XII. Fin des guerre* de religion
Nous retrouverons alors TAnglelerre influente en Europe et déjà sur les voies de cette prospérité qui étonne aujourd'hui le monde ; mais nous devons d^abord considérer les luttes qui vont sortir, dans l'Europe centrale, du nouveau système politique inauguré par les traités de Westphalie. Alliances, guerres, intrigues diplomatiques n'ont plus qu'un seul mobile et qu'une seule loi, l'intérêt des souverains et l'agrandissement de la nation qu'ils représentent. Les passions religieuses ne gouvernent plus les actes extérieurs des peuples ; les passions politiques ne les gouvernent pas encore. Les événements qui, de 1648 à 1789, agitent l'Europe et qui la mettent parfois en feu, sont aussi mobiles et aussi variés que l'intérêt qui les décide, mais ils lassent plutôt T esprit qu'ils ne l'émeuvent. Quelques hommes sont grands et quelques actes héroïques , mais aucune idée généreuse n'anime ces 'mouvements des peuples, instruments aveugles de J'ambition politique de leurs gouvernements, La guerre, que n'échauffe plus aucun fanatisme, n'en semble que plus triste, bien qu'elle soit plus clémente et que les armées vident, à côté des populations indifférentes, les querelles des rois. La guerre n'est plus, selon l'exacte et dure parole d'un théologien de ce siècle, qu'un « arrêt de mort porté par un prince contre les sujets d'un autre prince, qui se refuse aux volontés du premier. » Ainsi conçue , elle fait regretter les mêlées, plus sanglantes pourtant, où les hommes dii
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seizième siècle combattaient pour leur foi ou pour leur liberté.
Ces luttes religieuses, qu^est venu terminer en Allemagne Tintérét politique, ont cependant changé la face de l'Europe au profit des idées nouvelles. Lorsque la réforme a éclaté dans le monde , la maison d'Autriche y était prépondérante ; nous en avons vu l'irrévocable abaissement. L'Espagne, s'enfonçant tous les jours dans Tabime, prouve à l'Europe que la victoire de Philippe II eût été fatale à la civilisation moderne. Le despotisme y est sans frein , la misère et Toisiveté sans bornes. Charles-Quint y avait détruit, avec les communeros de Castille , la vigueur nationale , et Philippe II y avait étouffé , avec les fueros d'Aragon , tout espoir de régénération. Lorsque, dans un autoda-fé qui dura tout un jour, eurent été brûlés à Saragosse les hommes qui avaient pensé mettre une limite au pouvoir absolu, l'Espagne n'eut plus d'autre avenir que celui de cette dynastie condamnée qui touchait déjà à la décrépitude. L'Allemagne, après les vaines tentatives de Charles-Quint et de Ferdinand II, est restée en possession de la liberté religieuse , et n'a plus à redouter l'Autriche, qui la défendra de Tambition de la France. Celle-ci, fortifiée plutôt qu'opprimée par le despotisme d'un grand roi, héritier de deux grandshommes, va prodiguer sous Louis XIV les forces amassées par Henri IV et Kiclielieu, et sa défaite, lorsque celte défaite deviendra nécessaire à l'indépendance de l'Europe, sera l'une des plus difUciles victoires du système d'équilibre. En même temps, la Hollande, sortie tout armée du calvinisme, l'Auglc-
terre, se reposant un moment entre les deux phases de sa révolution constitutionnelle, et les jeunes colonies américaines, qu'ont vivifiées les émigrations religieuses, attestent, par leur prospérité, l'industrieux génie de leurs habitants. Qu'il reste peu de traces dans cette Europe, ainsi transformée par la réforme, de celle où combattaient Léon X et Luther, François P*" et Charles-Quint !