DES DÉCLARATIONS DB GUBBUB
La déclaration de guerre est un arrêt de mort prononcé par un prince contre les sujets d'un autre prince qui s'opposent à l'exécution des volontés de celui qui déclare la guerre.
Les soldats sont les exécuteurs de cet arrêt ; ce sont d'illustres bourreaux envoyés par le prince. Ils exécutent l'arrêt de mort porté contre ceux qu'ils appellent leurs ennemis.
Il suffit, pour être innocent de leur mort, que Tarrét soit donné par une puissance légitime et qu'il ne soit pas notoirement injuste. Ils ont alors le droit de vie et de mort entre leurs mains; et ceux qu'ils tuent sont justement tués, non par Tordre particulier du prince qui les a condamnés, mais par Tordre général du monde, qui est une partie de la loi de Dieu, qui donne pouvoir de tuer à tous les soldats qui suivent leur prince légitime dans une guerre douteuse.
APPENDICE a (Page 380.)
Voici les quatre articles où TE^lise de France, inspirée par fiossuet, a confirmé ce qu'on entend encore par les libertés de VEglise gallicane.
LES QUATHR ARTICLES.
Déclaration du clergé de France touchant la puissance ecclésiastique y du i9 mars 1682.
Plusieurs personnes s'efforcent de rainer les décrets de l*£glise gallicane et ses libertés, que nos ancêtres ont soutenus avec tant de zèle, et de renverser leurs fondements, qui sont appuyés sur les saints canons et sur la tradition des Pères. D'autres, sous prétexte de les défendre, ont la hardiesse de donner atteinte à la primauté de saint Pierre et des pontifes romains ses successeurs, instituée par Jésns- Christ; d'empêcher qu'on ne leur rende Pobéîssance que tout le monde leur doit, et de diminuer la majesté du saintsiège apostolique, qui est resix;ctable à toutes les nations où Ton enseigne la vraie foi de l'Église et qui conservent son unité. Les hérétiques, de leur côté, mettent tout en œuvre pour faire paraître cette puissance, qui maintient la paix de l'Eglise, insupportable aux rois et aux peuples; et ils se servent de cet artifice, afin de séparer les âmes simples de la communion de l'Église. Voulant donc remédier à ces inconvénients, nous, archevêques et évèques, assemblés à Paris par ordre du roi, avec les autres ecclésiastiques députés qui représentent l'Église gallicane, avons jugé convenable, après une mûre délibération, de faire les règlements et la déclaration qui suivent :
I. Que saint Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus- Christ, et que toute l'Église même, n'ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut, et pas sur les choses temporelles et civiles, Jésus- Christ nous apprenant lui-même que son royaume h* est point
de re monde y et, en un au Ire endroit, qu'il faut rendre à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à Dieu; et qu'ainsi ce précepte de Tapôtre saint Paul ne peut en rien être altéré ou ébranlé : Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures; car il ri y a point de puissance qui ne vienne de Dieu , et cest lui qui ordonne celles qui sont sur la terre. Celui donc qui s'oppose aux puissances résiste à tor^ dre de Dieu. Nous déclarons, en conséquence, que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique par l'ordre de Dieu, dans les choses temporelles ; qu'ils ne peuvent être déposés directement ni indirectement par Tautorité des chefs de l'Église; que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l'obéissance qu'ils leur doivent, ou être absous du serment de fidélité ; et que cette doctrine, nécessaire pour la tranquillité publique, et non moins avantageuse à l'Église qu'à TÉtat, doit être inviolablement suivie, comme conforme à la parole de Dieu, à la tradition des saints Pères et aux exemples <les saints.
II. Que la plénitude de puissance que le saint -siège apostolique et les successeurs de saint Pierre, vicaires de Jésus-Christ, ont sur les choses spirituelles, est telle que, néanmoins, les décrets du saint concile œcuménique de Constance contenus dans les sessions IV et V, approuvés par le saint-siége apostolique, confirmés par la pratique de toute rÉglise et des pontifes romains, et observés religieusement dans tous les temps par l'Église gallicane, demeurent dans toute leur force et leur vertu; et que l'Église de France n'approuve pas l'opinion de ceux qui donnent atteinte à ces décrets ou qui les afiaiblissent en disant que leur autorité n'est pas bien établie, qu'ils ne sont point approuvés , ou qu'ils ne regardent que le temps du schisme.
III. Qu'ainsi il faut régler l'usage de la puissance apostolique en suivant les canons faits par l'esprit de Dieu et consacrés par le respect général de tout le monde ; que les règles, les mœurs et les constitutions reçues dans le royaume et dans l'Église gallicane^ doivent avoir leur force et vertu,
et les usages de nos pères demeurer inébranlables ; qa^il est même de la grandeur du saint-siége apostolique que les lois et les coutumes établies du consentement de ce siège respectable et des églises subsistent invariablement.
IV. Que, quoique le pape ait la principale part dans les questions de foi, et que ses décrets regardent toutes les Églises, et cbaque Église en particulier, son jugement n'est pourtant pas irréformable, à moins que le consentement de l'Église n'intervienne.
Nous avons arrêté d'envoyer à toutes les églises de France et aux évéques qui y président par l'autorité du Saint-Esprit, ces maximes que nous avons reçues de nos pères, afin que nous disions tous la même chose et que nous soyons tons dans les mêmes sentiments, et que nous suivions tous la même doctrine.
(Puge 3>>8.]
La correspondnnce de Bossuet (volume XXXVUI des OFupres de Bossuet imprimées à Versailles en 1818) est une des sources les plus sures et les plus curieuses pour l'histoii'e de la persécution qui a précédé et suivi la révocation de TÉdit de Nantes. La lettre suivante dans laquelle M. Le Gendre, intendant de Montauban, rend compte à Bossuet de sa conduite à Tégard des nouveaux convertis , nous fait assister au spectacle que présentait alors une grande paitie de la France.
LETTRE DE H. LE GENOllB,
.. .. Pour VOUS rendre compte exactement , monsieur, comme vous le souhaitez, de la conduite que nous avons tenue pour déterminer les nouveaux convertis à venir à l'église, et de l'effet que cette première démarche a produit sur leur cœur, j'aurai l'honneur de vous dire qu'en arrivant dans la province j'ai envoyé quérir dans mon cabinet tous les nouveaux convertis de Montauban, Tun après Taa-
tre, pour leur expliquer Tenvie que le roi avait de détruire entièrement l'hérésie dans son royaume et de réunir tous ses sujets à l'Église; et pour cela, qu'il fallait qu'ils se fissent instruire par ceux en qui ils avaient le plus de confiance.
Je trouvai d'abord beaucoup d'opiniâtres qui ne voulaient entendre parler ni de messe ni d'instruction. Je leur représentai qu'après avoir épuisé les voies de douceur, le roi serait obligé de faire sur eux des exemples de sévérité, s'ils ne se mettaient à la raison. Dieu a touché leurs cœurs; ils se sont tous déterminés par la douceur à venir à la messe. Cette première démarche serait inutile, si nous ne joignions l'instruction à la pratique : c'est à quoi M. l'évêque de Montauban, tous les Pères jésuites, M. d'Ârbussy, avocat général de la cour des aides, et les plus habiles gens de la ville, ont travaillé avec un soin et une application continuels.
Quand quelqu'un manque à aller à la messe ou à l'instruction, aussitôt je l'envoie quérir pour lui représenter de quelle conséquence il est de ne se point relùcher dans une affaire aussi importante que celle de la religion : cela a produit un si bon effet, que presque tous nos nouveaux convertis les plus opiniâtres, qui regardaient avec horreur la porte de l'église, vont assidûment à la messe : ils l'entendent avec assez de dévotion ; ils s'accoutument à nos cérémonies; et enfin ils commencent à convenir que si on en avait usé de même après la révocation de l'édit de Nantes, ou immédiatement après la guerre, ils seraient tous à Theure qu'il est bons catholiques. Us deviennent tous les jours plus dociles, et ne demandent que d'être instruits : cela en a disposé plus de cent à se confesser et à communier à Pâques avec édification. Toutes les filles nouvelles converties qui sont dans les couvents, qui ne voulaient entendre parler ni de messe, ni d'instruction, vont depuis deux mois à la messe, se sont fait instruire, et ont toutes été à confesse à Pâques. Voilà, monsieur, Teffet que cette première démarche a produit sur leur cœur.
Tous ces heureux commencements ne doivent point nous éblouir : je demeure d'accord que toutes ces dispositions favorables sont aisées à détruire, si l'on n'en proGte avec vivacité; mais aussi je prendrai la liberté de vous dire, quoique avec peu d'expérience, qu'il me paraît que si Ton n'avait pas engage les nouveaux convertis par la douceur mêlée d'autorité à aller à la messe, non-seulement ils n'auraient jamais été catholiques dans le cœur, ni à l'extérieur, mais leurs enfants auraient été aussi huguenots qu'eux; une seule parole des pères et mères étant capable de détruire en un moment le fruit de dix années de couvent ou d'instruction.
Le roi ne pouvait donner une plus grande marque de sa bonté à la ville de Montauban que de lui envoyer le P. de la Rue dans ce mouvement heureux. Il a enlevé les cœurs avec une rapidité étonnante,et a trouvé le secret de gagner la contiance de tous les nouveaux convertis.... Dieu n*a pas renfermé ses grâces dans la seule ville de Montauban ; il les a répandues dans toute la généralité, où les nouveaux convertis commencent à ouvrir les yeux et à prendre le bon parti. Il y en a plus de quinze mille dans les principales villes qui ont commencé à aller à la messe, et beaucoup qui ont approché des sacrements à Pâques. Il n'y a rien, monsieur, de si nécessaire pour terminer heureusement une affaire aussi importante, que d'établir l'uniformité dans les provinces voisines et dans tout le royaume, afin que nos jeunes plantes ne puisse pas se plaindre que l'on cultive leur terre pendant que 1 on néglige celle de leurs voisins. Ce n'est pas une petite affaire ni l'ouvrage d'un jour, mais n'est-on pas^ bien récompensé quand on travaille pour la gloire de Dieu et pour le succès d'une affaire que le roi a si fort à cœur?...
AIM»ENDICES. 523
(Pape 471.)
Uartlcle 16 de VÉdii sur les duels, donné k Saint-Germain par Louis XIV, au mois d*aoùt 1679, est un curieux monument de l'inégalité qui divisait jusque sur Téchafaud, aussi bien que selon la loi et dans Topinion, la nation française.
D'autant qu'il se trouve des gens de naissance ignoble et qui n'ont jamais porté les armes, et qui sont assez insolents pour appeler les gentilshommes, lesquels refusant de leur i'aire raison, à cause de la différence des conditions, ces mêmes personnes suscitent contre ceux qu'ils ont appelés d'autres gentilshommes, d'où il s'ensuit quelquefois des meurtres d'autant plus détestables, qu'ils proviennent d'une cause abjecte : nous voulons et ordonnons qu'en tel cas d'appels ou de combats, principalement s'ils sont suivis de quelque grande blessure ou de mort, lesdits ignobles ou rotuners qui seront duement atteints et convaincus d'avoir causé et promu semblables désordres, soient sans rémission pendus et étranglés, tous leurs biens, meubles et immeubles, confisqués; les deux tiers aux hôpitaux des lieux ou des plus prochains, et l'autre tiers employé aux frais de la juslice, à la nourriture et entretenement des veuves et enfants des défunts, si aucun y a : permettant en outre aux juges desdits crimes d'ordonner sur les biens confisqués telle récompense qu'ils aviseront raisonnable au dénonciateur et autres qui auront découvert lesdits cas, afin que dans un crime si punissable, chacun soit invité à la dénonciation d'icelui. Et quant aux gentilshommes qui se seront ainsi battus pour des sujets et contre des personnes indignes, nous voulons qu'ils souffrent les mêmes peines que nous av(ms ordonné contre les seconds, s'ils peuvent être appréhendés ; ainsi il sera procédé contre eux par défaut et contumace suivant la rigueur des ordonnances.
524 APPiîNDXCES.
APPENDICE il,
(Page 478.)
Sons le titre de Code des seigneurs hattts-jusliciers et féodaux^ nnaTOcat au parlement de Paris a publié en 1771» pour les possesseurs de fiefs ou pour leurs intendants, une sorte de manuel qui ne contient, sous forme de demandes et de réponses, que des notions c d*un usage journalier*. » Nous détachons quelques passages de oe tableau abrégé et sincère du régime féodal , tel qu*il subsista jusqu*en 1789, en faisant remarquer que l'auteur de ce manuel appuie sur des autorités considérables chacune de ses assertions.