Voyez rAppcndice O
LE SYSTEME d'ÉQUILIBRE. 387
porta ua coup profond à rindustrie qu'avait créée Colbert. La révocation de Tédit de Nantes fut pour les protestants une épreuve, pour la France un désastre.
Mme de Maintenon régnait alors sur Tesprit du roi et sur la France. Petite-fille du fier Agrippa d*Aubigné, qui reprochait si noblement son abjuration à Henii IV, introduite elle-même par force dans celle église dont elle était devenue le soutien et l'instrument, veuve de l'infirme Scarron, et portée par son habileté merveilleuse au pied du trône, où elle se crut plusieurs fois sur le point de monter, mariée secrètement au roi, qui ne fit plus rien que par ses conseils, elle contribua à persuader à cet homme vieillissant et repentant de ses désordres , que l'expiation la plus facile et la plus agréable à Dieu serait de ramener la France à l'unité religieuse. L'extirpation du protestantisme devait être puissamment secondée par les préjugés des catholiques éclairés, unanimes alors contre la liberté de conscience, et à plus forte raison, par Jes passions de la foule, aimant en toute chose l'égalité sous un maître. La nation française était alors bien éloignée de connaître ce respect de la Uberté individuelle que la révolution même ne devait pas réussir à lui enseigner et qui semble malheureusement aussi peu conforme à son génie qu'il est nécessaire à la civilisation. Habituée à l'unité politique d'où lui venaient sa force et sa grandeur, la France souffrait impatiemment toute apparence d'in* dépendance personnelle, confondant en cette matière le bien et le mal, et prête à soutenir ses rois contre la liberté protestante comme elle les avait appuyés contre l'anarchie féodale. '■
Le gouvernement, mû par une seule volonté, se mit à Tœuvre ; on n'employa d'abord que l'argent et la ruse. Une caisse des conversions» fut établie, et un converti, Pélisson, fut chargé de ce commerce. Mille vexations poussaient indirectement les réformés dans l'Eglise catholique, comme dans un asile; mais ces moyens, ti*op lents au gré du pouvoir, firent bientôt place à la violence ouverte, et alors conmiença la plus honteuse et la plus dure des persécutions. On dérobait aux réformés leurs enfants 'pour les élever dans la religion catholique; on déclarait leurs mariages nuls, afin de les réduire par la douleur de ne pouvoir légitimer leurs enfants. « Tenez ferme sur les mariages, » écrivait Bossuet lui-même à un des persécuteurs. Enfin les troupes du roi, logées chez les protestants, furent chargées de hâter les conversions. La potence, les galères, le sabre des dragons.de Louvois étouffaient toute résistance. On crut la réforme anéantie, et l'édit du 22 octobre. 1685, qui révoqua l'édit de Nantes, semblait ne constater qu'un fait accompli. L'interdiction du culte public, l'expulsion des ministres, la démolition des temples et des écoles réformés, vinrent proclamer et confirmer la victoire. La torture et les supplices grossissaient tous les jours les listes de conversion que les gouverneurs et les évêques envoyaient au roi. Mais l'on s'aperçut bientôt que l'élite des protestants français échappait à la persécution et quittait le royaume. En vain les frontières étaient-elles gardées, en vain la peine de mort était-elle infligée aux fugitifs, plus de deux cent mille protestants allèrent porter aux ennemis de la France les secrets de notre imlustrie.
le secours de leur ressentiment et de leur courage. Louis XIY les rencontra partout, sur les flottes de ses ennemis et sur les champs de bataille; ils firent la force de la Prusse, Ils accrurent la prospérité de l'Angleterre, contribuèrent à en chasser les Stuarts, combattirent à côté de Guillaume d'Orange par la plume et par Tépée, tandis qu'en France leurs coreligionnaires tenaient tête aux maréchaux de Louis XIY et occupaient ses armées.
Cet acte combla la mesure et poussa à bout la timide patience de l'Europe. Guillaume ne rencontra plus d'obstacle et put former contre la France une coalition redoutable. A Augsbourg s'allièrent contre Louis XIV l'Espagne et la Suède, l'empereur et les princes allemands, la Hollande, le duc de Savoie, les princes d'Italie et le pape lui-même. L'Angleterre seule, trahie par les Stuarts, manquait à la ligue européenne; il était réservé à Guillaume d'Orange de l'y faire entrer et d'opposer au roi de France les forces réunies de toute l'Europe.