ORGANES DES SENS
Les organes des sens du Desman sont d'importance inégale ; mais par suite d’une sorte de compensation, Île résultat final constitue un ensemble d’une extrême sensibilité.
L'œil, de dimensions très réduites, est semblable en cela à celui de la taupe; mais 1l est normalement constitué & 11 sert très utilement au Desman lorsqu'il est à terre, ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant de nos observations sur l’animal vivant.
Au premier abord cependant on croirait le Desman un animal aveugle : l'œil est en effet presque entièrement caché par la fourrure des parties qui l'entourent. Avec un peu d'attention il est facile d’apercevoir autour de l'ouverture palpébrale, à peine large de deux millimètres, un espace de couleur un peu plus claire, à poils un peu plus courts. Dans le Desman de Moscovie cet espace orbitaire est encore plus net, & surtout plus tranché comme
couleur, formant une tache blanchâtre, à contours arrondis.
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St l'œil du Desman est réduit en dimensions comme celui de la taupe, il lui sert davantage, car son genre de vie est bien différent. La taupe, effectivement, abandonne bien rarement ses galeries obscures, & ce n’est que d’une manière accidentelle qu’elle se trouve au grand jour. Ses veux lui sont, pour ainsi dire, inutiles. Ils sont tellement atrophiés dans une espèce (ralpa cæca) que la peau, amincie cependant & transparente, passe devant le globe oculaire; aussi la nature lui a-t-elle donné des organes sensibles d’une extrême délicatesse (corps de Eimer) qui lui permettent de se conduire dans l'obscurité.
Le Desman, pendant ses chasses nocturnes, se trouve dans des conditions presque semblables à celles de la taupe; aussi possède-t-il des appareils sensibles analogues à ceux de la taupe & que nous décrirons un peu plus loin.
L'oreille semble au premier aspect manquer complètement chez le Desman, car il n'existe aucun appendice cutané extérieur, & l'oreille externe n’est en quelque sorte qu'une simple perforation de la peau, mesurant 4 millimètres sur 2, suivie d’une cavité très peu marquée & qui précède l'ouverture tympanique du crâne.
Dans cette cavité, la peau, complètement dénudée, forme deux replis, l’un supérieur très petit & qui se prolonge en une lamelle étroite & transparente; l’autre, plus marqué, s'attache plus loin sur le bord inférieur. Ces deux replis libres par leurs bords peuvent se relever & fermer complètement l'oreille.
Il existe une disposition analogue chez la musaraigne aquatique; mais dans cette espèce le pavillon de l'oreille est normalement développé, & c'est lui, ainsi que les replis cutanés qui en dépendent, qui se rabattent & fer-
ment l'oreille.
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L'ouverture tympanñique est très large, & reportée à la face inférieure du crâne, elle est largement ouverte sans être protégée par un canal osseux, comme cela existe ordinairement. Au bord de cette ouverture s'insèrent les petits muscles qui actionnent les replis cutanés obturateurs.
A en juger par l'observation de l'animal vivant, l'organe de l’ouïe est très sensible (au moins quand l'animal est à l'air libre & que son oreille n’est pas fermée), car au moindre bruit on le voit devenir inquiet, se retourner du côté d’où vient le bruit; ses vibrisses s'agitent vivement, sa trompe semble animée d’une sorte de frémissement, elle s'infléchit de tous côtés; ses veux brillent au milieu de la fourrure qui s'applique sur la peau & découvre le globe oculaire. En un mot, tous ses organes des sens entrent simultanément en activité & lui permettent d'éviter le danger qui le menace.
L'appareil olfactif est très développé comme chez tous les insectivores. Un gros tronc nerveux (nerf olfactif) donne de nombreux filets qui vont s'épanouir sur les cornets. Ceux-ci sont très développés & se prolongent
même au dela de la cavité osseuse du nez; mais la lamelle osseuse du cornet est alors remplacée par une
lame cartilagineuse plissée & qui reproduit la disposition des cornets osseux.
L'ouverture de cet appareil olfactif est reportée à l’extrémité de la trompe, & les narines sont disposées de même façon que les oreilles, pouvant se fermer complètement lorsque l’animal est sous l’eau.