièces satiriques avaient, dans le milieu intellectuel d'alors, qui pressentait une révolution morale prochaine, pris une importance considérable, et elles produisaient sur l'opinion publique, parmi les gens instruits, des effets que l'on peut comparer à l'influence que la presse exerce sur les esprits dans notre siècle.

Le théâtre était donc devenu indispensable, et le drame religieux, atteint par la justice et encore plus par le mouvement des idées qui se portait ailleurs, dut peu à peu disparaître, ainsi que les Moralités et les Soties. Les Farces, au contraire, continuèrent, et la Comédie de caractère prit naissance, pour atteindre au xvne siècle son développement complet.

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