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elles pirates du Nord. Le mouvement qui a suivi Tinvasion semble avoir trouvé son terme, et Tunité de la race qui a hérité de Tempire romain semble fondée.
Le titre d'empereur, que prit Cbarlemagne, était le symbole de cette restauration de l'empire d'Occident. Aux fêtes de Noël de Tannée 800, le pape Léon posa sur sa tête la couronne impériale; c^était TÉglise qui couronnait les Francs : ils avaient vaincu pour elle à TEst et au Midi, ils avaient fondé la puissance temporelle de la papauté, ils avaient repris et achevé Toeuvi^e de Clovis, allié des évèques contre les Goths; mais ce vaste empii*e était éphémère, et Gharlemagne sentait lui-même la nécessité de prévenir par des partages d'inévitables divisions. Il fit sacrer Pépin et Louis, ses (ils, rois d'Italie et d'Aquitaine, et partagea l'empire entre eux et leur frère Charles. Deux de ses fils moururent : un nouveau partage donna l'Italie et la Bavière à Bernard, fils de Pépin, et Louis eut le reste avec le titre d'empereur. Ce restaurateur de l'empire romain tenait à être- reconnu par les empereurs de Constantinople, et ceux-ci l'appelèrent roi comme ils avaient fait Clovis consul, se prêtant volontiers à ce goi\t respectueux des barbares pour les titres honorifiques de la société qu'ils avaient renversée.
C'était l'administration de cette société que Charlcmagne tentait de leconslruire. Les provinces de son empire furent confiées à des gouverneurs, ducs^ comtes^ ifiguiers^ centenîers^ écheifiiis^ chargés de la levée des troupes, de l'administration de la justice et de la perception des impôts. Charleniagne voulait faire du service militaire une fonction et une sorte
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d^impôt foncier; c'était la propriété de la terre qui entraînait' robligation de servir. Celui qui possédait douze arpents de terre entrait dans T armée; les possesseurs de biens meubles se réunissaient pour fournir des soldats ; le clergé propriétaire devait envoyer les siens. Des assemblées provinciales, réunies trois fois par an, devaient rendre la justice. Les impots se com* posaient des tributs des peuples conquis et des contributions en nature qu'on exigeait des propriétaires pour l'entretien de Tarmée. Les assemblées des Francs n'avaient plus leur ancienne influence. L'empereur les consultait sur ses lois; il les réunissait autour de lui, y appelant les évêques, les propriétaires et les hommes libres de toutes les parties de l'empire; et il rendait d*aprés leur avis ces Capitulalres^ qui sont un curieux mélange de lois romaines, de lois germaniques et de minutieux détails' d'administration; mais la loi, cet élément de toute société nouvelle, resta, comme sous les Mérovingiens, personnelle et non territoriale, chaque homme suivant celle de sa race, comme dans la Gaule conquise par les Francs»': grave symptôme de l'absence de cette unité sociale qui est le fondement de l'unité politique et qui n'a pas d'expression plus claire qu'une loi commune et égale pour tous. C'est encore un présage de la dissolution de cet empire, que la nécessité d'une administration voyageuse qui essaye en vain de contrôler efGcacement l'administration locale. Les euvoyés royaux, tw/jj/ domi^ nici , parcouraient sans cesse ce territoire immense, y répandant les capitulaires, les faisant exécuter, . surveillant les évéques et les gouverneurs, inspectant le
domaine royal et revenant rendre un compte fidèle à Tempereur, qui veillait par eux sur tout l'empire. G*était la seule forme sous laquelle pût s^exercer sou gouvernement monarchique, au milieu de cette confusion de peuples soumis à des lois diverses , et dans ces vastes contrées incultes, mal peuplées, où tout pouvoir local tendait, par une pente naturelle qui sera bientôt invincible, à Tindépendance et à Tisolement. La volonté constamment tendue d'un seul homme soutenait seule cette fiction d'un empire régulièrement organisé avec des éléments barbares, et cet homme même paraissait par son costume et par ses mœurs ce qu'il était en réalité, le chef germain de l'Âustrasie, l'héritier des vainqueurs de Testry.
Mais il voulait faire hériter son Austrasie de toutes les gloires de l'empire romain, dont le nom est resté si grand parmi les barbares. Aix-la-Chapelle devient une magnifique capitale; les monuments qui s'y élèvent s'enrichissent dès dépouilles de l'Italie. Un moine d'Angleterre, Alcuin, est chargé par lui de ranimer les lettres en Occident. Curieuse et impuissante tentative, qui ne put faire dépasser à ce mouvement littéraire les portes du palais de l'empereur.
Les Francs Austrasiens, les compagnons de Charles Martel et de Pépin, sont aussi peu accessibles à la littérature que préparés à devenir des administrateurs capables et fidèles. La royauté qui se fait romaine, qui organise le gouvernement et l'impôt, les trouvera aussi rebelles que sous les Mérovingiens. On ne détourne point le cours naturel des choses, et les lois barbares importées de la Germanie et implantées dans
la Gaule conduisaient inévltablemenl à cette indépendance personnelle et à cette possession souveraine de la terre qui sont les fondements de la féodalité. En faisant des conquêtes, Charlemagne a ouvert à la féodalité un plus grand théâtre, il lui a donné Fespace et Tisolement qui sont un des plus puissants auxiliaires. En soumettant des peuples vaincus à Tadministration de ses compagnons d'armes, il a établi la féodalité sur son territoire, il lui a conquis des vassaux façonnés à Tobéissancc. Il n*aura donc fait que préparer a la société féodale les principales conditions de son établissement et de son existence, et nous allons voir ses « successeurs vaincus dans leur inutile résistance contre ce nouvel ordre de choses. Lui-même, il sera vaincu dans riiistoire et dans la poésie, et c'est une curieuse étude que devoir Charlemagne, si grand dans la Chanv son de Roland^ subir les effets de la victoire de la féodalité et devenir un personnage secondaire et sacrifié dans les poëmes postérieurs, les Quatre fils Aymon^ Gérard de Viane, Mais, jusqu'à sa dernière heure^ tout fut autour de lui obéissant et tranquille, et sa volonté recula par delà sa mort, un désordre qu'il put prévoir. C'est ainsi qu'il voyait errer autour des côtes de son empire, menacé d'une fin prochaine, les légers vaisseaux des pirates du Nord.
Yiil. Dissolution de oon empire. -^ Hiigneo Capet«
Cet empire, que soutenait à peine un si ferme génie, tombe dans les mains désarmées d'un saint, Louis le
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Dcboanaire. Le nouvel empereur s'associa ses fils dès le commencement de sou règne : Pépin fut roi d* Aquitaine et d'une partie de la Bourgogne; Louis gouverna la Bavière et les marches d'Allemagne; Lothaire fut associé à l'empereur. Bernard, roi d^Italie, avait inutilement tenté de détruire ce partage, qui laissait subsister, sous l'aulorité de Tempereur, une certaine unité, lorsque Louis le Débonnaire y porta lui-même atteinte, pour faire un royaume à Charles le Chauve, fils de la belle Judith, qu'il avait épousée en secondes noces,' et qui gouvernait ce faible esprit. Une révolte générale éclata. Les trois fils aînés eurent derrière eux tous les peuples de l'empire, qui ne cherchaient que les occasions d'en détruire l'unité. L^empereur fut pris par ses fils; mais, rétabli bientôt par l'assemblée dç Nimègue où les Germains étaient plus nombreux que les Francs, il osa davantage et enleva l'Aquitaine à Pépin pour la donner au fils de Judith. Une nouvelle révolte, appuyée par le pape, l'abattit de nouveau et le jeta tonsuré dans, un cloître., après une pénitence publique, où il se reconnut coupable en pleurant. Mais l'on s'émut en faveur de ce père humilié par ses enfants, de cet empereur insulté, acceptant si chrétiennement les sacrilèges outrages de ses fils. Louis le Débonnaire se retrouva empereur sans combat et reprit sa folle entreprise. Il dépouilla encore ses fils aînés poiir le fils de Judith. Les enfants de Pépin furent, à sa mort, privés de son héritage en faveur de Charles le Chauve. Louis le Germanique était réduit à la Bavière, tandis que Lothaire, le chef de toutes les révoltes,' était le plus favorisé d'après les conseils de
Judith 9 qui songeait à faire de lui le protecteur de son fils. Une ligne fut tracée du nord au midi, suivant le cours du Rhône et de la Meuse, divisant le Jura. Charles était maître à Toccident de cette ligne, Lothaire à Torient. Mais déjà les Aquitains proclamaient le fils de Pépin, et Louis de Bavière armait les Germains contre Tempereur. Louis le Débonnaire mourut enfin accablé sous cette grande et inévitable affaire du partage de Tempire, après Tavoir compliquée par ses faiblesses.
Le roi du midi, Lothaire, devenu empereur, veut a son tour soutenir Tunité de Uempire contre la Germanie et la Neustrie, qui aspiraient à Tindépendance. Une bataille générale fut livrée à Fontanet et acheva , en même temps que le démembrement de Tempire, la ruine de cette classe d'hommes libres, déjà épuisée par tant de guerres, qui subsistait entre les leudes et Ws serfs et qui alimentait les armées. Les vainqueurs, Charles le Chauve et Louis le Germanique, confirmè- 761 it leur alliance par un serment prononcé en langue romane et en langue tudesque, premier signe de la séparation des deux grands peuples dont le traité de Verdun va fonder la nationalité.
Le consentement de Lothaire permit de conclure cet important traité, qui mit fin à Tempire de Charlemagne et en même temps à la confusion des races conquérantes. Lothaire eut, avec le litre d'empereur, un royaume qui servait de limite aux deux autres et qui, étroitement serrée, entre eux,, était voué à une destruction certaine. Il s'étendait du duché de Bénévent, en Italie, jusqu'à la mer du Nord, en longeant
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les rives du Rhône, de la Saône et de TEscaut. Louis le Germanique eut tout le pays qui s^étendait à Test du Rhin; Charles le Chauve eut Toccident. C'est le traité de Verdun qui fait enfin des contrées, jusqu ici occupées et confondues par l'invasion germanique, une France et une Allemagne*
Cette France est bien faible; au dehors les assauts <ies pirates, au dedans la lutte de la féodalité qui se fonde, contre la royauté carlovingienne, qui tente de maintenir et de restaurer Toeuvre croulante de Charlemagne : tels sont les tristes commencements de son indépendance. L'hérédité des bénéfices, sans cesse confirmée et contestée sans cesse, Thérédité des offices, prétention nouvelle sortie de F administration impériale, vont être définitivement conquises par Taristocratie franque sur les descendants énervés des Héristal.
Charles le Chauve, qui pensait à rétablir 1* uni té de l'empire, ne pouvait pas même défendre le débris qui lui en était échu. Les ducs de Bretagne se firent rois et lui arrachèrent la reconnaissance de leur titre. Il fut battu en Septimanie, et ne put, après de longs débats, imposer à TAquItaine qu'une soumission nominale en la laissant à ses puissants voisins, les marquis de Toulouse, de Gothie et d'Auvergne. La mort de Lothaire, et après lui de ses fils, l'appel d'une diète de comtes et d'évéques offrant à Charles le Chauve et à Louis le Germanique, la couronne impériale et celle d'Italie, furent autant d'occasions dont Charles le Chauve voulut profiter pour relever l'empire carlovingien ; mais il mourut, vaincu sans
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combat, n^ayant pu obliger les seigneurs, déjà indépendants, à s*associer à ses entreprises, et hors d*état de leur imposer le service militaire.
La cause de la féodalité était en effet gagnée, et l'hérédité des bénéfices avait été consacrée par le roi vn même temps que l'hérédité des offices dans le capitulaire de Kiersy*sur-OIse, en 877. L'usage de la recommandation^ par laquelle les propriétaires libres, incapables de protéger leur propriété, se mettaient sous la dépendance et sous la sauvegarde du seigneur le plus puissant du voisinage, ne laissa plus subsister en France que des gouvernements locaux de plus en plus séparés de l'autorité royale. En même temps, les événements venaient en aide aux coutumes et aux traités pour rendre l'avènement du régime nouveau plus facile encore, en le rendant plus nécessaire. Parles continuelles incursions des Normands, l'habitation des villes devint peu sure, et celle de la campagne découverte impossible. 11 fallut venir chercher un abri autour des châteaux forts, qui seuls pouvaient arrêter l'ennemi. I^ population se dissémina donc en petits gi*oupes, ayant chacun pour protecteur un seigneur indépendant, qui devenait de plus en plus leur m^tre : et ainsi s'accrurent cette difficulté des communications, cet isolement des localités, qui sont à la fois les causes de l'établissement de la société féodale et les gages de son long avenir. Qui ne voit déjà cependant que l'ahsence des conditions de toute société civilisée en est la seule base, et que tout ce qui tend à multiplier les rapports des hommes entre eux, à augmenter les richesses et Timportance des villes, à garantir la se-
curité du territoire, tendra invinciblement à la destruction de ce régime? L'histoire de son origine nous apprend donc d'avance celle de ses destinées.
Les trois successeurs de Charles le Chauve luttèrent inutilement contre les ennemis qui avaient usé la vie de leur père, les Normands et la féodalité. Sous eux, Boson se fit sacrer roi de Provence. Ils ne laissaient d'autre héritier que Charles le Gros, dernier reste du sang de Charlemagne. Il prit la couronne et se trouva par héritage maitre nominal de tout Tempire, moins la Provence. Mais il ne. pouvait repousser les Normands et leur offrait à prix d'argent d'aller ravager la vallée de l'Yonne au lieu des rives de la Seine. Il fut déposé par les Germains, et l'empire de Charlemagne fut démembré pour la dernière fois. Sept royaumes subsistaient sur ses ruines : Italie, Germanie, Lorraine, France, Navarre, Bourgogne-Cisjurane ou Provence, et Bourgogne-Transjurane. La Bourgogne et l'Aquitaine étaient de fait indépendantes. Chaque nation choisit ses souverains. En Germanie, ce fut Arnulf ; en France, Eudes, duc de France. C'était l'avènement légal de la féodalité. Eudes était le fils de ce Robert le Fort à qui Charles le Chauve avait confié le pays qui s'étend entre la Seine et la Loire pour le défendre contre les Normands. Il était mort en les combattant, glorieux représentant de cette féodalité naissante qui héritait, pour ainsi dire, par droit de déshérence, du pays abandonné, et qui achetait de son sang le droit d'en rester la maitresse.
Mais l'avènement des ducs de France à la royauté était prématuré. Il restait un fils posthume de Liouis. le
Dùgue, Charles le Simple, dernier et irîste rejeton <I(î la branche c^rlovingienne. A la mort d'Eudes, Charles le Simple, déjà proclamé à Reims et soutenu par l'Allemagne, devint, roi de France : ce fut pour y établir définitivement ces pirates du Nord qui se trouvèrent maîtres du pays qu'ils avaient si longtemps ravagé, et appelés à réparer les ruines qu'ils avaient faites. Leur chef, Rollon, accepta la fille du roi en mariage, et le pays qui prit le nom de Normandie en duché. Il se fit chrétien, et ses compagnons, dont le nombre ne fit plus que s'accroître, apportèrent dans cet Etat naissant leur industrieuse activité, cet esprit entreprenant et dominateur qui devait devenir un jour le génie particulier d'une grande nation. En même temps^ la féodalité persistait à se couronner elle-même dans la maison de France. Robert se fit sacrer à Reims; et après lui Raoul, duc de Bourgogne, détrône Charles le Simple, l'emprisonne et règne jusqu'en 936. Ce fut sous son règue que les incursions hardies des Madgyares asiatiques jusqu'au centre de la France, montrèrent que l'Allemagne n'était pas encore une barrière assez sûre pour protéger le libre développement de l'Europe occidentale, et que l'œuvre commencée par Charlemagne n'était pas définitivement accomplie. A la mort de Raoul, il plut au duc de France, Hugues le Grand, de faire roi le fils exilé de Charles le Simple, Louis d'Outremer; mais ce fut pour faire de lui son jouet. Ce Carlovingien, tour à tour chassé et rétabli, mourut humilié dans son impuissance. Lothaire lui succéda, et l'appui du duc de France lui prêta quelque vigueur nour résister c\ Othon de Ger-
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inanie, qui voulait relever Tempire de Cbarlemagne. Ce fut la féodalité française qui Tarréta sous le nom de Lothaire, et le résultat de cette victoire fut lac* croissemeiit de la maison de France, qui reçut du roi TAquitaine et la Bourgogne. Le plus grand fief du pays allait devenir Tapanage de la royauté. Le fils de Lothaire, Louis Y, ne régna qu^un an et mourut sans enfants. Hugues Capet devint roi de France.
Il n était que le premier des seigneurs indépendants de ce pays qui s'étendait des Pyrénées à la Meuse. Il n'était pas redoutable pour ses égaux, il était puissant au même titre qu'eux; son duché faisait sa force. Qu'ajoutait à son influence ce titre de roi, si avili dans les derniers Catlovingiens? C'était un souvenir, une tradition. Mais ce souvenir, attaché à la ferme existence d'une maison féodale, devenait une espérance; cette vague autorité n'en, est que plus propre à s'agrandir ; si rien ne lui est clairement accordé, elle peut prétendre à tout. C'est le jour même de son avènement que la féodalité voit sortir de son sein l'obscur pouvoir qui, avec Taide du temps et des circonstances, doit la détruire et lui succéder.
inL. Terme de l^nvaslon.— VéodalUc.
Quel changement s'est accompli en Europe depuis le jour où l'empire romain, hors d'état de s'y agrandir et de s'y défendre, a dû céder à l'efFort continuel des races barbares qui pesaient sur ses frontières ? Elle l'ont envahi et ont fait de la Gaule, de l'Italie et de TEspjagne, le théâtre de leur éducation laborieuse. La
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race germanique est maîtresse du midi et de Toccident de l'Europe; c'est en vain qu'un nouvel orage venu de l'orient menace de tout confondre et de livrer r héritage de l'antiquité à la race sauvage qui suivait Attila et qui entraînait derrière elle la vieille Germanie. La victoire des champs Gatalauniques laisse l'Occident à ses premiers envahisseurs, et prévient ainsi les longs délais dont l'avènement de cette partie du monde à une civilisation nouvelle était menacé. Mais dans cette Neustrie, berceau d'une grande nation adoptée par l'Eglise, comme dans l'Italie arienne , comme dans l'Espagne convertie, comme dans l'Afri que où s'énervent les Vandales, le passé semble devoir étouffer l'avenir, par une initiation trop rapide à la . civilisation antique, ou plutôt aux formes destructives de sa décadence. En effet, pour supporter sans faiblir les avantages matériels d'une société civilisée, la nature humaine a besoin d'une longue culture. Il faut que l'activité de plus en plus éveillée des âmes fasse équilibre au bien-être et aux passions énervantes qui assiègent les sens, et c'est ainsi que les peuples mûrs peuvent endurer, sans s'avilir, une civilisation qu'ils ont faite ou qu'ils ont régulièrement développée. Les peuples jeunes sont au contraire livrés sans défense à la dangereuse influence des sociétés vieillies. Il sort de ce contact prématuré un déplorable mélange de vigueur et de corruption. Nous voyons dans la Gaule neustrienne les vices des Romains dégénérés ranimés par la sève du sang barbare. Mais tandis que cette précoce décadence perdait les envahisseur de l'Afrique, de l'Espagne et de l'Italie, la race franque, op-
portuhément renouvelée par la Germanie barbare, y échappe avec gloire, achève la soumission de la Gaule, et eh réunissant par la guerre les races germaniques dans un vaste empire, leur communique cette vie nouvelle et cette force secrète qui, aux époques déterminées par le cours des choses, transforment les peuplades en nations.
Pendant que les races nouvelles prennent à Toccident possession de leur demeure, Tempire d'Orient les protège en essayant lui-même de subsister. C'est pour rt)ccident tout entier qu*il repousse les Perses ; les victoires des empereurs de Constantinople contiennent celte Asie menaçante, qui, sous d'autres noms et pour une autre croyance, envahira l'Europe pf^r l'Espagne et ne sera arrêtée que dans les plaines de . Tours.
En effet, quand une religion nouvelle, sortie de l'Arabie, éclate sur le monde, quand elle déchire le l'oyaume belliqueux de Khosroès, c'est pour le remplacer, c'est pour attaquer comme lui, et avec plus de succès, l'Occident et le christianisme. Nous avons vu s'étendre avec une rapidité proJi<jieuse cette religion dévorante, et de son sein sortir la plus brillante ries civilisations et en même temps la plus fragile. L'Egypte, l'Afrique, l'Espagne conquises par des cavaliers intrépides et pleins de foi, sont divisées par la discorde et gouvernées par les plus sensuels et les plus despotiques des princes, qui ne recherchent et ne protègent les occupations de l'esprit, que comme les plus délicates des voluptés. Au-dessous d'eux s'agitent une soldatesque inepte et sanguinaire, un peuple misérable
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que le despotisme avilit et prépare, par Tliabilude d'une résignation fataliste, à toute espèce de servitude.
Par un frappant contraste, c'est dans le même temps que TEurope centrale, réunie sous la main du chef des Francs, entre dans le mouvement de la civilisation. Une partie de l'œuvre de Charlemagne est durable, c'est l'introduction de la Germanie dans la société civilisée, c'est la fondation de deux grands peuples. Mais sa tentative pour substituer un gouvernement central et régulier à cet isolement et à cette indépendance d'où la féodalité devait sortir est impuissante ; et nous voyons, au contraire, tous ses efforts pour arrêter ce grand mouvement tendre à le rendre plus facile et plus inévitable.
C'est . que ce nouvel ordre de choses était en germe dans l'établissement des barbares sur le sol après la conquête, et dans les mœurs qu'ils y apportaient de leur ancienne patrie. Nous voyons, en eflFet, les envahisseurs de l'empire romain se partager les terres des vaincus. Ils n'en prennent que le tiers en Italie, les deux tiers au midi de la Gaule et en Espagne, tout en Angleterre, et ces propriétés, tirées au sort, sont pour chacun des vainqueurs le signe de sa conquête et le gage de la supériorité de sa race sur le peuple dépossédé. Les' dons des rois à leura compagnons d'armes ne sont plus des armes et des chevaux, comme dans les forêts de la Germanie, ce sont des terres qui viennent accroître encore, avec l'importance de la propriété, le désir naturel des pères de la transmettre intacte à leurs enfants. On poursuivait avant Cl ta riemagne Thérédité des bénéfices, elle sera conquise a sa.
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mort, et en y joignant les offices, qui vont devenir héréditaires, il pose le double fondement de la société féodale. Ses Capitulaires n* anéantiront pas cette diversité de lois, qui distingue sur le même territoire les vainqueurs et les vaincus ; et ses guerres aqéantiront, aussi bien que les discordes qu'il lègue à ses fils, cette classe intermédiaire d'hommes libres qui, ne pouvant prétendre à se faire une souveraineté et désirant garder son indépendance, eût ralenti rétablissement de la féodalité. Les choses ne font donc que reprendre, à la mort de ce grand homme, leur cours un moment interrompu; il emporte avec lui et avec l'autorité royale cette abstraction de l'Etat, que les rois de Ncustrie avaient déjà empruntée à la société romaine^ et qui fut deux fois vaincue par l'aristocratie, encore incapable de la comprendre et de l'accepter.
Mais le nom de la royauté a survécu et il est tombé entre des mains puissantes, qui ne le laisseront pas périr. Cette royauté, devenue féodale, peut subsister au milieu des pouvoirs rivaux, et c'est assez pour s'élever peu à peu sur leur tête. Qu'elle traverse ce nouvel ordre de choses, où elle est pour un temps impuissante, et un jour viendra où elle pourra dire (qu'elle a non-seulement vécu, mais grandi, et qu'elle \ a relevé avec elle cette idée abstraite de l'Etat et du pouvoir central, qui est le principal élément de la civilisation moderne.
On peut donc considérer comme le terme du mouvement confus de l'invasion l'époque où s'organise la féodalité victorieuse, autour de ce pouvoir qui a si peu de force et tant d'avenir. Les barbares sont fixés
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au sol et le rendront inaccessible à de nouveaux con* quérants. C'est par mer que se font les dernières invasions, auxquelles la terre est de plus en plus fermée, et ces invasions même ne servent qu'à rendre le retour de pareils événements impossible. C'est, en effet, un remarquable spectacle que de voir les Normands s'établir si rapidement dans la France du nord et entrer, avec une facilité si grande dans le mouvement féodal. Rien n'indique mieux peut-être que le terme de tant d'agitations sanglantes est atteint, que les temps d'organisation sont venus. Non que la société soit pacifiée ; au contraire, une guerre intérieure la consume et l'époque où le sang humain sera versé d'une main moins prodigue est encore loin de nous. Mais ce mouvement a une règle et un but. Il emporte la société d'une organisation à une autre, au lieu d'en renouveler les acteurs ou de la faire sortir par secousses du chaos. Il y aura des saint Louis et des Philippe Auguste ; nous ne verrons plus d'Âlaric ni d'Attila.
Avant d'étudier, dans la féodalité, la première forme régulière de la société moderne, il nous faut considérer en elle-même la puissance qui a pris une si grande part à ses premiers progrès et qui a traversé avec elle, en se fortifiant tous les jours, ce long temps de troubles' et d'épreuves. Nous avons vu l'Église choisir Clovis pour défenseur et ouvrir ses bras aux Francs. Elle les a élevés à une religion nouvelle et, à leur tour, ils l'ont adoptée, soutenue, délivrée de ses oppresseurs; ils lui ont ouvert un chemin par l'épée au cœur de l'idolâtrie barbare, qu'elle a détruite par la victoire et par l'autorité, comme elle avait vaincu l'idolâtrie
civilisée par Thumilîté et la patience. Les commencements, et les vicissitudes de cette conquête de la barbarie par TEglise, son alliance avec les rois barbares et les suites de cette alliance, tels sont les importants objets qui doivent arrêter notre attention et qui nous montreront une fois de plus que le gouvernement du monde appartient à Tintelligence et que le mouvement des idées est la raison dernière de la succession des événements.