‹ Essai sur l'histoire générale du ChristianismeChapitre 1 sur 20 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

En publiant cet ouvrage , mon dessein est de passer en revue les époques capitales qui me paraissent former Thistoire générale de l'Église , de rapprocher l'indication sommaire des dogmes, des faits historiques de chaque siècle ^ et de parcourir rapidement les périodes de cette grande destinée, qui a commencé avec le christianisme. Tous les changemens de cette seconde édition ont été dirigés dans ce sens.

Le mome'nt actuel me semble favorable, et peut-être il ne sera pas inutile de dire quelques nlots sur le plan et sur l'opportunité d'un tel travail.

Là position philosophique et religieuse de notre pays devient de jour en jour plus grave et plus intéressante; De toutes parts se montre le goût des solides recherches historiques , des connaissances positives , et eni général le besoin des faits. Les divers états politiques que nous venons de traverser n'ont légué à notre temps aucune ' idée exclusive et intolérante-, aucune opinion qui ne soit l'objet d'un examen judicieux et d'un

woftsoiuiï'st;

triage sévère. Les préjugés du régime impérial ^ quoique presque contemporains , se perdent , 8*effacent Les souvenirs de l'ancien régime , caressés par quelques vieiliards, sont réfutés de jour en jour par Téridence des résultats du régime nouveau. On sent de plus en plus que Toppression mène à la barbarie, et que la misère est à la fois la condition et le châtiment de la servitude. D'un autre côté , les traditions violentes de la république sont amorties « et la génération actuelle a peine à concevoir que l'on ait pu se laisser entraîner à des mesures si atroces par des mots si sublimes.

De ces divers héritages politiques , une philosophie étrange et bizarre est née. Elle a moins de profondeur que de justesse ; elle est moins théorique que pratique; elle est moins de la science que de l'instinct. Les hommes d'aujourd'hui déploient plus de moralité que leur théorie ne montre de lumières.

A plusieurs reprises , dans l'histoire, le même fait s'est présenté. Souvent , et à des degrés très-divers de son développement , l'homme a montré des actions très^lifférentes de ses théories, et qui étaient loin d'être en rapport avec elles. Ainsi , du temps de la réformation , les peuples étaient situés comme aujourd'hui : qu'on me passe l'expression , ils ne savaient où ik en étaieiU. Luther assaillit l'antique théocratie romaine avec

PREFACE. Ytj

les armes les plus extraordinaires , et entre autres avec le dogme mystique du non-'rnérite absolu des œui^res morales devant Dieu, et son siècle se conduisit précisément dans un sens opposé; il montra sous sa bannière les œuvres les plus fortes et les plus héroïques. De même, aujourdliui , en France 9 les âmes courbées sous une philosophie sensuelle , desséchées par une croyance matérialiste , peu convaincues de la Providence et peu inquiètes de l'immortalité , montrent cependant une ardeur de justice ; un désir de légalité, un enthoi^iasme de principes, qui atteste qu'il a éclaté au fond des cœurs une révélation individuelle et mystérieuse de leur digàité. ' '

En France , aujourd'hui , on est aussi bon patriote que mauvais croyant. Notre conduite est plus élevée que notre conviction^ et notre action politique est infinitnent supérieure à nos systèmesw En un mot, il n'y a point en nous de théorie qui soit pleinement suffisai^te à rendre compte du' dévouement à la chose publique^ et de quelques éclairs de courage civil.

En général , il me semble que l'on peut re^ connaître , en étudiant l'histoire , ei surtout en examinant l'influence des idées théôlogîques, que très-souvent rhomme se conduit tout autrement qu'il ne croit. Il s'en faut de beaucoup qu'il y ait équation entre ses idées et ses actes.

C'est une des grandeurs de l'homme dé pou-

YHJ PAEPACt.

voir se montrer ibconséquent , parcèque c'est sa liberté qui lui permet d'être aussi iofidèle à Itti-ittêroe.

C'est ainsi que de cette philosophie , rédigée en Maximes y par LcuudiefoucauU , il ne suit pas que ce penâeur fut nécessairement faux ami, effronté suborneurt et vil courtisan.

Tout au contraire, notre ame est ainsi faite qu'elle est très-souvent supérieure à sa pratique , et qu elle ne fait que soufirir avec remords ce que nous croyons qu'elle approuve. Flamme saute et pure , eNe resplendit encore quaml * autour d'elle tout est souffrance , exception et ruine*

C'est le contraire qui est arriv4^ en France. Les faits et \e^ actes valent mieux que les croyances , qui sont* très-incertaines , et qui ne savent où fie fixer. yit"On jamais dans aucune société d'hom* mes, plus de zèle politique et moins de prin-» cipes arrêtés, plus de respect pour l'ordre et moins de système , plus de mœurs et moins de foi. De là , ces chocs d'opinions , ces mutations subites , ces antécédens annulés , cette attraction qui s'est exercée à leur insu sur. tant d'hommes , qui , par des chemins contraires , ont fini par se rendre au même point s situation heureuse et grave , qui réclame toute l'attention des philosophes.

Si le caractère de notre temps semble être cette indépendance de toute théorie , des consi-

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