‹ Essai sur l'histoire universelleChapitre 45 sur 55 · DB LA PUISSANCB ET DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

DB LA PUISSANCB ET DU GOUVERNEMENT

Tous les écrits de saint Paul, et TÉcriture elle-même, tendent à prouver que la grandeur est une participation de la puissance de Dieu sur les hommes, qu'il communique aux uns pour le bien des autres; que c'est un ministère qu'il leur confie, et qu'il n'y a rien de plus réel ni de plus juste que la grandeur dans ceux à qui il la communique xcritablement, et qui n'en sont point usurpateurs.

C*est par cette doctrine qu'il est facile de comprendre

5l6 APPENDICES.

qa*encore que les royautés et les autres formes de gouvernement viennent originairement du choix et du consentement des peuples , néanmoins Tautorité des rois ne vient pas du peuple, mais de Dieu seul ; car Dieu a bien donné au peuple le pouvoir de se choisir un gouvernement, mais ' comme le choix de ceux qui élisent Tévèque n'est point ce qui fait l'évéque, aussi ce n'est pas le seul consentement des peuples qui fait les rois : c'est la communication que Dieu leur fait de la royauté et de la puissance, qui les établit rois légitimement, et qui leur donne un droit véritable sur leurs sujets; et c'est pourcpioi l'Apôtre n'appelle point les princes ministres du peuple, mais bien ministres de Dieu, parce qu'ils ne tiennent leur puissance que de Dieu seul.

£t de là on peut tirer cette conséquence très-avantageuse pour les monarchies successives : c'est qu'encore que l'établissement de cette sorte de gouvernement ait dépendu du peuple dans son origine, par le choix qu'il a fait d'une certaine famille et par l'institution de l'ordre de la succession du royaume, néanmoins, cet ordre une fois établi, il n'est pas en la liberté du peuple de le changer : car l'autorité de faire les lois ne réside plus dans ke peuple, qui s'en est dépouillé, et qui a eu raison de s'en dépouiller, n'y ayant rien de plus avantageux pour son propre bien, mais elle réside dans le roi, à qui Dieu communique sa puissance pour le régir.

Et ainsi, comme dans un État successif les rois ne peuvent mourir, les peuples n'étant jamais sans rois, ils ne sont jamais en état de faire de nouvelles lois pour changer Tordre de la succession, et ils n'ont jamais d'autorité légitime pour le faire, puisqu'elle réside toujours en celui à qui Dieu la communique selon l'ordre auquel les peuples se sont volontairement assujettis.

Il est évident, par le même principe, qu'il n'est jamais permis à personne de se soulever contre son souverain, ni de s'engager dans une guerre civile, car la guerre ne peut se faire sans une autorité souveraine, puisqu'on y fait mourir les hommes, ce qui suppose un droit de vie et de mort;

or, ce droit, dans un État monarchique, n'appartient qu'an roi seul et à ceux qui l'exercent sous son autorité; ainsi, ceux qui se révoltent contre lui ne Payant point, commetlent autant d'homicides qu'ils font périr d'hommes par la guerre civile, puisqu'ils les font périr sans pouvoir et contre l'ordre de Dieu. C'est en vain qu'on prétendrait les justifier par les discordes de l'État , auxquelles ils font semblant de vouloir remédier, puisqu'il n'y a genre de désordre qui puisse donner droit à des sujets de tirer l'épée, et qu'ils ne peuvent s'en servir que par la volonté de celui qui la porte par l'ordre de Dieu.

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