ORGANISATION DE LA TROMPE
La tête du Desman se termine, comme nous l'avons déjà dit, par une petite trompe d’une mobilité & d’une sensibilité extrême. C'est grâce à cet organe que le Desman, animal essentiellement nocturne, parvient à se guider dans l'obscurité & à s'emparer des insectes, des larves ou des petites truites dont il fait sa nourriture; c'est avec sa trompe qu'il flaire & reconnaît les objets qui l'entourent.
Des dispositions analogues à celles qui se trouvent chez le Desman se rencontrent bien chez d’autres insectivores. Les musaraignes ont bien une petite trompe, mais elle est à peine mobile; le nez du hérisson possède une certaine mobilité ; il en est de même de la taupe & du condylure , & chez ce dernier l'extrémité du boutoir porte une couronne d’appendices cutanés qui doivent certainement atteindre le même but. Chez toutes ces espèces de nombreuses vibrisses garnissent les lèvres supérieures & inférieures; enfin, les parties dénudées contiennent des organes du tact d'une grande sensibilité.
Mais dans chacune de ces espèces autres que Île Desman, un seul de ces appareils est ordinairement développé plus que les autres, tandis qu'au contraire chez le Desman des Pyrénées tous ces organes ont acquis une importance extrême; aussi nous paraît-il nécessaire de revenir sur ce que nous avons déjà dit à ce sujet & de le compléter.
L'extrémité du museau (PI. IIT) est aplatie, élargie en deux petits lobes globuleux, séparés par une légère
encoche, & dépasse de beaucoup la lèvre inférieure, formant ainsi une véritable trompe qui rappelle, en l’exagérant beaucoup, le museau effilé des musaraignes.
La partie terminale de la trompe, c'est-à-dire celle qui n’est soutenue que par les cartilages du nez, est dépourvue de poils, & la peau en ce point est finement granuleuse & d’un noir brillant.
Chez le Desman des Pyrénées, cette partie dénudée est plus étendue que chez le Desman de Moscovie. Dans la première espèce, elle se termine par une ligne droite, tandis que dans la seconde elle se prolonge en un triangle dont le sommet regarde en arrière & en haut.
Au-dessus de cette partie dénudée, un espace annulaire, large de 6 millimètres, est revêtu de poils beaucoup plus courts & de couleur un peu plus claire que le reste du pelage ; de chaque côté cette bande se prolonge en pointe vers l’œil. Pour bien voir cette disposition il faut relever la fourrure à rebrousse poil. Mais c’est surtout chez les mâles qu'il est facile de constater ce fait; chez les femelles & chez les jeunes sujets la chose est moins marquée.
Sur les côtés, & au niveau de cet espace annulaire & à fourrure un peu moins longue, naissent de nombreuses vibrisses (PI. [IT) qui vont en augmentant de longueur d'avant en arrière ; elles s'arrêtent au niveau de la commissure des lèvres & leurs extrémités libres dépassent l'œil ; les plus longues atteignent 15 millimètres; elles forment de chaque côté un bouquet de poils plantés en quinconces (Pl. III). Les rangées les plus internes forment une ligne latérale qui part de l'œil & se rapproche de la ligne médiane au niveau de la partie dénudée, tout en restant séparée de celle du côté opposé par un
espace de 5 millimètres de large environ. Les poils de la première rangée interne sont courts & peu nombreux. Une deuxième & une troisième rangées sont également disposées en lignes régulières, & dans chacune d'elles les poils vont en augmentant de longueur à mesure qu'ils approchent de la commissure des lèvres. Sur les côtés toute régularité disparaît & il n’est plus possible de distinguer de lignes d'implantation. Cet ensemble forme de chaque côté une touffe appliquée au repos contre la joue (PI. II) & qui devient une véritable houppe hérissée lorsque l’animal contracte ses muscles redresseurs des vibrisses. |
Pour bien voir cette disposition il faut faire macérer ces parties dans de l’eau acidifiée par l’acide acétique : au bout d’un certain temps les poils tombent, les tissus se gonflent & montrent très nettement cette éminence & les lignes d'implantation des vibrisses. À la face inférieure de la trompe (PI. INT) la disposition des vibrisses est toute différente : au lieu de s'arrêter au niveau de la partie dénudée elles se continuent jusqu’à son extrémité, mais en diminuant peu à peu de longueur, de façon à se trouver réduites à des poils de r millimètre au plus.
Sur cette face inférieure (pl. IF), un sillon médian divise la trompe en deux moitiés latérales : chaque côté porte une série de lignes saillantes, obliques d'avant en arrière, sur lesquelles naissent de nombreuses vibrisses ; celles-ci vont en augmentant de longueur d'avant en arrière & de dedans en dehors. L'on compte cinq de ces lignes saillantes complètes & deux ou trois plus courtes.
A la lèvre inférieure (pl. IIT & XIT), existe également une touffe abondamment fournie de vibrisses. Celle-ci est divisée en deux par un espace médian de forme