‹ Essai sur l'histoire universelleChapitre 20 sur 55 · IX. I4>iil« XI. — Henri Tll. — Terdlnand le C«theli%ae · texte numérisé non relu

IX. I4>iil« XI. — Henri Tll. — Terdlnand le C«theli%ae

Jean II*

L'heureuse fin de la guerre de cent ans rendit la France à son progrès intérieur, et la royauté, plus forte qu'avant tette longue épreuve, continua ses conquêtes sur la féodalité et sur TEglise. Indépendante en fait de la papauté depuis que Philippe le Bel avait réduit le saiut-sié^e en servitude, elle établit légalement cette indépendance par la pragmatique sanction de Bourges, qui proclamait l'autorité des conciles généraux supérieure à celle des papes, maintenait aux églises et aux chapitres la liberté de leurs élections, enlevait à la cour de Rome les revenus divers qu'elle tirait de la France, et interdisait les appels au pape, même dans les causes ecclésiastiques. La féodalité fut frappée plus directement encore par la création d'une armée permanente. Les milices féodales et les bandes d'aventuriers mercenaires avaient été jusque-là les les seules forces militaires de la France. Le vote des Etats d'Orléans qui mirent dans la main du roi une armée régulière soldée par une taille perpétuelle, l'ordonnance royale qui créa plus tard les francs-archers, premier élément de l'infanterie nationale, accomplissaient dans l'état politique de la France une. véritable

révolulîon. Mise en possession d'une force militaire permanente et disciplinée, la royauté pouvait se passer de la noblesse et même la contenir avec le secours direct et irrésistible du peuple armé. Un si grand changement ne pouvait s'opérer sans combat ; mais la révolte des seigneurs, qu'on appela praguerie par allusion aux luttes religieuses qui déchiraient alors TAllemagne, fut écrasée par le roi, bien que le dauphin eût été entraîné dans le parti des grands vassaux. Cet héritier du trône, complice inattendu d'une insurrection féodale, révolté contre son père, chassé par lui du Dauphiné, hôte du duc de Bourgogne, n'était autre que Louis XI, le précurseur de la royauté moderne.

La royauté s'était créée à elle-même des maisons rivales, par cette coutume des apanages qui faisait sortir du sang royal une nouvelle féodalité. Les maisons de Bourgogne, de Bretagne et d'Anjou pouvaient tenir tête à la maison de France; celles de Bourbon, d'Orléans et d'Alencon étaient aussi des branches détachées de la tige royale ; les maisons de Foix, d'Albret, d'Armagnac et une foule d'autres qui suivaient le mouvement de la grande féodalité, pouvaient, par leur accord, mettre le trône et la France enpéril. Charles VII, entouré de bourgeois, Jouvenel, Jacques Cœur, le créateur de l'administration. financière du pays, les frères Bureau, organisateurs de l'artillerie royale, avait mérité son surnom de bien servie et bravé plus d'une fois la féodalité. Un l'Esparre décapité, un d'Alencon emprisonné, un d'Armagnac exilé, un bâtard de Bourbon jeté à la rivière, avaient éprouvé jusqu'où pouvait frapper la justice du roi. Il était réservé à Louis XI

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de rendre cette souveraineté l'oyale et cette égalité dans Tobèissance permanentes dans le pays.

Avant de dominer son siècle par la ruse, cet homme si judicieux commit plus d'une imprudence, et acheta cher une expérience bientôt redoutable. Ce grand duel entre le trône et la noblesse commença comme une mesquine vengeance du dauphin contre les conseillers de son père. L'impôt augmenté, TUniversité de Paris forcée au silence, la juridiction des parlements restreinte, la pragmatique sanction abolie et une menace d'impôt suspendue sur TËglise, de nombreuses exigences annonçant à la noblesse un maître inquiet et avide, réunirent d'abord tout le monde contre le jeune roi, qui ne s'était ménagé l'appui de personne et avait alarmé les intérêts les plus opposés. La ligue féodale, qui prit le nom trompeur de Ligue du bien public, menaçait d'emporter la royauté ; deux choses rendirent cette ligue impuissante : les divisions de cette féodalité, dont l'anarcliie était Tâme, et la mauvaise foi du roi qui, ne se croyant tenu à rien envers des vassaux révoltés, ne se fit aucun scrupule de les acheter, l'un après l'autre, par de vaines promesses. Ainsi se trouvaient déjà en présence cette impéritie mêlée de violence d'une part, et cette politique déloyale de l'autre, qui vont se disputer le pays jusqu'à la victoire définitive de l'intelligence sur la force, de l'unité idéale de la France et de son gouvernement sur la division anarchique de la terre et du pouvoir.

Ce traité dérisoire de Conflans, qui ôtaitla Normandie à la couronne et annulait toutes les conquêtes politiques du pouvoir ^royal^ fut violé ^n détail parler çoî^

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et, malgré les menaces du roi. d'Angleterre, allié des ducs de Bretagne et de Bourgogne, il fut désavoué solennellement par les Etats généraux réunis à Tours. Une nouvelle imprudence de Louis XI faillit tout perdre. Confiant dans son habileté personnelle, il alla lui-même négocier à Péronne avec Charles le Téméraire, pendant que ses émissaires étaient partis pour soulever la Flandre, toujours avide d'indépendance et devenue aussi menaçante pour les ducs de Bourgogne qu'elle Tétsiit jadis pour la maison de France. La révolte de Liège qui tua son évêque exaspéra Charles le Téméraire et mit le roi en danger de mort. Louis XI s'en tira par de nouvelles promesses, confirma par serments le traité de Conflans, et fut contraint de suivre à Liège le duc de Bourgogne, qui venait noyer la révolte dans le sang. Ce fut une profonde humiliation pour Louis XI que d'assister en captif au massacre de ses alliés , mais ce fut aussi pour lui une salutaire et mémorable leçon. Il revint irrité, mais patient et plus sage que jamais, tandis que le duc de Bourgogne sentit croître cette confiance orgueilleuse qui lui était naturelle et qui fera la fortune de son adversaire.

Une assemblée de notables délia Louis XI des serments faits à Péronne, mais une nouvelle ligue menaçait de mettre un terme aux entreprises et aux parjures renouvelés du roi. Déjà il avait dû frapper des traîtres autour de lui : le cardinal La Balue et l'évèijue de Verdun avaient été jetés dans des cages de fer. De nouvelles trahisons se préparaient; le connétable de Saint-Pol était vendu aux ennemis du roi ; le frère de Louis XI, duc de Guyenne, tenait un d^s premiers

Si s LIVRE DOUZIEME.

rangs dans la coalition, que dirigeaient, avec le duc de Bourgogne, les rois d'Angleterre et d'Aragon. La mort subite du duc de Guyenne, si avantageuse au roi son frère qu'on ne put s'empêcher d'y voir un crime, et cette anarchie qui ruinait toutes les ligues féodales, sauvèrent encore une fois la royauté. Le duc de Bretagne, attaqué par Louis XI dans sa province, laissa Charles le Téméraire envahir seul la Picardie et échouer devant Beauvais, intrépidement défendu par les femmes. Les deux ducs avaient traité avec le roi de France, lorsqu'à son tour débarqua trop tard le roi d'Angleterre. Sans allié sur le continent, sans vivres, fatigué des plaintes de son armée, Edouard IV reçut de l'argent de Louis XI et repassa la mer. Ainsi furent dissipées tant de menaces et fut rompue la courte alliance des ennemis du roi.

Le plus redoutable de tous allait se perdre luimême dans l'ampleur de ses desseins, La prodigieuse fortune de cette maison de Bourgogne, qui s'agrandissait entre l'Allemagne et la France, enivrait Charles le Téméraire, maître en espérance d'un vaslé royaume où viendraient se confondre la Lorraine, la Provence, le Dauphiné et la Suisse. Louis XI avait déjà entrevu dans ces chimères la ruine du duc et la fortune de la France. Il laissa donc à Charles le Téméraire tout le loisir de s'engager dans ces aventures et de s'y perdre, spectateur curieux et intéressé de cette lutte d^une ambition déréglée contre la force des choses et contre l'intérêt général de l'Europe. Charles conquit la Lorraine et bientôt rencontra l'Allemagne, qui le tint en échec une année entière au siège de Neuss, Arrêté de

ce côtéy il se retourna furieux contre les Suisses, ennemis heureux jusqu*aIors des armées féodales. Louis XI était à Lyon, jouissant du péril de Charles et espérant tout de sa bouillante imprudence. Le Duc se jeta sur Graudson , prit la ville et le château , et noya la garnison, qui s^était rendue sous promesse de la vie. Mais Tarmée des Suisses arrivait, et la bataille s'en* gagea dans une plaine étroite où la cavalerie féodale ne put tourner Tinfanterie des cantons. Épuisées par des charges inutiles, surprises par un nouveau corps d'armée sorti des montagnes, les troupes de Charles le Téméraire se débandèrent et s'enfuirent. II laissait sur le champ de bataille peu de morts, mais sa tente, son trésor, ses insignes mêmes, devenus le jouet des paysans. C'en était fait de son prestige, de ses desseins et de son royaume.

Des secours lui arrivèrent, et la colère qui le dévorait fit place à Tespérance; il vint assiéger Morat, qui tint mieux que Grandson , tandis que se réunissait de nouveau l'armée des Suisses. On y voyait le jeune duc René, dépouillé de sa Lorraine. Le duc de Bourgogne fut aussi imprudent qu'à Grandson; mais ce nouveau désastre effaça le premier. Enfermée entre des montagnes, les ennemis et un lac, l'aimée bourguignonne lut jetée dans ce lac par les Suisses, égorgée et noyée en même temps. Charles le Téméraire semble dès lors pris de vertige : il menace encore, parle d'une grande armée qu'il va lever, de ses conquêtes qu'il va refaire ; mais il se sent perdu, et c'est dans un abattement aussi profond que sa chute qu'il attend, sous les murs de Nancy, l'armée du duc René qui vient revendiquer son

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héritage. Charles retrouvait encore devant lui les Suisses, les Allemands, tous ses ennemis poussés par la main du roi de France ; il se jeta dans la mêlée avec une poignée d'hommes et se fit tuer ; ses plus chers confidents Pavaient trahi comme la fortune.

Avec lui tombait le dernier obstacle qui s'opposait à Tunité de la France sous Tautorité royale. La maison d'Alençon avait déjà succombé ; son chef était mort en prison. Le comte d'Armagnac fut tué à Lectoure, sa feiKime grosse empoisonnée ; le chef de la maison de Nemours fut décapité, ainsi que Charles d' Albret et ce connétable de Saint-Pol qui avait trompé tour à tour tous les partis. Le Maine, l'Anjou et la Provence revinrent à la couronne par héritage. La Bourgogne et la Picardie furent saisies par Louis XI à la mort de son ennemi. Il avait espéré un instant ravir l'immense héritage de Charles le Téméraire en mariant le dauphin à Marie de Bourgogne ; mais celle-ci épousa Maximilien d'Autriche et prépara ainsi la grandeur de Charles- Quint. Défait par les Allemands àGuinegate, Louis XI n'en acquiert pas moins l'Artois et la Franche-Comté. La France centrale fut ainsi enfermée dans un cercle protecteur de provinces. Le règne laborieux de Louis XI avait accru et organisé ce grand corps, maintenant capable de se mouvoir et d'agir au dehors. L'ordre intérieur était affermi, et la bourgeoisie accoutumée, aussi bien que la noblesse, à plier sans murmure sous la main du roi. La fille aînée de Louis XI, Anne de Beaujeu, régente pendant la minorité du jeune roi, se montra digne de son père : les Etats, convoqués par elle, défendirent la couronne contre une

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réaction aristocratique; mais Anne déBeaujeu lés renvoya lorsqu'ils montrèrent des velléités d'indépendance, Le duc d'Orléans, qui prit les armes pour lui enlever la régence, fut battu et pris à Saint-Aubin-du-Gormier. Le dernier des grands vassaux, le duc de Bretagne ^ avait figuré dans cette guerre; il meurt peu après, ne laissant qu'une fille. Anne de Beaujeu la marie malgré elle, à Charles VIII, et constitue définitivement, par cette acquisition de la Brets^gne, Tunité ,du royaume. La France du moyen âge a disparu.

Une révolution analogue s'est opérée en Angleterre par des moyens bien difierenls. Trente ans de guerre civile, Tépuisement de la haute aristocratie décimée par ses discordes, et la lassitude de la nation, donnèrent à la royauté un ascendant qu'elle ne pouvait conquérir par elle-même et qui, d'ailleurs, ne devait ralentir que pour un temps la marche de ce grand peuple vers la liberté politique. La guerre des deux Roses eut pour effet de faire disparaître en Angleterre la féodalité, qui pouvait diviser la nation, et non pas l'aristocratie, qui devait contenir la royauté. Les faiseurs de rois^ comme on appelait les Warwick, .ces grandes maisons qui menaçaient le repos et l'unité de l'Angleterre, seront abaissées par ces longues guerres sans que toute influence politique soit enlevée à cette noblesse intelligente et énergique qui doit diriger avec tant de gloire les destinées de son pays.

La dynastie de Lancastre, qui avait la rose rouge «pour emblème, fut menacée et bientôt renversée du 'trône par la maison d'York, qui prit la ^ose blanche ipour drapeau. Richard d'York prend . la place da

Henri VI, que défend en vain le courage persévérant de sa femme Marguerite d'Anjou. Le fils de Richard, Edouard lY , régna cinq ans en paix ; mais une sanglante tragédie s'accomplit à sa mort et semble jeter une malédiction sur sa race. II laissait deux fi)s que leur oncle Glocester fit étouffer pour régner à leur place. Le meurtrier ne jouit que deux ans de son crime : un rejeton des Lancastre, Henri Tudor de Richemont, vint du fond de la Bretagne le précipiter du trône. La bataille de Bosworth, où périt Glocester, fut la victoire définitive de la maison de Tudor, qui devait régner cent dix-huit ans. Le nouveau roi s'affermit par son mariage avec une fille d'Edouard IV, dernière héritière de la maison d'York.

Malgré les vaines tentatives des partisans de la i-ose blanche, Henri. VII mourut roi, laissant la royauté seule debout au milieu de tant de ruines. Le cinquième des terres du royaume était devenu, par confiscation, domaine de la couronne; des impôts de toutes sortes, une juridiction arbitraire, éprouvèrent sans les lasser la patience du parlement et la docilité du pays. De grands bienfaits compensaient ces inconvénients d'un pouvoir trop étendu. L'abolition du droit de maintenance enleva aux grands seigneurs toute force armée; en revanche, la concession du droit d'aliéner leur foitune, jusqu'alors substituée intacte de mâle en mâle, leur offrit le moyen de se ruiner, et le roi les y invitait par la splendeur de sa cour. Henri VU donna sa fille au roi d'Ecosse, Jacques IV, devenu roi par le choix de la noblesse de ce malheureux pays, déchiré par la guerre civile,

et ne cédant qu^avec peine à Fintluence voisine de la civilisation anglaise, qui devait pourtant Tenvahir et l'absorber.

L'uoité politique ne fut pas en Espagne, comme en Angleterre, le fruit de la guerre civile, mais la conséquence naturelle de cette unité religieuse qui était l'âme de la nation. La conquête laborieuse de la Péninsule, lentement arrachée aux musulmans, confon* dit à jamais, daps Tesprit de ce peuple, la cause de la religion catholique et celle de la patrie. La domination de Tune devint le symbole de Tindépendance de Tautre; et Tinqubition continua, sous une autre forme, cette guerre sainte, à laquelle TEspagne semblait exclusivement dévouée. Ainsi se trouva formé, par les événements et la nécessité, le caractère ineffaçable du peuple espagnol. Il fut dès lors soumis à Tune de ces influences supérieures et perpétuelles que les peuples subissent parfois sans les comprendre, et dont Thistoire peut seule rendre raison : impulsion primitive, aussi irrésistible que le génie d'une race et que Taciion d'un climat.

Nous avons vu comment l'égalité chrétienne, entretenue par les communs périls , était devenue sans peine une égalité politique, à mesure que les conquérants prenaient possession du pays. Ce peuple qui n'avait pas connu le servage, cette bourgeoisie militaire à qui la victoire sur l'étranger donnait en même temps des privilèges et une patrie, ces nobles qui ne voyaient dans leurs rois que des compagnons d'armes, devaient rendre difficile l'établissement de ce despotisme royal auquel l'Espagne . était insensiblement

âl8 LIVRE BOUZIÈSIS.

amenée pdr ses tendances religieuses auâsi hien que jpar le mouvement généial de l'Europe. La liberté s'était déjà vigoureusement développée dans ce pays^ sôUà la seule forme défensive qu'elle pouvait prendre au moyen âge, sous les noms de coutumes et de privilèges. La Castille et T Aragon avaient leurs cortès, sortes d'États généraux, où le clergé, la noblesse et les députés des villes venaient voter l'impôt et surveiller le gouvernement. L' Aragon avait les privilèges les plus étendus et s'en montrait le plus jaloux. C'est la noblesse de ce pays qui prêtait, an couronnement de ses rois, ce serment resté célèbre ; « Nous qui, séparés, sommes autant que vous, et qui, réunis, pouvons davantage, nous vous faisons notre roi, à condi^ tion que vous garderez nos privilèges, sinon, non. » Des ordres militaires qui donnaient à la noblesse la force de l'association, une alliance entre les villes pour réprimer le brigandage, cette Sainte-Hermandad qui avait ses tribunaux et sa police, étaient autant d'éléments de résistance que la royauté avait à vaincre pour devenir prépondérante, comme dans le reste de l'Europe occidentale. La royauté devint capable de cette tâche lorsque, après de longs désordres, l'hé-? ritière de Castille, Isabelle, épousa Ferdinand, fils aîné du roi d'Aragon, décidant, par la réunion de ces deux couronnes, l'unité de l'Espagne et l'expulbion définitive de l'étranger.

Le terme de la domination musulmane en Espagne était venu. Tout le monde en pressentait la chute, et les fils des conquérants eux-mêmes. Lentement refoulés vers le sud, rédiiits enfin apx mnfrs de Grenade, les

Maures, attaqués dans ce dernier refuge par Isabelle et Ferdinand, s'y défendirent avec un héroïsme qui retarda leur inévitable ruine. La persévérance des chrétiens qui, sur remplacement de leur camp brûlé, élevaient une ville en témoignage de leur résolution immuable, l'emporta sur la constance des assiégés. Ils se rendirent le 5 janvier 1492, en recevant, pour la sûreté de leurs biens et pour la liberté de leur culte, des garanties que Tardeur religieuse de TEspagne devait rendre illusoires. L'inquisition, appliquée à Tex* tirpation de l'hérésie et secondée par les passions populaires, continua la lutte après la victoire. La toIéi*ance traditionnelle des musulmans et leur bonne foi commerciale avaient attiré en Espagne un grand nombre de ces Juifs que l'Europe féodale persécutait ou dépouillait sans scrupule. La défaite de l'islamisme les livra, en même temps que les vaincus, à la haine du peuple et à l'impitoyable politique de l'inquisition, qui avait reçu de Ferdinand une vie nouvelle. L'expulsion des juifs, l'interdiction de leur culte aux Maures, ne pouvaient suffire à un tribunal qui étendait sa juridiction sur le fond même de la conscience humaine. Les conversions apparentes ne le contentaient pas : la torture arracha des aveux mortels ; une procédure secrète livra au bûcher d'innombrables vie tînmes. Le goût de ces aiFreux supplices, les délations et la terreur portèrent à Tintelligence et au caractère de la nation de profondes atteintes ; une fois entrée dans la voie de ces persécutions sanglantes, l'Espagne se mit en dehors du mouvement général de la civilisation européenne» (

Le pouvoir royal fit les mêmes progrès que Tunîté religieuse. Ferdinand devint le grand maître des ordres militaires de la noblesse, fit tourner la Sainte - Hermandad au profit de son influence et s*en servit comme d*une arme contre Taristocratie. Les trésors du nouveau monde, le mariage de Jeanne la Folle, fille de Ferdinand et d^Isabelle, à Philippe le Beau, fils de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne, et petit-fils de Charles le Téméraire, la réunion sur une seule tête de toutes ces couronnes, surmontées bientôt de la couronne impériale, vont donner à TËspagne une puissance passagère et trompeuse, dont la source n est pas en elle-même, et qui, s'écroulant par le seul cours des choses, la laissera plus épuisée que jamais. Le gouvernement impérieux du cardinal Ximénès, régent du royaume après la mort de Ferdinand, la victoire du jeune roi, Charles P*", sur la bourgeoisie, soulevée pour le maintien de ses privilèges, assurent pour longtemps Tobéissance du peuple espagnol, qui va devenir l'instrument de la grandeur de Charles-Quint, et qui succombera, avec Philippe II, dans une lutte inégale contre Tesprit nouveau de l'Europe.

Le Portugal avait vu la féodalité vaincue, comme en France et en Espagne, par les progrès de la royauté. Mais sur ce théâtre étroit se déployèrent peut-être plus d'audace et plus d'habileté que dans le reste de l'Europe. Jean II annonça hautement ses réformes, enleva leurs privilèges aux seigneurs et les soumit à la loi commune. L'échafaud et le poignard le délivrèrent de toute résistance, et la royauté se trouva en un seul

règne définitivement affermie. Elle tourna au dehors l'activité de ce peuple intelligent et laborieux, auquel les découvertes maritimes ouvrirent bientôt une vaste carrière •

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