QUELQUES APPLICATIONS DE NOTRE THÊOBIE RELIGIEUSE
Toujours la philosophie doit marcher de pair avec l'histoire: mais dans les principes précédemment exposés , que les faits ont paru confirmer, on ne voit en- ,core qu'une pure théorie. Cependant toute philosophie .doit fournir des applications directes aux intérêts de la société : il faut que ces applications puissent convenir à tous les tenaps et à tous les pays; il faut qu'ils .soient de telle sorte , que les générations futures puissent bien en reviser les formes extérieures » mais ja*maisen changer le fond et la base. Quelque plausible qu'un système paraisse , il faut l'abandonner sans re* gret, dès l'instant qu'on s'aperçoit de l'impossibilité d'en tirer des conséquences qui réunissent les deux conditions d'assurer le bonheur de l'homme, et d'être compatibles avec sa dignité. Il ù'est plus permis aujourd'hui de proclamer fastueusement des théories , et ensuite de les oublier au fond des écoles. On exige qu'elles soient transportées dans le monde , et l'expérience doit être leur juge. Sous ce rapport , l'esprit de notre temps se montre inflexible, et les systèmes bien évidemment applicables à la pratique sont les seuls qui obtiennent un moment d'attention. Ce trait de l'esprit qui règne
97S BS8AI SVB l'uISTOIBE oilliRALB
HiaiateBant est le résultat de Tobservation , aussi bien que du simple boir sens. Une longue expérience a démontré que les peuples chez lesquels les droits naturels de l'homme sont respectés jouissent constamment d'une mesure de bonheur et d'aisance que ne connaissent jamais les peuples asservis. Partout on voit la liberté se récompenser elle-même , et ce n'est plus aujourd'hui un fait douteux, que les souverains qui ont l'honneur de gouverner selon les lois des hommes libres » possèdent infiniment plus de pouvoir, de moyens de ressources , de richesses , que ces despotes qui commandent à des vils troupeaux et dont les esclaves sont ignorans , faibles et misérables, par cela seul qu'ils sont esclaves.
Il serait inutile de beaucoup insister sur la liaison
évidente qui efxiste entre les lois fondamentales de la
pensée et les devoirs que la conscience impose» Que
l'homme possède un sentiment» un instind^/unefa*
culte morale » semblable dans tous les Ages et dans
tous les pays , absolument indépendante du degré de
latitude sous lequel il est né, de la couleur de sa peau ,
de l'éducation qu'il reçoit , des premières habitudes
qu'il contracte^ c'est un fait que toute l'histoire et
toutes les obs^vations concourent à démontrer. Ce
sentiment mo^ral » universel et immuable , est le point
de départ et la base de toute philosophie pratique. Après
cela ^ il est évident que l'homme , s'il réfléchit à ses
facultés, à ses actions et aux raisons qui le font agir,
peut reconnaître à l'instant qu'il est are libre. Il sent
par&îtemet»t qde ses facultés, d'abord celle du vrai.
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hV CBRISTUNISHE. 9 79
source et juge de toutes ses connaissances en général; ensuite celle An juste , source de toute idée morale ; enfin celle du b&au^ source du plaisir que procurent les art9 » sont également libres dans leur action , et subordonnées en toute circonstance à la volonté de l'être » qui se sert de ses facultés pour juger les impressions qui lui ^ont transmises de l'univers ejLtérieur. De plus, il sent que la libre action de cette volonté venant à être arrêtée » il en i^ésulte constamment un sentiment d'humiliation et de peine. En y réfléchissant bien , on trouve que la liberté morale est la source dn plaisir rationnel. L'homme se voit entouré d'êtres moraux possédant des facultés semblables » et qui » sous ce rapport , sont en tout point identiques avec lui-même; et comme il sent par son expérience personnelle qu'il est de l'essence de ses facultés d'être indépendantes dans leur action , il respecte dans ses rapports avec chacun des membres du genre humain l'indépendance des &cultes dont ils jouissent tons , avec d'autant plus de scrupule et de raison^ qu'il tient davantage à la liberté des siennes (i). Ainsi» de notre ame, comme centre
(i) U me semble que la morale peut se re'duire a ceci : se consulter soi-même et se reconnattre être libre; voir que toutes les fois que cette liberté' est aoéuntie , il s'ensuit douleur morale ; ensuite se reconnaître entoure d'êtres possédant les mêmes facttlt<fe; s'assurer que partout Fessence de ces Ciiculte's est d'être libres , et que partout de leur contrainte naît du déplaisir, ensuite, pour ne pas contrarier cette loi de la liberté de la pense'e , que l'on commence par reconnaître en soi , respecter chez les autres une facultë analogue a celle que l'on possède , et dont la liberté «st inse'parable du bonheur.
s8o BSSAI SVR l'histoire ciNÊRALB
d'actictn libre , nous décrÎTons une circonférence infinie, qui comprend dans sa sphère d'action libre, les droits et les mouvemens de tous les êtres moraux dont l'assemblage forme la grande famille des hommes. — On voit que c'est par la connaissance de ses facultés et par l'instinct de leur libre exercice (ce qui constitue lès droits) , que l'homme est amené à respecter chez les autres le même besoin d'indépendance ( ce qui con- 'stitue les devoirs). Nous arrivons naturellement alors à cette conclusion importante , que non-seulement les droits et devoirs sont inséparables, mais dérivent l'un de l'autre, de sorte qu'il suffît que l'un soit ébranlé, pour que l'autre périsse auss| par une conséquence nécessaire.
^n général, il faut remarquer que le sentiment de la bienfaisance et de la philanthropie se lie constamment à l'idée de sortir de soi-même , et de répandre au milieu du monde les sentimens dont l'ame morale est pénétrée : vivre pour soi , c'est contrarier ce caractère expànsif; c'est tomber dans l'égoïsme , et l'égoïsme est lê défaut des gens qui n'ont aucune vertu. Voilà pourquoi cette manie de la solitude , née dans l'Orient sous l'influence de systèmes religieux qui exaltaient surtout l'imagination , non-seulement est le fléau des Etats , sous le point de vue de l'intérêt politique, mais encore est directement contraire à la morale. Il est intéressant de remarquer que depuis très-long- temps ces -principes régnent dans les esprits, puisque dans les jugemens qu'on a pV^ononcés sur les ordres monastiques, on a distingué avec soin les congrégations litté-
DU CHBISTIANISHE. «Si
raires ou bien&isantes » de ces confréries de mendians uniquement voués à un pieux vagabondage. Alors qu'on était loin d'être si éclairé qu'aujourd'hui , on se gardait bien de mettre sur k même ligne les inutiles et lugubres moines de la Trappe , qui perdent leur temps à creuser des tombes , et ces admirables hospitaliers du Saint-Gothard qui vont déterrer le voyageur sous la neige » et ne récitent des prières qu'après qu'ils l'ont sauvé.
Telle est , ce me semble » la théorie des droits et des devoirs. On voit qu'elle n'est que le développement d'un seul passage de l'Évangile. Ce n'est pas sous une forme systématique qu'elle fut annoncée aux hommes 9 lorsque le christianisme parut au milieu d'eux. Pour que ce précepte si nécessaire fût compris du genre humain tout entier , il était de toute nécessité qu'il fût également simple et clair, qualité qu'il réunit en effet au plus haut degré. C'est dans l'Évangile même que ce principe fut proclamé pour la première fois , comme la source de tous les devoirs : on n'en trouve que des traces dans les écrits des plus respectables sages et philosophes de l'antiquité. L'Évangile n'a pas employé des phrases pompeuses ou des théories savantes ; il a parlé avec une simplicité que l'on a appelée grossière , et qui mérite le nom "de sublime ; il s'est servi de termes siîûples et ordinaires , parce qu'il fallait qu'il fût accessible à tous les hommes : et ce caractère admirable et unique de réunir aux leçons les plus simples pour les devoirs et la conduite de la vie, l'exposé , sans phrases et sans métaphysique , des plus
98& ESSAI aVt l.*Hi9TOitB etoisALE
^ubitnes vérités «ux^ueUes l'homoie puisse la providence de l'Être infiiii et L'imioBTALiTi im la PEiisis, suffit pour faire reconnaitre dans l'Évangile une œuvj^ qui plane au-dessus de toutes les faibles preductiiKis de l'houiaie » et qui conservera l'empreÎQto d'une main divine jusqu'à la dernière postérité*
Le sentiment moral consiste donc à revêtir t<ms les âtres moraux de la même liberté dont on se volt dépositaire. Il doit s'étendre à toutes les parties du g^nre humain ; il ne se laisse influencer par aucune dlfféirenoe d'état ou de condition , et il embrasse tcms les Immsies qui peuplent notre planète dans la limite des Mêmes devoirs. Considéré sous ce point de vue , le sentiment moral prend le nom A^égaiîié. €e(?te idée^estla base de tout perfectionnement. Appliquée à la situatien pcrfitique des sociétés y elle assure les mêmes droits à tous les hommes; appliquée aux arts et à l'industrie , elle interdit les privilèges et les monopoles ; appliquée aux idées religieuses, elle fonde une tolérance parfaite i appliquée aux rapports sociaux» elle exige la franchise et l'hospitalité; en un mot » cette grande idée féconde lo%ites les parties de ce domaine oh Khomme exerce les forces de son esprit » ou donne carrière aux affections de son coeur. Partout où elle règne , cette idée fondamentale embellit son existence , et sème devant ses pas la liberté et les vertus. Source auguste et sacrée de tous les droits et de tous les devoirs » c'est elle aetfle qui rend ses destinées nobles et glorieuses; et si » dans un malheur général , tous les codes de lois «e perdaient , et avec eux les écrits des philosophes ,
m CBMSTIA1V1S1IB. St5
il suffirait de cet laûque seotlment sanvé du naufrage , pour les remplocer tous , et pour rétablir les titres da genre humain.
Ce grand principe de l'égalité , qui renferme tous les entres > se modifie saivant qu'on l'enTisage dans son application à l'iiomme individuel , ou à l'homme social. Dans le premier cas » il donne naissance à cette foule de devoirs personnels et intimes , dont chacun de nous porte l'instinct au fond du cœur, et qui ne s'apprennent jamais dans les liFres. Dans le second cas, il vient gouverner les États et tontes les théories politiques^ et c'est surtout sous ce dernier point de vue qu'il est intéressant de le considérer aujourd'hui.
Ici prenons garde de nous laisser entraîner à de sub* tilsraisonnemens , sur ce qu'on a nommé si vaguement état de nature; essayons plutôt de simplifier la ques* tion et de la resserrer dans des limites rigoureuses. L'homme , avec tout son génie et ses hautes facultés , est un ét^re physiquement très-borné , que sa constitution expose à des périls sans cesse renaissans , dont les besoins sont nombreux , et qui reste faible , ignorant et grossier, s'il reste seul. Il y a plus : livré à une solitude même incomplète , il ne peut connaître ni plaisir, ni devoirs. Toutes les fois que des hommes se sont rapprochés , afin que la masse pût disposer d'avantages ou de forces quelconques dont l'individu eût été privé , et toutes les fois que cette masse a fait des réglemens exprimant sa volonté , obligatoires pour chacun de ses membres , cette réunion a pris le nom de
M ^ liji
9^4 B85AI SUB l'hISTOIBB GilfiRALE
société , et les hommes chargés de faire conhattre oiî exécuter les volontés de tous les antres ont pris Je nom de gouvernement. Mais ici» comme dans toute circonstance » les droits naturels et positifs de chacun jdes hommes composant la masse doivent se réunir et décider des lois qui gouvernent la société. Il s'agira simplement de transporter aux hommes » pris collectivement , tes devoirs et droits que chacun en particulier possède. Ainsi, tout État où les droits et la justice, en prenant ces mots dans leur sens le plus étendu , régneront dans l'ensemble y comme ils régnent dans le cœur de chacun des citoyens, sera gouverné nationalement (i) , et tout État qui ne sera point l'image fidèle des facultés humaines, mises en jeu librement dans un grand espace, sera gouverné spécialement , c'est-à-dire de manière que les droits généraux fléchiront devant des prétentions particulières.
Mais quelles sont les premières divisions de l'idée primitive de l'égalité ?
On en reconnaît à l'Instant trois , qui , dans aucune circonstance , ne peuvent souffrir la moindre atteinte :
>(i) Je me sers à dessein de la synonymie proposée par un de nos philosophes , M. Destutt Tnicy , quoique dans le fait cettp division du gouvorncment en national et spécial, ne soit guère autre chose c{ue céîle-ci , gouvernement bon el mauvais, Cepen dant celle distinction a déjà rendu de véritables services, en faisant voir le côté faible des divisions clitmériques admises par M on^ tesquieu lui-même. Osons convenir que ce grand homme , le légis-
atcur ilu genre humain, ne se dépouilla pas complètement de tout préjugé aristocratique , el que cela serve à faire voir com"
bien cette rouille s'attache fortemept.
Tfo GH1U8TIA2VI8HE* 98&
la liberté de la pensée , la liberté de la personne » et du/ravail ou de la propriété; libertés entières et absolues, droits inviolables dans leur essence , et universels dans leurs applications. La modification de ces droits , non pas quant au fond de leur jouissance , mais seulement quant à la forme , afin de les rendre parfaitement compatibles avec tout état de société et de civilisation , est une chose sur laquelle on peut discuter» et qui peutêtre attend encore une théorie complète. Mais aujourd'hui, toute discussion sur leur inviolabilité, sur lé privilège d'en jouir et de les posséder sans cesse, est à jamais fermée. De ces droits primitifs découlent la sér rie des lois secondaires sans aucune exception. Tous les bills de droits » toutes les chartes , toutes les déclara^ tiens n'en sont que le développement et le commentaire. Penser ^ agir, posséder libubhent, sont les trois points hors desquels il n'y a aucune raison , ni aucun repos; à leur observation est attaché tout le bonheur, toute la dignité, dont l'homme puisse jouir daps l'état d'existence où il se trouve dans ce monde. Ces droits lui appartiennent^ non pas par concession ou contrat f mais bien parce qu'ils découlent de sa nature même , et qu'ils sont les conséquences des facultés de son Intelligei^ce, et des lois de sa pensée. Tout^ouvoir qui les anéantit est injuste, illégitime, et mauvais , quelle que soit d'ailleurs l'antiquité dont il s'appuie , le titre dont il sépare , et la force dont il dispose. L'hénmiene peut jamais les résigner entre les malais de qui que ce puisse être ; ce serait un attentat contre l'espèce tout entière , une sorte de suicide moral également criminel et avilissant.
L vi^.
»8& B8SAI 8UB l'iUSTOIBB oiffÈBALE
Qù Toit <|iie la pIi3o$ophie morale » qui a pour base ridée de l'égaltlé » plûlesophie que rÉ?aiigile a clairement amoBcée et que la raison confirme , suffit pour assigner neltement et les droits et les devoirs , poar maintenir les rertos individuelles et les vertus publiques* Si )e ne m'abuse , il me semble que des prkicipes» clairs et positifs , de philosophie religieuse, répandus parmi toutes les classes de la société ^ devront avoir pour premier effet de rappeler aux hoQimes la juste connaissance de leurs facultés immortelles , de fonder les devoirs de la vertu sur l'évidence et la raison » de donner aux peuples plus de lumières et de bonheur » et aux gouvememens plus de sagesse et de stabilité. C*est en assignant ces principes pour guide à Topinion publique qu'on peut sans crainte ta voir s'abandonner à son peatefaant vers l'examen, et aborder hardiment toutes les grandes questions, qui sont le patrimoine de l'homme. Si une bonne et saine philosophie règle sa course, si des systèmes qu'on ne saurait séparer des obligations qui en découlent lui sent toujours présens, alors les devoirs seront d'autant plus respectés que les lumières seront plus vives. Le siècle le plus éclairé sera aussi le plus moral , et cette période de raison sera encore une période de Tertu. L'influence de cette philosophie sur les moliurs se fera voir partout. — L'histoire ne se bornera plus k offrir cet intérêt romanesque qui s'attache an récit d'entreprises périlleuses et d'exploits guerriers ^ mais elle apprendra à ses lecteurs quels sont les vrais principes d'une sage économie politique d'une, généreuse et libé-
va cmisTiAiiisttt S87
rfile aëoit&îstralioii; elle montrera cemment l'habileté
peui triompber de la force; elle prouvera les avantages
de la modéraiioB ; elle fera voir que c'est l'indostrie ,
et Bon For et la force territoriale , qoi crée la richesse
dot nalfeoBS) elle établira que la puissance des armes
«e aufik pas pour conserver une conqaête , qu^un peu-^
fi^ eçt toi^onrs mattfe de repousser une invasioit
étrangère , que lés gouv^trneoieM ne périsaeni fanuiiA
que par leur propre fiiutd» et surtout qu^ls ne sont
ferntemeni étabfis qu'alors qu'ils se placent sous la
sauf e-garde de l'opinion publique. — Les principes de
k politique , dépouillée de son faux tit^e de science ,
se réduiront à la bonne foi , à la franchise , et an res-*
peotpour les sermens. — La théologie deviendra claire ,
et par cela même sera respectée. On poun^a se dé-
uontror facilement le petit nombi^e de grandes vérités
qui h constituent; et la reM^on , fondée sur un libre
eiLamen , sera doublement chère , par l'inipeHanc6 de
ses résultats^ et par la certitude -de ses principes. -^
Les sciences > qu'pn a si Êiussement accusées de dispo'*
sur rintelHgenee aat .plus tristes oenclusions , seront
au contraire l'étude favorite de tous ceux qui veulent
édairer et fortifier leur ame , et il suffira de fet^ les
regards sur la nature , pour en tirer ces conséquences
sublimes que Leibnite et Newton n'ont pas dédaigné
d'avouer. — La philosophie rationnelle , basée sur les
lois essentielles de l'intelligence» ne présentera de
nuages que ceux qui naissent de rimperfectton de nos
faeultésy et l'homme» jetant un regard sur ce qu'il
peut connaître , ne s'affligera pas qu'il lui ait été inter-
S88 ESSAI SUR Ii*HISTOIR£ GÉNÉRALE
dit de tout savoir. — A côté du zèle pour là chose publique, du désintéressement que réclame rÉtat» viendra se placer la pratique des vertus sociales , et l'observation des devoirs privés. Plus les hommmes auront reçu de biens et de droits de la patrie , plus ils croiront devoir de respect aux liens de faniille , et à la sainteté du foyer domestique. Leur patriotisme , trop éclairé pour avoir rien d'exclusif et de farouche , sera compatible avec l'amour du genre humain. Les femmes » affranchies de cette tutelle où la force voudrait les maintenir, se souviendront qu'elles nous répondent des mœurs publiques» et n'useront de leur empire que pour les faire respecter ; elles répandront de nouveaux charmes sur la vertu même » et le sévère devoir recevra de leur exemple quelque chose qui le rendra le plus facile et le plus doux. — Telles sont les conséquences générales d'une bonne philosophie , d'une philosophie religieuse; tel est l'avenir que ces principes nous préparent. Et pourquoi désespérer d'y arriver ? Même dans les circonstances les plus tristes , ne nous inquiétons jamais du salut de la raison : des nuages peuvent la couvrir un instant , mais elle renaît plus belle quand l'orage a passé. Si nous envisageons d'un coup d'œil le tableau de l'histoire depuis l'antiquité, jusqu'à nos jours 9 nous sommes attristés sans doute d'une aussi longue série d'erreurs et de crimes » mais toujours nous trouvons dans les historiens le même respect pour la vertu. Pourquoi cette Divinité» partout invoquée , pai> tout présente » ne réu^sirait«elte pas un jour à ranger tous les hommes au joug de ses lois ? Quelques siècles
9U CBRISTIANISIIB. 289
se sont h peiiie écoulé» depuis que la race hianmne a brisé les fers du moyeu âge « et ou peut dir& que Tétât où elle se trouve aujourd'hui n'eat que le cdmoiencement de son éducation. N'est-il pas permis d^espérer jue les améliorations évidemment iDtrôduîtes dans les sociétés modernes i seroi^^ suivies d'amétioratiôns plus grandes encore » et que cette pragreasietf ne s'interrompra jamais. Tout ce q^i est en rapport évecla.nature physique de l'homme participe dé lafragiUtô des choses temporelles; au contirairç , tout ce qui tient à sa nature morale semble avoir un caractèire jA'iitemortalilé. Les grandeurs , la jeunesse « )a beauté , tout périt sèus les efforts dutçmpa; il ne respecta' ^le^ lauriers de la victoire , ni l'airain des 8tatiias<t)'AUesiterbk*çsâe8anitséls^ ni les murs des bibliothèque^.;, mais. danè son. cours destructeur il respecte le sentiment du vrai» lefr^etottmens.de la justice et de jif égalité; loiïl xi'cfkkjrfbîblir le powoir y il les rend à nos yeux plus 8«cVés,.ptir l'exemple ;^e tous ceux qui les ont jdéf<$ndiis avant noos»^ le temps, qui fajt justice des ViBÎns^^jiunkens'derDi^aieil'» laissa Jparvenir jusqu'à nqus j^s «ouvenip& du patriotisme, et la mémoire des hotdtnes 0«î lui sont restés fidèles. Quelle est la. grande l^oft que chaque siècle raconte ai! siècle suivant ? Les philosophes passent »> la philosophie restera. Chérissoqisis €^ noble espoir! Et cette confiance yjque nous avoni^Jevdroît.de placer en Is^ marche de l'esprit humain ^ flmbeHiréiiOÂ deitioées', nous consolera de l'histoire, du jour, noû^ iera chérir d'autant plus la vertu inséparable de la; liberté , et nous donnera la force de su[^orter tous les maux
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290 ESSAI SUR l'ri$TOI&£ GÉNÉRALE
que nous poumons être appelés à souffrir pour elie. C'est selon que nous appliquerons ces principes , c'est selon que nous marcherons plus fermement dans la route des améliorations , dont toutes les époques de l'histoire , et surtout le temps actuel , nous révèlent de toutes parts la pressante nécessité; c'est selon que nous ferons -toutes ces choses , que nous aurons accompli une portion de notre tâche , employé et honoré notre passage. Et lorsque le genre humain est aussi impatient qu'aujourd'hui de réformes , et , au jugement du phi-^ losophe et du chrétien , est si loin de les avoir accomplies , mille signes apparaissent pour diriger , encourager les amis de la civilisation. Sans doute le progrès des.^piences, les chefs-d'œuvre des arts, les produits de la, muse historique , les créations variées d'une littérature qui, sans être l'expression de la société, porte cependant l'empreinte bigarrée des mœurs et des opinions; tant d'institutions qui s'établissent; tant d'a«méliorations qui se décident; tant de sociétés qui se fondent; cette liberté dont nous jouissons , et dont ce livre même est une preuve; un nouveau continent découvert une seconde fois , et commençant k vivre : tant de merveilles de nos jours doivent nous frapper déplaisir, de reconnaissance et d'espoir. Mais si grands que soient ces progrès , de plus grands progrès restent à faire. L'avenir déroule à nos regards son livre immense. La postérité semble apparaître de loin aux générations actuelles. Nous sommes pressés par le temps qui nous pousse 'et nous emporte; nous sommes harcelés par les événemens cl les passions qui se succè-^
dent , et nous devons nous hâter de profiter de notre séjour. Des marques certaines , et pures de tout prestige , semblent promettre un avenir heureux à l'humanité oppressée et souffrante. Au moins , il est permis iiiu chrétien , pénétré de l'esprit de Texamen et des devoirs qui en résultent , de planer par la pensée sur les années qui viennent h, nous , et d'y voir se lever et fleurir ces principes , dont il confie aujourd'hui à la terre le germe indestructible , comme ce poète gracieux de l'antiquité déroule aux regards d'un héros religieux les grandeurs lointaines de sa patrie » et lui fait voir comme une ombre légère les sages de l'avenir» sa race et son ouvrage.