CHAPITRE XVIII
QUE LA noCTBIlVE GENERALE DU PROT£STA|VTISME CONVIENT SEULE A NOTRE TEMPS.
ApRks avoir considéré la position du christianisme oux époques principales de son développement , nous
' SV CBAISTIANISME. SI7
soinniéft arrivées à exatbmer la situation spéciale des idées de notre pays en maftière relieuse. Afin de nous lirrer à cette recherche avec quelque méthode , nou» a^ns essayé de montrer que les Cfpinions philosophie ques' de nos jours sont le résultat naturel des anticé^ dens scientifique» bu politiques du pays. Enfin , nous* avotts tenté de caractériser la doctrine du dix-huitièirae siëcle::dans ses principes et dans ses résultats. Mais, en tout ceci 9 onnevoit pas encore de religion posi-tivè. Il nous reste maintenant à indiquer sous quellesformes aïoiiâ concevons possible un système religieux pou3»mt' convenir à notre temps.
Âu% yeux d*un observa tenr impartial et recueilli » qui contemple comme un simple spectateur , indifié-^ fe0t môme» là vaste et influente société française , celte société offire aujourd'hui un caractère que nul ne peut nier 9 un grand mouYem^it» une profonde agitation» une fluctuation prolongée et^intime. Cette situa-; tion » qo'elle.soit^ suivant l^auns » rétjrogNide«u fnnaMe^ suivant les autres, progressive et utile/ n'en est pas moins un iul qui presse' tous lés partis » qui est bien ou mal expliqué par tous » et qui n'est contesté par auciui. Si.» de cette vue » qui domine notre pays» on descend aux détails du mouvement cfui le travaille » on voit: de plus en plus que ce mouvement» d'aiHeurs trèsrgénéral ».se montre surtout sous une forme spdt ciale» saillante» qui éblouit et étonne.
, Cette forme .spéciale et favorite» c'est la question de rindufltrie» le vaste développement des richesses comtierciales «là naissance de-rapides fortunesla créa**
SI S' B88AI SUB l'sUTOIU oilliHALE
tîofi plut lente et plus sftre de eapitaw iiidustmb » et par soile l'ettaBce de tous ceux qui «avMrt trouver UB tcairail ptttductîf.
Malt cette agitation extérieure et preduettve de netra aeciété éctuéUe , agitatkm qui tond à doaaèr au oeoMoerce le sceptre de la oivilisation medene» deit wnit i cemme toutes leé rastes agitations moralas de oefare espèce » des eauaes proiond^ et intimes • que le rakristèpci du philosophe et surtout du philosc^he teligienx , est de décoirrrir et de signalai*. Les «*ls » les aasenees » Findustrie , la littératuve msaat» nea metei que la philosophie , et cette théologie tant dédaignée de DOS îenrs et que je nie d^tnir être effacée das doetriiies peslUves , toutes ees choses «ifin , ont une cause qui les écrite » qui les nourrit , qui les soutient , et qui les sauîne^ Le meu^meat qui remue maintenant n«tre société/ A*e0t pas » comme celui des tagiies de la mer» u» montreHient de surface » au-dessous da^nei rè(piè un repos fort |Nsa e» rapfMrt arec le trouble et le frar eaa ée l'extérieur. Au contraire, $tt cause ne peut qu'être interne et profondel Cette cause deit être pet* sonnelle à chacun de nous , car nous n^arona pu la détrûre et arrêter le mouvement , d'auouoe de ces deux manières , m par les fMntis de ceux qui voulaient l'éteindre , ni par les sottises de ceux qui voulment le éénaturer » ni p^ les craintes des pouvoirs , ni par les folies des gouvernés* Tout ce mouvement de nos jours» soit qu'il se montre en forme de sciences» ou d'arts , on de littérature 9 en d'industrie; tout ce mouvement émame et ne peut qv'émaner d« fond même de l'Mid
pV CHBISTIANISMB. tij
hnnniae , ce foyer néoesstiire de tout ce que l'homlne fiiîty cette source» cachée mais puissante , de nos pa»« sions, de ne» eroyfances » de nos doctrines , et de aoè CBUTres*
Si nôtre siècle a marché » si les idées ont eo la Tto» toire» la cause n'en existe ni en telle mesure, si em telle autre , ni en tel écrit , ni en tel autre écrit , ni en celui-ci , ni en celui-là , mais en tout le monde : bmn narques, sujets , prêtres, professeurs, soldats, cetnmerçails , tous nous irvons été portés par un mouyemeni général , dont nous avotis raisonné en y cédant. Bii tout ^nnps ; la société humaine , sans qu'on puisse seu^ rettt trouter dans tes tsauses secondes la raison de ses idéef > de ses défaites , de ses positions , ou de ses vie* toires, la société a presque toujours ressemblé à ces Taisseaux de Colomb , qui s'avançaient , tantôt vite ^ iantdt leiiftement -, v^s des plages non découvertes eÉh eotei tantôt assaillis par d'aireuses tempêtes, tantôt consolés par ittie brise ou quelques rayons. Mais si notre âme , peut-être, n'a pas été maîtresse d'arrêter le mouvement et d'arriver au calme complet , phéno^ mène excessivement rare et déplorable , encore est-il que notre ame a été libre de donner une certaine di^ rection , et de ^uverner où son énergie la guidait. Il fhut donc, en nonsi en notre esprit, en ses besoins , venir étudier les causes de notre temps , et lire le dii&^ neuvième siècle dans les replis de notre cœur. Antre part, il est nul » il est introuvable; tous, nous figurons pour quelque chose dans sa marche, et tous, sans nous en douter, amis ou ennemis, nous en grossissons le cours.
aSO ESSAI STB l'hISTOIHB Gi»ilULLE
Si donc , nous livrant en nousHSiêmes à TeSMién des caufes , nous redescendons i arec sincérité et arec confiance, dans i'ame qui renferme la cause dé tout» nous allons trouver chez les hommes d'aujourd'hui un caractère de fond, une position intéllectueUe , qui |r>nrrait bien » je pense, nous expliquer satre état , et surtout nous donner la clef des mystères religieux de notre, époque.
. Il e$t évident , d'abord , que l'ancien régime français a d^Qsé dans nos usages, dans nos Cçutnmes, dans nos caractères , des traditions, des souvenirs, un extérieur social enfin , qui n'a pas dbparu et no saurait disparaître; mais il n'est pas moins iacontestaUe :4{ue la vieille société française , ridiculisée diins ses salons mén^s , réfutée par dos penseuf» , enfin attaquée et dissoute de mille sortes par la. révolution» a'a laissé déposées profondément dans les âmes , ni doetrbies » ni convictions, ni foi durable d'aucun genre. La France actuelle a recueilli quelques faits et des habitudes, mais des dogmes de l'ancien temps , aucun. Bien plus , ce que.j'on a nommé la [Ailosophie du dix-hmtième siè^ de , quoiqu'il, n'y ait presque rien là qui , à mon sensi mérite ce nom , celle philosophie , produit immédiat et en&nt de l'ancien régime , et qui en fut le fruit naturel , cette philosophie même n'a pas survécu aux r)ours étranges qui l'avaient fait accepter, au défaut de 4out àqtre, plus féconde , plus forte et plus nationale. Bien plus , entre les mains ^de Voltaire , cette arme frivole et incomplète, une fois victorieuse, une fois arrivée à Télat heureux qu'une sage résignation aux besoins de l'époque nous a assuré ; cette arme , utile
oc CHMSTIANISIIE. . 2S1
alûn, màinteiiant se rouille abandonnée, comme les anciennes lances dans nos arsenaux modernes. Bonne pour détruire , elle a été reconnue incapable d'édifier. Excellente et formidable pour l'attaque » elle est avouée aujourd'hui tolialement impuissante pour avancer nos destinées et procurer notre bonheur. Rousseau» Di*derotet Voltaire ont été restitués aux bibliothèques; ils son^ redevenus lecture; ils touchent» ils amusent , ils intéressent; mais comme moyen d'agir, comme bannière » comme chefs , comme croyance , leur in^ fluence. élxpire et s'éteint comme une lampe sans aliment.' Ils sont restés , ils resteront littérateurs » écri*vains» hommes de lettres» et » mieux que cela , hommes de génie; mais» comme réformateurs » comme philosophes » comme maîtres » le siècle les a rejetés; leur règne n'est plus. . : -
Voici donc que le genre humain» en France» s'est dépouillé des doctrines » ses favoris de cinquante. ans>» ses idoles » tant adorées autrefois dans les ruelles » dans les académies. Le voici qui détrône ces dieux des salons y cette philosophie de boudoir» cette gaieté en bit de religion » de salut et d'infini » et comme science pratique» ces déclamations d'égalité farouche» contradictoire» impossible, cette doctrine de l'état. de nature» bonne pour les sauvages » et qui nous y réduirait. Le voici donc qui répudie les alliés de sa conquête , alliés dont il ne peut nier les services ».mais dont il ne sait que faire après le combat. Alors » ce dédain une fois déclaré » le néant des sophismes découvert» la frivolité des théories reconnue, et surtout HimpossibiKté de
it« ESSAI $99i L*Bl$T0tÊiM «ilfiBAM
leur appUoatmi à rexpérience claireoMBt démeDtlrio , rmai doftftque l'amo humàiBe» en France, s'est tran* fée aouffrante , froissée» et Wéo de croyances , éa oe&* nctînns» de ressources / de toutes consolations et de tous eocoiiragemena intérieurs. Dès lors » le besoin raKgieox , faute de forme précise , faute de révébtioii météo 9 fiiote de oroyance acceptable» s'est éUaeé juride , vague » Taporeus , iflunênse , au nulieu de notrs société moderne.' Il se lèTO» il s'écoule en théocratie ni|rstî<|«e , en rooiantisme obscur» en Tors mi&ncoli* fuea et sembres. Les uns nous guident , ténébreux mysti^gQguea , sous les voûtes d'Ekusis et dana lëi aéfukves égyptiens , ou dans les temples de l'Inde ; les ^Mitres dévoilent k nos regards le tableau f une nature tvîste ek sauvage , nous entraînent à leurs rêveries » sur les bords des torrens et des lacs , et leur muse chré* tienne et mystique déftose sa lyre sur les tombeaux. Chez les fiibles » ce besoin se montre en pratiques» en dévotions» en usages qu'on si^it sans les croire; cbez les forts» il se montre en systèmes» en théoeiea, en fermes religieuses, en besoins intelleduels et irrésiaki* blés d'un temple , d'un prêtre et d'un Dibu. Mais , de tous eotés et partout» l'ame» veuve de ses croyances, .aspire à en posséder; elle en demande à tout. Cbe» les uns » kmonardiie est un Dieu; chee les autres» c'est la république. Ghesi les forts comme che^ï les faibles , on dberche , dans les restes de l'état ancien » les. restes des doctrines religieuses» les débris des sanctuaires ; -pour les reconaieruire suivant une nouvelle ordonnoaee • sur un nouveau plan » avee plus de grandioee ,
•tec. {4»ft Hmf^e , etw pliM de IvmièKe. Aujèuré'ISBLy le hMMNB religiemL» en Frtnoe^ ba ae monlre pA4 noim 4ans le» attaques qu'oa kii fail siihir que éans rîiidiserel appai qu'on lui «ecordei U se mottlfe 4h» sea TBgne» le myatieisme ; dam tan éiimû^ VivÊOféàMié; dasia aou exeèa îptarwai^ U a«pefatî>titta; da» ami exeèa Ijvansiqiie» TisliiléraMfb La Tranae» aaas guide, aans beusaok pour saacra^^aih om , a'afaoce asaidàmenl vert un arentr qqe ekaoïfe aeupçaiuie ei détira f maia en na toîI point pour ce peuple^ emmt daas un-ddaert» ee guide odleiie« eetto ^onna de fcu qui venMl sa lifeur cMMolaate aur ia^faët égaré, fit $ au ttutieu à» ce détordra qu'en p«nt appeler l^au el inatnictîf , de «e déaatdre najetlnaNK •comme mie tempête, j'estime que le pka grand dea râSea eat réaerré an proteataoiisme : il doit auppléor an besoin de positif; il doit régulariser la erejMDoe; il doit rassembler le» amea perdues daaa iaa rtunea; il dcdt écarter ka nuages et ftire descendre «ur l'erdie aocîal ocmttarné» troublé, dksaais et tncertaitt, les rayena de l'Évangile , qu'il annonce venir de Dib0 même. Il ae {Nrodame comme ayant puissance de sahit , de régénéraition , de lumières , de liberté» Il a'annei|ce comme ponrant constituer beafeuseuMHit rbemme sur k terre, comme pourant lui dératiler son sort , 86» devoirs , et l»i répondre de son a? enir ûmnothU il s'ana^Dce comme dispensateur des bîenSsuits d'itn monde eivilîsé , et comme possesseur , possesseur Cm- Ue> indigne , mais enfin comme possesseur des secret» de l'iAfilû et de la réritiation des «nui.
S94 ESSAI Sm l'«8TOIB£ GiNàBALS
Si tel est le rôle que Dieu a confié aujourd'hui au protestantisme» si la sagesse éternelle dont , nous, êtres rampant su^ la poussière , nous , êtres impuissans , atteints de doutes , de découragemens » d'erreurs , d*in- £rmités , nous pouvons cependant devenir les instramens durables» invincibles» quand elle le permet; si la sagesse éternelle. verse aujourd'hui sur notre, race son esprit de lumière , sous la forme du besoin de réformation, cependant la raison humaine nous appartient encore; nous sommes encore maîtres de nos. actions » et DiBU » dans ses décrets sur nous » ne peut éteindre le flambeau que lui-même alluma. Nous de- -vons donc soigneusement regarder en nous-mêmes et regarder autour de nous » pour voir quelles formes régulières ». utiles » influentes » légales » nos efforts doivent prendre et. suivre» notre charge une fois constatée, notre mission une fois reconnue.
Xa situation de notre société une fois fixée» le ministère du protestantisme une fois reconnu : il faut maintenant voir» non plus où nous en sommes» mais ce que nous devons faire» et à quels principes de conduite nous devons nous conformer désormais.
< A mes yeux » la grande majorité des améliorations de notre temps» des progrès de notre^ si^le^ des besoins de notre époque» est profondément atteinte et évidemment compliquée de protestantisme. Qu'est-ce donc que cette doctrine respectable au moins par ses malheurs » si long-temps poursuivie » si long-temps méconnue » cette doctrine dont» peut-être » ses premiers maîtres n'entrevirent point l'immense efficacité, et où
DU CHBI8TIANISVE. SsS
je crois découTrir tant de eauses ,.tant de germes , tant de moyens 4^ salut. Peut-elle améliorer et comme bénir ce monde , peut-elle déchirer le voile sceptique , que le doute de l'ame a jeté sur toutes les vérités; peut-elle satisfaire aux besoins , aux inquiétudes du jour?
D'abordy demandons-nous si la raison humaine seule est sùfiisisinte pour changer ^ non point uniquement jes formes exténejures sociales , car ceci est l'affaire de la force, et. par conséquent .toujours, possible et ordiiiairement funeste , mais si la raison seule est suffisante pour calmer, éclairer, régénérer, satis&iré Tame, le cœur, la conscience. Ici la force est impuissante , l'autorité recule ou est repousaée. Ici il faut croire, et il faut croire avec conviction. De plus, il s'agit de savoir, en jetant un vaste, regard sur toutç la philosophie , entre les deux extrêmes de la théorie antique de Platon et de. la théorie récente de Kant, si l'intelligence humaine , convaincue, tranquille , s'est reposée.,. s'est assise, parfaitement calme, parfaitement fixée sur ses croyances , ses devoirs , ses droits et ses attentes. Il faut savoir, en. contemplant les deux points extrêmes de cette série immense, en résumant les travaux des ^siècles barbarçs ou laborieux qui séparent le moment où la philosophie du Tintée et du Phœdron, divisée, interprétée , distraite , éparpillée sur le genre huiliain , est venue en quelque sorte reprendre son spiritualisme dans l'école de la raison pure, accomplissant ainsi un cercle nécessaire ; il faut voir, dis-je , si tant de travaux ont été cause que le mystère est levé, que les
2fi6 ESSAI M»K t'aiSSOUlE GÉNÉRALE
ipcohlèmes spnî résolus , que lés systèmes soal &its, cit •^ue le genre humain a désormais xle ^piei marcher aisec ^Ar§té^ avec oenvictton , avec confiance» a^iec espoir, |i«BC lumière.
Je Jie le ipense «pas* L'ame humaine sait un pelit nombre de choses très-bien , et elle en ignore -comfîteleineiitiiiii très-grand nombre. Des forces inconnues ^raneiit af dedans d'dle , 4}ui ne se révoiHevoBit 'jamais dams pesmonde y et qui attendent l'autre. L'ame est use islaire^ étincelle dans une nuit orageuse. L'ame est un point positif entouré d'abimes. '
Ainsi , le protestantisme , comme je le ^conçois , pro- Cilame d'abord l'insuilisance de^la ^ilosôphie. Il pose idonc en premier principe , que la philosophie, science soureraine de toute Tlpiumanîtéy science des sciences, seine et législatrice , ne peut point tout faire , tout ac- ^ccffioplllr» tout assurer, tout apaiser. Il reconnaît larga- -ment son empire , son influence , sa légitimité, il 4a eultiye, il la protège, il la consolide, îl^'augmente^ 400 esprit'ia ronouvéUe , ses grands hommes t'oiil; rétablie «en Europe. Etaugebitur scieniia^ est la pensée du protestantisme. Mais il admet aussi qu'il est une partie 4e notre domaine , partie essentielle , capitale , où k «aigon unique ne peut ilever les doutes , répondre <iux; objecliens, vivre seule et tranquille. A l'aspect des 4^dlutions sanglantes que nous avons iranersées^ la -créature 'tipiîde , le citoyen découragé , nie que le repos soit possible et Ja lAerté praticable. A l'aspect^des -tombeaux , à l'aspect du mal , l'ame Tecnle d'effroi et «se seqt -glacée d'épouvante. Il faut maintenant se de-
majç^e^ ^ Di&u ii eu ou non pijtlé des bon^ix^ t;^ou- Ués y et si le grand Être a consenti à leur faire voir nettement» à leur révéler des chose/ invisibles, à désarmer la mort de son aiguillon et ie mal de ^ puissance.
Le protestantisme admet donc d'abord , comme comblant un abîme ^ comme indispensable » comm0 implorée par les besoins ^e Tame, Y existence dune rér v^lalion. Ainsi le protestantisme n'est point une formp de la philosophie; il esi; plus qu'elle; il inspecte ejL complète la philosophie elle-qiême.
Il prouve cette révélation , qui est pour lui l'LvA^çih& , par les laits merveilleuf dç sa propag^qp , âp son avènement , de sa doctrine , de sop infliienp^ , dp $es )ois» de ses suites , de ses bien&its. Il puise daj;^ cet évangile des convictions dogmat^ues.
Mais il va plus loin. Rejetant toute oppression sur Ifi conscience , et toute prétention de despotisme 3acer^ dotal , il pose aussi en principe , que même ici , c'està-dire dans la révélation , la raison ne perd pas ses droits; il admet que la.raison , bonne et forte en tout» a droit encpre ici de juger^ de peser, d'examiner» dp discuter» de rejeter même cptte révélation; et à l'instanj; il s'ape^rçoit avec joie » %i sans surprise » que si la raison .prend possession de l'Évangile» l'Évangile à son tour gouverne la raison , que si l'Lvangile éclaire et console la raison » la raison à son tour affermit et |içcepte l'Évangile; il reconnaît que plus ce code de lumière , de salut » de liberté » d'immortalité » dç vertu » est jugé » exaixiiné » discuté» contesté» plusses devoirs
SSS B8$AI SVR L^HlSTOfRA GÊNàBiLLB
deviennent pressans , plusses doctrines se consolident , plus ses obligations se fortifient, plus son anlour»saisît ses disciples. Enfin il reconnaît que la condition indispensable , naturelle , nécessaire , pour que Faction de l'Évangile soit puissance, liberté, vertu, lumière, c^est que cette même action soit appuyée , fondée sur la conviction , ou sur la raison individuelle qui Fa reçue. Le protestantisme aussitôt érige la raison individuelle en souveraine de Tindividu; il fait voir que son exercice sincère, bumble, actif, éclairé, est Tunique et seul moyen de faire adopter et surtout de falr&sufvrc la révélation divine. Le protestantisme rejette donc Xauloriti comme imaginaire , contrariant la nature de l'esprit, comme oppressive, enchaînant sa liberté, comme inutile , ne détruisant pas les sectes , comme funeste , arrêtant le perfectionnement, comme orgueilleuse, donnant droit de décret, comme dangereuse, prétendant asservir tout ce qui n'est pas elle, à son infaillibilité téméraire , intolérante et impossible.
Fort de l'examen qu'il appelle , qu'il accepte i qu'il encourage, qu'il ordonne à ses disciples; fort de la conviction individuelle , que ses disciples puisent dans l'kvangile , qu'il leur présente sans voile , sans mystère, et nu comme il descendit du ciel, le Protestantisme , sans église pompeuse, sans sacerdoce-roi , sans propriétés monacales, sans milice dévouée, sans hiérarchie souveraine , sans célibat exclusif, le protestantisme abandonne à la sainte et pure conviction indivi- . duelle le soin , la charge , le devoir de réformer les abus, d'éclairer l'espèce, de répandre les lumières,
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d^affiranchir Hûdividu ; et de marcher là où il domine à une réforme inlhne et complète ', en tout où il y a des ténèbres, de Tignorance; de Toppression et des yices.' Le protestantisme» dans ses moyens extérieurs, semble n'avoir rien : ni douronne, ni poésie , ni armée ^ ni grandeur; mais il a tout sans exception, parce qu'il a pour artnes et pour couronne , T Evangile, et la raison. ■ - - '
Aussi /il se montre comme une colonne imposante des temples anciens /qui ont résisté au passé et qui bra* Teront TaTenir, et l'on croit voir de loin les races fu^ tures saluer son front majestueux tout couvert de vei^^ tus, *dé cicatrices , et de victoires.
Si le protestantisme/ périssait j ce serait un signe que' l'Évangile de Dieu ne peut résister à la raison. Ce serait un signe que l'tvangile aurait péri; mais il est un fait incontestablement établi par l'histoire , c'est ^que la raison'a toujours pour résultat général de fortifier rË-< vangile , que les nations protestantes ont marché à la liberté par la foi , et que leur liberté a consolidé, raffermi , sauvé chez elles la foi , qui s'est éteinte tout à lentour.
Si l'autorité régnait exclusive , et étendait sur lea nations asservies son ancien joug de plomb et de fer, si surtout elle démontrait éa légalité, ce serait une preuve que l'Évangile est en dehors de la raison, que la révélation doit être imposée , et qu'elle renonce à être crue. Avec l'autorité, il n'y a pas d'hvangile possible. L'autorité est la mort de toute conviction et de toute croyance.
iid ESSAI SIJB l*histoiAé GÉHÊBALE
L*utiité e^ une invention {^hilosophiqûô , uil ûiot, un vain projet /qui ne peut exister jamais dans une société d'êtres libres y et qui est toujours dangereuse, despotique, quand elle est imposée. L'orgueil, la â)lie, la soif i la fureur de Vuniié a été long-teiùps le pi^texte des plui effroyables intolérances , et la principale ôause de la barbarie chez toutes les iiations. Le despotisme , le fanatisme, la tyrannie , l'exclusion , l'arbitraire , sont des e^èees d* unité, ou des formes de Vanité, ou $urtotti des moyeiïS de V unité. L'unité a contre elle tout c^ que la raison humaine peut conceyoir de pliis énergique. Elle est absurde, elle est funeste, eHe est impossible. — Voilà donc en peu de mots , et dans le sens le plus général , comment je conçois la DoctuiNE nu PB<^TESTANTiSM£ f doctriue , comme on le voit, qui est loin d'être celle d'un parti , d'une couleur , d'une ^Kse , d'une secte. Elle comprend réellement tout ce q^i intéresse l'homme; elle est chargée' de tout le présent et de tout l'ayenir de l'htimanrlé.
Mais tout ceci B'esi pas assez; il faut en déduite ^[uëlqties' eotmaissanœs utiles, applicabfes Ku temps présent. Faisons maintenant voir , et en aussi p'eu à& ffibts » lés apjillfcàlions et tout ceci à notre espèce ^ à BOtfô éftoqtie , à notre nation^ à nos besoins du jour , h l'ântiée qui d'oiiyre et qui dé]h s'enfuît. Ceci 'revient à ûnëv qdéfles è^nt les occupations, lei pratiques, qttiréiulteM des doctrines religieuses et philosophiques que nodè teflons d'établir , ou , en d'autres tètmes ^ les de- ^0iH que toiit protestant doit accomplir autant qu'il le peut. Je vais dire en deux lignes ce qu'un prùleslanl
dinséquenê doit fiaire. Le prôtestairtÎBnie érige en ^rm** e^eia saisteté derI'É?angiIe el ia nécessité en tout dé* Vea^OÊHin. Mais l'exaiBen ne peut se fonder que sur les làmî^s. Himo XoxA pratestarU conséquent doit , da&s sa s{ihère , sans relâche , sans découragement , veiller an** tontcpi'il le peut à la généraËté, à la qualité^ U là piK* ]^olariléde l'éducation dans toutes les classes ^ y eoiaoK p»i9 surfont la classe ouvrière trop négligée^ H doit p«»t<mi, s^il te peut , fonder^ conseiller , sonteiïif , te» écoles des enfatis , les institutions dis la jeunesse , kdH iHMMies êeèk$ théolegiques» et en général toupies él** blissea^ns d'instl^u^tion. Bn particulier, en Fi^aâe^ af^cfurd'imi 9 les écoles d'èàseignement ihutuet doi-veut s«irtotft être fevorisées.
Ayant «ne fois travaillé pour Ic5 lumières qui pré-* parent à. recevoir KÉVangilte, on protestant conséquent doit secourir les entreprises propres à développer ^ éx-^ p^enr, et défitedre le protestantisme; if doit s'inscrire , ^tt^lél^uf, dans les rangs des' membres des soctétéi bibfe^ifés ^ dés missions et des traités , ou petites bro^ cËâiFës destinées' à répandre lés doctrines chrétienne^.
GeWkTfte il trouve ddl» TËvangile la doctrine de lé élNI#ité et do sfupport pour fous les hommes, comme fl f trouve ënssi celCe beHe maxime, que Jêsus-Chbist infime ^stéaiiii lestin , les riches et les pauvres, les grande et les peints, xmprotestanVcartséqttent doit travailler pottf la oaose générale de la liberté et du bonheur de Tes*pèoe humaine. Il dbit défendre dans tous les pays , réclamer , solliciter , fonder les droits dont chàoiin de nous «t rimmttaUe possesseur , et que rien ddhé ce
aSd E8SÂI «va l*hi8tou£ GinàiiALB
monde, nulle puissance n'a le droit de nous rayir. Il doitjs'élever en 4oùte. occasion ». contre Tégoîsme politique., et la désertion de son poste« II dott.préciier non pas la- tolérance, ce n'est pas assez , mais .Fégàlité' parfaite de toute opinion religieuse,. philosophique, politique .ou pratique ,. qui ne sera paà reconnue immé* diatement incompatible avec Tordre et les mcëurs. Ildoit , s'occupant des grands abus de Tétat social européen , tra¥ailler sans cesse à la réforme du, système despjrisons , qui est la clef de la Morale publique , el en général , à une plus juste répartition des peines, à une administration plus paternelle de la )usticey et^ question de la peine de mort doit beaucoup fixer son atten-; tion. Il doit poursuivre de toutes les manières 'légfkles' l'extirpation de l'épouvantable esclavage, noir; blanc» ou cuivré » et surtout flétrir l'homicide trafiquant de< chair humaine.
U est inutile de. dire que veillant à l'application du précepte de la charité » il doit secourir les entreprises bienfaisantes , les associations de prévoyance » les hdpî-' taux. U doit , en toute occasion , prêcher les avf^ntages du travail , comme unique source d'aisance^ II doit donner» suivant ses moyens » spécialement à ceux qui ont souffert pour les principes. U doit réfuter teus les préjugés existans » tels que l'esprit militaire » les dangers de l'instruction » et autres thèses de la barbarie. Udoit se garder» surtout aujourd'hui» d'une certaine promptitude » d'une certaine intolérance de jugement» contre le sacerdoce.
En général » un protestant conséquent doit travail
AiiaMI P^dénee de notre fol , «I qtû Appartiediient h MStts les égli^s protestafited sans exce|rtiofli Gètt6 dérflière rechercbe nous mènera H OMStHuer le dbri#ikiriâme dans son sens le plus éknét et U fak^ voir ^tké le ptotedtantisiliie' nous tdontre nne vériiabh et stfieiê
Notre des8($ij( ^e compose dedenx parties; dafaé là première, je crois pouvoir démontrer ^u'îl j HHfdtê perrmi nous , quant à la tnaiiîère dom nous àdsiettoils ià révéUalon; etdKn» la seCotfde; qu'il' t a aussi iMtê parfsfile partili nous , qUaM aux dogmes.
D'abord , tous les protestons êtdnieOént Ane rêvêkUtdH divine. Qa'est-ccf qu'ara révélati&ti? GVst évidemment nne sérU étè^^èn^Hens et ctinsttûctûms , qui ftorlèhi ^ eottt*^ ordinaire des ehoses, et pat- lesquels il a plu Sriàr Difinité d'éoItfiHft Thommè, sa raison et sa ^joMuité.
La t^imh humaine est donc firsuffi^anté pout^ééiàf^ fer rhomme d'une manière câfnpiête et résolue stU^ tbUl bés dévéirs et sur toutes ses crojanees*. Voilà ttii ptl6tnter principe admis par tkitë^ nds élises. La ¥aiébe^ ës% admirable et sublime dans foute la cat^rière ^kfSÊ peut f9LTe6tÊnt% mais noué ilsftintenons qu'il 4si nâ p<^t oti dite s'arrête et où stm flambeau ne bi^(llê ptus %i^èt til^ement pour qu'il Ubtis ^f'të de gUtdé ejtctusi/. Pour tl^montrer ce point de départ , je n'indiqùéi^ài ifu'une seule cotisîdératidn. Qu'on' etaminë \ et , à àuc<me époque de Tfaistoire^ lés peuples se soutcoiilén^ té6 de leot* 'Simple fA{son..Toilj6urs, et dans to Us lés temps y ils se sont jetés dans la Ihëologie , ont cru à une révélation quelconque , et lui ont demandé , aVec 1%-
S3.& ESSAI 5UB l'HISTOIBB «iRÉKAlB
cent de la doulear, de les rassurer sur leurs devoirs actuels et sur leur aveair. Le yœù uoiversel d'une religion lajie {Mirait démontrer sans réplicpie Fincompétence de la raison » réduite à elle seule. Que le sacerdoce ait abusé. de ceci, qu'il ait trouvé des êtres religijBiix et qu'il les ait changés en esclaves » ce n'est pas là la question : la seule question , à cette heure , c'est de déterminer 9 si , à toutes les ^>oques» la raison des masses, en se jetant dans les révélations, n'a pas toujours proclamé par cela seule sa faiblesse ist ses besoins : or, nul fait n'est plus indubitable; l'histoire tout entière en est l'irrécusable témoin.
Ensuite , qu'on examine, si , dans les systèmes généraux de philosophie qui ont paru aux diverses époques » il y a assez de lumière et d'évidence pour animer les hommes d'une conviction entière sur leuré devoirs et leur avenir. Que peut-on fiûre populair^aient dé Platon , de l'éqole d'Alexandrie , d'Aristote ( scobstique ou non scolaslique ) , de Descartes, de CoBdtUac et de Kant? L'humanité trouvera-t-eUe dans leurs princJlies dequoi m$rchev^rec force et avec confiance vers un avenir d'im-' mortalité certaine? C'e^t ce que nous ne pensons pas.
Les;prqtestans reconnaissent donc d'abord la néces* site d'une révélation : ils reconnaissant ensuite que la révélation thrétienne est une révélation véritablement venue de Duu. Je vais maintenant énoncer les moti& qui les y ont décidés, en avertissant que c'est d'apr^ l'un de ces motifs , d'après plusieurs , ou d'après tous, que toutes les églises protestantes ont adjoiis la révélation divine du christianisme.
DU CHBiSTIANISMJS. «67
I. La doctrine dogmatique et morale contenue dans rËyangiie est parfaitement originale » et ne ressemble dan$ son enssmbk à aucune autre doctrine qui ait paru sur la terre. '
II. Cette doctrine conyîent à toutes les positions , h 'teiis les âges, à toutes les situations de la yie, à tous les temps ; elle n'a rien qui ne soit éihinemment favorable à la civilisation et à la liberté des peuples.
III. L'Évangile est authentique, comme livre , parce que nous démontrons par le fait qu'une foule d'écrivains , à partir du preitiier sièële , ont fait des citations 'tfès-noinbreuses de ses diverses parties.
rV. L'Evangile est authentique, parce que nous pouvons fournir à l'appui plusieurs listes de ses livres canoniques dressées {>ar des écrivains des second , troisième et quatrième siècles de notre ère.
V. L'Évangile est att/A^/i/iijru^ y. parce que nous possédons divers manuscrits d'une antiquité non disputée, tels que la version syriaque , la version latine ( italique )» et Ja version grecque alexandrine, qui datent des second ; troisième et sixième siècles , et dont l'accord est presque parfait. ^ ' VI. L'Évangile est authentique, parce que son style même /son grec hébraïque» le classe d'une manière nette» le distingue des écrits des Pères et des écrits classiques; parce qu'il ne présente nuls anachrdnis- 'mes , -et surtout parce que les divers renseignemens qu'il nous offlre incidemment concernant les usages des Romains-» dés Grbcs ou des Juifs , et concernant leur histoire » se trouvent confirmés de fa manière la plys
^ ESSAI »ua x^'m^ro^MB. çànitJLLE
xigfiUtejQj^ par les écrits 9fi|jiop/ip^ 4e ee^ dîners jp(9pple$.
VU. fJÈvaxkf^de ^ nutkfniique > quai^l à ^o^ J;e:i^ , attendu qu'en comparant, i* les versions le^ plus ^i^ que^ , 2"* les Bianuscrits très-SQuunbreux qui bjoais «es • jlent f 5"* les cit^^ons naiiilltipUées des Pères ^ on trouva dçs majt^iaux suf&sans pour cojqstijtuep le texte, et pour déduire de leurs rapports ce lait , que lef puiMisr Pfjt$ , versions et citations, ae diff^ent enti^ pu|: que ^$up9 des limite^ extréçiefnent restreint^ , beaucoup %vqif re$tce^)tes jppjur adoiettrfd 9^'il jii| m^ ^es mor difications, même un peu importantes, depuis Tavr tiq9ité.
Yllf. L'Jbi^raDgile est vrjuiy attendi^i que ce qui y es.t f apporté est attesté par quatre hbtorien^ ^Igi^^^!^ foi y véridiques , Qaïfs , -désintéressés e|; simples » 4^nt ^i^x furent apôtres , et deux /compagnons ^apotnsj aKf&pdu qu'il y aiiaipionie entre leurs récits, ef; hiqy m<>pie CG^ipIète entre la partît historique { les évun- ^les ) et la partie épistolique ( les épitres ) , de sorte que Te^isewble forme un système lié .dans tput<Qs sejs parties.
IX. JL'Éyangile est divin , ^i parce que ses dqgpes ^on.t clairs y cékstes et élevés ^ soit parce que sa morale jBst mîque et sublime , et que nul mortel n'en a jai^ajùs approché; soit parce qu'il y a rapport intime eai^ le^ faits .de l'Ancien Testai^eat et les faits du Nouveau ; jsoit parce que les miracles et prophétiesqui y ont rapport paraissent suffisamment attestés ; soit parce que ^ ^ropagatioii est elle-même un n^iracle; jsoit j^ncfs
WU a» «i^li^utes par .df» iMiufuii^ b^QMMUis; mî> i^iWe (|iie^ 4l»» ^top» Jk» iwèdeg , <»
«•m mort» «B 4énk#igMige de aa Jpvfiailij ^ f>Mce .qu'il <K|irf>rme id'uoe nanièBe éo|itante twle« If s m^ 4ûm» ki6 f^ épunées 4e la raÎMii aurfiiBv^ Mkpaiw quUl poodume ccanme i)Ase nécessaioeiOt fn«dlnmiiatalr Je»lkigHi0 coMcdftDt de rknmortalité ide l'ame» de k «lidiAé /du repentir pour expier des iirates^ d'ufe Pr^ «îdcttoe, d'un jufperaeiit; aoH parce «fii'ii loimût des jttoyens de .sdut, .ou de ae jandre pur et aoaeptid»fe AUX feup: de Dibu; soit parce qu'il séSorme Je^cflaur, anhne Ja .ccéaivre d'abnégation » •et ia dispose Ji 4/mê hs eacrafieos pour fjai^ve h }a source éternelle Au hi^f -aok .paioe.qu!il jpxodmmàe «e SMUide jhq iieu^d^ipceui^ 4Am passage pour arriver à réternité^ sok eqfm panp 4qtt 'il .est la imligion de la inaase , des petits et im diunddiesi^o cœur, qu'H bmse les distinofiiQiis , «ft^uVl 4ffiite (toute la faniHle buiuaine comme «iq^pelée «au même titre à «la demeure éteradUe de la justice ^et du -bonheur.
9^oilà oe que^e conçois être J'esquisse Ibrt napide^ft tv^-eucdincte des -considérations générales «sur laa^ 4{uelles 'toutes -nos -églises protestantes appuient leur croyance à l'Évangile. Il reste maintenant à y^oindee une remarque *fort importante -et sur laquelle ^N'fti^ *parfeiteinent s'enteudre afin d'auriver àJa ^réritaUe •unité- du protestantisme ; ^s'est que 4o|ites «ips dglicos «t ioMles 4es nuanças d'opinions qu'elles noi|6 ofirent relativement à Ja ^manière dont ^lles 4e .déowirtpaBt
s4o ESSAI SITE L'illSTOnB «iNisRALB
l'ETangile» disparaissent devant le fait , que îroti^Eg re*connaissent pleinement & <ftWn(/^' de la révélation et de t Évangile comme son produit» La considération décisive que j'ai indiquée plus haut est celle-ci: qu'il ^ ne faut' pas chercher querelle aux sociétés religieuses, qui s'attachent spécialmient à l'une d^s preuves nombreuses que nous venons d'énùmérer, plutôt qu'à unéautre%'Ge que toutes s'accordent à reconnaître» •c'est que l'Évangile est divin , qu'il est la bonne nouvelle , et qu'il donne le salut ,ou le moyen d'être agréablé à DiBv' et d'être sauvé; ce que Dieu a voulu , c'est que sa révélation parût assez prouvée pour que chacun la reçût comme dlcViin^ .* qu'importe alors le genre de preuves qu'on reçoive, pourvu qu'on en reçoive. DiBU ne nous a aucunement fixé les raisons d'après lesquelles nous devons croire à l'Évangile; sami-séricordé sur le monde est remplie, pourvu que nous 7 croyions. Soit donc que telle société protestante base sa foi à la divinité de la ' révélation plus spécialement sur lé caractère dogmatique de l'Évangile , telle autre sur le caractère moral , telle autre sur le caractère réformateur et changeant les cœurs , telle au^re enfin sur toutes ces considérations réunies , je dis que •le nécessaire, et même la seule chose essentielle, c'est d'arriver à la conviction de sa divinité. Voilà ce que Dieu a voulu et l'œuvre magnifique de sa providence^ Je dis alors , que , sans rejeter ni blâmer aucun chemin par lequel les raisons individuelles arrivent à croire que rÉvangile est divin, il y a unité parfaite entre elles , dès cjue toutes y arrivent. ■
Lors doDcque je Toig, soit en Allemagne /jSiQit en Angleterre » soit aux États-Unis , soit en France » qne tou&4es protestans arrivent à croire que la révélation effectuée par JÉsus-Cnai^ est divine , je dis qne tous ces hommes-là indistinctement sont nos frères » et que tous ils ont droit h ce que nous leur tendions b naain d'association. Que le. Christianisme s(Ht accepté comme . dogme , comme religiosité » comme, senii'merU y comme sociabilité y comme civilisation,, coofimie leçon y cdmme affiranckisseimnty comme miracle > pourvu qu'il soit accepté comme divin ^ le dessein cfe Dmu se trouve accompli : chacun de nous, pourra s'attacher de prédilection à Tune de ces manières par lesquelles la révélation parle à son intelligence; chacun de nous pourra prouver sa manière et camba^re celle des autres; mais nul n'a le droit de prétendre que l'une quelconque de ces voies ne puisse aboutir à. la conclusion de la divinilé de l'Évangile.
Novis sommes tous évangéUques: donc déjà, nous sommes UN. Voilà du pur christianisme et de la vraie tolérance; voilà ^ de plus, la grande. unité de l'Église chrétienne y non point cette unité,mesquiae et violente, qui Irace un qerclc d'airain et quelquefois de feu autour d'upe,Qonviçtion individuelle et qui damae orgueilleusement. toi|)t c^ qui s'en écarts niéme un peu , mais là vraicf unité de lumières et de charité ,q|il,ac- . cepte la révélation sous les divers points de vue suivant lesquels Djibu a voulu qu'elle se fit entendre des. hoinr mes. Ce n'est qu'un bien insolent orgueil qui prisse j^ôuBser des hommf^ à se dire à eu&Mnémes : « fie
^4^ BSftAI 8V% L*Bt9T0IllB OilTiBALB
crois k VÈifhuglle, d'après tels motife , et |6 VMil défbiids A*f croire d'après tels autres; il a plu à Diso de permettre que je fusse eonvaincu par tels argumens^^t ]t ttie que, par d'autres arguiftens^âl puisse vous eoUTortir; DiEt m'a touché de telle manière» ttiais je lui eouteste le pouvoir de vous toucher de telie autre; partagez toutes mes coïivi étions » eu vous êtes uh pécheur corrompu ; adoptez les mêmes preuves qtie SM», ou TOUS êtes un impie; croyez tout ce que |e crois , ou vous n'êtes plus mon frère , et je tous déclare damné ! » N'est-i! pas évident que ce langage est celui d'an fanatique ou d'un insensé? Quelle témérité de poser une conviction isolée comme le seul canal pour parvenir k Dieu !
Je crùis avoir accompK ainsi la première partie Ae ma tâche , en faisant voir l'erreur de heaucoap ûe gens , qui veulent obstinément que tout ce qtti les a frappés frappe tous les autres au même degré , ei les entraîne aux mêmes convictions. Ces gens-^Ià s'aivêtont, et se disputent en chemin; les sectes se croisât et se heurtent; la plupart fulminent centime les voinns» et toutes ne s^aperçoivent pas qu'au milieu de leun fiscordes , DiEiT accomplit sa volonté , puisqu'elies s^accordent à recev^ ses décrets divins , et que toutes s'y Teposent. Notre croyante à la divinité de la révéla^ tion est universelle; les motifs d'après lesquels noos l'acceptons varient ; cela devait être , cela e^ tout na« turel; mais la conclusion est constante et générale. Seulement , ayons le plus grand soin à ne pas nous fâcher contre notre frère» qui use du droit incontestable
mij
te CBUSTUKISHB. .S^fK
efc sacré de choisir, dans les preuves » oeile qui hû eontient le mieux. Il existe donc entre nous iow celte première unité très- réelle , et très^prdTonde» PassaBÉ ensuite à la seconde partie de ma tâche, je vais alisr pliis loin; et je soutiens qu'il y a entre preteslaas omîA; par/aàe de croyances dogmatiques; je soutins que nous rèceYOfis toua les mêmes dogmes» et je m'engage à le prouver. Mais avant d'arriver à la preuve » qui pa^ ralt fort difficile, et qui l'est très-peu , je dois poser quelques principes préliminaires » dont il fai^ avaat tout se pénétrer» et qui me paraissent de la plus entière et de la plus stricte évidence :
1° Qui dit révélation dk langage de Dibv, leçon > instruction divine. Or» est-il possible que Dm ait pairlé avec ràscurité ? Est-il possible que cette parole envoyée pour chasser les ténèbres » soit téiièbres f Est-il eroyal^ un seilil instant que Dibv n'ait pas st se faire entendre aux hommes ? £st4I posisible » en M m»jt» que la révélation ne ««►it pus cJcnreP Non assâré* ment; car alors» eHe ne serait plus ^^élaiion. La rév^ lationn'exntepas» ou elleesl dlaire: il me semble qu^fl est impossible de sortir de cette alternative. On ne i^ vèJe pas des obscurités. Qui ne voit -à l'instant , que les deufc mots» révélation oiscure, impfiquent plus qu'une aheurdîté grossière > qu'ils entraînent une eoiUtadktitM mam/este ? Il faut conclure de ceci » qu'attendu que kd diverses sociétés protestantes se sont ap|>Itquées de boQ]»e foi à l'examen de la révélation » il est impossièk qu'elles ne soient pas arrivées à Vanité. En effet » il est certain qu'elles jugeaient une chose claire ^ puisque
5l44 B^^^I '^^ t'aiSTOIBB aiNÈAALE
cette chose est révélée de Dieu , qui , sans doate , on me l'accordera bien » a ^u se faire comprendre. Si je pouyais me démontrer que des masses d'hommes de bonne foi» jugeant l'Évangile aTee simplicité de cœur et en toute sincérité > fussent arrivées à des conclusions dogmatiques opposées , j'avoue que je ne saurais trop ifxà. penser de la révélation. IL est au moins évident qu'alors , ce qui serait » ne serait plus une révélalion. On peut donc hardiment décider à priori et avant toutexamen historique sur les sectes» qu'attendu qu'avec l'instrument d'une raison semblable» les intelligences ont examiné toutes une instruction claire, une révélation claire; elles ont dû toutes arriver à des convictions générales semblables. L'unité paraît donc devoir invinciblement sortir de ces deux choses » la clarté éffale de la parole de Diev , et la légitimité égale de la raison qu'il nous a donnée. Yojlà le premier principe , dont nous convenons.
2° Les diverses intelligences ont donc été forcées, en quelque sorte» pajr leur nature» à arriver à l'unité. jMais faisons une aiitre remarque de k plus haute importance^ et de laquelle dépend toute la profession géniérale de notre foi : c'est que V unité dont je parle ici » l'unité qui doit exister» et qui exista en effet» ne peut avoir lieu que sur les seuls points /ondamentaua:, que sur les seuls dogmes qui constituent réellement le chrétien. Les points secondaires» les points de détail ne sont point ceux. sur lesquels nous devons chercher ni exiger l'unité. L'Évangile est ainsi fait » qu'il nous offre d'abord les dogmes vitaux absolument nécessaires
DV GHRISTUNISME. a45
avec une clarté qui subjugue tous les doutes, et qu'il s'exprime avec moins d'évidence sur des questions non indispensables à notre vie. Tout ce qui est indispensable, est clair, voilà qui est incontestable; tout ce qu^n'est pas indispensable ne l'est pas, et tolère des divergences : caractère admirable, en ce que d'abord Dieu a posé les dogmes dont nul chrétien ne peut se passer, et qu'ensuite il permet des convictions isolées et partielles , souffrant ainsi à la fois la certitude de la raison et ne détruisant pas l'exercice d'une imagination moins arrêtée , donnant au genre humain un guide sévère et fixe , et entrant aussi , jusqu'à de cer- 'taines limites, dans les besoins et les vœux de chaque créature. Il faut donc ne nous arrêter qu'aux seuls dogmes vitaux; eux seuls peuvent et doivent nous offrir l'unité : ce à quoi un chrétien profondément dogmatique et convaincu devrait toujours s'appliquer, c'est à' ne s'attendre à trouver Vanité que dans les dogmes généraux de l'Évangile , qui sont les seuls qui la comportent. Voilà le grand devoir que chacun de nous a tant de peine à suivre. Tous ,.nous sommes sujets à ériger toutes nos convictions en souveraines absolues de toutes celles des autres , et à nous constituer centre exclusif et privilégié de toute la vérité. C'est là le péril et l'abus réel des décrets , des articles , des confessions de foi. C'est que toutes ces inventions humaines méconnaissent la véritable unité et la déplacent entièrement. Il est si doux d'ériger en beaux théorèmes tout ce que l'on croit sans exception, et de se contempler soimême comme jouissant de tout^ce qui est vrai ! Et si.
S46 BSSAX SUR l'histoire Gi^tïikLZ
par un malheur inscpardble de Torgueil humain, malheur qui est toujours arrivé, si on sort des grands dogmes évangéliques , et qu*on y ajoute , comme rigoureusement nécessaires , cette foule de points où la divergence est non-seulement possible , mais où elle est motivée par la révélation , alors on est exposé à chaque pas à rompre l'unité véritable, et à lancer une confession de fbi individuelle , comme une véritable machine de guerre et d'intolérance. De quel droit une assemblée ou un individu quelconque viendrait-il me dire par avance ce que ma raison individuelle trouvera dans la révélation de Dieu? Si nos pères ont si justement refusé ce droit h l'église romaine , avec ses conciles , son antiquité et ses pompes , ce n'était pas sans doute pour le remettre aux mains de messieurs tels et tels, gens éclairés, estimables, religieux, mais après tput , fragiles , faibles et pécheurs comme nous. Une promulgation d'articles est un véritable manifeste contre les droits de toutes les autres consciences. Si la confession de foi n'est qu'une simple déclaration^ qu'un ûvofXe prospectus [\) ; si elle n'est en rien et nulle part obligatoire, si elle n'est en aucune façon une loi; alors,. à quoi sert-elle? Elle est superflue sans doute; mais elle peut servir à être dangereuse. Le prospectus poussé par un peu' de zèle deviendra loi; la déclaration deviendra ordonnance ^ et la persécution désolera l'église du Christ. — Si nous quittons cette question
(i) Suivant l'expression parfaitement juste et heureuse de M. Vinct.
DU CHfilSTlAKlSME. ^^J
des em/essionsde/oi, pour rerenir au sujei spécial de ce paragraphe» nous trouTerons pour résumé des idées ^6 nous j arons exposées , que le seul moyen de cou* siiiuér le protestantisme comioa^e un » le seul moyen da reconnaître nettement les grandes idées que Dibu a YDuIu révéler, et qui se dessinent largement , même au milieu du vague des croyances et de la contradictiùn apparente des sectes , c'est de s'arrêter aux caractères essentiels et nécessaires des dpgmesv et seulemoit à ceux-ci. Il &ut les contempler d'un point de vue élevé. Il faut voir dans les dogmes tout ce qu'ils renferment) ce qu'ils renferment , et pas plus. Il faut voir quelle est leur essenee , leur vie » quelles sont kars propriêtéê et leurs canséquenees essentielles; et puis , ceci une fois reconnu » il &ut respecter les manières différentes de les concevoir» et leurs formes variées. En un mot , en fiftît de dogmes» il faut. être inflexible sur le fond de ridée « et très4arge sur l'expression et la forme. Or» avec cette' précaution, que nul homme de bonne foi ne me contestera» je dis qu'il est facile de reconnaître que la plus complète unité s'est répandue sur toutes les sectes protestantes » sans exception.
D'abord» pour procéder avec quelque ordre» il faut élaguer» comme rwnfovidaMenlaux » une foule de conséquences lointaines , de points secondaires » et même d'expressions toutes modernes , inventées par le cerveau bizarre des théologiens (i). Il est» en premier lieu » absolument nécessaire de réduire la révélation à
(i) La fatale erreur qiie commettent tant de gens, c'est de
S48 ESSAI SUB l'uiSTOIRB GiNÊnALE
c6 qu'elle est , à tout œ qu'elle est » mais seulement h ce qu'elle est. En envisageant la question avec cette généralité, on trouvera réellement qu'il n'est dans l'Evangile qu'un ■ seul point révélé , un point qui comprenne tous les autres, une seule pierre angulaire qui soutienne le majestueux édifice : c'est le dogme de la
R&DEMPTION. .
Sans définir encore la Rédemption , voici au moins trois résultats indubitables qui ressortent de toute la lecture de l'Évangile , de tout l'esprit de la loi nouvelle. Premier fait. La Rédemption a été opérée pour les hommes, s'adresse-à eux, est survenue pour 'eux*, et a pour but l'univers du genre hxkmmi. Secmd fak. La Rédemption a pour auteur , pour consommateur .et pour chef Jésus-GsuiST. Troisième faiL La Rédemption a pour conséquence, pour but, pour objet, le salut de la créature. Voilà les trois points de vue généraux sous lesquels l'Ëvangile envisage la Rédemption.
La Rédemption comprend donc ces trois points. Elle a. un objets c'est V homme \ elle a un auieur, c'est le Christ; elle a une conséquence , c^est le salut. Et, dès ce moment , nous pouvons anticiper un mstant sur notre conclusion , et affirmer qu'il n'est pas une seule
Touloir qu'on soit d'accord sur une foule de points et de systèmes, dont le nom même n'est pas prononcé dans TÉvangile, tels que, pré<festifiation , satiffaction , expiation , libre arbitre, prescience , péché (d'origine, originel), incarnation, personnalité, consub- ^tantialité, substance^ contrition, et beaucoup d'autres encore qui prouvent combien on se laisse craporfer par l'envie de joindre il'Kvangile des mots ontièrement humains.
DU CHRISTIANISIE. ^49
secte protestante qui n'aclmette ces trois choses , qui ne croie que la Rédemption est pour l'homme, qui ne croie que Jisus en est l'auteur, et qui ne cf oie qile le salut en est la conséquence. Tous nos théologiens sans exception signeraient cet énoncé. Voilà donc, dès les premiers pas de notre examen dogmatiquie, que notre unité se prononce déjà de la manière la jrfus élevée et la plus consolante. Nous avons donc saisi letf véritables traits de l'Évangile et les seuls essentiels; C'est ce qui va résulter^ de la manière la plus indubitable, de Pexamen suivant.
. . Nous allons parcourir rapidement les caractères dis-^ tinctifs de la Rédemption sous les trois rapports que nous venons d'exposer. .
J. Rédemption sous le rapport de son objet ou étai de t homme. Soit par faiblesse et insuffisance de sa' rai* son , soit par le triomphe habituel de ses passions et de ses désirs , soit par dépravation è lui léguée par ses pères, l'homme se trouve dans un état fragile, corrompu et susceptible de péchés. Ses vertus sont imparfaites, rares, incomplètes, et en cet état elles ne peuvent plaire à la sainteté et à la pureté même, qui est D1E17. Voilà le premier principe évangéliqùe , principe que toute la nouvelle loi proclame et avoue , et sur lequel tous les protestans sont d'accord. Maintenant que l'on admette, d'après l'Évangile, que cette ' dépravation, qui est un fait^ soit venue par suite de l'héritage de la chair et du corps de nos premiers parons, ou que l'on admette qu'elle naisse en nous àttjourdthaiy comme en eux il y a soixante siècles, par
^5a E88AI au» t'HnTOBs niantakhE
les amtes de notre liberté de bim ou de m«/ fabe , )e dis ^ve ce sont des manij^res différentes de con? «evoir un dogme, mais que le dogme en soi reste identique. Nos premiers parens étaient libres, nous le sommes aussi; nos premierà parens ont cboîsi le mal, nous le choisissons aussi. Le fait fondamental , et malheureusement incontestable , c'est que nous sommes pécheurs s or , que nous le deveiiicms ptar choix ou par héritage , nous le devenons , et voilà le dogme général de tous les protestans. Ceui qui penchent vers un fatalisme quelconque , ceux qui reconnaissent que l'homme est complètement libre , tous confessent que la victoire de ses passions remporte habituellement loin de ses devoirs. S'il est libre , il accepte volontairement le péché; s'il ne l'est pas, il y est réduit : ce sont des manières de voir différentes , par lesquelles on airive à un dogme identique , çdoi de sa fragilité ou de sa chute ( lapsus des théologiens )• Tous admettent que son intelligence est à Timago ds Dieu , qu'il a dégradé «et qu'il dégrade cette reasem-^ blance par le péché; tous admettent que le péché est la source du mal ( au moins de tout le mal moral et même de presque tout le mal physique ) , et que par le péché l'homme déchoit du rang que Dieu , en lui octroyant la raison , lui avait donné , et où il dépendait de lui de rester. Tous admettent encore que du péché est né le mal , et par suite la douleur; et qu'ainsi l'homme , par le péché, devient malheureux. Je le demande , en quoi cette doctrine blesse^t-^lle la raison , et n'est-elle pas clairement enseignée par l'Évangile ? et de plut , est-ii
^^^^^^^^-^mmm^tmm^
DU GHBISrUKKHB. s5t
use secte protestante qnî refa$e d'en admettre le résultat ? Je le répète , que le péché soit , au nûHeu da BOUS y héréditaire ou spontané ^ il existe, et cela par suite d'une rictoire de la concupiscence sur la raison » par suite d'un combat où la raison est vaincue. Cette e»s« tence du péché , ouvertement déclarée dans l'Évangile, cette existence , qui a rendu TÉvangile nécessaire , constitue , dans le sens de toutes les églises protestantes 9 le dogme que toutes peuvent nommer : la chute PE l'homme. Nous sommes donc tous d'accoM^ Notre nature est tombée , et tombe encore tous les jours. Be^ marquons seulement combien l'Évangile , en déclarani ce fait» en s'appuyant sur ce fait , s'est appuyé sur un fait que la raison, l'histoire» et la philosophie confia-* ment tout d'une voix; donc l'Évangile, en ceci, ne contredit point la raison.
II. La Hèdemptiom sous le ràppobt pe son AUTsua, ou de Jésui-Chrisi et de son ministire. La chute de l'homme , c'est-à-dire son péché passé ou actuel , étani une vérité évidente et Vobjet de la Rédemption^ il fiiut maintenant déterminer la convictiop générale que touf les protestans ont trouvée dans l'Évangile sur Fauteur de la Rédemption ou sur le moyen de la Rédemption. La question est double; il faut déterminer d'abord la na^ ture du Christ , et ensuite la nature de son sacrifiée ou de son action sur le genre humain.
A*. D'abord, quant à la nature du Christ y tous les protestans ontclairement lu dans l'Évangile qu'en mille endroits , le Christ est nommé y?/^ €le Dieu, qu'il parlQ au nçm de son Père , qui est auûp cieua , qu'il s'adresse
dSa ESSAI SUR l'hISTOIBE cilliRALE
au Père 9 le loue et le prie; d'un autre côté» tons les protestans ont vu que J&sus-Christ accomplit souvent un ministère en son propre et privé nom , parle de sa divinité f qu'il s'annonce personnellement comme puissant en salùty et qu'il se pose lui-même comme la réiurrecUony la vie et la lumière du monde. Tous les protestans ont reconnu en Jésus-Christ une nature mixte, quelque chose de l'homme , et quelque chose de supérieur à l'humanité. Cette divinité du Christ , dogme capital et très-important , je dis que tous les protestans non-seulement l'ont admise » mais l'ont admise comme personnelle au Christ. Ma proposition est celle-ci : Tous les* protestons admettent la divinité du Christ , mais seulement F entendent et f envisagent dune manière différente. Il faut d'abord remarquer que la nature précise du Christ est et restera pour nous » dans une grande proportion » un mystère; il faut se résoudre à en trouver dans l'Évangile ; pas de révélation , sans quelque chose qui s'élève au-dessus de la raison , c'est4i-dire sans mystère. Etant donc bien entendii que la nature intime du Christ doit échapper à notre.analyse humaine » il suit de là» que y quand nous employons ce mot, divin ^ Dieu , perfections divines y il nous est impossible de déterminer exactement et avec rigueur les caractères précis et positifs à l'aide desquels nous définirons notre idée de Dieu. Cette idée est infinie , donc elle n'est point mathématique. S'il est permis de parler ainsi » nous ne savons pas ce qu'il faut pour constituer un être divin. Je puis dire en quoi un tel être me parait à moidivin , mais, attendu que l'idée divin est infiniment supérieure à ma
'w^^ç-jT-i
BV (CHBISTIANISHB. S53
raison et à celle de loat le monde , je ne puis m'opposer à ce que d'au^pf conçoivent, cette idée divÎTie autrement que moi , la mettent dans autre chose , la voient dans des caractères. ou des propriétés où moi je ne la vois point. I/idée de quelque chose de divin, l'idée que nous avons de la divinùé, éiani un mystère , il résulte de là qu'en donner une définition compliie et approuvée de toutes Us intelligences, est absolument impossible. Uii mystère se croit, s'accepte ^ se reçoit , mais ne se définit point. Par conséquent 9 si nous comprenons cette divinité d'une manière dilTérente dans nos intelligences indi^duelles, aucune intelligence n'aura droit, Z^^i/fWffMR/ et évangéliquementf attendu que toutes ont ai&ire à un mystère , d'imposer aux autres intelligences sa manière précise de concevoir une chose , qui est mystère pour toutes. En un mirt , l'idée, divin, écrasant mon intellfgence , échappant de bien loin à toutes ses forces^ il est de la plus haute évidence que je ne puis réduire cette idée divin à un énoncé clair, complet , qui sera uniforme pour- tous, partout reçu , et renfermant des propriétés que chacun avouera et reconnaîtra à l'instant. Le nœud de la question est en ceci : que de4'idée mystère devront nécessairement résulter des divergences , qui toutes seront légitimes f pourvu qu'elles s'accordent en résultat. Pour éclaircir cette idée , voici une comparaison qui parait bizarre, uisi^ qui est exacte. Je suppose que le vent .du désert de l'Egypte podsse quelques insectes presque imperceptibles , quelques pucerons , sur un petit coin de l'une des pierres de la grande pyramide; je suppose que l'un de ces insectes prenne la parole , '
a$6 B88AI Sun l'hUTOIBX GiviEÀLB
tère. Et je dis que ces trois idées reYlèDiuent précisélùeiit au même (i). Un être ayant en soi une mission divine à lui confiée » étant entrée en lui , doit nécesswremeni afoir les. per/èeiions divines indispensables pour l'accomplir; et de. quoi se compose Fessence diyiQe ?; évidemment de perfections . divines ^ d'activité » ou de mission. On voit donc comment ces trois idées S0 fondent Tune dans l'autre. Cela devait être ainsi; car ces idées sont des expressions diverses, d'un même et identique mystèore. Npus sommes donc tous parfiiite* ment d'accord y et toutes disputes k cet égard sont disputes de mots. Seulement qu'on ne demande à personM de s'ei^quer ; comfneni cette divinité^ s<Ht ess^e^.wi perfection f soit mission, a été unie au Çbbist» parce que personne ne le sait. Je dirai de
(i) On a dit cent fois aux Sociniens: a Mais. tous retranchez Kl diyinité du Sauveur, tous ne croyez qu'à la dwinité.àe sa misr sion ; donc tous êtes des impies et tout ce qu'il y a de plus détestable. ii'Mais ceux qui font si souvent ce reproche ne roient pas qu'une iftâsioR diuine personnelle eu Sauveur, est, comme mys" tère f exactement la même chose qu'une essence dwine personnelle au Sauveur. Mais on dira qn'un ambassadeur ayant mission , ou perfection , n'est .pas la même chose que son souverain j sans doute y' ceci eit vrai , ici , dans ce monde, humainement parlant; mais de quel droit và-t-on appliquer à l'analyse d'un mystère des comparaibOBS déduites de la diplomatie ? Quelle e'trange-temc'rité, que d'aller appliquer nos idées de chancellerie j d'envoyé et d'ambassadeur , aux formes diverses sous lesquelles la divinité a pv résider en Christ ! Ne voit-on pas, que, d*un côté, ce sont nos habitudes humaines i nos procédés de ce monde , nos us et coutumes^ et que de l'autre, c'est un jnjrsière qui échappe com* plètement à notre raison , et qui, à plus forte raison, échappe â nos usages ?
DV CHBISTIAIUSVE. i&J
plus f sur des points où il y a encore tant de haiHe et d'aigreur et où il serait si important qu'on pût s'entendre et se rapprocher , ]e dirai que ceux qui admettent que Christ était Dibu par essence , s'imaginent être bien orthodoxes » que ceux qui mettent sa divinité dans ses perfections s'imagintot être bien raisonnables , et q^e ceux qui voient sa divinité dans sa mission s'imaginent être bien philosophes} mais , de quelque point de vue que l'on parte » et comme si Dibu eût voulu humilier d'avance tous ces professeurs de docr trine ou de science , la question reste , de tous les côtés , également vaste » également incompréhensible, égalenn^t supérieure à notre raison , également my^lérieuse. Aucune de ces opinions ne l'éclairoit. Faibles esprits que nous sommes » nous végétons bien loin de l'infini y et nous croyons le pénétrer , tandis que nous n'en recevons qu'un pâle et lointain reflet ! Au fond de toutes ces manières de voir, il reste toujours cet abîme de perfection et d'amour, cette manifestation mixte de quelque chose de corporel et de quelque chose d'infini , qui , lié à la personne » otT à la perfection 9 ou à la mission , apparaît pour nous guider , sans se laisser comprendre. 11 reste toujours l'être humain , ce Christ, doux, compatissant, tendre, sensible, plein d'amour , recevant les petits enfans et pleurant avec les femmes, et il reste aussi l'être divin ^ ce, Christ , radieux reflet ou essence du Père , annonçant avec autorité le salut du .monde, se posant lui-même comme, la résurrection et la vie , déclarant avec un sublime au-dessus de l'humanité que sa parole ne passe-
â58 ESSAI SVLB l'hISTOIBU GàNÉRALB
rait jaman , se proclamant jugesouyerain éaas ce jour final , où il récompensera , plus que le système de philosophie le plus savant, pins que l'orthodoxie la plus pompeuse , le Terre d*eau donné en son nom au dernier de nos frères.
J^ose croire qu'à cet égard Téridence est entière : l'unité règne parmi nous sur le dogme capital de la nature du Christ. Nos sectes entendent d'une niamèrs diverse sa divinité; elles la font résider dans des choseï différentes : elles ont le droit de la faire résider en des choses différentes , attendu qu'elle est mysière , et que c'est en vain qu'mi essaiera jamais de relater ua mystère d'une manière nette et de toute évidence; mats aucune ne la nie. Il me tardait de rétablir les opinions surunreprodiesi souvent adressé , et de relever d'une fois tant de traits qui nous sont lancés à cet égard et de tant de côtés.
Je ne veux poiot terminer ce paragraptue s»ns déduire de ceci le plus grand danger des confusions es foi 9 danger qui n'a pas encore été signalé sous ce poini de vue. Qu'est-ce qui fait que les décrets , «onciles , synodes doctrinaux , ont produit tant de mal et ont mis le feu à toutes les opinions ? C'est justement par la raison que nous venons d'indiquer. C'est qu'ils ont voulu définir le mystère $ c'est qu'ils ont voulu réduire en une formule* positive et humaine une chose qui s'y dérobe complètement ; c'est qu'ils ont méconnu la souveraineté positive et réelle, que chaque intelligence doit exercer sur la manière dont elle conçoit et accepte un mystère. Essayez de définir ce qui est indéfi-
DU CflRlSTlAKMHS. sS^
nUsaliie » et à rînstant vous révoltez toiites les inlelligençes. L'Évangile à lut seul constitue et amtoe Tu mlé; voyez ce que firent les définitions de Nicée. En un mot , la définitiwt d'un mystère e^jk toujours un brandon de discorde lancé au milieu des croyances qui sont d'accord sur le fonds.
B. Après avoir établi l'unité protestante sur la question de la mUure de tauleur de la Rédemptù» y il ne sera pas plus di£Gicile de la reconnaître aussi sur la ma* nîère dont nos églises conçoivent bi Rédempiian ellemême»
Ici , comme dans le paragraphe qui précède » il faut avertir qu'il y a mytlêre. Ainsi est &ite la révélation; il faut l'accepter telle qu'elle a été constituée dans les desseins de Dibu , ou n'y point croire. La liaison in-* time qui existe entre la mort du Chbist et notre justification » étant encore une des ces choses qu'on ne peut comprendre en une proposition géométrique , et qu'il est impossible de réduire en un énoncé par£aiitement unilbrme pour toutes les intelligences , nous devons donc nous attendre à voir les intelligences , comme dans les questions de la nature du Chsist» 'envisager tacie de la Rédemption sous des points de vue divers; mais encore ici elles arriveront toutes au dogme géné« rai 9 et il y aura encore mkilé complète dans Vèglisepro» testarUe.
£n effet , nous reconnaissons tous que la Rédemption ^ opérée par la vie et la mort du Ghbist, a pour effet et pour résultat le salut du genre humain, pourvu toute* fois et nécessairement que le genre humain pratique
SÔO ESSAI SUR l'histoire GÉNÉRALE
la doctrine morale que le Christ est venu lui prêcher.
Or, les diverses familles religieuses , lorsqu'elles ont. envisagé la Rédemption en elle-même » et à part de ses résultats, «sont arrivées, en étudiant l'Évangile, à y reconnaître ou une expixUion des péchés y ou une con- JvrmaXion de la morale. Je pense que je puis prouver qu'il y a unité parfaite dans ces manières d'admettre le dogme de la Rédemption , soit quant à sa nature y soit quant à ses conséquences.
D'abord , dans les deux manière d'entendre la Rédemption, il y a mystère. En effet, celles de nos sociétés religieuses , et c'est le bien plus grand nombre , qui ont reconnu que la Rédemption, est une véritable expiation de nos péchés., admettent toutes que cette expiation est conditionnelle , c'est-à-dire , pourvu que nous pratiquions la moraloé Aucune secte protestante tLB prétendu (et c'est un reproche que des philosophes ennemis du christianisme nous ont adressé à trèsgrand tort) que la mort da Sauveur jious donnait la vie éternelle , sans la pratique de sa loi morale. Soutenir ce blasphème, serait soutenir que le Christ est venu au monde pour nous dispenser de la vertu. Cette seule idée révolte. Nous avons donc confessé , comme mystère , que la mort du Christ est une expiation pour nous, mais une expiation seulement. en ce sens , qu'elle nous donne le moyen de pratiquer la morale , sans laquelle nous ne pourrions être sauvés. Or, cette expiation, cause déterminante de la pratique de la morale , voie par laquelle nous sommes entraînés aux bonnes tBuvres par la foi ^ n'est-ce pas, en propres
DU GHBISTIANI8ME. ; JijSl
'termes 9 la même chose qu'une sanction > qu'une con- Jifmation? Que la mori du Christ soit une expiation ^ nous disposant à suivre une morale qui nous saave , ou que la mort du Christ soit une confirmtUifm , nous disposant à suivre une morale qui nous sauve » n'est-ce pas précisément la même idée; est-il, entre ces formes d'un dogme identique , autre chose qu'une distinction de mots ?
Nous qui adinettons la mort du Christ comme expieUion, nous qui l'admettons comme sanction de son enseignement moral , nous avouons que cette expiation ou sanction offerte pour nous » n'est complète et ne nous procure le salut qu'autant que nous-mêmes nous suivons la doctrine. Ce n'est pas dans nos idées un sacrifice sans condition de notre part, qui nous ôte nos péchés sans notre réforme » et sans que nous y intervenions par notre foi et nos œuvres.
Si la mort du Christ, comme expiation, nous justifiait complètement , sans , pour ainsi dire , que nous ne nous mêlions de rien; si notre simple adhésion à ce sacrifice nous rendait agréables à Dieu , sans la foi ni la vertu, sans aucune oeuvre, cette mort serait alors un sacrifice, et ne serait pas une sanction; mais commç il est de toute nécessité, que, d'après son influence, nous pratiquions k doctrine , elle en est une véritable confirmation. Sous le code mosaïque, une simple offrande expiait le péché; mais, d'après l'Évangile et le code de Christ, la victime ne suffît point, et il &ut avec elle une réforme et une activité morale: un sacrifice sous ces conditions est une sanction morale.
fi6t ESSAI SVR l'histoire GiNÉRALB
C'est donc une expiation qui suppose toujours notre aetiTÎté et notre participation , et qui sans notre activité de foi et de morale » ne nous justifie point aux yeux du Père. Or , un sacrifice , tellement constitué qu'il nous détermine par son influence à cette bonne vie qui nous sauve , un tel sacrifice est évidemment une confirmation de morale. Tout ceci me parait de la plus grande clarté. Soit comme expiation , soit comme sanction , on arrive au même point » et il y a encore ici unité profonde et réelle dans les idées protestantes sur la Rédemption.
III. RiDEflPTION sous LE RAPPORT DE SES CONSÉQUEN- CES OU du salât. Il ne nous reste que fort peu de choses à dire sur notre croyance universelle » concernant ce point qui se range parmi les doctrines fondamentales. C'est que toutes les églises protestantes ont admis, pour condition du salut , une foi agissante , composée de croyance et d'action. Celles qui contesteraient ce point , sortent évidemment du christianisme , et préfèrent leur orgueil à la bannière du Christ. Remarquons que ce dogme capital n'est point susceptible d'être pris en plusieurs sens ni entendu de diverses Baailières* Non point seulement par devoir et par charité 9 mais par nétessiié; il faut être large sur la manière dent les autnes dogmes s'entendent; je dis par nécessité, parce que ces dogmes ont une partie de mystère , et qui dit mystère , dit une chose qui ne peut se peser ni se résoudre h la balance ordinaire de la raison , et par conséquent » où il devient impossible d'établir une règle générale qui soumette toutes les intel-
DP CBRI8TIANI6HE. ^63
ligettces. Ici donc» les manières de roir seront variées; Dibu lui-même a touIu que ce fût ainsi.
De quelque manière que l'on conçoive la divinité liée au Chuist, toujours il y aura mystère : pour moi , je déclare que des trois formes que l'on a admises , je n'en conçois aucune plus facilement que les autres. Mais 9 quant à la conséquence de la Rédemption , c'està-dire le salut 9 il n'y a réellement aucun mystère , aucnne obscurité , aucune hésitation^ aucun prétexta pour les divergences. Christ est mort pour nous sauver; il a déclaré que la vie éternelle serait le patrimoine certain de celui qui croirait en lui et suivrait sa morale : il faut , pour être sauvé , être croyant et pur, avoir la foi et la vertu. Yoilà qui est clair et qui échappe à toute hésitation : ceci n'est donc pas un mystèrCy c'est une assurance et une loi. C'est donc, en der-^ nier résultat, l'ordre le plus positif, le plus arrêté et le plus important de Dijsu en Gqrist. Dieu a permis les divergences dans les questions de mystère; son infinie sagesse a eu soin de les prévenir dans les questions d'activité morale et de salut ; et ce n'est pas là un des moins sublimes caractères de sa providence admirable. Il est , du reste , très^air que toute hésitation sur les mérites et la nécessité de la foi agissante, est infiniment plus grave, en doctrine chrétienne, qu'une conception difTérente sur la manière dont la Divinité est unie au Chbist, par la raison évidente que cette dernière est mystère y et que l'autre est un^ loi[\^.
(i) Noos ii*aTtoo$ pas le dessein d'entrer dan« les questions de détail : cependant , pour e'claircissement , nottf allons
^k^MOlk.
264 BSSAI 8VB l'hISTOIBE CiniRALE
: J'espère^ après cet examen bien rapide, inais trèagrave et important » avoir dévoilé à tous les yeux quels sont les traits fondamentaux de la religion de Ghbist. Je me flatte maintenant que l'on pensera , comme moi» que la révélation a manifesté , aux yeux de tous, ses traits distinctifs ,,et que son auguste et divin caractère n'a péri chez aucune de nos sociétés religieuses. Comment avons-nous réussi à reconnaître encore , au milieu de tant de tempêtes, les profondes marques aux-
ajouter ici an mot sur la manière de traiter tes mystères , un mot* qui se rattache à une note prqce'den te ( page a54 ) : c'est que la source de presque toutes les erreurs en dogmatique yient de ce que nous sommes toujours portés à faire de Dieu un être comme nous, ayant nos passions, nos sentîmens. En vain Faine Veut se réfuter dans des régions e'ievées et immatérielles; un anthropomorphisme scandaleux Vatteint et Tégare. De même qu^on peut être «tonné de lire dans les livres de {sainte ) Thérèse et de Fénélon, que ces auteurs aimaient Dieu précisément comme on s^aime sur la terre, et parlaient a FÊtre infini en style de déclaration ; de même , nous avons été souvent surpris, et scandalisés d'entendre des prédicateurs méthodistes ou de convictions voisines , appliquer à Dieu toutes les idées de la justice humaine et de la criminalité de nos tribunaux , assister en imagination à ses jugemens, et en quelque sorte rédiger la jurisprudence du ciel. J'ai souyenfc" entendu dire: «Vous êtes tous condamnés, et sous la mort ; voyez un malfaiteur que la loi va frapper , la loi Tépargnet-elle ? non , elle le punit : donc a plus forte raison Ja justice divine vous frappera. » Tout ceci est détestablement raisonné. Quelle analogie entre Dieu et les magistrats humains ? Quoi! les magistrats humains en tuant l'assassin ferment toutes les portes au repentiret à la réforme , et c'est à eux que vous comparez notre père qui est au ciel! La justice humaine ne juge que les actes et les paroles ; quelle rcssemblance.a't-clle ddnc avec la justice de celui qui sonde les cœurs et les reins ?
quelles on peut partout distinguer les chré^eils ? c'est que 9 dans cet exposé, nous nous sommes soigneusement attachés à négliger les questions de détails , et que nous avons envisagé les vérités distinctives, qui sont l'essence de la parole divine. Homme pécheur, homme déchu, homme ayant besoin d'être relevé, rédemption , instruction effectuée par le fils de Dibu , toujours divin en quelque chose , salut attaché à la croyance unie à la pratique : voilà les colonnes du temple; voilà le christianisme véritable et pur; voilà la foi qui a résisté aux siècles^ qui n'a point péri dans les révolutions , et que toutes les familles protestantes ont soigneusement conservée.
Telle est donc , à nos yeux , notbe unité.
Remarquons^' combien elle est réelle et profonde. La révélation devait être jugée diversement pour les points inférieurs; elle ne pouvait pas l'être dans les points supérieurs et vitaux. Aussi le désordre des sectes est venu se perdre et se briser devant les bases de la foi. Ces bases forment donc la véritable église du Chuist, contre laquelle les enfers ne prévaudront pas. Tout j^omme qui les admet dans toutes les latitudes de conception que nous avons posées, celui-là est des nôtres y est chrétien , est héritier du salut , et à droit à la couronne de l'éternité. Et cette unité si glorieuse , qui s'est . prononcée si évidemment, remarquons surtout qu'elle s'est établie au milieu de l'indépendance complète de toutes lés opinions , et qu'elle a résulté de leur concert. Elle n'est donc pas factice; elle est vivante et profonde, au degré le plus éclatant. Elle est l'émanation
966 ESSAI SVB L'HISTenUE CillÉRALE
^ntaaiée et sainle de toutes les âmes* Chacun de nous a pensé de son cdté; chacun de nous s'est fait une re* ligien à lui : et tous nous sommes tombés d'accc^. Il est impossible de méconnaître ici l'empreinte de Tes-* prit de DiBv. Chose admiraUe et consolante ! la ^érélaticm et la raison ont partout produit la plus complète harmonie , et cette unité, k laquelle d'autres sont arrivés par Tesclayage , nous y sommes arrivés par la liberté. Nous sommes donc bien réellement arrivés enfin à cette Jérusalem céleste , qui appelle toutes les intelligences , et dont les portiques sacrés accueillent tons les enfans des hommes.
Toutefois , prenons garde que oette reconnais^ sauce évidente de ce qui fait le corps et le fonds de la religion de Christ^ ne nous mène à l'apathie et k la langueur, pour ropinion particulière , et toujours une avec toutes les autres , que nous aurons adoptée. Bien que nous ayons , je pense , clairement démontré quel est sur les points que nous avons parcourus , le dogme fondamental et vitale qui seul doit être nécessairement professé; cependant il sera toujours dans Tame deg chrétiens une forme ou manière de recevoir le dogme, qui paraîtra plus claire , plus évangélique et plus influente que les autres : ce sera une affaire de conscience et de conviction individuelle. Sachons donc travailler avec zèle , science , et ferveur, pour l'opinioa qui nous paratt la meilleure; mais souffrons sans impatience et sans dégoût toutes les opinions voisines et également mystérieuses ; surtout vivons en présence de la grande unité qui plane sur nous tous.
BU GimisTiANisHK. sBy
Noos devons dire la même cbosp en ce qni concerne Beaucoup de points secondaires , très-intéressans et très-cnrienx , qui , sans comprendre en eux ressentie! et le TÎtal du christianisme , se groupent cependant toujours autour des grands dogmes que nous avons recoonns. Ainsi , U nombre et t effet de nos sacrement , la forme ée nos cultes ^ les droits du ministère saint, le genre él Fétendae de F inspiration divine , tétai Jhuil de rétribution et de repentir^ le sort des âmes après la vie , t existence du niai comme être distinct ou comme mauvais désir, tous ces points et beaucoup d'autres sont ém{*< nemment dignes d'être médités arec toute la force de fîntdiîgence humaine. Ils soulèvent les plus graves et les plus sérieuses questions d'exégèse , d'histoire , de religion , de philosophie et de science. Il faudra donc que nous nous en occupions avec un grand soin , une fois notre unité fixée. Loin de nous la pensée de traiter les sciences religieuses avec dédain ! Il n'est rien de pins beau que la Géologie , quand elle est évemgéliquey comme il n'y a rien de plus^noble qu'un prêtre , quand il est prêtre*
Cette conviction de la grande et vaste unité , qui comprend tout le protes^ntisme , s'est formée en moi lentement après un état de doute et de mécontente^ tftent assez pénible. J'ai toujours été frappé du nom*bre des sectes "protestantes, de leur diversité , de leur importance; j'ai été vivement affecté des barrières qu'elles muftiplient entre elles; j'ai surtout été douloureusement surpris de U violente guerre qui se passe dams les coiMCieûoes , et de cette haine profonde 4e
secte qu'on se voue réciproquement : et je me suis dit à l'aspect de ce pénible tableau : Serait-il possible que ^ parmi tant de convictions et tant d'églises , l'une seule eût raison , et que toutes les autres eussent tort; seraitil possible que le flambeau que Dieu même alluma se fiit éteint partout » hormis en un point presque imperceptible dans le vaste univers moral; serait-il possible que l'Évangile ait péri » et que le monde' dût voir toutes ses espérances les plus saintes et les plus nécessaires s'engloutir dans le chaos des sectes; serait-il possible que je dusse admettre tout ce qu'admet téglise anglicane, avec ses déclarations , ses articles» sa hiérarchie, et cependant l'église anglicane n'a pas entièrement tort; serait-il possible que je dusse admettre tout Calvin, tout Luther et tout Arminius , l'un avec sa prédeHination , l'autre avec sa panification , le troisième avec sa grâce nécessaire; et cependjint ces grands hommes ont eu raison en quelque chose. Où est donc la vérité? Existe-t-elle seulement dans les églises èaptistes , qui rejettent tant de nos sacremens ; dans le presbytérianisme pur y qui méconnaît la hiérarchie comme nous l'entendon;»; dans la foi rationaliste, qui endut les miracles ? Est-elle placée tout entière dans les élises unitaires, dont plus de quatre cents s'élèvent dans la Grande-Bretagne , et desquelles très-souvent il sort des écrits pleins de science , de bonne foi et de piété évangéliques ? A voir la vie et les œuvres du sayant Priestley, de l'honnête et inflexible Lindsey, du sage et vé nérable Belsham y je ne pouvais me résoudre à croire que plus que Wesley, que Granmer» que Ghalmers ,
DU GHBISTIANISMB. 169
que Wilberforce , que Bogue , ces hommes fussent , comme on le répète si souvent , avec si peu de charité , des impies et des destructeurs. Et cette douce croyance des Amis » cette savante doctrine de tant d'universités allemandes , tout cela est-ce entièrement de l'erreur, ou entièrement de la vérité ? Si j'eusse limité la vérité absolue' à l'une seule de ces sectes , alors évidemment j'eusse placé la lumière sous le boisseau d'une seule église , et les autres eussent été condamnées aux ténèbres; dans ce cas, les paroles de Christ eussent été vaines » et sa rédemption se fût annulée. Dans cet état , un trait de lumière est venu me frapper; je me suis demandé s'il ne serait pas possible que nos sectes , dans des formes diverses, fussent cependant en pleine et entière possession de l'essentielle et de la grande unité. Aussitôt 9 Je me suis appliqué à fixer au-dessus des sectes et des haines les traits saintes et purs du christianisme fondamental , et je n'ai point tardé à les voir se prononcer. C'est alors que le protestantisme m'est apparu dans son majestueux ensemble : j'ai vu clairement alors, qu'à Berlin , à Genève , à Londres , à Philadelphie, on était d'accord (i). Ce n'a pas été sans quelque joie et sans quelque gratitude pour l'auteur
(1) Les opinions, dont nous avons donne ]c résume, sont celles de Hus , de Knox , de Luther , de M elancthon , de tous les réformateurs. Elles nVmpéchent point notre fraternité avec Newton, l'honneur de notre espèce, bien qu'il fût unitaire ou socinien âLércide'. Quant a Pascal , à regret, nous nous séparons nettement de ce grand homme. Il n'avait pas de foi, sa foi lui ayant été' imposée par autorité. D'ailleurs ses nombreuses superstitions l'isolent du protestantisme.
970 BSSÂI SUR l'hISTOIBK fiilÉRALK
de toute Térité» que j'ai yu combieu il m*ét«t facile de retrouver I'église de Christ dans toutes ses appRrenées variées » et de fiiire sortir les dogmes saints de dessous les inventions que Torgueil ou la vanité ont asiassées sur eux. L'église de Ghbist et son divin caractère ne m^a pas plus semblé douteux ni vague ; elle a'olSrait à moi dans toute sa sublime netteté. Je me suis trouvé alors » en quelque sorte ^ dans la situation de ce voyageur» qui , di^ns le cours d'une longue traversée , désespère d'arriver jamais » qui voit sa faible barque presque brisée par les orages » et qui enfin découvre la terre après tant de fatigues , et salue d'un regard de joie et d'amour les rives verdoyantes de la patrie. — Ainsi j'ai salué la patrie céleste vers laquelle tous les protestans s'avancent ^ dans l'espoir de ceindre une couronne à laquelle tous ont des droits.
Il n'est point nécessaire d'insister longuement sur l'énorme importance , aujourd'hui , de constituer largement le protestantisme et de le voir seulement où il est. En montrant combien est réelle notre véritable •umié, et en &isant voir que la protection de Dieu a tellement reposé sur nous , que les traits essentiels de sa fiaajestueuse révélation nous ont apparu dans tous les temps , alors nous pourrons répondre d'une manière nette et arrêtée aux reproches de dissolution et S anarchie , qui nous sont adressés de la part de l'église ^ romaine , et aussi d'un autre côté , d'où nous ne nous étions pas attendus à recevoir ce reproche évidemment mensonger et téméraire. De plus , et c'est là le plus Inestimable avantage de cette profession» à mesure
mm
%ue nous saurons nous habituer à vivre avec toutes W «ecles» et à y retrouver partout le /ondamentaï du (Aristiauisme , dès lors nos vues auront plus de douceur» et notre conduite plus de fraternité. Les haines^ Im 4é^iaiices« les Canatismes individuels seront éteints, iet qui de nous peut méconnaître un seul instant notr^ j^osition à cet égard? Des manières de voir différentes ^ur les mystères, différences que j'ai prouvé en découler oéçessait^emei)!;, ont réalisé parmi nous autipt d^ suspicions et -de haines que le démon de l'ergotage »n a jamais vosaies mr le monde. £n parcourant les idées fondamentales de la corruption de Fkomwje , de la rc^ demption^ et de la manière dont la divinité esi unie ai| Christ» je remarque , avec une vivo et amère douleur, que la moindre divergence sur ces points nous sciode , nous d>vise» et même nous anime' d'une défiance sou-*
Tent mai.eillante pour nos frères (1). On s'accuse « on
(i) Il est temps de dire la vërité a tout le monde. J'ajouterai Jonc que €66 re|M-oche8 s'adressent un peu h. toutes les nuances et à toutes les /couleurs de nos opinions religieuses. Nous sommes tous trop exclusifs. Cepeiulant la bonne foi m'oblige à remarquer qu'il y a une chose, qui semblerait prouver que la couleur me'tbodicte est celle qui a tort dogmatiquement , qu'elle se trompe ètningéliquement ; c'est qu'il me paraît que pour Vintolérance > eUe s'est acqiuse sur toutes les autres nuances une supériorité incontestable. D'autre part, les oxnnions qui semblent le plus s'eloi^gnçr de Tunité évan^élique , 'qu'elles possèdent cependant aussi, sont encore trop exclusives. Les unitaires anglais publient une foule de recbercbes extrêmement curieuses. et intéressantes , fortifiantes pour la foi. Mais aussi il est vrai de dire que ces savans et éloq^eas écrivains appuient trop sur leurs vues sectaires , et n'iusiff-> tent pas assez sur l'unité générale de la doctrine. Ainsi, qu'ojft
S7S BS8AI SUR l'hISTOIRB GÉNâRALE
s'injurie ; on se parle tout bas , on se dénonce le soupçon même. Telle opinion est un stigmate que quelques gens vont colporter dans nos églises pour en marquer le délinquant. Il ne manque plus que d'avoir une police et des gendarmes au service de tel dogme. Quelle torche fatale a donc été secouée? Quel est l'atroce génie qui a versé sur nous toutes ces discordes? Ce génie, je lô connais; je le démasquerai, je le combattrai sans relâche. C'est l'intolérance sectaire ; la fureur de subjuguer l'humanité chrétienne h nos vues individuelles; la ma<> nie de vouloir tout ranger sous les mesquines couleurs de notre propre drapeau; c'est en quelque sorte cette faiblesse de vue ou de cœur qui nous fait refuser de voir les grands traits de l'bglise de Jêsus-Christ; Voilà un état intolérable de haines et de délations, sous lequel nous péririons tous. Yoilà l'état dont il faut abso^ lument sortir. Tout le monde sait cette situation; toiït le monde sait les castes distinctes et hostiles , où l'es-
ouvre au hasard le premier livre unitaire venu, on verra que l'auteur appuie ënormëment sur ceci , que Jésus est un pur homme {a mère man). Et puis aussitôt, il est obligé d^ajouter , entrant dans ^ unité fondamentale , que ce pur homme est le fils de DiEir, est le Saut^enr, est le Rédempteur, est l'jE'mmanue/ des prophètes^ a le don des miracles , de salut , de résurrection y a toutes ies per^ fections morales. Or , voilà , il faut en convenir , un pur homme y constitué d'une manière fort étrange. Ne voit-on pa& que tout ceci réalise une véritable dii^inité ? Un ttl ministère , de telles perfections réalisent, en bonne philosophie , une essence divine. On voit donc encore ici que nous sommes tous d'accord sur le fonds, et que Funité de doctrine tolère parfaitement ces diverses manières d'envisager un même dogme. Se bien entendre sur ce point , est le véritable esprit de Chbist.
DU CHBISTUNISME. SljS
prit d'exclusion tend à nous confiner; tout le monde sait les maux profonds et réels de nos églises ; QQjGtis moi , je le sais , et je le dis. La profession vive , sincère , évangélique de Tunité générale est la seule ma-^ nière de sortir d,éfinitiyement de ce chaos haineux des esprits.
Quant à moi , et je voudrais ardemment que tous les protestans eussent la même pensée, je suis résolu à sortir de toute vue restreinte et confinée sur le protestantisme; je suis las de vivre au milieu de tant de consciences ennemies. Comme disait un de nos grands hommes y je suis fatigué de la portion d'exclusion que j'exerce; je veux perdre la contenance et les formes d'un sectaire. Je veux contempler le protestantisme dans ses traits généraux et magnifiques; je yeux renverser ces barrières des sectes , qui divisent et désolent l'église de Christ. Je. voudrais pouvoir effacer et abolir toutes ces vaines et incomplètes dénominations de calvinistes » de méthodistes ^-de sociniens , d'anglicans , dans la grande unité de rhvangile. Oui » il bst tbmps, il est grand temps de montrer qui nous sommes , et de, briser ces divisions qui aigrissent les chrétiens y qui enchaînent la raison ^ qui dessèchent et empoisonnent les cœurs. Il y en aura sans doute encore qui résisteront à cet appel y âmes froides et fausses, qui se cramponnent à leurs petites vues , et qui préfèrent l'atmosphère lourde et étouffée d'une secte, à l'air pur et céleste que l'on respire jdans les vastes ps^rvis de l'église de Christ ; mais un jour ils arriveront , et enfin nous les recevrons bien.
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Telle est Texposîtion sincère et fervente que je voulais présenter » et je k erois digne de la plus sérieuse méditation. Je l'adresse arec coûfianoe à beaucoup de mes lecteurs qui se sont trouvés , )e la^éSBat^, dans la même position que tnoi. Je ne dis pad que» pour que tout le monde professe notre unité, il 0e faille vaincre beaucoup de préventions. Il i^itdra surmonter y avant tout» un préjugé d'enlancé» d^hiih bitude et d'éducation , préjugé d'autant pluâ tenace qu'il a longtemps été très -respectable : c'est qu'une foule de protestans se reposent dans les souvenirs de leur glorieuse histoire , et de cette yie de foi , que la persécution n'a pu vaincre; ib reuTent toujours mettre l'Évangile dans les sectes; ils multiplient les se-' parations» ils s'isolent; chacun pose aa secte comme seule propriétaire de toute k vérité; et ce faisant , ils se condamnent à une existence de oastes et de oeteries. Plusieurs d'entre eux voudraient que lien ne changeât» que rien n'arançât : dogmes , morale , ejeégê^ , enseignement , histoire » confessions de foi^ traductions des Ecritures , tout doit être fixe > arrôlé , stéréotypé. Que faire aussi de quelques autres ^ en moins gnmd nombre il est vrai , qui redoutent un examen » uto raisonnement » comme la peste, et qui se donnent une grande réputation de ferveur» en allant partout et à sa^ tiété assaillir les chrétiens d'ude foule de phrases que ni eux ni personne n'ont jamais comprises ? €es gens*» Ik brouilleraient les âmes les mieux disposées , avec l'Évangile. Dès qu'on les entend » on en a assez ; on sort du temple. Sans doute » il y a » il faut des mystères
DU CHftlSTIANISMB. fiyS
dans une réféialion : elle doit en présenter; mais c'est une graye impiété d'en venir mettre plus que Dieu n'en a mis. Que si Ton tâche de comprendre une chose rai* sonnablement » que si l'on veut les sortir on peu de leurs Tues étranges , alors on rencontre la plus vive opposition. Ces gens-là ont une vocation spéciale pour les absurdités; ils les aiment et les défendent de préférence; ils s'imaginent l'homme comme un être inca* pable de la moindre vertu; ils se font une divinité impitoyable et vengeresse ; partout ils fuient le jour, et à l'obscurité qu'ils recherchent , et aux longs gémissemens de leurs prières , on serait tenté de comparer leurs croyances funestes à ces cavernes indignes de servir d'habitation , où l'on ne voit que la nuit , où Ton n'entend que des cris funèbres. -^ Essayons de relever sur ces ruines la sainte bannière de Jésvs-Ghrist* iVe* connaissons que de pareils principes sont éminemment hostiles à la révélation de Dieu. Us donnent raison à l'église romaine et à sa foi immobile et glacée; ils incidpei^t même le christianisme » la réforme et tous les chimgemens glorieux qui ont perfectionné notre e%* pèce. C'est un reste de catholicisme qui gouverne les âmes à leur insu* Puisse Dieu nous faire un jour à tous la grâce de dépouiller tout-à-fait le vieil homme ^ et d'être finmchement et largement protestans.
J'ajouterai seulement que les principes que j'ai exposés sont les seuls par lesquels il me paraisse que notre foi puisse se répandre aujourd'hui. Rien au monde ne me fera taire la maxime dont tout dépend : si le pro* testantisme se déclare secte ^ il restera secte} mais c'est
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déjà un bienfait signalé que Dieu nous permette enfin de reconnaître et de publier la vaste unité qu'il a donnée à son Église. Sans médire de ce qui est, et sans oubli des grands hommes qui nous ont frayé les routes , sachons nous élancer en avant , comme ils le firent ; appliquons à nos. réformateurs ces bçUes et prophétiques paroles de Sénèque : « A moins que nous ne soyons les plus ingrats des hommes^ confessons que ces illustrés /onduleurs des opinions sacrées naquirent pour nous , et nous préparèrent notre vie (i). Sachons enfin reconnaître le christianisme partout où se montrent ses caractères essentiels. Une nouvelle époque commence pour la réformatîon; elle va sortir du régime de Tintolérance, des articles, des confessions, pour entrer dans le vrai régime de Christ , l'unité de foi dans la liberté des croyances.
Si maintenant nous comparons l'étendue de la doctrine protestante avec les autres philosophiès et les autres doctrines qui ont paru sur la terre et qui maintenant encore divisent les esprits , tout homme impartial admettra , je pense , sans peine , qu'elle n'est sur^ passée par aucune autre , pour la généralité , l'étendue et la fécondité des principes , et surtout pour la liaison intime de la doctrine et des devoirs, principes éternels qui détruisent les doutes pt relèvent la créature; chaîne auguste qui s'attache im fois à la terre et aux cieux.
(i) « Nisi ingp|itis$ijni simus, illi clarissimi sacrarum opinionum coDditores nobis natî siint , nobis vitam preparaTerunt. » De Brev. f^iU c. 14. •
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