Malone, op. cit., p
2. Elle est reproduite daus Rudolph Gênée : Die Entwickelung des scenischen Tltealers und die theatralischc Reform im Munich. Sluttgard, 1889, p. 29.
3. Duchesse Welster of Malfy, 1623. Ce rideau était nécessaire dans la pièce de Roméo et Juliette (en 1597.)
LE THEATRE A L'ÉTRANGER
anglaise comme La Ligue en Fiance avait l'ail fermer d'office toutes les salles de spectacle de Londres). Mais peu après sa réouverture le Redlmll disparut, laissant le champ libre à de nouvelles installations plus confortables, et reprenant la destination primitive de maison particulière qu'il avait au moment de sa construction1.
Dès le xvii° sièele, les balcons ou galeries des théâtres en bois ont, comme en France, des séparations qui forment des loges; la scène est fort peu élevée au-dessus du parterre; avant la représentation, on la parsème de joncs et d'herbages coupés dans les marais qui bordent la rivière', et dans les grandes occasions on couvre le plancher de nattes. Le rideau s'ouvre à un signal donné par une sonnerie de trompettes, en glissant horizontalement, comme les rideaux français de la même époque. Enfin, détail humoristique, il y a clans le parterre du Globe, le théâtre dont Shakespeare est directeur, une immense cuve d'épaisse bière anglaise où chaque assistant peut venir puiser à satiété3. Les femmes qui vont au spectacle, dans les loges, se cachent La ligure du traditionnel masque de velours, et elles fument la pipe durant la représentation4.
Au Globe, dans les loges, il y a des escabeaux, tandis que le parterre ne renferme aucun siège. L'habitude pour les grands seigneurs et les élégants de s'installer sur la scène, où ils apportaient des tabourets, est plus ancienne qu'on ne le suppose. Elle existait déjà du temps de Shakespeare, et elle semble avoir été importée d'Allemagne*. Les spectateurs se plaçaient non seulement sur les côtés de la scène, mais aussi en arrière des acteurs, ce qui naturellement nuisait à l'installation des décors. C'est donc d'Angleterre qu'est venue en France la déplorable habitude, si en faveur à la fin du xvnc siècle et au commencement du xvui% de permettre aux privilégiés d'accaparer la plus grande partie de la scène. En 1GG0, on se servait encore de tapisseries tendues. Les décors proprement dits à châssis et fermes eussent été d'un emploi impossible, à cause du balcon situé au fond de la scène et des rangées de loges qui la contournaient. Ils ne furent inaugurés que par Davenanl lors de la restauration des Stuarts.
i. Contant et Philippi, Parallèle des principaux théâtres modernes de l'Europe et des machines théâtrales. Paris, 18G0, préface.
■}.. Malone, op. cit., p. y5.
5. Philarète Chastes, Etudes sur Shakespeare, p. S(i8. 4. Ibidem.
h. Voir Devrient, Geschichte der deutschenSchauspielkunst, Leipzig, 1 84 0 , 3 vol., t. t, p. 114.
LE THEATRE EN ANGLETERRE
Davenant envoya vers 1G60 en France l'acteur Chatterton pour étudier à l'Hôtel de Bourgogne et au Marais l'emploi des décorations mobiles, des machines et des procédés dont on usait dans l'agencement de la scène, en un mot pour se rendre compte de tout ce qui constitue L'art décoratif du théâtre. Pour la première fois, l'application de ses ('■tildes fut faite en [662, dans la représentation du siège de Rhodes, au théâtre de Lincoln s-Inn-Fields, où apparut comme une nouveauté une décoration mobile appropriée â la pièce1.
Au xvie siècle, il y avait seulement des terrains imitant des bois, des figurations de constructions ou de meubles. On mettait des écriteaux sur la scène, non pas, comme on l'a dit souvent, pour indiquer ce que devait simuler le décor, mais pour dire que tel terrain avait une signification déterminée. Ainsi, on piaulait sur une maison ou sur le simulacre d'une maison un écriteau indiquant qu'elle était le palais de tel ou tel seigneur ou l'habitation de tel particulier. Quelquefois l'acteur commençait par dire où l'on se trouvait, et, à cet égard, le témoignage de Sidney est formel. « Ainsi, dit-il, devant ces tapisseries on voit trois grandes dames se promener et cueillir des fleurs : cela signifie qu'on est dans un jardin2. »
Ces tapisseries mêmes, à en croire les auteurs contemporains, n'étaient guère que des loques et non des chefs-d'œuvre de la Flandre ou de l'Italie. C'étaient des toiles quelconques accrochées par des anneaux et sur lesquelles avaient été grossièrement peints des pavsages ou la vue d'une cité quelconque3.
Suivant l'usage antique des théâtres de la Grèce, on tendait le fond de la scène de voiles noirs lorsqu'on devait y jouer une tragédie'*. On voit qu'on obtenait de la couleur locale à peu de frais.
Avec des charpentes de bois et des toits de chaume, les théâtres anglais étaient destinés â être fréquemment incendiés.
Le Globe brûla le 29 juin i6i35, la Fortune en 1621, Blackfriars
1. Malone, op. cil., p. io;J, et prologue the Second Part of the siège de Rhodes, i6G3.