‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 34 sur 90 · I. La réforme. — Luther · texte numérisé non relu

I. La réforme. — Luther

L’aspect varié et les phases diverses de cette grande révolution qui arracha à l’Eglise catholique la moitié de l’Europe, les rivalités et les contradictions des réformateurs, leur despotisme même en matière de foi, et leur aversion pour le libre arbitre, ne doivent pas nous faire oublier que la réforme inaugure dans le monde chrétien l’indépendance de la raison individuelle, et y prépare l’avénement de la liberté politique; Le fait, l’exemple même sont ici plus forts que toutes les théories. En vain Luther jette l’anathème sur les anabaptistes; en vain Calvin brûle Servet et Henri VIH Lambert Simnel : ils ont eux-mêmes

usé, devant leurs contemporains, de la liberté qu’ils refusent aux autres ; ils ont invoqué la raison des peuples avant de réclamer leur foi. C’est ainsi que le protestantisme témoigne, par des divisions infinies, de sa nature et de sa libre origine. Bossuet avait le droit d’infliger le nom d 'Histoire des variations à son histoire; mais ces variations sont sa loi et la forme mobile de sa vie. Immuable d’un côté, puisqu’il prend l'Écriture sainte pour fondement, il est de l’autre éternellement variable, puisqu’il l’interprète à l’aide de la raison humaine, et qu’il ne peut manquer d’en suivre les vicissitudes.

Ace fait primitif, qui détermina, en dépit des réformateurs, la destinée de la réforme, se joignirent plusieurs circonstances qui contribuèrent à en faire partout l’espérance, l’auxiliaire ou la garantie de 1 liberté politique. Ne fallut-il pas revendiquer, contre l’Europe catholique, la liberté de conscience qui en enveloppe tant d’autres? Une minorité qui ne peut user de l'oppression et qui la redoute, en devient nécessairement l’adversaire. Aux édits des souverains on opposa les droits de la parole évangélique, on prêcha jusque sur le bûcher. A la guerre on répondit par la guerre, et l’Espagne fut mortellement blessée. C’est ainsi que de ces longues luttes sortit invincible et universel, contre l’inconséquence des protestants euxmêmes, le principe nouveau de la liberté de conscience, introduit à jamais dans le droit public des nations modernes. Enfin la manière même dont la réforme divisa l’Europe lui imposa des destinées libérales. Elle dut lutter contre le plus despotique des

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