Volume LI
5. On sait que l'atelier du fameux ébéniste Charles Boule lut détruit dans un incendie, le 3o août 1720. A la suite de cet incendie, Boule rédigea un mémoire adressé au roi à l'effet d'obtenir de lui une indemnité. A ce mémoire était joint l'inventaire des objets qui avaient été détruits. Entre autres se trouvaient deux cent soixante-quinze figures coloriées dessinées par La Belle et représentant toutes sortes de dessins pour ballets et opéras. Ce volume, en format d'in-folio moyen, avait appartenu àHesselin. (Papiers de Decotte, Bibliothèque nationale, mss. fonds fr., supplément, n° 272/1., et Archives de V Art français documents, t. IV, p. 334 et 4°'%
PIÈCE JUSTIFICATIVE
dessins conservés par Hennin sont ou une épave du recueil autrefois possédé par Boule, ou bien les débris de quelques recueils reproduisant des costumes divers de ballets quelconques, réels ou de fantaisie, compositions ou reproductions exécutées par quelque peintre assez habile.
Outre ces libretti complets, retrouvés et classés ensuite, on avait conservé, au fur et à mesure qu'on montait un ballet, 1rs dessins de costumes et les maquettes de décors exécutés à chacune de ces occasions. Mais personne ne s'était préoccupé de leur classement ni de leur conservai ion. Empilés confusément, beaucoup d'entre eux avaient disparu pour toutes sortes de motifs. Lorsque en i ^ '( 8 Papillon de la Ferle fui appelé à la direction des Menus Plaisirs, il crut devoir réunir en volumes tous ces dessins dépareillés. Il chargea de ce soin un de ses employés du nom de Lévèque. Celui-ci, fort embarrassé sans doute pour classer méthodiquement cette masse de dessins, les colla au hasard dans divers registres.
Il en résulte que quand on retrouve aujourd'hui quelqu'un de ces registres, on ne peut dire à quel ballet appartenaient les dessins de tel ou tel costume ni quel était le personnage qui devait s'en vêtir.
Quand arriva la Révolution, ces différents dessins, réunis en registres ou encore en feuilles volantes, furent pour la plupart mis à l'encan.
Aussi les retrouve-t-on dispersés dans différentes collections publiques ou privées. Il y en a actuellement cinq volumes reliés en vieux veau marbré aux armes des Menus Plaisirs aux Archives nationales1, et un volume relié de même à la bibliothèque de l'Opéra. Ils contiennent principalement des maquettes de décors, des costumes et des dessins d'appareils de machinerie. On y trouve également des projets et des plans de buffets pour des collations ou des arrangements de salons pour des concerts et des balss. Le baron Edmond de Rothschild en possède quatorze volumes qui] a récemment acquis en Angleterre, où ils avaient été reliés à nouveau au commencement de ce siècle. La collection Rothschild renferme, connue celle des Archives nationales, des suites de décors, de costumes et de machineries dont les plus anciennes remontent à l'époque du ballet des Polonais, en i ; on peut les attribuer à Jacques Patin ou à des peintres contemporains ; les plus modernes sont de la lin du règne de Louis XIV. Bon nombre de ces dessins semblent être de la -main de Gisse\ ou de Bérain. L'un d'eux représente même le portrait de Louis XIV costumé pour un des ballets donnés vers iGGj. Le duc d'Aumale possède également un volume de costumes de ballets qui correspondent tous à la période de la majorité de Louis XIV. Enfin M. de Villeneuve a dans sa magnifique bibliothèque un album où sont des dessins se rapportant au règne de Louis XIII.
Bien que nous n'avons pas à nous occuper des ballets dansés plus tard sur les petits théâtres du temps de Louis KV, nous devons signaler ici que les registres des Menus Plaisirs relatifs à celte époque sont plus nombreux. La collection du baron ïaylor en comptait à elle seule plus de dix volumes.
L'étude de ces différents registres de dessins relatifs au xvie et au xvue siècle est d'autant plus intéressante (pie. sans eux, il serait impossible de connaître les mille détails de mise en scène qui oui un si \if ail rail pour nous. Ces détails ne s'appli-
a. La Bibliothèque nationale (cabinet «les Estampes) possède un recueil coté Tb'-j- provenant de la collection Destailleur. Le catalogue en a été dressé et publié par M. Courboin dans les Mémoires île l'histoire de Paris. Un autre recueil coté O" J6 contient aussi un certain nombre de dessins qui sont entrés à la Bibliothèque a une époque indéterminée. Ils datent tous du temps de Louis XIII et de Louis XIV. Un seul, représentant un costume de Turc, est du xvm° siècle. MM. de Concourt et Achille Devéria possédaient aussi des albums analogues.
BIBLIOGRAPHIE DES BALLETS
quent pas seulement au théâtre de la cour, ils nous donnent des notions générales sur ce qu'étaient les théâtres publics; car on sait que l'Hôtel de Bourgogne, pas plus que le théâtre du Marais, n'ont laissé de ■ monuments graphiques qui suppléent à ces recueils des Menus Plaisirs; ils étaient d'autant plus importants à signaler que, malgré le grand nombre d'ouvrages parus sur le théâtre, les monuments graphiques paraissent avoir été fort dédaignés, sinon tout fait ignorés, des divers écrivains qui se sont occupés d'art dramatique.