I . Voir PAppendice M
-iCO LIVnE QUATOBZI&UE.
arrachant aux Turcs la domination de la Méditerraoée, servi par les plus grands généraux du siècle, Philippe II joignait à tant de ressources l'art difficile de s'en bien servir, esécuiant avec une ardeur et un persévérance merveilleuses des desseins lentement codcus, ne reculant devant aucun moyen pour réussir, dégagé de tout scrupule, ne connaissant d'autre règle <de conduite que l'intérêt du catholicisme uni aux intérêts de son pouvoir, d'autre devoir que d'agrandir la domination de l'Église et sa propre autorité. Il a succombé pour avoir commencé â la fois plusieurs entreprises dont une seule eût sufE à remplir sa vie, épuisant ses forces en Espagne, aux Pays-Bas, en France et contre l'Angleterre, faisant écouler de toutes parts son or et le sang de ses sujets. Mais il ne pouvait échapper à cette nécessité de son r6le : il lui fallait s'étendre autant que son multiple adversaire, le combattre partout et toujours, se jeter en tous lieux audevant (lu courant qui avait déjà emporté tant de digues; et, en même temps, son propre royaume était rongé par le Qéau qu'il voulait imposer à l'Europe. L'exclusive ardeur des passions religieuses y étouffait tous ces autres mobiles de l'activité humaine qui font la richesse et la grandeur des États. Plus d'industrie : les trésors du nouveau monde ne font que passer par l'Espagne appauvrie, qui achète tout et qui n'a rien à vendre. D'immenses troupeaux, cette dernière richesse des contrées mal cultivées, la parcourent périodiquement et y rendent l'agriculture plus difficile encore. Et tandis que l'injuste expulsion des Maures, réduits à choisir eoti'e la conversion, la fuite, la mort
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OU l'esclavage, enlève à TEspagne les plus industrieux de ses habitants, elle est couverte de stériles monastères dont la porte est assiégée de mendiants; c'est sûr cette population décimée que Tétat ecclésiastique prélève encore un impôt de près d'un million d'hommes. La puissance de Philippe II, déjà surchargée par les immenses entreprises du dehors, repose donc, au dedans, sur une base fragile, et TEspagne, s' affaissant soudain sur elle-même, ne sera jamais tombée plus bas qu'après ce règne éclatant et funeste.
Le règne d'Elisabeth, au contraire, ne compte passeulement parmi les jours les plus glorieux de son pays, mais parmi les plus féconds pour sa prospérité intérieure et pour son influence future en Europe. La puissance presque absolue des Tudor, l'oubli apparent des vieilles libertés de l'Angleterre, l'obéissance des parlements, la hauteur impérieuse d'Elisabeth, ne doivent pas nous faire illusion sur l'état moral de la nation anglaise et sur la cause de cette surprenante docilité. Le despotisme d'Elisabeth n'était pas soutenu, comme celui de Philippe II, par la force des Brmes ou par une tradition servile ; Tenthousiasme populaire en était la seule base; la conscience d'un grand danger et d'un devoir difficile inclinait à une soumission dévouée les âmes les plus libres. C'était une sorte de dictature consentie. La force ne manquait pas pour s'en affranchir; mais qui eût voulu porter ce coup mortel à l'Angleterre et à la Réforme ? Des milices nationales, des contributions volontaires étaient les plus grandes ressources du gouvernement d'Elisabeth, et elles ne lui firentjamais défaut. Lorsqu'elle demandait au lord
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maire de Londres quinze vaisseaux et cinq mille hommes pour repousser l'invasion espagnole, la cité lui offrait spontanément dix mille hommes et trente vaisseaux. Cette toute-puissance de la royauté anglaise était si étroitement liée à la situation de l'Europe et à Tétat moral de la nation, que les successeurs d'Elisabeth seront châtiés moins pour avoir voulu agrandir son pouvoir que pour s'être obstinés à le conserver en dehors des circonstances qui Tavaient rendu supportable au peuple anglais. Ils tombèrent pour avoir fait hors de propos ce que le salut du pays avait demandé à Elisabeth. Les précédents qu'ils citeront pour autoliser leur despotisme seront exacts, et cependant sans valeur pour des temps nouveaux. Il leur manquera, de plus, cet art incomparable d'imposer et de plaire que possédait Elisabeth, et qui, ornant en elle le commandement absolu, ennoblissait l'obéissance. Nul ne saura comme elle s'arrêter à de justes bornes, céder à propos en paraissant commander encore, changer des plaintes prêtes à s'échapper en acclamations de reconnaissance, et mêler, dans l'habile exercice d'un pouvoir dangereux par sa grandeur même, un instinct féminin à une fermeté virile. Enfin, quel souverain vit son trône entouré de plus de gloires diverses et laissa un nom mieux accompagné de noms illustres? Les Cecil, les Raleigh, lesEssex soutenaient ce grand règne dans la politique et dans la guerre ; Bacon élevait en l'honneur de la raison humaine son impérissable monument ; Shakspearc mêlait au poétique éloge de sa souveraine ces créations imposantes qui devaient étonuer et ravir la postérité.
Ce fut en Ecosse que se rencontrèrent d*abor(l les influences rivales d^Elisabeth et de Philippe II. Le calvinisme y régnait sans partage, établi parla persévérance de Jean Knox et affermi par Tadhésion énergique de la féodalité écossaise. Un covenant avait resseiré Tunion des seigneurs pour la défense de la réforme, et Tappui d'Elisabeth les avait délivrés de la présence des troupes françaises, qui inquiétaient les réformateurs. Adopté, en 1560, pai' un vote solennel du parlement écossais» organisé par le Livre de la discipline, qui confiait le culte à de simples ministres élus par les fidèles, imposé par Téducation aux générations futures, le calvinisme presbytérien était maître du présent et de Tave* nir du pays. Il pouvait défier les plus habiles et les plus vigoureux adversaires ; il défit, en se jouant, les tentatives de Tinfortunée Marie Stuart, exposée, puis abandonnée par la France catholique et par le roi d'Espagne. Nièce des Guises, chefs du parti catholique en France, veuve à dix-huit ans de François II, qui avait laissé les Guises et sa femme sévir contre les protestants, Marie Stuart venait régner contre son gré dans ce pays sauvage dont la religion lui était odieuse, dont les mœurs sévères, endurcies par le calvinisme, effrayaient la jeune reine, élevée à la cour de France, et lui présageaient l'impopularité. Un cœur changeant, des passions vives, un caractère tour à tour faible et emporté, la rendaient peu propre au grand rôle que lui avait destiné le parti catholique de FEurope. Elle n'était pas faite pour relever le catholicisme en Ecosse, ni pour lui ouvrir TAngleterre, dont on lui faisait imprudemment revendiquer la couronne; la sienne était
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déjà trop pesante pour sa tête. Elle était femme avant tout, et, tandis qu'Elisabeth, jalouse de sa libeité, ne s'asservissait pas à Famour et fuyait le mariage, Marie Stuart se livrait sans réserve à son besoin d'obéir en aimant. Elle épouse le beau Darniey et bientôt s'en dégoûte ; elle aime Rizzio et le voit tuer sous ses yeux ; elle aime Botliwell et lui permet d'assassiner son mari; elle épouse, trois mois après le meurtre, cet hoaune grossier, et semble se plaire à sa brutale tyrannie. Mais l'Ecosse protestante était en armes ; Bothwell et Marie furent vaincus sans peine, et la cause catholique entraînée dans leur ruine. Elisabeth, dont la main avait entretenu l'agitation, nomma un tuteur au fils de Marie Stuart et devint la véritable reine d'Ecosse, tandis que Marie sortait de royaume en fugitive et se réfugiait imprudemment dans les Etats de sa rivale. Elle avait perdu TEcosse, qu'on espérait rendre par elle à l'Église romaine, et n'entrait dans cette Angleterre, qu'elle devait conquérir, que pour y trouver une prison et plus tard un échafaud. De ce côté, Philippe II et les Guises étaient définitivement vaincus.
YI. dicrrcfl de religion en Vranee, aux Pays-Bas. l.a e»'alnt-Bartliélcniy. — I<a ^ande ArmadA.
Ils devaient aussi être vaincus en France, mais après une lutte plus longue et plus terrible. C'est un spectacle instructif que de voir les réformés français, presque toujours vaincus sur les champs de bataille depuis le commencement des guerres de religion, obtenir, dans leurs traités, des conditions qu'on croirait imposées par la victoire. On peut trouver à cette
contradiction apparente plusieurs causes : la facilité avec laquelle les protestants réparaient leurs défaites, et Taffluence d'une vaillante jeunesse dans leurs armées; la prudence du gouvernement royal, qui désirait les vaincre sans jamais les accabler et qui craignait de se trouver seul en face des Guises; enfin l'opportune intervention du parti des politiques qui profitaient de la lassitude des deux partis pour leur conseiller la tolérance, et qui cherchaient, dans l'équitable rédaction des traités, la meilleure garantie de leur durée. C'est ainsi que la sagesse des uns et que l'intérêt des autres, atténuant les dangers de la lutte et les conséquences des batailles, conduisaient peu à peu la France vers la liberté de conscience et vers la paix. Mais au moment où l'on croit toucher ce terme, la foi populaire, sur laquelle ne peuvent agir ni les conseils de l'équité, ni les calculs de l'intérêt, rompt le plus souvent toutes les digues, et recule sans cesse le triomphe des politiques et le repos de la patrie.
Dès son entrée en France, la réforme avait été accueillie par la persécution. Celle de François P"* fut cruelle ; elle s'étendit sur une secte plus ancienne que la réforme et qui, renfermée dans d'étroites limites, ne menaçait en aucune façon l'unité relis^ieuse du royaume. Une population inoffensive, les Vaudois, groupée dans deux petites villes, Mérindol et Cabrières, et dans une trentaine de villages au pied des Alpes, avait conservé quelques opinions hérétiques du moyen âge et inclinait vers le calvinisme. Le parlement d'Aix, en 1640, sur l'ordre du roi, condamna ce peuple comme un seul homme ; le président d'Op-
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pède et TaYOcat général Goérin forent chargés de rexécodon suspendue pendant cinq ans. Trois mille personnes, surprises par Tin^asion inopinée de ces bonrreanx, farent forgées ou brûlées dans leurs maisons; six cent soixante furent réservées pour les ga*lèrcs; le reste mourut de faim dans les montagnes, et le pays incendié devint un désert.
Les Yaudois étaient anéantis ; mais les protestants de France, plus difficiles à vaincre, se multipliaient sous la persécution de Henri II et des Guises. En vain des arrêts sanglants contre les calvinistes et d*odieuses ré* compenses offertes à leurs délateurs menaçaient la religion nouvelle; die s^étendit au milieu des supplices; portant à deux mille le nombre de ses églises, gagnant le clergé lui-même et prenant place au parlement. Henri II vint en personne y écouter une discussion sur ses édits contre les réformés. L^honnêteté courageuse de Dufaur et d*Anne Dubourg ne fut pas intimidée par la présence du roi. Ils sVlevèrent contre ces persécutions si peu chrétiennes, et le second, opposant au crime imaginaire de protestantisme les crimes plus réels de parjure et de débauche, parut ainsi désigner hautement le triste souverain qui prétendait à rhonneur de défendre TEglise romaine. Dubourg fut arrêté et brûlé vif en place de Grève.
Sous François II, un coup de main faillit livrer le pouvoir aux réfoimés. Le prince de Condé, l'amiral Goligny et un grand nombre de gentilshommes protestants préparèrent renlcvement du roi, qu'on espérait surprendre à Ambpise. Mais Tentreprise fut prévenue et déjouée ; les protestants conjurés furent
égorgés isolément sur les chemins; quelques-uns, réservés pour une exéculion solennelle, furent décapités devant le roi et la cour. L*avénement de Charles IX et la sagesse de sa mère suspendirent un instant les vengeances.
Catherine de Médicis était une vivante image de cette politique italienne qui rendait alors la cour de France aussi immorale dans ses moyens de gouvernement que déréglée dans ses mœm*s. Mais sa passion pour le pouvoir, si vive quelle fût, ne la fit jamais sortir de cette modération, patiente et perfide à la fois, sur laquelle elle comptait presque aveuglément pour dénouer les situations les plus difficiles. Uniquenient préoccupée de conservei*ver à ses fils le gouvernement de la France, et à elle-même le gouvernement de ses fils, elle faillit quelquefois tout perdre par Texcès de son habileté. Elle n'échappait pas à cette faiblesse des adroits politiques qui les amène à trop compter sur les combinaisons profondes, sur les moyens détournés, sur les effets logiques du calcul et de la ruse, et qui leur fait oublier la perpétuelle mobilité des esprits , r aveuglement de la plupart des hommes sur leur intérêt, les emportements des peuples, en un mot, le grand rôle que jouent Tignorance et la passion dans les affaires humaines.
Elle redoutait surtout les Guîses, enflés pai leur récente victoire, et s'appuya contre eux sur le vénérable chancelier THôpital, qui, égaré en ce temps de guerre civile et de mutuelle intolérance, souffrait de tous les coups portés par les deux partis, soit à l'unité nationale, soit aux droits de la conscience. L'édit de
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Saint-Germain est l'efFort sincère et inutile de cet homme de bien pour assurer aux protestants la liberté de leur culte et pour leur interdire les assemblées politiques et les levées militaires. Telle était Tardeur des esprits, qu'il suffisait de ne plus incliner d'un côté pour être emporté de l'autre. Les États d'Orléans, et surtout ceux de Pontoise, avaient émis des vœux qui auraient fait passer la France de l'Eglise romaine au calvinisme, de la monarchie absolue à une monarchie tempérée par des Etats périodiques. Enfin une sorte de concile national, le colloque de Poissy, avait mis le catholicisme en question devant les évéques et devant le légat de la cour de Rome. Mais l'indignation de ces derniers rompit la conférence.
La guerre était déjà partout commencée, et le sang coulait dans toutes les villes où les deux cultes se trouvaient en présence. A Vassy, les gens du duc de Guise massacrèrent les protestants, qui chantaient leuis psaumes dans une grange. La guerre , s'étendant par toute la France , fut impitoyable ; la cruauté et la perfidie , qui semblaient naturelles aux hommes de ce siècle, rendirent plus sanglante encore l'exaltation inséparable des discordes civiles. Au-dessous de Montlue, qui rouait et pendait les protestants, et du baron des Adrets, qui forçait les prisonniers catholiques à se jeter du haut d'une tour sur la pointe des lances, combien de fanatiques suivaient leur exemple sans atteindre à leur célébrité !
Chaque parti appelle l'étranger sans scrupule. Les Guises recevaient les conseils et les secours du roi d'Espagne; les Anglais occupaient le Havre au nom
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des réformés. Rouen, emporté par les catholiques, fut pillé huit jours , pendant que les protestants atta quaient Paris , défendu par les Espagnols. Une bataille décisive fut livrée à Rennes; les protestants y furent vaincus et Catherine de Médicis voulut terminer la guerre psu^ des amnisties et des édits de tolérance. Mais les catholiques cédaient à Tentralnement de la victoire et à Fascendant du duc de Guise. Celui-ci vint assiéger Orléans, et l'eût prit, si un protestant, renouvelant les actes de fanatisme qui sauvaient jadis Israël, ne Teût tué par trahison dans son camp. Les deux partis ainsi affaiblis, Tun par une défaite et l'autre par un meurtre , laissèrent Catherine de Médicis conclure la paix à Amboise avec le prince de Condé. Le Havre fut tiré des mains des Anglais, et THôpital reprenant, pendant cette courte trêve, ses utiles réformes, améliora par Tordonnance de Moulins l'organisation de rÉglise de France et l'administration de la justice.
La fréquente violation de la paix d' Amboise, le revirement de Catherine de Médicis qui semblait s* unir à Philippe II pour la ruine du calvinisme , et surtout la force rendue aux deux partis par une année de repos , amenèrent une lutte nouvelle. La bataille indécise de Saint-Denis, Tarrivée dans l'armée protestante de secours venus de l'Allemagne , forcèrent les catholiques à laisser confirmer la paix d'Amboise par celle de Longjumeau. Mais l'état de la France et celui de TEurope , en ce moment soulevée par les passions religieuses , rendaient tout accommodement impossible. L'Hôpital dut céder au temps et se retirer
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du gouvernement. La ruse et la violence devinrent après lui les seules règles de la politique de la cour. La vigueur sanguinaire de Philippe II et du duc d^Âlbe excita Témulation de Catherine de Médicis et des chefs du parti catholique. On voulut frapper à la tête le parti protestant , surprendre Condé , Coliguy , Jeanne d'Albret. Le coup de main fut manqué , la guerre rallumée, et la Rochelle fut choisie par les réformés pour leur place forte, pendant qu'un édit de Catherine de Médicis exilait les ministres de la religion protestante et en interdisait l'exercice sous peine de mort.
La bataille de Jarnac sembla d*abord écraser les protestants. Le prince de Condé , blessé la veille et se jetant tout sanglant dans la mêlée, y trouva la mort, et la conduite du parti échut à Coligny, qui devait en illustrer les malheurs. Des secours lui arrivèrent de l'Allemagne ; Tarmée catholique , accrue par des Espagnols et des Italiens, surprit les protestants à Moncontour et les accabla. Mais l'armée de Coligny se reforma en quelques jours, battit les catholiques à Arnay-le-Duc et marcha sur Paris. On l'arrêta par la paix de Saint-Germain conclue le 15 août 1570. Un brusque changement semblait avoir jeté Catherine de Médicis et le jeune roi Charles IX dans le parti protestant. On lui accordait, outre le libre exercice du culte et l'égale admission à tous les emplois, quatre places fortes livrées à des garnisons protestantes , et la main de la sœur du roi pour le jeune Henri de Navarre. Vainqueur au dedans, le protestantisme allait, disaiton, diriger au dehors la politique de la France, et,
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pour achever partout rhumiliation de Philippe II, une armée française, commandée par Coligny, devait secourir contre lui les protestants des Pays-Bas.
Ces riches contrées, les plus industrieuses et les plus commerçantes de TEurope , étaient alors livrées en proie à Tinintelligente cruauté de Philippe II. Charles-Quint avait déjà tâché d*y exterminer le protestantisme y mais il avait habilement ménagé l'ambition politique des nobles et les intérêts matériels des populations. Les impôts de Philippe II , ses garnisons, ses évêchés dotés par le pays , son despotisme mis au sei'vice des décrets du concile de Trente , les injures qu'il fit souffrir à la noblesse et les fardeaux dont le peuple fut accablé, déterminèrent contre lui et contre sa sœur, Marguerite de ^^Parme, régente des Pays- Bas, le mécontentement unanime et énergiquement exprimé de toutes les classes de la nation. L'association des seigneurs qui avaient signé, en 1566, le compromis de Bréda pour la défense des libertés du pays, fut assez redoutable pour imposer à Marguerite de Parme le renvoi du cardinal Granvelle, exécuteur ti*op docile des desseins du roi d'Espagne; mais cette association ne fut pas assez forte pour contenir la fureur populaire, et le pillage des églises, la destruction des images rendirent toute transaction impossible entre Philippe II et ses sujets rebelles. Bien que la noblesse flamande se fût hautement séparée de ces désordres , le roi d'Espagne comptait l'en punir et haïssait en elle le goût de la liberté politique aussi bien que le penchant à Thérésie. Lorsque le duc d'Albe entra dans les Pays-Bas à la tête d'une puissante armée , les
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rebelles, déjà condamnés par Tinquisition , étaient voués à une mort certaine. Cent mille personnes abandonnèrent un pays qui allait être couvert d'échafauds; le prince d'Orange se retira pour organiser la résistance et devint le dernier espoir des opprimés. Un conseil des troubles, justement surnommé le conseil de sang, poursuivit et fit exécuter plus de dix-huit mille personnes; le peuple et la plus haute noblesse payèrent également tribut à la vengeance du roi d^Espagne. Le comte de Horn et le comte d'Egmont montèrent sur Téchafaud le 4 juin 1568. Mais Texcès de Toppression devait hâter le terme. La spoliation , par des amendes et par Timpôt, se joignit à tant de meurtres juridiques pour entretenir et pour accroître Texaspération populaire. Aussi lorsque deux cent cinquante gueux de mer^ comme on les appelait, repoussés des côtes d'Angleterre et jetés par la tempête à Tembouchure de la Meuse, eurent emporté la forteresse de la Brille, la Hollande se souleva tout entière et se pressa autour de ce berceau que la fortune avait à rimproviste offert à sa liberté.
Philippe II, qui ne pouvait souffrir le protestantisme à l'extrémité de ses Etats, pouvait encore moins tolérer rislamisme au cœur de son royaume. La capitulation de Grenade, qui avait assuré aux Maures la liberté de conscience, avait été plusieurs fois violée par les rois et par l'inquisition ; mais Philippe II en effaça jusqu'au souvenir : non content d'imposer aux Maures la foi catholique, il poursuvit jusque dans leurs usages, leurs costumes et leurs noms, les traces de la religion de leurs pères. Traités en ennemis, soumis à des lois
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d'exception, désarmés , les Maures se soulevèrent et combattirent avec un courage désespéré des troupes invincibles. Us furent en partie massacrés, en partie transportés dans la Castille, et, au-dessus de dix ans, tous, ceux qui survécurent devinrent esclaves. C est ainsi que, par un étrange contre-coup, les discordes de la chrétienté retombaient sur les anciens conquérants de FEspagne, et que la révolte des protestants faisait couler le sang des Maures.
Mais la France allait être à son tour, comme les Pays-Bas, inondée du sang des réformés. La réaction catholique prit en ce pays une forme plus odieuse que partout ailleurs : celle d*une trahison et d'un massacre. La paix de Saint-Germain était trop avantageuse aux protestants vaincus pour qu'on ne Teût pas soupçonnée , après l'événement , d'être un piège. Bien ne prouve cependant que le retour du gouvernement à la politique protestante n'ait pas élé sincère. Mais la crainte des Guises, qui avait déterminé ce changement, fit place à des craintes nouvelles. Catherine de Médicis fut effrayée de l'ascendant que prenait Coligny sur l'âme bizarre et changeante de Charles IX. Elle fut inquiétée plus encore et avec raison de l'attitude menaçante de la population parisienne, de l'impopularité de l'aristocratie protestante , accourue de toutes parts à Paris pour les fêtes du mariage du roi de Navarre avec la sœur du roi de France. Catherine résolut aussitôt de se mettre à la tête d'un mouvement qui paraissait inévitable, et de sauver la couronne de son fils par les passions qui semblaient devoir la perdre. L'espoir de faire disparaître
dans la lutte les chefs du parti catholique aussi bien que ceux du parti protestant la confirma dans un projet où elle voyait la délivrance du trône et la pacification de la France. Elle n'eut pas de peine à faire entrer le jeune roi dans ses vues et à tourner contre les protestants cette fureur maladive qui faisait de lui Faveugle et redoutable instrument de la politique de sa mère. Le 22 août 1572, Coligny, sortant du Louvre, fut blessé à la main par un assassin aux gages du duc de Guise, et dans la nuit du 24 août, le massacre général des protestants commença. C'était le jour de la Saint-Bartliélemy.
Si le souvenir de cette journée ne peut s'effacer de la mémoire des hommes , c'est que jamais un crime public na été aussi solennellement préparé, aussi cruellement accompli, aussi imprudemment justifié. Ce conseil des chefs de l'État organisant dans la cité l'assassinat et le pillage, ce jeune roi rassurant, par des embrassements hypocrites, ceux qu'il a désignés pour le meurtre , ce peuple ivre de sang , cette cour qui va en grande pompe voir à Montfaucon ce qui reste du corps de Coligny ; le massacre ranimé à Paris par un prétendu miracle, propagé dans toute la France par les ordres exprès du roi, officiellement applaudi par le roi d'Espagne et par la cour de Rome; ce mélange repoussant de ferveur religieuse et de rage sanguinaire , de crédulité ridicule et d'impitoyable politique, tout contribue à donner à la Saint-Barthélémy la première place parmi les événements à la fois les plus déplorables et les plus instructifs qu'ait causés en Europe la lutte du protestantisme et del'Église romaine.
En France , en Espngne, dans la Méditerranée , où la flotte turque venait d^étre anéantie à la bataille de Lépante par les flottes combinées de Venise et de l'Espagne, la cause catholique semblait avoir triomphé. Mais aux Pays-Bas, la pacification de Gand unit, le 8 novembre 1576, contre le roi d'Espagne les provinces Wallones aux provinces Bataves , malgré l'opposition de leur caractère , de leur religion et de leurs intérêts; pourtant cette union était précaire et ne devait pas tenir contre riiabileté politique de don Juan, et contre les armes presque toujours heureuses de Farnèse. Les Wallons catholiques devaient retomber sous le joug de l'Espagne ; tandis que réunies en faisceaux par l'union d'Utrecht, défendues par une population opiniâtre, et soutenues par la foi religieuse, les provinces Bataves étaient assurées de leur indépendance. Elles ne laissèrent pas succomber les provinces Wallones sans essayer de les défendre. On voulut intéresser à leur salut les plus puissants Etats de l'Europe. Un habile négociateur qui était en même temps un héros, espéra faire du duc d'Anjou le chef d'un Etat libre et l'introduisit dans Anvers après un serment prêté à la constitution de sa nouvelle patrie. Mais le prince français s'estimait déshonoré pour n'être pas roi absolu. Une niiit il tenta contre la liberté des villes Wallones une sorte de Saint-Barthélémy. Il échoua et rentra en France couvert de honte ; l'Espagne profita de son crime. Les progrès de Farnèse lui permirent bientôt d'assiéger cette place d'Anvers que Guillaume d'Orange avait confiée à un autre luimême , à Fauteur de la Ruche romaine et du WilheU
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mus-Lied, à l'héroïque Marnix de Saïnte-Aldegonde. Anvers succomba après une défense admirable, et la Belgique fut entraînée par sa chute dans cette servitude dont la Hollande, à jamais libre, l'avait un instant tirée. Celle-ci venait de perdre le premier de ses grands hommes. Dès le commencement du stége d'Anvers, le 10 juillet i584, le gouvernement espagnol était eniin parvenu à faire assassiner Guillaume d'Orange par la matn de Gérard Balthazar,
Ces sanglantes perfidies semblaient introduites, par la fureur des passions religieuses, dans le droit public des nations. La France et l'Angleterre allaient en offrir d'aussi grands exemples.La Saint-Barthélémy avait été le signal de la guerre civile. Le parti calviniste reprit les armes et arracha au gouvernement de nouveaux . traités. Chartes IX était mort, l'imagination frappée de son crime. Henri III, plus occupé de ses plaisiis que de la lutte des deux religions, secondait plutôt les pacifiques desseins du parti politique que la haine impérieuse et pressante des catholiques et de leurs chefs. L'inutilité du massacre avait indigné plutôt qu'instruit ceux qui avaient eu recours à cet aiTreux remède. Les continuelles variations du gouvernement, l'inconstance égoïste de sa politique leur apprirent à ne plus compter que sur eux-mêmes. De cette légitime défiance, des intrigues du roi d'Espagne et de la cour de Rome, de l'ambition des Guises, de la foi exaltée du peuple sortit la Ligue, bizarre et redoutable assemblage de passions diverses et d'intérêts opposés.
L'objet principal et avoué de cette Ligue était le maintien et la dcfeuse de la religion catholique. La
guerre était déclarée par elle, sans acception de personne, aux ennemis de TËglise romaine, et Tobéissance promise, sans restriction, au chef que la Ligue se serait donné. Cette place, Henri III voulut la prendre, moins pour la remplir que pour en écarter ses adversaires. Mais Henri de Guise fut le véritable chef de la Ligue, et, à vrai dire, elle ne vit dans le roi qu'un ennemi déguisé. Accrue par les efforts du clergé et du roi d'Espagne, en majorité aux Etats de Blois, elle réduisait le roi aux dernières extrémités, lui ordonnant de déclarer la guerre aux protestants et lui refusant des subsides. La mort du frère du roi, héritier de la couronne, donna tout à coup au fanatisme de la Ligue et à Farabition des Guises un objet déterminé. Pouvait-on laisser arriver au trône, en vertu de l'hérédité, le chef du parti protestant, cet Henri de Navarre, dont la mère avait, disait-on, été empoisonnée par Catherine de Médicis, qui était devenu la veille de ia Saint-Barthélémy le beau-frère de Charles IX, qui dans la nuit du 24 août avait eu à choisir entre la mort et l'abjuration; qui, maître maintenant d'une armée et d'un grand parti, venait à Coutras de battre les catholiques et d'affecter une clémence royale envers les vaincus? Entre un changement de dynastie et un changement de religion le peuple ne devait pas hésiter et Henri de Guise était déjà désigné aux catholiques comme le successeur des Valois.
Les efforts de Henri III pour ressaisir le pouvoir faillirent le faire passer sans retour aux mains de son rival. L'entrée de Paris pourtant était interdite au duc de Guise; il y entre aux acclamations de tout le pue-
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pie et \ient brayer le roi au Louvre. La garde suisse essaye en vain de contenir cette population turbulente, cl son petit nombre se perd au milieu du soulcveoient de la grande cité. Les barricades s'élèvent de toutes parts; le Louvre est assiégé; le roi s'en échappe avec peine et, confirmant aussitôt la victoire du duc de Guise afin d'en marquer la limite, il le nomme généralissime des armées du royaume. Les Etats généraux, convoqués à Blois, en 1588, virent en présence le sujet et le souverain dont les rôles étaient intervertis et augmentèrent encore pour Henri III Thumiliation de sa défaite. Mais tout changea de face en un seul jour. Le roi, poussé à bout par la terreur et la colère, fit assassiner son rival; et, malgré la nouvelle force que ce crime, promptement puni, sembla un instant donner à la Ligue , un coup terrible venait d'être porté à la cause de l'Eglise romaine et du roi d'Espagne.
Cette cause^ qui venait de perdre en Fronce son principal défenseur avait reçu au dehors une double blessure. La mort de Marie S tu art l'avait ruinée eu Angleterre; la défaite de la grande Armada l'avait atteinte plus profondément encore. La reine d'Ecosse, détrônée et captive, avait trouvé dans ses malheurs mêmes de nouvelles armes contre la reine d'Angleterre et contre le protestantisme. Les longues souffrances de Marie Stuart, la solitude, l'idée toujours présente d'une mort inévitable, avaient élevé son cœur et épuré sa pensée. Elle avait compris et accepte, non sans noblesse, ce nouveau rôle et cette attente prolongée du martyre. Toujours belle et touchante, recevant du malheur et de la résignation des grâces
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nouvelles, elle exerçait sur tous les catholiques cV Angleterre une sorte de fascination à laquelle échappaient à peine ses ennemis et ses gardiens. Plus d^une conspiration se forma, inspirée par T amour et par la piété; la vie d'Elisabeth fut plus que jamais menacée. Mais cette vie précieuse semblait à toute TAngleterre protestante étroitement liée au salut de la nation. I^es menées du roi d'Espagne, le dévouement des catholiques anglais à TEglise romaine, les doctrines jésuitiques, qui rendaient incertaine la vie de tous les souverains protestants, les complots découverts des William Allen et des Persons, les tentatives meurtrières de Babington et de ses complices jetaient dans les âmes une terreur qui se changea facilement en colère. La mort de Marie Stuart fut résolue. Son jugement par une commission ne fut qu'une vaine formalité, destinée à couvrir un acte de guerre religieuse. Elle fut condamnée à mort et la sentence, confirmée par le parlement, fut exécutée après un long délai, le 18 février 1587. Une dignité courageuse, une douceur chrétienne ennoblirent les derniers moments de Marie Stuart et purifièrent sa mémoire. Avec elle disparurent les complots et les espérances des catholiques anglais.
Mais cette mort ranima dans TEurope catholique la haine de l'Angleterre, et Philippe II se chargea de la venger. Un immense armement épuisa les trésors de FEspagne et menaça, un an après la mort de Marie Stuart, r existence même de F Angleterre. Cent trentecinq vaissaux sortirent du Tage, portant huit mille matelots et dix-neuf mille soldats. Une flotte de transport
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s'orgaaisait eu Flandre et trente-deux mille hommes, embarqués avec le prince de Parme, y attendaient l'armement qui devait proléger leur passage. L'Angleterre fut saisie à la fois d'épouvante et de fureur. On s'enrôla de toutes parts ; la nation oifrit à la reine tout sonoret tout son sang; l'Europe attendait avec anxiété l'issue de cette lutte désespérée. Mais le sol anglais était presque inaccessible à un ennemi et déjà s'était formée, par de longues croisières et par d'heureuses expéditions contre les colonies espagnoles, cette puissante marine qui devint dès lors le rempart mobile et indes* tructible de l'Angleterre. Les amiraux, qui avaient désolé les côtes du Chili et du Pérou, ne pouvaient laisser découvertes celles de leur patrie; les hardis corsaires, qui avalent tant de fois poursuivi les galions espagnols, chargés de l'or américain, ne devaient pas laisser atteindre l'AngleteiTe par des vaisseaux chargés de soldats. Le vent et les flots furent du parti d'Elisabeth; ils aidèrent les brûlots anglais à troubler cette grande flotte et à la disperser jusque sur les côtes de l'Ecosse etdel'Irlande.Lesportsd'Espagne, qui avaient envoyé Viiivincilile Armada, n'en revirent que les débris. Bientôt niême, l'entrée du Tage était forcée et Cadix saccage par les ûottes enhardies de l'Angleterre.
vu. u> liicue et Denrt av. — I.'édH de Hantes.
(IMS'IRDS.)
La lutte dee deux religions était de ce côté terminée à l'avantage de la réforme. La France où, après tant
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de guerres et de crimes inutiles, les forces des deux partis se balançaient encore, ne pouvait être pacifiée que par une transaction ; mais le parti des politiques et le roi de Navarre, qui en devint le représentant, ne pouvaient triompher que par Tépuisement de la nation. Cette bienfaisante lassitude qui devait rendre à rintelligence et à la justice le gouvernement du pays, nul ne la ressentait encore. La mort du duc de Guise avait enflammé tous les esprits, et, bien qu^affaiblie par cette perte inséparable, la Ligue semblait maîtresse de la France : Paris en était le siège, et Texaltatioa i-eligieuse du peuple le préparait à tout souffrir pour la cause de TËglise romaine. L'alliance du roi de Na-^ ▼arre avec Henri III unissait l'autorité royale au parti protestant, et la rendait ainsi odieuse à la nation. Lorsque les deux rois campèrent avec quarante mille hommes sous les murs de Paris, la royauté fut poursuivie du même anathème que le protestantisme.
Cette situation politique qui jetait la Ligue et l'Église dans une sorte d'opposition démocratique contre le pouvoir royal, devint plus claire et plus influente encore, lorsque la mort de Henri III, assassiné par un moine, le 31 juillet 1589, fit du roi de Navarre l'héritier légitime du trône. En même temps que l'image de Jacques Clément était offerte dans les églises à l'adoration des fidèles, on proclamait hautement le droit qu'avait la nation de repousser un roi hérétique et de se choisir un souverain dont la religion fût conforme à celle de la majorité de ses sujets. L'impérieuse nécessité de sauver en France la cause catholique fit violence au génie monarchique de l'Église romaine, et
lui ùt adopter et propager alors, sur la souveraineté populaire et sur les rapports des peuples avec leurs rois, des doctrines directement contraires à celles qu elle proclama si hautement un siècle plus tard, et desquelles elle ne s^est plus départie. On vit alors le plus bizarre mélange d'idées thcocratiques et de théories révolutionnaires qui eût jamais confondu la raison humaine : exemple curieux et salutaire de ce que devient la logique lorsqu'on l'appelle au service des passions et qu'il lui faut justifier des actions contradictoires. Le droit des souverains, invoqué en Espagne, en Autriche, dans les Pays-Bas, contre Thérésie des peuples fait place en France au droit des peuples, invoqué contré l'hérésie du souverain. L^obéissance est ordonnée d'un coté, la révolte de l'autre, avec une diversité de tactique, que l'état de guerre où se trouvait l'Europe explique sans l'excuser.
Mais ime réunion de circonstances favorables à la pacification de la France rendit ce suprême effort inutile. La Ligue n'avait pas de chef; Mayenne, ipii combattait en son nom, n'y était pas populaire; il Ténervait en voulant la contenir et la passion lui manquait aussi bien que le génie. L'intervention de l'Espagne, sa direction et ses secours compromirent la Ligue aux yeux d'un grand nombre d'hommes qui, las des querelles religieuses, s'apercevaient enfin de l'abaissement de leur patrie. L'Europe catholique ellemême, effi-ayée de l'ambition et des entreprises renouvelées de l'Espagne, souhaitait la victoire du roi de Navarre, et le pape devait voir sans trop de déplaisir l'échec de son impérieux défenseur. Enfin l'héritier de
Henri III était un homme supérieur, en qui le bon sens et la vivacité de Tesprlt allaient jusqu'au génie, qui loin d^exciter, comme les derniers des Valois, la haine et le mépris, rendait en lui tout aimable, jusqu'à ses vices, savait choisir et s'attacher les hommes, couvrait d'une bonhomie populaire une incomparable finesse, et montrait dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles un amour véritable de la France, un désir sincère de lui rendre avec la paix son rang parmi les nations.
Il lui fallut d'abord opérer, dans son camp même, celte union qu'il apportait à la France. Henri lY promit aux catholiques le maintien de la religion de rÉtat, aux protestants la liberté de leur culte. Abandonné des sectateurs fervents des deux partis, forcé de lever le siège de Paris, il suppléa au nombre des troupes par le courage, par l'activité qu'il inspirait aux siens. Resserré en Normandie entre l'armée de la Ligue et la mer, il tient en échec, près d'Arqués, ses adversaires dix fois plus nombreux. L'année suivante, il les bat à Ivry et vient bloquer Paris, dont aucune armée ne l'écartait. Cette grande population, irritée par ses revers, excitée chaque jour par des cérémonies religieuses, par des prédications ardentes, par la présence d'un légat du saint-siége, se défendit avec un acharnement qui, au milieu d'une affreuse famine, devint bientôt de l'héroïsme. Enfin le prince de Parme et les Espagnols, venus des Pays-Bas, forcèrent Henri IV de lever le siège pendant que Paris recevait des vivres ; mais la division était entrée dans la capitale et y préparait la paix. La fraction la plus énergique de la
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ligue fut réprimée par Mayenne, qui devint à la fois odieux au peuple et suspect au roi d'Espagne : celui-ci forcé de se prononcer aux Etats généraux, convoqués à Paris, demanda enfin la couronne de France pour sa fille Isabelle. La nation, effrayée de cet abaissement dont elle n'avait pas encore eu conscience, se tourna dès lors du côté de Henri lY, qui leva tout obstacle à son avènement au trône, en se faisant catholique. ?aris lui fut aussitôt ouvert ; les chefs de la Ligue se rendirent Tuu après l'autre à celui que l'absolution du pape avait couronné. Trois ans plus tard le roi d'Espagne, ruiné par de si longs sacrifices, hors d'état de troubler plus longtemps la France, et vaincu dans la courte guerre qui suivit l'avènement du roi converti, signa la paix de Yervins le 2 mai 1598.
L'édit de Nantes, publié la même année, donna en même temps à la paix intérieure de la France un fondement solide, en assurant à la religion catholique sa suprématie officielle, à la religion protestante sa liberté nécessaire. L'égale admission des protestants et des catholiques à toutes les charges, la possession garantie de plusieurs places de sûreté, le Ubre exercice du culte dans les châteaux et dans un certain nombre de villes, l'établissement d'une chambre protestante au parlement de Paris et de chambres mi-parties à Castres, Bordeaux et Grenoble, le droit de se réunir par députés pour traiter avec le gouvernement des intérêts de la religion protestante, furent autant de mesures sages et conciliatrices que les esprits éclairés avaient entrevues dès le commencement de la lutte comme les garanties de la paix, mais que l'épuisement
d^une longue guerre pouvait seul rendre acceptables aux deux partis. Et cependant l'amour de la paix n'était pas si universel qu'il ne se trouvât des deux côtés des âmes ardentes pour accuser Henri IV, tantôt d'avoir trahi les protestants, tantôt de leur avoir livré la France. Il était en même temps exposé au poignard des Châtel et aux éloquentes invectives d'Agrippa d'Aubigné. Mais la grande majorité des Français aimait avec reconnaissance un chef sous lequel on commençait à goûter des biens depuis si longtemps perdus. On se rejetait avec ardeur dans les travaux de la paix ; on pouvait prévoir la venue de celte prospérité rapide qui, chez les nations jeunes et vigoureuses, suit presque toujours, à peu d'intervalles, les grandes calamités ; et le nom du roi et celui de son ministre Sully devaient rester glorieusement attachés à cette renaissance de la patrie.
On verra plus tard ce qu'ils firent pour la France, dont la grandeur va bientôt inquiéter l'Europe ; mais il faut suivre d'abord en Allemagne et en Angleterre le cours de cette longue lutte religieuse qui, en France, vient de se terminer par une transaction. Si le protestantisme n'y est pas devenu la religion de l'Etat, la politique étrangère y est du moins devenue exclusivement protestante. La destruction de la puissance espagnole, l'abaissement de la maison d'Autriche, ne peuvent s'accomplir que par l'union de la France et de tous les protestants de l'Europe. Henri lY avait adopté cette politique ; sa mort inattendue n'en changea point la direction , le grand homme qui hérita de son pouvoir et de ses desseins était un prêtre, et cependant
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nous le verrons appuyer en Europe la cause protestante, identique alors aux intérêts de la France.
C'est que l'Europe est déjà bien loin de la ferveur religieustC qui faisait oublier à tous, pendant la première époque de la lutte, la grandeur et même le salut de leur pays. La rivalité des nations succède par degrés à celle des Eglises, et l'intérêt politique produit des alliances qu'eût naguère rendues impossibles Tantipathie religieuse. Les deux grands événements qui terminent cette période, la guerre de Trente ans et la révolution d'Angleterre, sont déjà des luttes politiques où la passion religieuse devient tantôt un prétexte, tantôt un puissant auxiliaire, sans jamais jouer le rôle principal, sans pouvoir rendre raison du cours des choses. La destruction du pouvoir impérial et rabaissement de l'Autriche par les mains de la France sont, en Allemagne, les résultats de la guerre; en Angleterre, l'établissement définitif du régime constitutionnel et de la prépondérance de la Chambre des communes dans le gouvernement du pays est le véritable but de la révolution et en sera le prix. Néanmoins, ces deux événements, antérieurs aux traités de Westphalie et encore empreints d'exaltation religieuse, doivent être regardés comme les derniers ébranlements que communique à l'Europe rétablissement de la réforme.
VIII* Oucrrc de Trente ans. — Paix de iveatphalle.
(IOi8-fG48.)
Nous avons vu comment l'Église romaine résolut de reconquérir l'Europe centrale au catholicisme. En
France, elle avait dû s'appuyer sur un peuple révolté, en Angleterre, sur une minorité factieuse. En France, elle avait dû terminer par une transaction une lutte inégale; en Angleterre, elle semblait entièrement, et à jamais vaincue; mais elle disposait, en Allemagne, d'une force puissante et régulière, et pouvait y espérer la victoire. Le dévouement de la maison d'Autriche, et par celle-ci toutes les ressources du pouvoir impérial appartenaient sans retour à TEglise. Elèves dociles des jésuites, les successeurs de Charles-Quint favorisaient les efforts de cet ordre infatigable qui, reprenant peu à peu, dans la Styrie, dans la Bavière et dans la Bohême, les conquêtes de la réforme, la menaçait dans toute FAllemagne. Déjà, enhardis par Fappui de l'Espagne et de l'Empire, ils avaient expulsé de son siège l'archevêque de Cologne, qui devenu calviniste, prétendait conserver son évêché malgré la clause du réservât ecclésiastique. Us avaient chassé les protestants d'Aix-la-Chapelle, enlevé à Donawertli son titre de ville libre et impériale, obtenu la mise sous le séquestre de la succession de Clèves et de Juliers, à laquelle prétendaient des princes protestants. Le roi de France allait envahir ce pays et donner à la cause protestante une supériorité décisive : un fanatique l'assassina •
Privés de ce puissant secours, qui eût sans doule terminé la lutte à son origine, les protestants de l'Allemagne n'en étaient pas moins en état de défendre contre les armes de l'Autriche et contre l'habileté de la cour de Rome l'ordre politique sorti de la réforme. Cet ordre reposait, en effet, sur un fondement inc-
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braniable, sur la grande révolution territoriale qu'avait accomplie en Allemagne la sécularisation des biens ecclésiastiques. Etroitement unie aux in' éréts nouveaux qui en étaient sortis, la réforme pouvait défier ses ennemis. Une spoliation générale eût été pour les princes protestants la conséquence certaine 4'une défaite définitive; ils avaient à défendre dans la réforme et leur religion et l'unique garantie de leurs biens. Ennemis de l'Espagne et de la maison d'Autriche, ils pouvaient compter tôt ou tard sur Tappui de la France, qu'eût affaiblie et menacée leur défaite. Enfin, dans ce grand débat où l'existence de la réforme était remise en doute, les protestants de l'Allemagne avaient le droit d'espérer l'appui de leurs frères du nord. Ceux-ci avaient reçu la réforme luthérienne du centre de l'Europe et ne pouvaient la laisser étouffer dans son berceau. Aussi, malgré les vicissitudes d'une longue guerre et malgré ses défaites, la réforme sera sauvée en Allemagne, comme elle le fut en France, parce que ses ressources se renouvellent comme ses alliés se succèdent, et que, toujours vaincue, elle reparaît toujours sur le champ de bataille.
L'histoire de la guerre de Trente ans n'est autre chose que le tableau de la succession de ces alliés, qui viennent tour à tour soutenir la réforme allemande contre les victoires renouvelées mais inutiles de l'Autriche et de l'Eglise romaine. L'empereur Mathias vît commencer la lutte par le soulèvement des protestants de la Bohême; mais ce fut son fils adoptif, Ferdinand II, qui devait y jouer le plus grand rôle. Avant d'arriver à Fempire, Ferdinand était le plus actif des
chefs de la lîgne catholique qui s'était formée contre runion des princes protestants. Détruisant les temples, brûlant les bibles, il était prêt à risquer sa couronne et sa vie pour anéantir en Allemagne le protestantisme. Son premier advei^saire fut l'électeur palatin Frédéric, choisi pour chef par la Bohême révoltée. Prince médiocre, calviniste et, à ce titre, abandonné par les princes luthériens, Frédéric fut vaincu, chassé de la Bohême et dépouillé du Palatinat, qui fut laissé en partie aux troupes espagnoles et en partie au catholique Maximilien de Bavière. Les luthériens, qui avaient abandonné Frédéric, sentirent bientôt qu'ils s'étaient trahis eux-mêmes : les exils, les spoliations désolèrent la Bohême et effrayèrent TAUemagne protestante. On comprit enfin Timportance de la lutte qui s'était engagée, par Tusage que TAutriche faisait de sa victoire.
Le Nord commençait à s'émouvoir. Le roi de Danemark, Christian lY , descendit en Allemagne au secours des réformés. Contre ce nouvel ennemi, Ferdinand chercha de nouveaux défenseurs. C'était, jusqu'alors, au nom de la ligue catholique et avec l'armée de cette ligue qu'il avait combattu les protestants. L'influence de la Bavière, de Maximilien et de son général Tilly, dominait la ligue, et Ferdinand, qui voulait assurer en même temps en Allemagne la victoire du catholicisme et la domination de sa maison, voulut avoir une armée qui ne relevât que de lui seul. Alors parut le plus grand des aventuriers de ce siècle, le comte de Waldstein, esprit audacieux et bizarre, plein d'une étrange confiance dans sa fortune, doué de toutes les^
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qualités militaires, mais comptant plus encore sur son heureuse étoile, aimant la guerre pour la guerre et adoré des soldats, redoutable à son maître, mais trahi sans cesse par la superstitieuse naÎTeté de son ambition. Waldsteio a bientôt autour de lui une grande armée; il bat Christian IV à Lutter, menace Stralsund et arrache au Danemark une paix humiliante qui livre à l'empereur les protestants de FAlIemagne.
Aussitôt la réforme est frappée au cœur par Tédit de restitution du 6 mars 1629. Tous les biens sécularisés depuis la convention de Passau devaient être enlevés aux protestants. Uempereur livrait ces biens aux jésuites, à ses favoris, à sa famille. L'indépendance féodale de T Allemagne était menacée aussi bien que la réforme. Dans les mains de Ferdinand , le parti impérial tendait à devenir une autorité monarchique et absolue , comme celle des rois d' Espagne et de France. C'était attaquer le génie même de l'Allemagne, c'était ajouter à l'entreprise déjà si difficile, de la ramener à une seule religion, la tentative chimérique de la soumettre à un seul gouvernement. De telles fautes ne pouvaient rester impunies en face du plus grand politique de ce siècle, de l'homme de génie qui préparait alors la France à dominer l'Europe, et qui avait une conscience si claire de ses intérêts et de sa destinée. Richelieu n'eut pas de peine à éloigner Waldstein en excitant contre lui les soupçons de l'empereur, et, lorsque avec ce brillant aventurier privé du commandement eut disparu la meilleure partie de l'armée impériale, le roi de Suède, Gustave- Adolphe , poussépar la main de Richelieu, fondit sur l'Allemagne.
Le premier élan de cet héroïque jeune homme et de sa petfte armée fut irrésistible. Une conBance religieuse, une discipline admirable la rendaient bien supérieure aux bandes de Tilly, plus redoutées des populations que de Fennemi. Gustave délivre complètement le nord de TAUemagne, bat Tilly à Leipsick, le tue au passage du Lech, et réduit Tempère ur à implorer le retour de Waldstein . L'extrême péril fait subir à Ferdinand les humiliantes conditions de son ancien général. A peine Waldstein a-t-il reparu dans son camp, qu^une grande armée l'entoure ; il vient camper en face de Gustave-Adolphe, et lui livre une sanglante bataille à Lutzen, le 16 novembre 1632. Le jeune roi tomba mortellement frappé au commencement de l'action, laissant aux siens la victoire. La guerre languit alors, et Waldstein, immobile , semblait en abandonner la poursuite pour de plus grands desseins. Agissant déjà en maître, ne cachant pas une ambition dont il croyait le succès inévitable, il paya de sa vie cette aveugle foi dans sa fortune. Ferdinand le fit assassiner. T^a guerre fut aussitôt reprise avec une nouvelle vigueur contre les Suédois et contre leurs alliés de l'Allemagne. La victoire de Nordlingue désarma la Saxe et laissa la Suède seule contre l'empereur. La cause protestante semblait pour la troisième fois perdue; mais trop d'intérêts nombreux et importants étaient enveloppés dans sa défaite pour que cette défaite fût irréparable. La France, qui soutenait depuis longtemps cette cause par ses intrigues, vint enfin la relever par ses armes. Richelieu accomplit le dernier dessein de Henri IV.
L'activité de ce grand ministre n'était plus détour-
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née par les troubles de la France du soin de ses intérêts en Europe. Les protestants, vaincus au siïge de la Rochelle, ne formaient plus un Etat dans TEtat, et, Tœuvre de Fédit de Nantes ainsi complétée, ils jouissaient encore d^une liberté religieuse qui ne menaçait en rien Tunité de la France. Les grands, abaissés par la main du cardinal cédaient de plus en plus au prestige de la majesté royale, et le désir de la faveur du roi remplaçait par degrés le goût de Tindépendance. C'est ainsi que la royauté, avilie sous les Valois, populaire avec Henri IV, recevait de Richelieu un caractère nouveau de grandeur et d'autorité, et se préparait à devenir, avec Louis XIV, une sorte d'émanation de la puissance divine. Sa tâche intérieure accomplie, Richelieu voulut jouer un rôle actif dans les débats de l'Allemagne, sauver les intérêts protestants, qui étaient en même temps ceux de la France, et sa. mort n'empêcha pas ses desseins de s'accomplir.
Pendant que Bernard de Weimar, soutenu par les subsides de la France, soumettait pour elle l'Alsace, la marine hollandaise détruisait, à la bataille des Dunes, la marine espagnole; en Itahe, les victoires de Casai et de Turin, dans l'Artois, la prise d'Arras, attestaient la vigueur nouvelle des armées françaises, qui allaient anéantir les vieilles troupes de l'Espagne et hériter de leur prestige. Cette monarchie espagnole, naguère si menaçante pour la liberté de l'Europe, paraissait s'écrouler de toutes parts. Le Portugal lui était enlevé, et la famille de Bragance y fondait une dynastie. La Catalogne soulevée appelait les Français, qui s'emparaient de Perpignan et du Roùssillon , et
qui devaient garder leurs conquêtes. Du côté de F Allemagne, rimpétuositc française s'était personnifiée en un jeune héros qui, à vingt-trois ans, détruisit à Rocroi Télite de Tinfanterie espagnole. Cette terrible bataille n'était que le premier pas du grand Condë. Les négociations trop lentes qui, depuis plusieurs années, préparaient les traités de Westphalie, furent précipitées par ses victoires. L'armée bavaroise, battue dans ses retranchements à Fribourg par une heureuse audace, est accablée à Nordlingue et laisse son général sur le champ de bataille. Un dernier coup est frappé sur TEspagne dans les plaines de Lens, et les traités de Westphalie sont signés. Ainsi s'annonçait à l'Europe, par l'audace des entreprises, par la rapidité des succès, par la juvénile ardeur des troupes et de leurs chefs, cette supériorité de la France qui, succédant à celle de l'Espagne, doit exciter à son tour la jalousie de l'Europe et y succomber.
La paix de Westphalie est le terme et le résultat du grand mouvement que la réforme a imprimé à l'Europe. Les changements qu'elle a produits dans l'état des peuples sont consacrés par les traités d'Osnabruck' et de Munster. La réforme a arraché les Provinces- Unies à la domination espagnole, et leur indépendance est reconnue, ime nouvelle nation est fondée. La réforme a appelé la Suède dans les débats religieux de l'Europe centrale, et lui fait une place en Allemagne, en lui donnant, avec une partie de la Poméranie et les évêclîés de Brème et de Verden, trois voix aux diètes de l'empire. La Suisse, qui de Genève a envoyé le calvinisme en Ecosse, en France et aux Pays-Bas, voit son
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indépendance de fait reconnue en droit. La France, qui a sauvé en Allemagne la cause protestante , reçoit TAlsace , les Troîs-Evêchés , Philipsbourg, Pignerol, et sort si puissante de la lutte, qu'elle paraît menacer à son tour l'équilibre européen. L^électeur de Brandebourg, la Saxe, le Mecklembourg, Hesse-Gassel sont agrandis, comme la Suède et comme la France, au prix de nouvelles sécularisations. Le Palatinat, perdu par Frédéric V, après la première période de la guerre de trente ans, est rendu à son fils par la victoire tardive de sa cause.
L'Espagne et l'Autriche , qui s'étaient vouées à la destruction de la réforme, sont définitivement abaissées. L'Espagne a perdu le Portugal, les Pays-Bas, le Roussillon, et le traité des Pyrénées va bientôt rendre ses pertes irrévocables. Son armée est détruite, et la France, qu'elle disputait à Henri IV, hérite de sa supériorité militaire sur le continent. Sa marine est anéantie, et les descendants des Gueux, les fils des rebelles des Pays-Bas, héritent de sa suprématie maritime. Voilà ce qui reste de la grandeur de Charles- Quint et de l'ambition de Philippe IL L'Autriche a perdu sa domination sur TAUemagne et entraîné le pouvoir impérial dans sa ruine. Elle subit la confirmalion de la paix d'Augsbourg, l'extension de cette paix aux calvinistes, l'entrée des protestants, en nombre égal avec les catholiques, dans la chambre impériale ei dans le conseil aulique; il lui faut reconnaître la souveraineté individuelle des Etats allemands, et la nécessité de leur contrôle pour tous les actes d'intérêt général. Voilà le fruit des efforts de la maison d'Autriche
pour établir en Allemagne , avec sa domination , Tunité religieuse et politique.
Avec les importants traités de 1648 se termine en Europe la lutte des deux religions; ce n'est pas qu'elles doivent vivre en paix : en France, en Angleterre, elles se feront encore longtemps la guerre; mais leur débat n'enveloppera plus TEurope, et sera sans influence sur Tétat général des nations. La scène appartient désormais aux intérêts politiques des peuples, à la lutte de tous contre Fambition d'un seul, au maintien laborieux de Tindépendance universelle des États, sans cesse menacée et sans cesse raffermie. L'histoire générale de l'Europe n'est plus que l'histoire des vicissitudes de ce système qu'on a justement appelé r équilibré européen.