I. La réforme. — Kntlier
L^aspect varié et les phases diverses de cette grande révolution qui arracha à VEglise catholique la moitié de l'Europe, les rivalités et les contradictions des réformateurs, leur despotisme même en matière de foi, et leur aversion pour le libre arbitre, ne doivent pas nous faire oublier que la réforme inaugure dans le monde chrétien Tindépendance de la raison individuelle, et y prépare Tavénement de la liberté politique. Le fait, Texemple même sont ici plus forts que toutes les théories. En vain Luther jette l'anathème sur les anabaptistes; en vain Calvin brûle Servet et Henri YIII Lambert Simnel : ils ont eux-mêmes
usé, devant leurs conteaiporaius, de la liberté qu'ils refusent aux autres ; ils ont invoqué la raison des peuples avant de réclamer leur foi. C'est ainsi que le protestantisme témoigne, par des divisions infinies, de sa nature et de sa libre origine. Bossuet avait le droit d'infliger le nom di Histoire des variations à son histoire; mais ces variations sont sa loi et la forme mobile de sa vie. Immuable d'un côlé, puisqu'il prend rËcriture sainte pour fondement, il est de l'autre éternellement variable, puisqu'il l'interprète à l'aide de la raison humaine, et qu'il ne peut manquer d'en suivre les vicissitudes.
Ace fait primitif, qui détermina, en dépit des réformateurs, la destinée de la réforme, se joignirent plusieurs circonstances qui contribuèrent à en faire partout l'espérance, l'auxiliaire ou la garantie de la liberté politique. Ne fallut-il pas revendiquer, contre l'Europe catholique, la liberté de conscience qui en enveloppe tant d'autres? Une minorité qui ne peut user de l'oppression et qui la redoute, en devient nécessairement l'adversaire. Aux édits des souverains on opposa les droits de la parole évangélique, on prêcha jusque sur le bûcher. A la guerre on répondit par la guerre, et l'Espagne fut mortellement blessée. C'est ainsi que de ces longues luttes sortit invincible et univeisel, contre l'inconséquence des protestants euxmêmes, le principe nouveau de la liberté de conscience, introduit à jamais dans le droit public des nations modernes. Enfin la manière même dont h réforme divisa l'Europe lui imposa des destinées libélales. Elle dut lutter contre le plus despotique des
gouvernements européens, contre la monarchie espa* gnole, et s'appuyer sur des peuples libres par nature et par nécessité, sur la Suisse, sur les Pays-Bas, sur FAngleterre. Elle régna surtout sur des races dont le génie indépendant, et favorable à la liberté individuelle, s^associa étroitement à son propre génie; et elle lutta contre des peuples, en qui le goût d'un poU' voir central supérieur aux individus, de Tunité de gouvernement et dé croyance , semble ua héritage du génie organisateur et despotique de l'empire romain.
Des causes nombreuses et diverses assignées à la réforme, aucune n*a été plus unanimement reconnue que la corruption croissante de TËglise romaine. Les plaintes prophétiques de saint Bernard, avaient devancé les justes prières des Gerson et des Pierre d'Ailly, et ces témoignages illustres devaient recevoir une consécration de la bouche même du plus grand adversaire du protestantisme, de Bossuet. Tous
avaient demandé à TÈglise une réforme intérieure et volontaire, qui eût garanti peut-être la paix et Tunité du monde chrétien. Quel terrible avertissement que le grand schisme,^ où s'était posée, sans pouvoir être résolue, la question fondamentale de Fautorité des conciles sur les papes, ou de la supériorité des papes sur. le conciles! Accorder avec Tintérét général de r Église cette domination absolue d'une volonté unique et sans contrôle, était le problème qui déjouait les efforts des plus grands esprits de ce temps, et que la réformé devait violemment trancher pour la moitié dç TEurope. L'indigne caractère de quelques pontifes.
les crimes des Borg^a, ajoutaient à la difficulté du problème tout en rendant plus urgente la nécessité de le résoudre. Un pape guerrier et politique, comme Jules II, pouvait rendre de grands services à V Italie; mais l'Europe chrétienne reconnaissait difficilement dans ce soldat courageux et dans ce diplomate habile, son premier pasteur. Les bienfaits de Léon X, sa protection éclairée, son goût délicat et surtout sa passion pour le beau, le rendirent cher, à juste titre, à tous les lettrés et à tous les artistes de l'Europe civilisée; mais n était-ce pas le même homme qui, pour rassembler un argent, d'ailleurs si noblement employé, dispersait en Europe les vendeurs d'indulgences, et encourageait un trafic dont un esprit plus religieux eût prévu et repoussé le scandale?
La renaissance ne jouait donc dans la réforme qu'un rôle indirect : elle ne mettait l'Eglise en danger qu'en lui faisant oublier son caractère et sa mission, mais elle conduisait plutôt les hommes à l'indifférence religieuse qu'à la passion réformatrice, elle faisait des Erasme et des Montaigne plutôt que des Luther. La force de la réforme fut au contraire dans cet esprit religieux des peuples dont les hommes qui gouvernent le monde oublient trop souvent l'importance, et qui produit par intervalles des mouvements aussi, inattendus qu'irrésistibles. Léon X et l'Église lettrée ne se doutaient pas que Rome, embellie par tant de chefsd'œuvre, parût aux hommes du Nord « une nouvelle Babylone; » et l'aimable protecteur de Raphaël, le spirituel correspondant d'Érasme ne pouvait voir autre chose « qu'une querelle de moines » dans ce débat où
le peuple allemand mettait déjà toute son âme, où l'Europe entière allait être enveloppée.
Des mouvements semblables avaient déjà ébranlé l'Église. Jean Huss, brûlé par le concile de Constance pour une tentative de réforme, avait été vengé par la guerre et par des victoires. Wicleff, qui avait soulevé TAngleteiTC, méritait son surnom à' étoile du matin de la réforme. Enfin, diverses hérésies, conservées par la tradition ou suscitées par de mystiques interprétations de rÉcriture, comme celles des albigeois et des Loilards, avaient ensanglanté le midi et le nord de l'Europe. Mais ces mouvements, le plus souvent anarchiques et populaires, devaient échouer, parce qu'ils alarmaient plus d'intérêts qu'ils n'excitaient de sympathies. La réforme, au contraire, a réussi, parce qif^elle donnait à la passion changeante et passagère l'appui solide et durable de l'intérêt. C'est une illusion souvent fatale aux réformateurs que d'attribuer à une idée trop de puissance, en dédaignant de l'associer à quelque intérêt général, à quelque utilité comprise et désirée par tous. Jamais les principaux plébéiens de Rome n'eussent persuadé au peuple de lutter, avec une si ferme patience, pour l'égalité politique, si l'espérance de l'abolition de l'usure et de la loi agraire n'eût mis l'intérêt privé du parti du droit public. Ce que la vente des biens nationaux a donné de durable et d'invincible à la révolution française, la sécularisation des biens ecclésiastiques l'a donné à la réforme. Plus d'un prince qui l'eût écrasée a combattu pour elle ; une génération a suffi pour rend];e inébranlable hi révolution territoriale qu'elle a produite, et par suite
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la révolution religieuse qu'on n'en pouvait plus distinguer.
L* occasion de la réforme ne paraît pas répondre à i^importance de ses causes et à Tétendue de ses effets. Une décision énergique du pape contre le scandaleux Ira^c des indulgences, ou un concile sagement réformateur aurait suffi sans doute pour étouffer le débat à sa naissance ou pour en reculer l'explosion; mais Tindifférence de Léon X et Tabsurde polémique des défenseurs de la vente des indulgences nourrirent et grandirent la discussion, qui embrassa bientôt des questions plus hautes et des intérêts plus généraux que le commerce du dominicain Tetzel et que les théories de ses apologistes.
C'était le fils d*un mineur d'Eisleben, étudiant, puis docteur à Tuniversité de Wittemberg, qui devait engager cette grande lutte et la conduire à son terme. Il avait étudié le droit, la philosophie, la musique, s'était fait moine en un jour de ferveur et plongé dans rétude des saintes Écritures. L'âme ardente de Martin Luther devait l'emporter au delà de son premier dessein; 9on éloquence naturelle, tour à tour élevée et familière, sa façon vive et populaire de traiter lesplus hautes questions et de les rendre claires aux esprits simples, son goût pour l'invective et surtout l'emploi nouveau, en pareille matière, de cette vigoureuse langue allemande, qui fit sous sa main tant de progrès, tout en lui servit à propager ses doctrines et à lui gagner des partisans, plus rapidement qu'il ne l'eût lui-même espéré et voulu. L'imprimerie multipliait et répandait ces écrits jusquç dans les plus humbles yih
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lages de rAllemagne. Même captif, il prêchait toujours et partout; aussi eût-il le droit de dire : « C'est la parole qui, pendant que je dormais tranquillement çt que je buvais ma bière avec mon cher Mélanchthon, a tellement ébranlé la papauté que jamais prince ni empereur n'en a fait autant. >»
Il était d'abord bien loin de songer à une si grande entreprise ; nul moins que lui ne pressentit sou rôle : «f Qui a yu cela dans les étoiles? » disait-il en parlant de sa vie, I/abus des indulgences lui fit mettre en question les indulgences elles-mêmes, puis le droit du pape en cette matière, puis ses droits de toute sorte, certains sacrements et certaines croyances : le culte des saints, le purgatoire, la confession auriculaire, la transsubstantiation dans le sacrement de TEucharistie, le célibat des prêtres et les vœux monastiques. Faisant chaque jour un pas de plus vers une complète indépendance, il niait l'autorité du pape, pour reconnaître celle des conciles ; puis celle des conciles, pour s'en remettre aux Pères de l'Eglise, et enfin, supprimant tout intermédiaire entre l'homme et la parole sacrée, il ne reconnut plus d'autre autorité que celle des saintes Écritures interprétées par la raison individuelle. Mais Luther ne semblait affranchir l'homme du jugement de ses semblables que pour l'abaisser plus profondément sous la main de Dieu. Cette grande et insoluble question, si longtemps débattue, entre la grâce divine et le libre arbitre, fut résolue par lui contre la liberté de l'homme, et nul, à ses yeux, ne fut plus capable de bien que par le choix antérieur et supérieur à toute volonté humaines dc^ la miséricorde di-
vine. C'est ainsi que, dans ce vigoureux esprit, le fond de mysticisme, auquel nul génie allemand n'échappe, tenait pourtant sa place et témoignait de son existence par cette absorption de l'individualité humaine dans Tinfini, qui semble moins encore un souvenir de saint Augustin qu'un pressentiment de la philosophie ger- ; manique. Si Luther ne marcha que par degrés vers cette séparation absolue de TÉglise, on sait qu'il ne s'avança dans cette voie qu'avec une hésitation douloureuse et que chaque pas fut, pour sa conscience, une épreuve nouvelle. U a lui-même laissé plus d'une trace éloquente de ses doutes et de ses angoisses, qu'à l'exemple des premiers chrétiens il attribuait au démon, son perpétuel antagoniste, l'ennemi de son repos intérieur, et, en même temps, la victime préférée de ses invectives les plus libres et de ses railleries les plus piquantes. Il se sentait, comme tous les hommes en* gagés dans une grande lutte, tour à tour hardi et timide, plein d'espoir et découragé. Ce fut dans un de ses jours de foi et de résolution qu'il rompit à jamais avec l'Église, en brûlant solennellement, à Wurtemberg, la bulle du pape qui condamnait l'hérésie naissante. La guerre est désormais déclarée, et de ce jour, 15 juin 1520, commence l'histoire politique et militaire de la religion nouvelle.
II. IaU rérorme lathérienne en Allemaipief en 0nède, en Danemark*
Charles-Quint semblait chargé d'étouffer la réforme en étant investi de l'empire. Il cita le réformateur à la
diète de Worras et lui donna un sauf-couduit, que le souvenir de Jean Huss rendait nécessaire et cependant peu rassurant. Luther se rendait à Worms, presque en triomphe, entouré d'amis et de partisans. Il refusa de se rétracter, fut mis au ban de Tempire et, à son départ, enlevé par son protecteur, l'électeur de Saxe, qui lui donna pour asile le château de Wartbourg en Thuringe. L'activité de Luther redoubla dans la retraite, et ses pamphlets inondèrent L'Europe. La réforme, qui faisait chaque jour des progi*ès rapides dans le peuple, s'assurait en même temps contre les retours de l'opinion par la sécularisation des biens ecclésiastiques. La Saxe, Hesse-Cassel, le Mecklembourg , la Poméranie sécularisèrent les domaines de l'És^lise. Le grand maître de l'ordre Teutonique devint duc héréditaire de Prusse, sous la suzeraineté de la Pologne.
Aux envahissements des princes, qui faisaient de la réforme un moyen de conquête, répondit le soulèvement des paysans, qui voulurent en faire un instrument de liberté. La Souabe, la Thuringe, la Franconie furent couvertes de bandes armées, révoltées, au nom de l'Evangile, contre la féodalité allemande, la plus pesante de l'Europe , parce qu'elle était la plus indépendante et la moins menacée. Tel est le sort des mouvemenU populaires, qu'une jacquerie semble en être le terme inévitable, si juste qu'en soit la cause, si légitime qu'en soit le but. Les douze articles de la réclamation des paysans sont une accusation terrible contre un ordre social où de telles demandes étaient séditieuses ; mais les sauvages proclamations de Munzer, les sanglants excès de l'insurrection mon-
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traient assez qu'il fallait choisir entre la défaite des paysans et le retour de rAIlemagne à la barbarie. Luther jeta inutilement dans cette mêlée ses plus éloquentes paroles, rappelant les princes à la justice naturelle et le peuple à la résignation chrétienne. D finit par se tourner entièrement contre les révoltés, qui, menaçant la réforme aussi bien que la société féodale, détruisaient les images et les livres, proclamaient, en s'appelant anabaptistes, la nécessité d'un second baptême, et imposaient à tous l'égalité de l'ignorance et de la misère. Ils furent enfin taillés en pièce par la noblesse rassemblée, qui abusa comme eux de la victoire et qui les fit retomber décimés dans leur servitude.
Mais les vainqueurs des paysans durent songer euxmêmes à se défendre. La noblesse catholique s'était confédérée à Ratisbonne et à Dessau, et les princes réformés avaient fondé, à Torgau, ligue contre licnie. La lutte fut longtemps pacifique et adoucie par des concessions mutuelles. Si la diète de Spire avait interdit la propagation de la réforme, les protestants, coniime s'appelèrent dès lors ceux qui avait protesté contre cette décision de la diète, purent cependant publier, Tarinée suivante, c^tte célèbre Confession d'Augsbourg qui devint le symbole de la réforme luthérienne, et leur ligue, resserrée à Smalkalde, fui suivie de la paix de Nuremberg, par laquelle l'empereur confirmait aux prince^ protestants le libre exercice de leur culte et la possession tranquille des biens ^cùlarisés.
i« Voyez TAppcndice L.
Le secret de cette tolérance était la rapide invasion des Turcs, que Soliman le Magnifique avait lancés au delà de Vienne, assiégée inutilement pendant vingt jours par son immense armée ; puis la Hongrie envahie de nouveau, la Méditerranée en proie aux pirates de Tunis et d* Alger, enfin, les attaques renouvelées du roi de France avaient tenu l'empereur en échec, pendant que se poursuivaient en Allemagne les progrès du protestantisme et en même temps ses discordes. L'anabaptisme s'était relevé en Westphalie, plus aveugle et plus furieux que jamais; ce n'était plus contre la société féodale et contre la tendance -aristocratique de la réforme que se soulevaient les fanatiques, dont Munster devint le centre et le tailleur Jean de Leyde le chef et lé prophète. Le christianisme disparaissait avec la société ; la polygamie , le règne despotique d'un inspiré auquel le royaume du monde était promis, des scènes étranges d'exaltation religieuse et de débauche publique donnèrent à cette insurrection un caractère particulier, contraire au génie de l'Europe et plus conforme au mysticisme sensuel de l'Orient. Cette secte, condamnée à périr, se défendit avec fureur dans Munster, et pressée par la famine, vécut de chairH humaine plutôt que de s'avouer vaincue et que de renoncer à l'espoir de la domination universelle. La ville fut enfin emportée d'assaut, et ce sombre délire fut étouffé dans le sang.
Cependant Charles-Quint, délivré par un traité de toute inquiétude du côté de la France, jugea le moment venu d'en finir avec la réforme et, en même temps, avec l'indépendance de l'Allemagne, dont il pouvait armer
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une moitié contre Tautre. Les premiers actes du concile de Trente et les menaces indiscrètes du pape avertirent les protestants de se préparer à la lutte. Quatre* vingt mille hommes se rassemblèrent sous le drapeau de la réforme ; mais , abandonnés par la France , les protestants furent , en outre, trahis par le jeune Maurice de Saxe , qui seconda activement Charles-Quint. Les confédérés furent donc battus par Tempereur a Muhiberg , et leurs chefs, l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse , tombèrent au pouvoir de Charles- Quint. Luther était mort à temps pour ne point voir cette première lutte et ce grand revers.
L'imprudence orgueilleuse du vainqueur fit la fortune des vaincus. La dureté de Charles-Quint, qui traînait après lui ses deux vénérables prisonniers , ses projets de tyrannie , dénoncés par des mesures rigoureuses contre le duc de Prusse et par des menaces contre les possesseurs des biens sécularisés , sa faveur poiir les étrangers espagnols et italiens qui envahissaient rAUemagne, et surtout cet intérim où, s'érigeant en théologien , il prétendait concilier les deux partis, rendirent sa victoire infructueuse. L'Allemagne se trouva unie contre lui et communiqua toute sa force à ce jeune Maurice de Saxe, qui, d'abord allié de l'empereur, devint tout à coup le représentant du mécontentement public. S'alliant secrètement au roi de France Henri II , feignant d'aller soumettre Magdebourg et se joignant aux révoltés, Maurice marcha rapidement sur Inspruck et faillit y faire Charles-Quint prisonnier. En même temps , la France s'emparait des Trois-Évcchés. L'empereur s'avoua vaincu. La convention de
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Passau , qui assurait aux proteslants la liberté de conscience, ne fit que précéder la paix d'Augsbourg, qui, en 1555, proclama leur égalité avec les catholiques , et qui trancha le véritable nœud de la guerre , en déclarant définitive la sécularisation des biens ecclésiastiques. Mais cette sécularisation était interdite pour l'avenir, et c'était une question nouvelle à résoudre par les armes.
La paix d'Âugsbourg contribua à chasser Charles- Quint du monde. Celait le corps qui le premier avait fait défaut à cette haute intelligence qu'animait une passion si opiniâtre. L'âme était encore entière dans cette enveloppe délabrée , que minait la fièvre , que Tépilepsie venait bouleverser par intervalle, dont la goutte avait noué les extrémités; mais les revers se joignant aux infirmités, les obstacles extérieurs venant sans cesse aigrir cette âme qu'irritait déjà la défection du corps , amenèrent enfin cette fameuse retraite dont la pensée avait été longtemps nourrie et qui n'eut d'une mort anticipée que l'apparence. Elle ne fut pas exempte de trouble et le protestantisme vint l'agiter encore.
L'Allemagne respirait cependant et croyait avoir payé son tribut à la révolution religieuse , qui allait maintenant agiter le reste de TEurope. La réforme de Luther avait eu Charles-Quint à combattre et l'avait vaincu. Celle de Calvin aura Philippe II pour adversaire et remportera contre lui une victoire plus difficile et plus sanglante; .elle traînera Marie Stuart sur Téchafaud et renversera plus tard sa race du trône d* An gleterre. Mais, avant de raconter ces longues luîtes
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et leâ grande changements que la nécessité de combattre le protestantisme amena dans la discipline et dans le génie de TEglise romaine ^ suivons dans le nord de l'Europe les destinées de la réforme^ luthérienne, et voyons comment elle s'unit étroitement, en Suéde et en Danemark , au génie national et à Tamour de Vindépendance.
L^affranchissement de la Suède et sa conversion luthérienne furent une seule et même révolution accomplie par un seul homme. Elle était retombée sous la domination du Danemark , et Tunion de Calmar rétablie Tasservissait à Christian IL Ce ne pouvait être que pour un temps : Tœuvre du Danemark en Suède était terminée depuis le jour où ce pays, gagné au christianisme et à la civilisation , s^était senti capable de vivre libre et avait revendiqué sa liberté. Christian Il rendait cette dépendance stérile plus lourde encore par ses rigueurs contre la noblesse suédoise , décimée sur les échafauds» Une partie du clergé appuyait la tyrannie éti*angère ; une commission ecclésiastique avait prononcé d^odieuses condamnations. Un jeune descendant des anciens rois de la Suède, retenu en prison par Christian , fut le libérateur de sa patrie. Il parut parmi les mineurs de la Dalécardie , vécut quelque temps parmi eux , leur révéla , aux fêtes de Noël , sa naissance et ses desseins , et les entraîna contre les Danois. Cette race \igoureuse eut bientôt refoulé l'étranger et l'assiégea dans Stockholm. Cependant le Danemark était agité par les réformes de Christian , ({ui , protecteur zélé des paysans danois, comptait sur leur appui pour dompter sa no-
blesse et pour fonder le pouvoir absolu. Il échoua, fut déposé par Taristocratie danoise i et Gustave Wasa, entrant dans Stockolm, fut proclamé roi de Suède.
C'était Tavénement de la réforme. Le clergé suédois était vaincu avec Christian. Les prédications, favo* risées par Gustave , de deux luthériens , Olaûs et Laurent Pétri , avaient peu d'influence sur un peuple encor illettré. La sécularisation des biens ecclésiastiques fit davantage : en Suède , comme en Allemagne, ce fut Tarme la plus redoutable de la révolution religieuse. A Texemple de Gustave Wasa , les grandes familles réclamèrent les biens que leurs ancêtres avaient concédés à l'Eglise et la réduisirent ainsi à ses revenus; ses dîmes même et sa juridiction lui furent enlevées par Gustave , et en 1 544 les états généraux de Westeras le déclarèrent dispensateur des dignités ecclésiastiques et. possesseur des biens du clergé. Un an plus tard , au concile d'OErebro , furent arrêtés les dogmes et la liturgie de la religion nationale. C'était la réforme luthérienne qui prenait possession de la Suède. La hiérarchie épiscopale était maintenue , et on laissait au peuple suédois des cérémonies dont la pompe lui était chère et sans péril pour son indépendance religieuse. Dès lors, la destinée de la Suède fut irrévocablement fixée. Au dedans , la réforme devient le fondement de ses institutions , la règle de ses progrès , et surtout l'actif instrument de l'instruction po« pulaire ; au dehors , la réforme est la loi de sa politique , et son rôle est tout tracé dans les sanglantes querelles de l'Europe centrale.
La réforme monta sur le trône de Danemark avec