‹ Essai sur l'histoire universelle. 2Chapitre 52 sur 90 · II. Henri IV. — Richelieu · texte numérisé non relu

II. Henri IV. — Richelieu

Henri IV semblait tirer la France d'un abîme: les Espagnols et les Allemands au cœur du royaume, les gouverneurs habitués à {'indépendance et au pillage, les ressources de l’Etat presque nulles, le pays dévasté par le brigandage des guerres civiles, tel était le triste héritage que les Valois laissaient aux Bourbons. Mais la France portait en elle-même son salut; elle avait déjà montré, après la guerre de cent ans, cette vitalité intérieure qui parfois semble languir, et qui, réveillée par les grands désastres, fait naturellement succéder à l’extrême misère une soudaine prospérité. Le véritable mérite de Henri IV et de Sully fut de seconder ce mouvement réparateur et d écarter, d’une main habile et vigoureuse, tout ce qui pouvait faire obstacle à cette convalescence régulière du pays. L’oppression de l'agriculture, gênée par mille entraves, la dilapidation des finances, la turbulence des grands, étaient les plaies qu’il fallait au plus tôt guérir, et qui appelèrent avant tout leur attention. Au delà de ces réformes in-

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dispensables, le roi et son ministre entrevoyaient do vastes entreprises dont la prospérité de la France était la condition première : Sully, la formation d'un trésor etd’une grande armée; Henri IV, l’exécution d’un projet imposant et chimérique, dont une guerre générale était le commencement, dont la paix universelle était la lin glorieuse et bienfaisante.

Sully, qui voyait surtout dans l’agriculture l’école et la pépinière de l'armée, la protégea contre l’inintelligence et l’avidité de l’administration. Le desséchement des marais, la conservation et l’aménagement des forêts, la libre exportation des grains, la défense faite aux collecteurs de la taille de saisir les bestiaux et les instruments de labourage, furent à la fois des bienfaits et des actes de sagesse. Mais l’industrie, qui aime la paix, et qui est inutile à la guerre, fut maltraitée par Sully et mollement défendue par Henri IV. L’exportation de l’or et de l’argent, la fabrication des objets de luxe, qui devaient un jour illustrer et enrichir l’industrie française, furent prohibées. Les cinquante mille mûriers plantés par le roi dans le Midi, les fabriques de satin et de tapis établies par lui dans ses domaines, ses traités de commerce avec la Hollande et le renouvellement des anciennes capitulations avec la Turquie, étaient de faibles compensations aux entraves que le ministre opposa à l’essor nouveau de l’industrie nationale.

Mais le roi et le ministre étaient d’accord pour ' mettre un terme aux ruineux désordres de l’administration financière du royaume. Une dette de trois cent trente millions écrasait l’Etat; et l’impôt, mal réglé et

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irrégulièrement perçu, accablait le peuple sans remplir le trésor. Le système ries fermes établissait entre l’Etat et les contribuables une foule d’intermérliaires qui arrêtaient au passage les trois quarts du revenu public : cent cinquante millions sur deux cents. A ce pillage organisé .se joignaient les exactions particulières des officiers de l’armée et de l’administration, qui, ne pouvant déroger jusqu'à payer les impôts, se croyaient le droit d’en lever pour leur propre compte. A la vraie noblesse, légalement exempte d’impôt, se mêlait une fausse noblesse qui cherchait à échapper par l’obtention ou la supposition de brevets aux lourdes charges du tiers état. La monarchie ne

pouvait détruire tous ces abus, dont le plus grand nombre, inhérents à la forme du gouvernement, devaient subsister jusqu'à la révolution française; mais il suffisait d'une volonté ferme et intelligente pour alléger le fardeau du peuple tout en accroissant les ressources de l’État. Sully, nommé surintendant des finances , réserva exclusivement aux ordonnances royales enregistrées en parlement le pouvoir d’exiger un impôt, cassa les baux des fermiers et les adjugea à un prix quatre ou cinq fois plus élevé, supprima une foule de brevets de noblesse, rendit plus efficace le contrôle de la cour des comptes, et, tout en réduisant l’impôt de la taille et en libérant l’Etat de sa dette, put mettre, en moins de douze ans, trente millions d’économie à la disposition du roi.

Les intérêts lésés par ces justes réformes, les passions mal éteintes de la guerre civile , et surtout l’in quiétude déréglée de la noblesse française, impuis-

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santé à se réunir pour fonder la liberté du pays, mais aspirant toujours, par des révoltes et des conspirations, à une funeste indépendance, remplirent les dernières années de Henri IV de trouble et de regrets. II avait enlevé, par une courte guerre, la Bresse et le Bugey au duc de Savoie, toujours allié de l’Espagne contre l’influence française en Italie. Le duc vaincu chercha un appui dans le mécontentement de la noblesse française, et le duc de Biron, le plus puissant des seigneurs du Midi, ne se fit nul scrupule de négocier avec l’ennemi du royaume. Les avertissements de Henri IV, un pardon peu mérité, ne purent arrêter Biron dans cette mauvaise voie. 11 y entraîna le duc de Bouillon et le comte d’Auvergne. Le roi, poussé à bout, l’attira par ruse à Paris, le fit condamner par le parlement, et, se refusant aux plus vives prières, lui fu trancher la tête. Premier exemple de cette répression rigoureuse qui éteindra la dernière ardeur de la féodalité et qui remplira d’une noblesse docile jusqu’à l’abaissement les antichambres de Louis XIV. Le comte d’Auvergne, complice gracié de Biron, le comte d’Entragues, dont la sœur avait à venger l’injurieux abandon du roi, les ducs d'Epernon et de Bouillon formèrent une conspiration nouvelle qui se termina par l’emprisonnement ou l’exil des conjurés, et par la prise de Sedan, toujours ouverte aux ennemis de la France.

C’était au milieu de ces misérables intrigues que le grand esprit de Henri IV, fortifié par les hasards de sa vie et s’élevant avec sa fortune, concevait pour l’Europe le plan d’une organisation nouvelle, dont la justice eût

garanti la durée. L'Europe, divisée en quinze Etats, conservant leur religion et leurs lois particulières, devait former une république fédérative dont toutes les affaires générales eussent été soumises à une diète élue par les Etats confédérés. L'expulsion des Turcs et des Russes, peuples barbares campés en Europe, était décidée. Élisabeth adhérait à ce plan qui sauvegardait les intérêts du protestantisme et qui abaissait l’Autriche et l’Espagne. Sully l’approuvait par les mêmes raisons et le croyait praticable. Le grand homme qui l avait conçu n’avait fait que suivre un juste pressentiment de l’avenir; il périt au moment de l’entreprendre, mais les traités de Westphalie et l’adhésion implicite de l’Europe au système d’équilibre ne furent que l'accomplissement d’une partie de ses espérances.

Henri IV paya de son sang la paix qu’il avait rendue à la France. Les deux partis auxquels il avait fait poser les armes ne pouvaient lui pardonner, l’un son abjuration, l’autre sa tolérance. Un catholique l’avait déjà blessé à la bouche d'un coup de poignard : Vous n’avez renoncé Dieu que des lèvres, lui dit Agrippa d’Aubigné, et il vous a frappé aux lèvres: si vous le renoncez du cœur, il vous frappera au cœur. » Les projets politiques de Henri IV menaçaient l’Eglise romaine d’une dernière et inébranlable confirmation de la liberté religieuse. Le roi sentait lui-même qu’il était dangereux pour sa vie de porter en sa tête la destinée de l’Europe. « Leur dernière ressource est dans ma mort, » disait-il. Le 14 mai 1610, il fut poignardé dans sa voiture par Ravaillac, qui donna jusqu’au sup-

plice pour unique raison, <: que le roi était huguenot et déterminé à faire la guerre au pape. »

Si le royaume eût passé sans secousse des mains de Henri IV aux mains de Richelieu, quatorze années de troubles et de pillage eussent été épargnées à la France; mais ce furent pourtant ces méprisables et funestes agitations qui élevèrent au pouvoir l’évèquede Luçon, et qui donnèrent au premier des Bourbons un successeur digne de lui. Avec la régente Marie de Médiciset son ministre Concini, la royauté devint le jouet delà noblesse et lui livra les épargnes de Henri IV et de Sully. Les Coudé, les dT.pernon, les Bouillon, les Longueville et bien d’autres chefs de l’aristocratie prirent les armes dans l'unique intention dç forcer le trésor royal, et les posèrent, lorsqu’au train* deSainte- Menehould, on leur eut partagé l’argent de la France. Cinq mois après, le 27 octobre 1614, les états généraux étaient réunis, et tandis que le tiers état reproduisait ces demandes uniformes qui, depuis Etienne Marcel, tendaient à limiter le pouvoir absolu, à réformer les bases de l’impôt et à en surveiller l’emploi, la noblesse se déclarait insultée par l’expression d’un magistrat qui avait appelé le tiers état le frère cadet des deux premiers ordres. Ainsi se manifestaient, pour la dernière fois avant 1789, d’une part ces tendances libérales et intelligentes du tiers état, de l’autre l'incapacité et l’aveugle orgueil de cette noblesse «à laquelle Richelieu va porter le dernier coup. Elle ne sortit des états généraux que pour reprendre les armes, et, par le traité de Louduu, enleva encore six millions au gouvernement. Concini, qui avait enfin montré quelque

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vigueur, fut abandonne à ses ennemis, tué par le capitaine des gardes, et remplacé par de Luyncs dans la faveur du jeune roi.

Le nouveau ministre eut d’abord à lutter contre la reine mère qui soutenait la noblesse révoltée et qui, elle aussi, se fit acheter son repos. Les protestants, qui s’étaient tenus en dehors de ces agitations intéressées, s’émurent à leur tour lorsque de Luynes, réunissantle Béarn à la couronne, y rétablit le catholicisme et rendit au clergé les biens sécularisés. Une grande assemblée protestante, siégeant à La Rochelle, organisa la résistance et indiqua, comme le but véritable de cette guerre nouvelle, 1 établissement d’une sorte de république protestante analogue à celle des Provinees-Unies. Mais le temps des luttes religieuses était passé, et la nation, lassée de ces désordres, confondait la tentative républicaine du protestantisme avec les soulèvements anarchiques de lViristocratie. Cependant, la guerre fut énergiquement conduite par la Force et par le sage Duplessis-Mornay. Montauban força l’armée royale à lever le siège après trois mois d’efforts inutiles; mais l’inégalité des forces, la terreur qu’inspiraient les cruautés de l’armée royale qui massacra, dans Negrepelisse, les femmes et les enfants, et surtout la défection des nobles qui se vendirent à la cour, réduisirent les protestants à subir la paix de Mont-' pellier. , Les assemblées leur furent défendues, leurs places furent démantelées, sauf Montauban et la Rochelle, qui restèrent inviolables. D’ailleurs, les garanties les plus nécessaires stipulées par l’édit de Nantes furent confirmées. Telles étaient les épreuves qu avait

imposées à la France le regrettable interrègne qui sépara le gouvernement de Henri IV de l'administration de Richelieu.

Ce fut la reine mère, jusqu’alors si funeste aux intérêts du royaume, qui, en appelant Richelieu au conseil, donna enfin un maître au jeune roi, à la France et à elle-même. La vigueur de ses premiers conseils annonça l’étendue de son esprit aussi bien que la fermeté de son caractère. L’Europe fut surprise de voir ce prêtre se déclarer, dès son entrée aux affaires, le continuateur de la politique protestante de Henri IV. chasser de la Valteline les troupes de l’Espagne et du pape, et remettre ce pays catholique sous la domination des Grisons protestants. Ce même homme, indifférent aux passions religieuses, uniquement préoccupé de l'affermissement du pouvoir royal et de la grandeur de la France, devait enlever aux protestants français cette indépendance politique et cette force militaire qui jusqu’alors avaient tenu la royauté en échec et mis obstacle à l’unité de la nation. Maître de l’esprit du roi et par lui du royaume, Richelieu ne lui laissa d’antre tâche ni d’autre gloire que celle de comprendre ses desseins et de sanctionner ses volontés.

Emporté d’abord, comme Louis XI, dont il suivit, sur plus d’un point, les idées et les maximes, par l’ardeur de son esprit et par le nombre de ses entreprises, il sut s’arrêter à temps, reculer même, pour assurer son succès et pour diviser ses adversaires. Il avait attaqué l’Espagne : il l’apaise pour accabler à loisir les protestants français attachés à leur indépendance. Menacé dans son pouvoir et dans sa vie par des intrigues de

cour, il donne un moment de relâche aux protestants pour vaincre ces nouveaux ennemis el pour garantir de ce côté sa liberté. Lorsque l’emprisonnement d Ornano, l’exécution de Chalais, l’humiliation de la reine et de l’inepte Gaston, frère du. roi, eurent suffisamment vengé et affermi le grand ministre, lorsque le bannissement d’une foule de nobles et le supplice d’un Montmorency qui avait bravé l’édit sur les duels, eurent montré à tout le royaume que nul n’était audessus de la loi commune et que le gouvernement ne reculait devant aucune rigueur, Richelieu, cherchant sa force au cœur même de la nation, convoqua une assemblée de notables qui, composée de magistrats el de bourgeois, n’avait en vue que la puissance royale et le bien de l'Etat. 11 n’eut pas de peine à s’y faire comprendre et y fut soutenu dans toutes ses réformes. On réduisit les dépenses de la maison du -roi, on supprima des charges inutiles comme celles de connétable et de grand amiral, dont Richelieu s’attribua les fonctions. On régla le nombre des troupes, leur solde, leur discipline; on réorganisa la marine, et le système de protection industrielle et commerciale, alors nécessaire, vint en aide à l’activité nationale.

Ainsi secondé par l’opinion, Richelieu se tourna de nouveau contre les protestants, décidé cette fois à 11e plus leur laisser que la liberté de conscience et à leur en ôter les garanties matérielles, trop contraires à l’unité de la France. L’habileté de sa politique, la mollesse de l’Angleterre alors trahie par Charles rr, auquel Richelieu avait marié Henriette de France, et surtout cette persévérance invincible dont la di-

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gue (jui ferma Je port de La Rochelle fui l’imposant témoignage, triomphèrent en 1628 d’une résistance héroïque qui enleva l’élite du parti réprotestant. Désormais vaincus et privés de toute force politique et militaire, les protestants français semblaient n’avoir rien perdu, puisqu’ils conservaient cette liberté religieuse dont tout le reste n’était que le rempart. Mais si la parole royale , dès lors leur seule garantie, était un jour violée, si la royauté abandonnait la sage politique de Henri IV et de Richelieu, il ne restait plus aux protestants désarmés d’autre alternative qu’une soumission complète ou un volontaire exil.

Fidèle à sa double politique, Richelieu soutient eu même temps au dehors les intérêts protestants contre la maison d’Autriche. En Italie, il chasse les Espagnols des duchés de Mantoue et de Montferrat; en Allemagne, il lance Gustave- Adolphe contre l’empereur et le parti catholique, que ses propres intrigues avaient déconcertés. Pendant que se préparait ainsi, par les mains de Richelieu, la paix de Westphalie, il poursuivait au dedans une lutte, à la fois misérable et sanglante, contre laristocratie conjurée, rencontrant moins d’obstacles dans toute l’Europe que dans « les six pieds carrés du cabinet du roi. » Tour à tour vaincu et vainqueur dans cette célèbre journée des dupes, où se joua le sort de la France, Richelieu se débarrassa delà reine mère, réduite à fuir à Hruxelles, de la reine, reléguée au Val-de-Grâce, de Gaston, chassé de la cour et de la France, du maréchal deMarillac, condamné à moi l et exécuté. Renonçant a ga-

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gner l’esprit du roi, la faction aristocratique n’eut jîl us d’autre ressource que de le contraindre, et se jeta dans une révolte ouverte secondée par l’étranger. Mais l’appui de la Lorraine et de l’Espagne fut inutile pour le succès d’un parti odieux à la nation. Les étals de Languedoc, animés par ce désir d indépendance provinciale que la royauté combattait partout, sc compromirent dans la rébellion sans la rendre plus redoutable. Défait à Castelnaudary, Gaston se déshonora de nouveau par de honteux abaissements et par l’abandon de ses amis. Le duc de Montmorency, pris dans le combat, mourut sur l’échafaud. Le duc de Lorraine, qui renouait des intrigues contre Richelieu, fut attaqué, chassé de son duché.

Le cardinal, délivré de ses adversaires, s’engagea plus vivement dans la guerre de trente ans, faisant succéder Bernard de Saxe à Gustave-Adolphe qui venait d’être emporté au milieu de ses victoires, soutenant la Catalogne et le Portugal révoltés, occupant 1 Alsace. Cependant la noblesse ne pouvait se résigner à sa défaite, et Richelieu devait la combattre jusqu’à la mort. Sedan était devenu un foyer de complots, un point d'appui pour l’Autriche et pour T Espagne. A la cour même, Cinq-Mars, lié par des traités secrets avec l’Espagne, travaillait à la ruine du cardinal et se croyait près de réussir. Richelieu mourant accabla encore une fois ses ennemis, qui étaient en même temps ceux de la France. Sedan fut pris; Cinq- Mars monta sur l’échafaud, entraînant avec lui son ami deThou, le 12 septembre 1042. Le 4 décembre de la même année, Richelieu, maître jusqu’à sa dernière

heure de l’esprit du roi, et lui ayant légué Mazarin comme l’héritier de sa pensée, mourut plein d’assurance, confiant dans la justice de scs actes, et déclarant qu’il n’avait eu pour ennemis que ceux de l’Etat.

Bien que ses passions se soient toujours trouvées d’accord avec ses calculs, et que la plupart de ses actes de rigueur ressemblent à des vengeances, Richelieu avait le droit de déclarer sa cause identique à celle de la France, et le jugement de ce grand homme sur lui-même est confirmé par la postérité. En laissant de côté ses vues, à la fois grandes et raisonnables, sur la politique extérieure de la France et sur l’avenir de ce pays en Europe, on peut dire que si ce mot d’Etat, qu’il avait toujours sur les lèvres, a cessé d’être une abstraction pour devenir désormais le symbole de l’unité française, et le nom de cette puissance commune devant laquelle s’abaissent tous les intérêts particuliers, c’est grâce à la suite de ses desseins, à la fermeté de sa conduite, à la rigueur de son gouvernement, à sa noble confiance dans sa fortune. C’est un grand spectacle que de le voir appuyé sur son seul génie, dominer un prince souvent impatient de l’obéissance, écraser une noblesse toujours rebelle et souvent perfide , imposer à la nation même de grands sacrifices dont elle ne peut comprendre le but, faire mouvoir l’Europe à son gré, et renverser de près ou de loin tous les obstacles. Rarement on vit mieux ce que peut la volonté humaine éclairée par une intelligence supérieure, même lorsqu’au dehors tout lui fait défaut et qu’elle doit tirer d’elle-même toute sa force. Après le passage de ce tout-puissant ministre , la

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Fiance a une armée dont les premiers pas vont illustrer le nouveau règne, une marine qui tiendra tête à la Hollande et à l’Angleterre, des finances qui feront face à de grandes guerres et à de folles prodigalités, des intendants qui représentent dans les provinces l’autorité centrale et qui deviennent, contre les gouverneurs ineptes ou indociles, les agents directs de la royauté; enfin cette royauté au nom de laquelle Richelieu accabla toutes les résistances, a reçu de ses victoires un nouveau prestige ; elle s’élèveencore dans l’esprit du peuple, qu’elle séduit par l’image d’une force supérieure à toutes les autres et protectrice des petits contre les grands, inspirant à la fois une vive reconnaissance et une admiration superstitieuse. Aussi la royauté ne sortira-t-elle que plus puissante encore des agitations qui suivent la mort de Richelieu et qui précèdent l’inflexible gouvernement de Louis XIV. Ce moment de relâche, rendu presque nécessaire par le règne despotique qui vient de finir, ne fait malheureusement qu’attester l’impuissance de la nation à se gouverner elle-même, et la conduit, avide d’obéissance et de repos, vers un nouveau maître, qui ne trouvera plus dans le peuple que des soldats, dans la noblesse que des courtisans.

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