I . YQyez rAppendiee J
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grandes et salutaires leçons que TÉglise aimait à donner en exemple à la chrétienté. Marié avec Ingeburge de Danemark, il Tavait répudiée le lendemain pour épouser Agnès de Méranie. Les évêques de France avaient approuvé cette atteinte funeste à la sainteté du mariage; Innocent III condamna Tindulgence des évéques et la faute du roi. L'interdit jeté sur le royaume força Philippe -Auguste à cé<ler en frémis* sant. Mais il sut à son tour défendre , avec l'appui des grands vassaux, Fautorité royale contre les prétentions temporelles du pape, lorsque Innocent III voulut couvrir Jean Sans-terre, parjure envers la nation anglaise , de la protection de l'Eglise. Après Louis YIII, qui ne fit qu'achever au midi l'œuvre de Philippe- Auguste et 'qui mourut jeune , la couronne échut à un enfant de neuf ans qui devait être saint Louis.
Un vain effort de la féodalité , pour regagner sa puissance entamée par les progrès du pouvoir central , inaugura ce règne , qui devait porter si haut la royauté dans l'esprit des peuples. L'habileté de la mère de Louis IX , Blanche de Castille , et l'appui de l'Église , déjouèrent ces tentatives et livrèrent intacts au jeune roi l'héritage et les espérances de ses prédécesseurs.
Les limites du domaine royal ne cessèrent pas de s'étendre ; la possession complète du midi fut assurée à la couronne par des traités et par des mariages; les comtés de Blois , de Chartres et de Sancerre lui furent cédés par Thibault de Champagne , devenu roi de Navarre. Sans ambition immodérée, mais aussi sans faiblesse , Louis IX fit tourner au profit du prestige
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de la royauté &à loyanté^èyàleres^eaet^laj fermeté de son caractère. Il réclama et obtint îdë F^éfléric II la liberté des évéques français y' «Aleréa avec: le concile à la Melloria; mais il refusa hàutémeni^ pour son frère la couronfie^de Frédéric j offerte par le pape à la maison dé France), et restreignait dans ie royaume la juridiction envahissante des tribunaux, eccléàiasii-r ques. Vainqueur des Anglais ,él des barons soulevés à Taillebourg et à Sainlies^ il laisse à l'Angleterre le çlnché de Guyenne ^m^ partie dé la Saihtonge et la Gascogne, par scrupule de conscienjeé ^ r satisfait de garder légitimement Jç reste des conquêtes faîtes sur les Anglais. Une croisade malheureuse interroÉnpit ce beau règne sans en compromettre les fruits^ Louis IX reprit à son retour ce gr^nd travail d'administration intérieure qui consacrait; par l'usage et par la. loi toutes lesvictoires de la royauté sur le^systèmç féodal, - Les Etablissements de saint Loui^ , ses actes » ses paroles nous le montrent sans cesse: appliqué à revendiquer pour la cowonpe les droits de souveraineté que les grands vassaux tenaient de leurs aïeux. Ce qu'il ne: peut reprendre , il l'affaiblit en le partageant. Il ne pouvait enlever à la féodalité le droit de guerre , sur lequel elle reposait tout entière t mais il en gêne l'exercice parla trêve obligatoire de quarante jours, cette quarantaine -le-roi, pendant laquelle il se réservait d'intervenii? dans le. débaté II ne peut, ravir à la féodalité le droit de rendre la justice , mais il l'annule en élevant en face de l£^ justice féodale une justice i!0yale, plus équitable et plus douce \ .en interdisant dans ses: domaines le :duel judiciaire ; remplacé par
des preuves orales on écrites ; en multipliant les cas royaux , où Tappel était de droit et venait soustraire la cause an tribunal du seigneur, pour la porter à cette cour du roi qui devint le parlement. Les barons, qui siégeaient «d* abord dans cette cour, renoncèrent d*eux-mêmes à une tâche que rendait impossible la modification de la jurisprudence royale. Il fallait désormais pour appliquer le droit romain, qui se substituait peu à peu au droit féodal, du travail et de la patience. C'était donc la place du tiers état, des légistes, qui ressuscitaient au profit de la royauté les maximes despotiques du Gode impérial , et qui étaient prêts à les appliquer à tous les adversaires de Tau torité royale, quels qu'ils fussent, depuis le dernier des barons jusqu'au premier des évêques, jusqu'au pape lui-même. Des commissaires royaux allèrent dans les provinces rendre réelle et constante Tintervention salutaire du pouvoir central. La monnaie royale dut circuler dans toute la France et soutint contre la monnaie féodale, renfermée dans une province, une concurrence avantageuse et profitable à Tunité du royaume. La liberté communale eut le sort de Tanarchie féodale : elle ne fut pas détruite , mais entamée et restreinte ; le maire de la commune fut choisi par le roi , sur quatre candidats présentés par les habitants et il dut venir tous les ans à Paris, rendre compte àt son administration financière. Même politique à Tégard de la cour de Rome : son influence n'est pas détruite , mais limitée par la pragmatique sanction, qui réserve aux églises et aux abbayes la liberté des élections canoniques et qiii, sans interdire les impôts que le saintrsiége levait eu
France, restreint ces taxes aux nécessités urgentes et les soumet à l'approbation préalable du roi.
Saint Louis continua donc , sans violence , mais avec une persévérante fermeté , Fœuvre héréditaire de la royauté, capétienne. Il imita ses prédécesseurs, ses successeurs Timiteront , et pourtant il ne ressemble à aucun d eux ; cet amour de la justice et du. devoir, ces scrupules délicats de conscience , cette piété ferme et tranquille , ne devaient paraître ni avant lui ni après lui sur le trône, et communiquent à son caractère une noble et touchante originalité. Il ne faut pas ju^ ger les services que de tels hommes rendent à la causé qu'ils ont soutenue, par leurs seules actions, par leurs conquêtes matérielles et effectives ; ce qu'ils ont été vaut mieux encore que ce qu'ils ont fait ; ils jettent dans la balance, comme un poids invisible et pourtant efficace , la sainteté de leur vie et la glorieuse pureté de leur mémoire.
C'est dans ce noble caractère que le monde féodal, près de se dissoudre, jette un dernier éclat. Saint Louis est le héros du christianisme et de la chevalerie ; en lui semble atteint l'idéal que le moyen âge a cherché. Mais jetons les jeux sur tout ce qui l'entoure, et nous sentirons qu'il est le dernier représentant d'une société qui va disparaître. IL fait seul les dernières croisades , y traînant la France malgré elle , réchauffant en vain l'enthousiasme de ce Joinville qui « aime: mieux, dit-il naïvement, faire trente péchés mortel» que d'avoir la lèpre. » Autour de lui, circule la lettre de change des Juifs, qui vont jouer un si grand rôle dans la fiscalité naissante* Les industries s'étendent et
190 liVre douzième.
menàceat la féodalité d'une ruine pluâ prochaine. Les écoles se multiplient et avec elles les hérésies ; l'Université de Paris est déjà célèbre par la hardiesse de ses docteurs. La théologie et la scolastique n'étaient plus les seules occupations des esprits; Albert le Grand, Roger Bacon sondent avec une inquiète curiosité les mystères de la nature , et cherchent à la soumettre à l'empire de Fhomme. La langue française, se dégageant du latin , répand , non plus des poënies chevaleresques, mais des allégories piquantes ou de vives satires, comme le roman de la Rose et le roman du Renard. La foi , de plus en plus menacée , prend d'énergiques mesures de défense; le saint-siége a ses milices eu dehors de TÉglise séculaire et des couvents. Il disperse en Europe les ordres mendiants, qui doivent agir directement sur les peuples; il institue Tinquisition qui doit les contenir par la terreur; il commence dans le sang des Albigeois cette longue lutte contre l'hérésie qui doit renaître sous les persécutions et changer de formes , sans jamais devenir moins redoutable. Saint Louis lui-même , [jeté dans cet âge de transition, en a gardé à son insu tous les contrastes. Il est le modèle des chevaliers, et le protecteur des légistes; il fait les croisades et il substitue les arrêts du droit romain au jugement de Dieu; il persécute dans son rojaumeles hérétiques, perce la langue avec un fer rouge au blasphémateur, et il conteste au saint-siége son contrôle sur la conduite des rois , et il élève contre les papes les libertés de l'Église gallicane,- II poursuit avec une respectueuse piété rindépendance du pouvoir temporel, et. avec une loyauté in ëpra«>
cliable Fextensioa du pouvoir royal : tant de vertuj» chrétiennes et chevaleresques servent à rendre plus aisée la tâche de Philippe le Bel et de Louis XI.
C'est entre ces deux règnes , remplis et séparés par tant d* épreuves douloureuses , que se placent la destruction définitive du monde féodal , et la naissance de la royauté moderne. Le fils de saint Louis réunit à la couronne la Champagne et la Brie, éleva des prétentions sur TEspagne et assura par un mariage la couronne de Navarre à son fils, qui fut Philippe le Bel. Agrandissement du domaine royal par la guerre , abaissement de la noblesse, humiliation de la papauté, établissement d'impôts réguliers, avènement de la bourgeoisie aux états généraux , tout concourt à rendre le gouvernement plus fort et la nation plus unie. Les légistes sont les soldats de la royauté ; elle les emploie contre les grands vassaux ; ils précèdent les armées et vont saish*, au nom de Philippe le Bel, les fiefs firançais du roi d'Angleterre. La Flandre, qui avait pris parti pour Edouard et que ses intérêts liaient étroitement à l'Angleterre, est saisie à son tour. Ses riches cités, florissantes jusqu'alors dans une liberté presque républicaine, vont avoir à défendre leur opulence contre la royauté française , à qui l'argent manquait d'autant plus qu'elle devenait plus active, et qui sentait vivement, avant de pouvoir le satisfaire par des moyens réguliers , ce premier besoin des gouvernements. Les exactions traditionnelles que supportaient les juifs, l'altération des monnaies étaient pour la couronne d'insuffisantes ressources. Les richesses du clergé tentèrent le roi. Les imoâunités de l'église
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consacrées par Tusage , furent violées par Timpôt. Bo-^ niface VIII , qui occupait alors le trône pontifical , se fit illusion sur les forces du saint-siége , et opposa au roi de France les menaces après les prières. Des mesures plus rigoureuses furent les seuls effets de son interirention. Son légat fut jeté en prison, et mis en jugement par les légistes. Pierre Flotte, Nogaret, Plasian, tenaient tète au successeur de saint Pierre, et affirmaient Tindépendance absolue des couronnes contre les prétentions pontificales. A la convocation d'un concile à Rome, Philippe le Bel répondit par la convocation des états généraux à Paris. Le clergé , la noblesse, associés pour la première fois au tiers état, adressent au pape leurs remontrances, et assurent au roi le secours, déjà important, de Topinion publique. Cependant Boniface proclamait à Rome, avec autant de hauteur que Grégoire VII, l'absolue souveraineté du saint-siège sur les peuples et sur les rois. Le gleive temporel n'était, disait-il, que Tauxiliaire du glaive spirituel et ne devait être porté par les rois que pour le service de TÉglise. La conséquence naturelle de ces maximes était Texcommunication du roi de France, et sa déposition au profit de l'empereur d'Allemagne ; mais depuis l'humiliation de Henri IV, la face du monde avait changé. Les légistes poursuivirent juridiquement le pape, et l'un d'eux se chargea de l'appréhender au corps. Surpris à Anagni , souffleté par Colonna, qui accompagnait le légiste, arrêté pendant trois jours, Boniface VIII ne fut délivré par le peuple d' Anagni que pour mourir fou, écrasé sous cette grande ruine de la puissance pontificale* comme le
sera bientôt Charles le Téméraire sous les débris de la féodalité.
Cette autre puissance du moyen âge était frappée , elle aussi , tous les jours , et les causes les plus diverses annonçaient sa destruction. La révolte des villes fiamandes, qui pouvait affaiblir la royauté française, porte en même temps à la chevalerie un coup plus terrible par cette bataille de Courtrai, où les milices communales de la Flandre attendirent de pied ferme la cavalerie féodale, la massacrèrent et, ce qui fut plus grave encore , la virent tourner le dos et fuir à toute bride. La victoire de Mons-en-Puelle, qui rendit une partie de la Flandre au roi de France , coûta aussi cher à la féodalité qu'une défaite, parles moyens dont Philippe le Bel se servit pour Tacheter. Vente de la liberté à beaucoup de serfs, de titres de noblesse à plusieurs bourgeois , impôts levés sur les nobles, tel fut le prix de la revanche de Courtrai. Ce fut encore un monument du moyen âge qui disparut avec l'ordre des templiers : vaste affiliation qui possédait en Europe des biens immenses et dont les forces , inutiles à la chrétienté depuis la fin des croisades, étaient redoutées des gouvernements nouveaux. En France, les richesses des templiers tentèrent le roi, leurs mœurs lui donnèrent prise. Clément V sacrifia celte milice religieuse', dont le saint-siége eût pu se faire un appui. Arrêtés subitement tous ensemble, déclarés dignes de mort par les états généraux, condamnés au feu par les conciles provinciaux , les templiers virent biiiler à petit feu les 'chefs de leur ordre, qui fut solennellem«ut dissou^parle^ape, leurs biens furent confisqués
f 94 uvits DouziÈns.
par toute TEurope, et le trésor de Philippe le Bel en fat quelque temps rempli ; mais les insatiables besoins de' cette administration nouvelle né laissaient aucun repos au roi ni à la nation. Impôts de toute nature^ aides, tailles consenties ou refusées n'y pouvaient suffire. L'altération des monnaies royales, devenues les seules légales dans le royaume , ruinait le peuple sans enrichir le roi. Tant de maux n'étaient rien encore au prix de ceux que devait coûter à la France rétablissement de l'unité nationale et d'un gouvernement régulier.
Les trois fils de Philippe le Bel ne firent que passer sur le trône. Une courte réaction féodale causa la mort des conseillers du roi , Enguerrand de Marigny, Raoul de Presles. Mais les résultats de l'inquiète activité de Philippe le Bel ne furent point perdus, et lorsqu'à l'extinction de sa race, sou neveu Philippe de Valois fut appelé au trône, à l'exclusion d'É« douard III d'Angleterre, neveu de Philippe le Bel par les femmes, la France, fortifiée et étendue par ses rois j semblait en état de soutenir glorieusement contre le prétendant anglais l'application de cette vagu^ et traditionnelle coutume qu'on appela la loi salique , et qui avait déjà porté sur lé trône le second des fils de Philippe le Bel, à l'exclusion de la fille de son frère atné. Philippe V lui-même n'ayant laissé que des filles , la loi salique , qu'il avait proclamée à son profit, fut appliquée à^ sa famille et lui donna son frère Charles IV pour successeur. . 7/ . ' Maîtresse de rirlande;,^dupaj^s^a<iKa}les, menaçant! indépendance de rEcQssfy;'babîttf6e à dominer
june parrtie de la France , pacifiée et unie par Tobseri- .vatioa de là Grande Charte, trouvant , dans ce précoce usage de Içi liberté, une ardeur et des forcés qui manquaient encore aux sociétés féodales du continent, l'Angleterre va infliger à la France de cruelles leçons et lui faire acheter bien cher la conscience d'ellemême et ses premiers mouvements de patriotisme. Il faut, avant que la France véritable s'émeuve et se soulève y que la féodalité , qui s'agite au-dessus d'elle et qui jusqu'alors la représente , soit renversée par l'étranger et )e laisse arriver jusqu'au peuple. Un long temps et de grandes douleurs sont nécessaires pour ébranler ces ibasseSi immobiles depuis la première croisade , devenues sourdes à la voix de l'Église, çt ne connaissant pas encore celle de la patrie.
wni* Iiotte de la Vrance et de TAngleterre. — Ktlcnno
Uarcel. — Jeanne d'Are.
. Les prétentions d'Edouard III à la couronne de France ne l'empêchèrent pas de rendre hommage pour la Guyenne au successeur de Charles lY, Phi* lippe de Valois, qu'une récente victoire , remportée à Cassel sur cette Flandre indomptable et toujours dangereuse pour ses maîtres, avait rempli d'une confiance imprudente. Un brasseur de Gand, Arteweld, gouver* nait les villes flamandes par le seul ascendant de sa popularités Parûçan d'Edouard,, il prouvait sans, peine aux Flao^aild^, que TÂngléterre, dont les laines leur éisiiexi^: iadispenss^bles ^ppur : la fi^ricatioa.;de.JeM;pf
tissus, était leur alliée naturelle. Pour les en convaincre, Edouard n'eut qu'à défendre Texportation des laines anglaises en Flandre, et le pays, frappé dans son industrie, se souleva aussitôt contre la France pour s'unir aux Anglais. La guerre était déclarée, et les prétentions hautement proclamées du roi d'Angleterre à la couronne de France semblaient annoncer que la soumission complète de Tun des deux adversaires pouvait seule en être le terme. Mais aucune de ces deux grandes nations ne pouvait périr, et celte lutte terrible ne fera que rendre leur individualité plus distincte et mieux assurée.
La défaite navale de TEcluse n enleva à la France qu'une flotte mercenaire louée au roi par les Castillans et les Génois; la Bretagne, alors disputée entre deux prétendants qu'appuyaient Tun contre l'autre les deux partis, pouvait être gagnée ou perdue sans décider le sort de la guerre; mais l'invasion de la Normandie par Edouard rendait une grande bataille inévitable. L'armée anglaise, poursuivie par les Français de moitié plus nombreux, les attendit à Crécy et les taîUa en pièces. Les archers des communes anglaises avaient une part glorieuse dans cette victoire; les canons, qui paraissaient pour la première fois sur les champs de bataille, causèrent aux Français plus de surprise que de dommage; mais les véritables causes de leur défaite sont ces habitudes chevaleresques qui excluaient des armées féodales la prudence et le sangfroid, ces premiers éléments de la guerre moderne. Une pour^ite acharnée, la chaleur et la pluie îUCcablént l'Iiî-mée française; niais Philippe de Yalpis et ses ba-
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ronsne pouvaient. ni reculer ni même. attendre. Les archere génois engagés les premiers contre les Anglais plient et se retirent lenlenaent, la cavalerie féo^ dale leur passe sur le corps pour arriver à rennemî, La plus haute noblesse de France resta couchée dans la plaine de Crécy, et Calais, après une résistance opiniâtre, fut réduite à se rendre au roi d'Angleterre, n'échappant à un massacre que par le dévouement héroïque d'Eus tache de Saint-Pierre et de cinq au* très citoyens. Battue en Bretagne, battue chez ses aUiés d'Ecosse, la France s'agrandissait pourtant au milieu de tant de revers, par la force des choses, et le vaincu de Crécy la laissait, en mourant, maîtresse de Montpellier et du Viennois, qui devint le Dauphiné.
Avec le roi Jean devaient s'accroître les maux de la France. Homme d'un autre âge, irritant les siens par ses violences et par ses meurtres précipités, sans être plus heureux dans la défense du royaume, il fut enlevé lui-même par le désastre de Poitiers et alla mourir prisonnier en Angleterre. A Poitiers comme à Crécy encore la noblesse française avait succombé devant l'usage des qualités militaires qui lui manquaient. Huit mille Anglais, imprudemment engagés en Guyenne et acculés à Poitiers, défirent, à force de sang- froid et d'habileté, les cinquante mille hommes du roi de France. Ainsi fut décimée pour la seconde fois la féodalité.
La bourgeoisie tenta de prendre la place de cette aristocratie vaincue. Le gouvernement semblait revenir à la bourgeoisie par droit de déshérence. Le roi était captifi le dauphin impuissant, la noblesse abat-
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iué. D'ailléiïrs les Etats généraux, convocpiés par lè roi Jean avant la défaite de Poitiers, avaient déjà essayé leurs forces et réclamé des garanties. En votant des troupes et de Targent, ils avaient demandé à en surveiller Femploi et à prendre part à la direction de la guerre. Mais il manquait à la France et au tiers état cet intelligent appui de la noblesse qui avait déjà con^ duit l'Angleterre si près de la liberté. Les seigneurs, menacés par les Etats de supporter leur part de l'impôt, entravaient des desseins que la guerre avait bientôt violemment suspendus. Mais les Etats généraux, revenant en 1356, trouvèrent Toccasion plus favorable. Deux hommes énergiques, Robert le Coq et Etienne Marcel, dirigeaient, Tun le clergé, Fautre le tiers état. Us avaient trouvé dans Charles le Mauvais, roi de Navarre, un ambitieux allié qui pouvait devenir un prétendant à la couronne et acheter le royaume par des concessions à la bourgeoisie. Lorsque les États eurent demandé la mise en jugement des officiers du roi, rétablissement d'un conseil de quatre prélats, douze seigneurs et douze bourgeois, chargé de partager le gouvernement avec le dauphin, le tiers état de toute la France accueillit avec joie de telles tentatives et l'espoir d'un si grand progrès. Après une vaine résistance, le dauphin retrouva devant lui, en 1357, les Etats généraux plus éclairés et plus pressants que jamais. Maîtres de Paris par Tappui de la population, ils instituèrent un conseil de trente-six membres, et des commissaires provinciaux qui de-^ vaient assurer Faction directe des Etats sur le grouvcrnèment. Une ordonnance, de réformation eçt alord
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imposée au dauphin : c*étaît une charte qui réglait Tintervention de la nation dans ses affaires et qui limitait Fautorité royale. Plus d'impôts^ hormis ceux que voteraient les États et dont ils régleraient Tem-r ploi; plus d'arbitraire dans la justice, plus de vente des ofBces judiciaires, plus de falsification dans les monnaies, inviolabilité assurée aux membres des Etats : telles étaient les principales garanties que réclamait, dés le quatorzième siècle, la partie la plus éclairée de la nation et qu'elle crut un instant avoir à jamais conquises.
Cette illusion ne dura guère; ni le peuple, ni la royauté, ni la noblesse ne sentaient le besoin de ces grandes réformes, et la minorité courageuse qui voulait épargner à la France un trop long apprentissage « était isolée au milieu de la nation et incapable de Tentraîner. La révolution bourgeoise fut vaincue à Paris et mortellement frappée avec Etienne Marcel, qui s'était lui-même couvert du sang des conseillers du dauphin. En même temps était écrasée, dans les campagnes, une insurrection populaire qui ressuscita, au milieu de la France féodale, les scènes affreuses des guerres serviles de l'antiquité. La bourgeoisie avait lutté pour la liberté, les paysans ne s'étaient soulevés que pour la vengeance. La peste, la famine, les maux infinis et journs^liers de la guerre, les souvenirs accumulés d'une oppression séculaire avaient rempli de fureur ces âmes incultes, naguère si patientes. Ce fut un débordement de représailles, telles que peut seule les produire la plus longue et la plus cruelle iniquité. Les vengeances inouïes dont la Champagne et la Pi-»
oardie furent le théâtre nous montrent jusqu*à que point la servitude peut dépraver et envenimer la nature humaine, hvi jacquerie apprit à la société féodale, comme les guerres serviles l'avaient révélé à la société antique, qu'en voulant réduire Thomme à Tétat de bête de somme, on fait de lui une béte fauve. Les j'acqiiesy défaits et décimés, rentrèrent dans leur silencieux esclavage, et la fureur populaire» étouffée dans le sang, ne se réveillera plus que contre l'étranger.
L'Anglais profita de tant de maux pour faire une nouvelle iuvasion lorsque le traité inacceptable, conclu par le roi Jean, prisonnier, eut été rejeté par le patriotisme des Etats généraux. La France était pourtant hors d'état de se défendre, et cela même la sauva* Des promenades militaires dans un pays dévasté, dépeuplé par la famine et les épidémies, mirent, sans combat, l'armée anglaise hors d'état de tenir la campagne. Ce fut la profonde misère de la France qui vainquit le roi d'Angleterre et lui arracha ce traité. de Brétigny, qui laissait la couronne aux Valois en donnant la moitié de la France aux Anglais. Le roi d'Angleterre devint le souverain direct du Poitou, de l'Aunis, de l'Angoumois, de la Saintonge, du Limousin, du Périgord, du Quercy, du Rouergue, de TAgénois, du Bigorre. Il gardait au nord Ponthieu, Calais et Guines, et devait recevoir, pour la rançon du roi Jean, trois millions d'écus d'or.
La France reçut ce traité désastreux comme une délivrance inespérée. Elle s'épuisait en vain cependant pour payer la rançon de son roi, qui retourna mourir en Angleterre, non sans avoir élevé contre sa maison
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de nouveaux dangers, et- contre Tunité du pays de nouveaux obstacles. La maison de Bourgogne s^était éteinte, et ce grand fief faisait retour à la couronne. Jean le donna en apanage à son quatrième fils, Philippe le Hardi, dont la postérité devait être si funeste à la France. La paix avait délivré la France de F Angleterre, mais elle portait en elle-même ses causes de ruine. Aux restes dispersés de la jacquerie s'étaient joints les innombrables aventuriers que la guerre avait nourris jusqu'alors et qui désormais vécurent de pillage. Leurs bandes nombreuses et disciplinées occupaient des provinces entières et mêlaient les contributions forcées à la rapine. Plusieurs seigneurs furent vaincus et tués par ces brigands en bataille rangée. Tel était r héritage que recevait du roi Jean le jeune dauphin, devenu Charles V.
Rompu aux intrigues par sa lutte contre les États généraux, nullement guemer, dégoûté des batailles par tant de cruelles expériences, instruit à la patience et à la ruse , Charles V, qui devait être surnommé le Sage, était l'homme le plus propre à tirer la France de cet abîme. Opposant un aventurier à ceux qui désolaient les provinces, il lança contre eux Du Guesciin, qui les battit pour les gagner; après une vaine tentative sur la Bretagne, Du Guesclin entraîna en Castille, à la défense du parti français, plus de trente mille pillards, auxquels le roi travailla aussitôt à fermer le retour. A peine la France fut-elle maîtresse d'elle-même qu'elle retrouva des forces contre l'Angleterre. Mais cette fois nul désastre n'était à craindre; les places fortifiées pouvaient défier l'ennemi, et on
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lui livrait la campagne, trop misérable pour noumr une grande armée. > Les provinces que le traité de Brétigny avait déclarées anglaises désiraient . retour^ ner à la maison de France. La Rochelle chassa les Anglais de ses murs; la Bretagne se donna au parti français; mais, trop pressé de la réunir à la couronne, Charles V la vit, avant de mourir, échapper à son influence et rappeler les Anglais. Il avait néanmoins ressuscité la France, remis un peu d'ordre dans Tadministration et dans les impôts, et montré, en nommant Du Guesclîn connétable, que le choix du roi pouvait imposer un chef militaire à la plus haute noblesse. Enfin, il avait entrevu dans le système des apanages un péril pour la couronne et pour la France : il avait substitué, pour les princes du sang royal, des titres et des revenus à ces funestes donations territoriales, qui faisaient renaître la féodalité de ses ruines et qui reculaient indéfiniment l'unité du pays. Ce règne réparateur sembla pourtant n'avoir préparé la France qu'à une chute plus profonde encore.
Pendant que l'Angleterre continuait sa marche lente et sûre vers la liberté politique, et qu'elle était agitée par les premiers symptômes de sa liberté religieuse, pendant que le parlement déclarait l'Angleterre libre de tout tribut envers le saint-siége et que l'hérésie de Wiclef préparait les voies à la révolte de Watt-Tyler, la France était livrée, durant la minorité de Charles YI, aux pillages et aux rivalités des quatre oncles du jeune roi. Avec la misère du pays, renaît l'esprit d'indépendance de la bourgeoisie et l'esprit de destruction de la foule. Les collecteurs, d'impôts
tont massacres à Paris; Rouen se âonne tin' drapier pour roi, et les communes de Flandre, toujours à la tête des mouvements démocratiques du moyen âge, battem leur comte en bataille rangée et le chassent du pays. Un Arteweld était à la tête de cette révolution que la France étouffa. Plus heureuse qu^à Gourtrai^ la féodalité remporta à Rosebecq.une victoire déci-* sive qui frappa du même coup la bourgeoisie fran-^ çaise. Des exécutions nombreuses assurèrent la sou-^ mission des grandes villes, et la royauté se retrouva encore une fois maîtresse du pays. Mais elle allait succomber à une de ces épreuves qui sont l'inévitable fléau du pouvoir héréditaire, par lequel le malheur d'une famille devient une calamité nationale.
Des entreprises gigantesques et follement conduites contre l'Angleterre et contre T Allemagne n'avaient servi qu'à montrer les grandes ressources qu&le moin*^ dre repos rendait à la France, lorsque Charles VI, ayant résolu de gouverner par lui-même et commençant à raffermir contre les grands vassaux Tautorité royale, fut subitement frappé de folie. La France entière semble aussitôt entraînée dans son vertige. Des ligues de seigneurs se forment pour se disputer par des assassinats et par des batailles la possession de Paris et la direction du gouvernement. Sous les noms d'Armagnacs et de Bourguignons, luttaient le midi de la France contre le nord, l'esprit aristocratique et la haine des Anglais contre une tendance démocratique favorable au roi d'Angleteri'e. Le parti bourgui-? gnon, appuyé sur la Flandre, sur l'Université, sur le peuple de Paris, domina quelque temps la France et
rendit Tordonnance cabochienne, ou les réformes tant de fois réclamées par le tiers état, étaient garanties. Mais le parti armagnac devint maître à son tour, mit un terme à ce mouvement démocratique qui entraînait le nord de la France, et, donnant un libre cours à ia haine du midi contre les Anglais, refusa de reconnaître Henri IV pour roi et provoqua l'invasion de son fils Henri Y. Après les troubles intérieurs qui venaient de l'agiter, l'Angleterre avait hâte, elle aussi, de tourner contre l'étranger son activité renaissante. La lutte est donc ranimée ; la France, en péril de mort, ne sera plus sauvée que par l'intervention du peuple et de l'héroïne sortie de son sein.
Mais pour arriver jusqu'au peuple, TAnglais doit rencontrer de nouveau sur son chemin la noblesse, qui, pour la troisième fois, se montre incapable de défendre le pays. C'est à Azincourt que s'accomplit cette sanglante répétition de Crécy et de Poitiers, qui livre la France au parti bourguignon et au roi d'Angleterre. Le parti bourguignon redevint maître de Paris et l'inonda du sang des Armagnacs vaincus ; le roi d'Angleterre prit Rouen, malgré la résistance héroïque de la bourgeoisie, dirigée par Alain Blanchard, qui périt sur Téchafaud. La prise de Pon toise mettait les Anglais sur le chemin de Paris ; un événement imprévu les rendit maîtres de la France. Le dauphin, sous prétexte de venger son oncle Louis d'Orléans, douze ans auparavant à Paris, assassina au pont de Montereau Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne. Aussitôt, le parti bourguignon et les habitants de Paris se donnent au roi d'Angleterre et le traité de Troyes
le proclame héritier de Charles VI. La Normandie devait être rendue à la France; la Bourgogne recevait une promesse secrète d'indépendance. Les deux royaumes de France et d'Angleterre devaient avoir le même roi, Henri Y, mais en gardant leur administration et leurs privilèges distincts. Le dauphin, exclu du trône, était banni par le traité, et le roi d'Angleterre était chargé du gouvernement du royaume, en attendant que la mort de Charles YI le lui livrât comme un héritage. Tout le monde accédait à ce traité, destructeur de rindépendance de la France. Charles YI le signa; la reine signa cette proscription de son fils; les États généraux reconnurent Henri Y pour héritier du trône, et le parlement poursuivit juridiquement le dauphin. Royauté, noblesse, légistes ont donc abandonné sans retour la France aux Anglais; mais la bourgeoisie, qui a défendu Calais et Rouen, le peuple, qui jusqu'alors s'est tu, n'ont pas signé cette déchéance de la nation.
Les deux rois moururent bientôt; leurs fils restèrent en présence. Henri YI, encore enfant, fut proclamé à Paris roi de France et d'Angleterre ; Charles YII, réfugié en Auvergne, fut proclamé roi de France par quelques seigneurs attachés à sa mauvaise fortune. Rejeté derrière la Loire, ayant perdu au nord tous les soutiens de sa cause, appuyé encore par les Armagnacs, que les défaites de Crevant et de Verneuil avaient décimés, sans énergie d ailleurs et sans ambition, résigné en apparence à la chute de sa race, Chades YU semblait perdu, et avec lui Tindépendance nationale. Le roi de Bourges, comme on l'ap-
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pelait avec mépris, voyait ses défenseur^ eux*même$ près de se combattre. Ses alliés écossais excitaient la jalousie des Armagnacs; lui-même baissait son connétable Richemont, qui se retira en Bretagne. Et pendant que Charles, hors d^état de secourir Orléans assiégé, voyait s'ébranler avec indifférence ce dernier rempart de la royauté française, le duc de Bourgogne arrachait à Jacqueline de Hainaut «on vaste héritage, et s'assurait les quatre comtés de Hollande et de Frise, de Zélandeet de Hainaut. La maison de France semblait donc avoir disparu de la scène pour faire place à des puissances nouvelles.
Son salut et celui du pays furent Toeuvre sublime et mystérieuse d'une jeune fille du peuple, d'une paysanne de Lorraine, que la foi et le dévouement, ces sources sacrées du patriotisme, élevèrent au-dessus de l'humanité. Attendre avec certitude une victoire impossible aux yeux de tous, communiquer aux incrédules les plus railleurs, aux ignorants les plus gro^siei*s cette confiance inexplicable et pourtant justifiée, faire passer son âme dans tout un peuple, le relever, l'entraîner, lui donner la victoire après la résurrection, et le laisser à jamais pénétré du sentiment de sa vie commune et de son avenir , accomplir ces grandes choses sans emphase, sans ruses, sans aucun appel à la superstition, par le seul exemple du courage et de la foi, porter daqs le conseil une sagesse pleine de candeur, dans la, mêlée une tou«phante audace, une pitié féminine, une horreur jusque- Jà inconnue pour J Wusion du sang français, pouri- ^.uivj^. ïa..déUywce du .royaEume. jusqu'à, 1;^. mp.i:t .çt
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regarder ia morl en face, pendant une longue torture» sous sa forme la plus affreuse, lutter contre la douleur •de l'abandon I la trahison des princes et la haine de i^Eglise, avec une héroïque douceur^ confondre avec une simplicité virginale et rustique les sophismes des éyéques et les subtilités des légistes, faire. de son martyre un acte de foi dans la justice de sa cause et dans la divinité de sa mission; fonder sur son bûcher Tindépendance et l'unité de la patrie : telle fut la destinée de Jeanne d^Arc, la plus glorieuse et la plus pure qui fût encore échue à une créature humaine. Son enfance, ses visions, ses longs combats, son supplice, cette légende patriotique et populaire est devenue, sous la plume des grands écrivains, une histoire touchante et terrible que nul n*ose plus raconter; mais tous la savent, tous les Français se souviennent, comme Ta dit un éloquent historien, « que la patrie chez eux est née du cœur d'une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu'elle a donné pour eux. »
Orléans délivré, Troyes prise d'assaut, le roi sacré à Reims et affermi ainsi dans Topinion du peuple, fu- Tent les premiers services rendus par Jeanne d'Arc à la France; mais son martyre héroïque, qui jeta sur la cause anglaise une sorte de malédiction et sur celle de la France un religieux prestige, fut le plus grand de tous. Le traité d*Arras, qui détachait le duc de Bourgogne des Anglais , en fut le premier fruit, et Paris suivit', en se ralliant à Charies YII, l'exemple du parti 'bourguignon. Une tréve conclue avec les Angolais pertiiit aii foi de rétablir Tordre dans le royaume; il '^nvoya'sè faire tuer 'en' Sùisôe et en 'lidrra^ine lés
bandes armées qui désolaient le pays. La guerre^ reprise avec ardeur contre l'Angleterre, se termina enfin sans traité : Calais resta la seule possession des Anglais sur le continent.