‹ Essai sur l'histoire universelleChapitre 32 sur 55 · I<e «yvtème d*é^pilllbre« — PnlMMiiiee 4e la France · texte numérisé non relu

I<e «yvtème d*é^pilllbre« — PnlMMiiiee 4e la France

Des traités de Westphalie à la révolution française, Thistoire de TEurope nous offire deux spectacles bien différents , selon qu'on s'attache aux événements de la politique et de la guerre , ou qu on suit de préférence les mouvements généraux de la pensée. Le premier de ces tableaux, bien qu'il s'impose d'abord à l'esprit par une bruyante et fausse grandeur, n'est guère qu'une suite d'actes injustes , dont l'ambition est la seule cause : jeu sanglant, où les fautes des souverains sont expiées par les douleurs des peuples , où la carte de l'Europe est sans cesse modifiée sans grand profit pour le genre humain. Nous voyons, aucontraire, dans

le second de ces deux tableaux , le plus régulier et le plus fécond des progrès s'accomplir dans toute TEurope civilisée, sous l'impulsion de la pensée française: partout pénètrent des idées de justice, de tolérance et d'humanité, des vues nouvelles sur le gouvernement des peuples et sur l'avenir du monde; et dans ces conquêtes de l'intelligence aucune victoire n'est stérile, aucun succès incertain : les vainqueurs n'ont rien à craindre , et les vaincus ne se relèvent pas.

Ces deux ordres de faits ne diffèrent pas seulement par leur nature et par leurs résultats , ils se développent parallèlement, sans avoir Tun sur l'autre aucune influence , et présentent souvent les plus frappants contrastes. L'Europe, liguée contre Tambition de lu France, se soumet volontiers à l'ascendant de son génie littéraire; les ennemis de Louis XIV admirent avec envie la politesse de sa cour et la gloire des grands noms qui environnent le sien. Lorsque dans le siècle suivant l'Europe est mise en feu par des guerres intéressées, et que des ligues, nouées et dénouées sans cesse, arment toutes les nations les unes contre les autres, une même pensée anime ces souverains rivaux, et aux actions les plus injustes se joignent les théories les plus généreuses. Enfin, dans le temps même où la puissance de la Fiance est le plus abaissée, où ses armées sont battues, son gouvernement méprisé, son influence politique anéantie, elle règne sans contestation sur lous les esprits éclairés de Tancien et du nouveau monde , elle est leur seconde patrie, et la réunion de ses savants et de ses philô-

354 LIVRE QUIPiZIOIE.

sophes est partout reconnue comme une sorte de '•eprésentation de Tintelligence humaine.

Nous considérerons donc séparément les deux aspects opposés de 1 histoire de ce temps, à la fois si glorieux et si triste; et, avant de retracer les progrès intellectuels de TEurope, nous suivrons rapidement les phases diverses de cette politique intéressée , dont la révolution française viendra brusquement changer le principe et le but. Au débul de ces longues luttes nous rencontrons la France , héritière de la puissance de lu maison d'Autriche, et justement redoutée de l'Europe. Au terme, nous voyons la France abaissée à son tour, tandis que des puissances, jusque-là secondaires ou même inconnues, réclament leur place et prennent leur rang en Europe et dans le monde. Comment la France , que les guerres religieuses ont jetée épuisée et impuissante en apparence entre les mains de Henri IV, est-elle devenue, dans la main de Louis XIV, un si redoutable instrument de domination et de conquête? c'est ce qu'on ne pourrait comprendre si on ne la voyait s'élever par degrés sous le gouvernement d'une succession de gi*ands hommes.

L'unité de loi et de gouvernement , l'établissement d'une admiiristration puissante et régulière, l'organisation d'une grande armée, étaient à la fois dans les desseins de la royauté et dans les tendances du génie national. Des institutions et des mœurs du moyen âge TAngleterre passe, par une révolution, au régime constitutionnel; tandis que la France, par Tincapacité et les défaites de sa noblesse, par la docilité de son peuple , par l'habileté supérieure de son gou-

LE SYSTÈME d'ÉQUILIDRB, âô5

vemement , est conduite , en moins de trois règnes , d'une anarchie sans mesure à un despotisme sans règle. Mais cette concentration du pouvoir et cet accroissement excessif de la royauté parurent des bienfaits avant de devenir des périls ; et la nation devait être longtemps enorgueillie et reconnaissante de sa nouvelle grandeur avant de comprendre qu'elle l'avait trop chèrement payée.

Page 1