LIVRE X
ET LES BARBA.RES JCJSQu'aU SCHISME d'oRïENI'.
1. Conquêtes de rKglisp. — Ordres monastiques. — II. Grégoire le Grand. Augosliu. — Colouiban. — Boniface, — • ill. Afrrancliisseinent de U papaulé
(393-1054.) I. Conqnêlcff «le I^KslIse*— Ordres nionMitlqne».
Si l'on considère, à l'époque où la papauté gouverna rOccident, quelle est l'influence prodigieuse de rÉglise sur les idées et sur les actions des hommes, et comment le siège de . Rome est devenu . le centre du mouvement intellectuel et politique de l'Europe, on <3st tenté de penser que l'antique domination de Rome sur le monde civilisé n'a fait que changer de forme, et que, par la prédication d'une doctrine nouvelle, elle a conquis à la civilisation les peuples barbares qu'elle n'avait pu vaincre par l'épèe. Au milieu de Tanarchie générale, l'Eglise est un grand corps organisé pour la conquête et. pour. la domination.. Rome est sa capitale; les édits des derniers empereurs, l'usage constant du pallîum envoyé par le pape aux évêques comme le signe de leur investiture, une correspondance continuelle, des décisions nombreuses
respectueusement acceptées, ont établi de bonne heure la suprématie de Tévéque de Rome et ont fait de lui. une sorte d'évêque général de la chrétienté. De ce centre de Tempire chrétien rayonnent les missionnaires : ils partent pour reculer les limites de Tempire, comme autrefois les généraux envoyés par le peuple romain ; mais ils ne reviennent pas triompher comme eux ; au contraire, leur nouvelle conquête devient leur royaume, et ils l'organisent d'après des règles immuables qui y établissent fortement la domination deTÉglise.
Le pays conquis est partagé en diocèses confiés à un évéque ; il le subdivise à son tour entre les prêtres» qui l'assistent et qui lui restent soumis. Mais luimême a un autre supérieur que le pape : c'est un évêque qui doit, comme le pape, à l'importance de son siège, une certaine autorité. La cité qu'il gouverne était le centre de la province, la métropole j les évêques s'y réunissaient pour maintenir cette unité d'action qui est l'àme de l'Eglise, et il présidait cette assemblée j de là une véritable influence : il est archei^êque et ses collègues deviennent ses suffra gants.' Il les surveille et les redresse; mais le pape reste le maître suprême, et tous lui doivent une égale obéissance. Cette armée a sa juridiction comme sa discipline. Les chrétiens des premiers temps ne voulaient pas porter devant les magistrats païens les débats de l'Église naissante. La juridiction temporelle des évêques, reconnue par eux, le fut plus tard par les empereurs. Quand le christianisme eut gagné la société tout entière, les chrétiens laïques reparurent devant les
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tribunaux, mais non pasTÉglise, qui garda sa juridiction particulière et, par suite, son indépendance. Sa jurisprudence et ses lois étaient bien supérieures à celles des barbares, et son exemple contribua autant que ses préceptes à ti*ansformer par degrés la grossière justice des barbares, à y introduire la preuve écrite, à en exclure ces épreuves absurdes et sanglantes qui prouvaient la simplicité des juges et non pas T innocence de l'accusé.
Si TEglise attaquait Tidolàtrie, elle se défendait contre les hérésies, et c^était la partie la plus laborieuse de sa tâche. Partout où le christianisme éveillait les esprits et les attirait vers les redoutables questions que résolvent ses dogmes, il suscitait, eu même temps que la foi, le doute et la controverse. L'Occident, à peine éclairé, avait enfanté une hérésie nouvelle, celle de Pelage, qui mettait la liberté deThomme nu-dessus de la grâce divine, et soutenait que la volonté humaine était par elle-même capable de faire le bien. Cette opinion, empreinte du génie de TOccident, tendait à détruire les rapports de dépendance que l'Église catholique avait établis et multipliés entre l'homme et Dieu. L'humilité chrétienne, qui a pour fondement la croyance au néant de la force de Thomme et à la corruption originelle de sa volonté, était compromise. Le concile d^Éphèse, en 431, condamna cette hérésie, déjà frappée par le synode de Carthage, mais accueillie avec faveur par la Gaule et la Grande- Bretagne, et prête à gagner l'Orient par l'Afrique. L'Orient était toujours le terrain le plus propice pour l'hérésie : elle y croissait et multipliait sous tous les
noms : c^était le manichéisme renaissant sous les persécutions; c^était Nestorius.et sa doctrine sur la mère de Jésus-Christ, qu'il refusait d'appeler la mère de Dieu. Ephèse, Alexandrie étaient ensanglantées par les débats que soulevait cette opinion, et. surtout pai les luttes acharnées de quelques. hommes qui recouvraient de la subtilité de ces querelles la violence do leur ambition. .L'école d'Edesse, où venaient se for* mer les missionnaires de l'Asie, était nestoricune, et par elle F Assyrie et la Perse furent conquises à l'hérésie; elle domina encore l'école syriaque de Nisibe et gagna par elle l'Arabie, l'Inde, la Tartarie et la Chine. L'hérésie d'Eutychès sur l'incarnation vint se joindre à celle de Nestorius pour arracher l'Orient à l'orthodoxie; un concile à Éphèse l'avait sanctionnée; mais le concile de Chalcédoine, présidé par les légats du pape, la condamna. Cependant toutes ces querelles n'agitaient que l'Orient, qui semblait éternellement voué aux hérésies, et que d'ailleurs l'islamisme allait arracher à l'Eglise. C'était pour elle un danger plus menaçant que de voir l'arianisme dominer les plus éclairés de ces barbares sur lesquels elle comptait pour la régénération du monde. Les Goths d'Espagne et d'Italie, les Vandales d'Afrique , les Goths et les Bourguignons du midi de la France . étaient ariens, c'est-à-dire invinciblement séparés de l'Église catholique; car, s'il est facile de faire échanger à un peuple de grossières croyances pour une religion supérieure, il est presque impossible de persuader à un peuple récemment converti qu'il iaut l'être • encore, à un peuple déjà chrétien qu'il faut épurer sa foi. Pour les
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races à peine échappées à l'idolàtiîe, les hérésies sont des nuances; il leur suffit d*étre ou de se croire chrétiennes.
Opprimée en Afrique, TÉglise orthodoxe était libre parmi les ariens de l'Europe , et ceux-ci espéraient vivre en paix avec elle parce qu'ils ne la persécutaient pas ; mais une liberté impuissante ne suffisait pas à rÉglise : il fallait qu'elle fût conquérante et dominatrice*, elle ne voulait pas être tolérée, mais obéie. Ce fut alors qu'elle jeta les yeux sur cette race germanique qui venait d'envahir le nord de la Gaule et qui essayait de s'y agrandir; elle l'arrêta, pour ainsi dire, au passage pour la faire catholique, et lui livra la Gaule pour y régner par sa victoire. Le baptême de Clovis fut le sceau de cette alliance, et ses successeurs la confirmèrent. La défaite des Goths et des Bourguignons, et plus tard la ruine des Lombards et la conversion de la Germanie « furent les suites heureuses de l'entrée des Francs dans l'Eglise de Rome. Appuyée V naguère encore sur ces empereurs romains qui l'avaient élevée au pouvoir, l'Eglise se félicita de les avoir remplacés, après leur chut^, par des alliés plus constants et plus dociles; elle tenta de leur donner la même puissance, puisque cette puissance devenait la sienne, et de là viennent ces efForts persévérants de l'Eglise pour relever dans la personne des rois francs l'autorité des empereurs. Elle veut fonder parmi les barbares une monarchie romaine, forte au dedans pour imposer aux conquérants les lois et l'influence bienfaisante de la religion, forte au dehors pour la répandre par la guerre. Elle ne réussit pas à relever le pouvoir impé-
rialy et, loin d* arrêter le mouvement qui emportait le momie barbare vers la féodalité , elle dut le suivre et entrer elle- même dans cette nouvelle organisation de la société germanique; mais elle réussit à s'étendre avec Taide des Francs et à conquérir, tantôt par leurs armes, tantôt par la parole de ses missionnaires, la Grande-Bretagne et la Germanie.
Ce ne fut pas seulement en lui donnant dans le monde un instrument de conquête que Tinvasion des Francs fat heureuse pour l'Eglise. Elle remplit la Gaule de trouble et fit des évêques les défenseurs naturels des cités. La société civilisée du pays se resserra autour d'eux; on leur obéit parce que les barbares les respectaient ; ils devinrent des intermédiaires ebtre les vainqueurs et les vaincus, et on leur tint compte des maux qu'ils avaient parfois su détourner. Si Ton considère encore que le clergé était Tasile de l'élite de la société romaine, qu'au milieu de la barbarie envahissante il avait gardé quelque culture, et que ce peu de lumière était sans cesse entretenu par des relations avec l'Orient ou l'Italie, on comprendra que, malgré les fréquentes saillies de l'esprit barbare plutôt contenu qu'éclairé, l'Eglise avait, entre ces popu • lations opprimées et ces conquérants à demi dociles, un beau rôle à remplir, une situation élevée à défendre et à conserver.
L'introduction dans l'Occident de la vie monastique vint en aide à l'Eglise pour agir sur l'esprit des peuples qu'elle gouvernait, et pour s'établir chez ceux qu'elle voulait soumettre. Dans l'Orient, la coutume de se retirer de la vie commune pour se livrer sans
trouble à la méditation, est aussi ancienne que la religion elle-même. Le bouddhisme avait dispersé dans les forêts de Tlnde de nombreux solitaires adonnés à une vie contemplative et attendant, dans de saintes mortifications et dans une extatique espérance, le jour qui les affranchirait du monde et de la vie. Des monastères s'établirent aussi dans des lieux écartés ou sur de hautes montagnes, et un grand nombre d'hommes y passèrent leur vie à méditer les vérités de la religion, et à en pratiquer les devoirs. Lorsque le chris^ tianisme eut apporté dans l'Europe orientale ces idées du détachement du monde et du mépris de la vie qui engagent insensiblement à chercher la solitude; lorsque la corruption des mœurs païennes, unie aux persécutions, rendit périlleux pour le chrétien le séjour des grandes villes ; lorsque enfin les troubles de l'invasion donnèrent un nouvel attrait à l'isolement et à la pauvreté, alors se répandirent en Syrie, en Egypte, en Afrique de nombreux solitaires, qui poussaient aux dernières extrémités les austères vertus du christianisme. Bientôt les monastères sortirent naturellement de la vie cénobitique, et la ferveur des âmes, surexcitée par le malheur des temps, en fit naître rapidement dans l'Italie et dans la Gaule. Milan, Vérone, Aquilée eurent alors leurs monastères, et en Gaule ceux de Ijcrins, de Saint- Victor, de Marmoutiers s'ouvrirent aux nombreux chrétiens qu'y conduisait un légitime déoroùt de l'état du monde.
Mais c'est le propre de l'Occident de communiquer aux institutions qu'il reçoit, comme à celles qu'il a créées, cet esprit de vie et cette activité féconde qui
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sont les marques distmctives de son génie. Ce ne fut donc pas pour une contemplation oisive que les diretiens d'Occident se réunirent dans la retraite. En quittant la société, ils n'en repoussèrent que les maux inutiles et que les agitations vaines; ils en gardèrent le premier devoir, Tobligation du travail. Un homnne vint alors qui consacra, par une règle sévère et intelligente, cette heureuse transformation de la vie monastique. Au commencement du sixième siècle, saint Benoit de Nursia inaugura, dans un monastère du moût Cassin, la nouvelle discipline qui devint celle de l'Europe monasiique tout entière. Le travail des mains et le travail de l'esprit se partagèrent heure par heure, la vie des moines, et firent de leur solitude un instrument de civilisation. L'agriculture et la copie des manuscrits occupèrent désormais une foule d'hommes dont la société régénérée n'oubliera jamais les services. Comme autrefois, la colonie romaine venait de la capitale assurer la soumission des vaincus et faire rayonner autour d'elle les mœurs et les lois de la grande république, ainsi vit-on, dans cette nouvelle conquête deTEurope, des monastères s'établir sur les pas des armées chrétiennes ou des missionnaires de l'Eglise, et reculer sans cesse autour d'eux, par le défrichement des forêts et par la prédication de l'Evangile, les limites matérielles et morales du monde civilisé.
liODlffaee.
Ce fut avec ces armes, puissantes dans leur diversité, que Grégoire le Grand attaqua de tous côtés ridolâtrie. L^AngleteiTe fut la première de ses conquêtes, et le tableau qu on nous en a laissé suffit pour nous faire concevoir comment s^accomplit en général rintroduction des races barbares dans le christianisme. Dès le quatrième siècle, le catholicisme avait gagné rirlande, et dans le courant du sixième siècle, les disciples de saint Patrick la couvrirent de monastères, d'où sortirent des missionnaires pour le continent. Cependant, le pays de Galles était chrétien et FEcosse devenait chrétienne, que les Ânglo-Saxons gardaient encore l'idolâtrie de leurs pères. Grégoire le Grand avait vu sur les marchés de Rome des esclaves enlevés à leur pays; la beauté de cette race Témut d'admiration et de pitié. Il leur envoya quarante missionnaires sous la conduite du moine Augustin. Ceuxci passèrent en Angleterre avec l'aide des rois francs, desquels le pape avait réclamé la protection. Ils débarquèrent dans nie de Thanet, passage de tous les conquérants du pays, et furent reçus dans le Kent par un roi saxon dont la femme était chrétienne. Le rôle des femmes fut très-actif dans la conversion des barbares, et l'Eglise leur doit une grande part de ses progrès. Ce que Clotilde avait fait pour Clovis, la femme du roi Ethelbert le fit pour son époux, et nous
pourrions compter de nombreux exemples de ces
victoires domestiques qui soumettaient tout ua peuple en gagnant un roi.
Augustin devint évêque du pays de Kent et y aflermit, en se faisant donner des terres, la domination de TEglise. Il reçut du pape, avec le pallium, les instructions les plus sages et les plus habiles, bien propres à nous montrer avec quel art TÉglise détachait peu à peu les peuples de Tidolâtrie : « Vous direz à Augustin qu'après de mûres et de sages réflexions sur Taffaire du peuple anglais, j^ai arrêté dans mon esprit plusieurs points importants : en premier lieu, il faut se garder de détruire les temples des idoles ; il ne faut détruire que les idoles, puis faire de l'eau bénite, en arroser les temples, y construire des autels, et y placer des reliques. Si ces temples sont bien bàlis, c'est une chose bonne et utile qu'ils passent du culte des démons au service du vrai Dieu ; car tant que la nation verra subsister ses anciens lieux de dévotion, elle sera plus disposée à s'y rendre, par un penchant d'habitude, pour adorer le vrai Dieu. Secondement, on dit que les hommes de cette nation ont coutume d'immoler des bœufs en sacriBce; il faut que cet usage soit tourné pour eux en solennité chrétienne, et que le jour de la dédicace des temples changés en églises, ainsi qu'aux fêtes des saints dont les reliques y seront placées, on leur laisse construire, comme par le passé, des cabanes de feuillage autour de ces mêmes églises; qu'ils s'y rassemblent, qu'ils y amènent leurs animaux, qui alors seront tués par eux, non plus comme offrandes au diable, mais pour des banquets chrétiens, au nom et en l'honneur de Dieu, à qui ils rendront
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grâce après s'être rassasiés. C'est en réservant aux hommes quelque chose pour la joie extérieure que vous les conduirez plus aisément à goûter les joies intérieures. » De nombreux détails se joignent à ces instructions générales et attestent, aussi bien que les usages traditionnels de TÉglise envers les peuples qu'elle tente de convertir, Tintelligente élévation de l'esprit qui les a dictés.
Augustin essaya d'amener à reconnaître la suprématie de Rome et à entrer dans le mouvement général du catholicisme les églises du pays de Galles, où s'était conservée, avec quelques rites particuliers, une habitude générale d^ndépendance. Il ne put réussir; le sang des moines de Bangor fut inutilement versé, et il fallut un siècle aux successeurs d'Augustin pour étendre l'empire de Rome sur l'Eglise celtique. Dans le pays même où Augustin avait inauguré le christianisme, d'inévitables réactions l'exposèrent à périr. L'habileté des missionnaires à profiter des moindres circonstances favorables finit par triompher de tous les obstacles. IjC Northumberland fut attaqué et conquis à son tour par un évêque romain, Paulin, que le pape avait sacré d'avance archevêque d'York. Une femme chrétienne fut donnée à Edvsrin, roi du pays, et aida l'évéque à le soumettre. Il fut converti et convoqua le conseil des principaux magistrats et guerriers de la nation, pour donner un avis sur la religion nouvelle. C'est dans ce conseil que fut prononcé ce discours que les chroniques ont conservé et qui nous montre, au sein de la vie agitée de ces rudes guerriers, ce vague souci de la vie à venir et ce désir de la con-
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naître, qui sont les voies les plus sûres de la religion pour s'insinuer dans le cœur de Thomme. « Roi, dit un guerrier, tu te souviens peut-être d*une chose qui arrive parfois dans les jours d'hiver, lorsque tu es assis à table avec tes capitaines et tes hommes d*armes, qu'un bon feu est allumé, que ta salle est bien chaude, mais qu'il pleut, neige et vente au dehors. Vient un petit oiseau qui traverse la salle à tire-d'aile, entrant par une porte, sortant par l'autre : l'instant de ce trajet est pour lui plein de douceur, *il ne sent plus la pluie ni l'orage ; mais cet instant est rapide ; l'oiseau a fui en un clin d'œil, et de l'hiver il repasse dans l'hiver. Telle me semble la vie des hommes sur cette terre, et son cours d'un moment, comparé à la longueur du temps qui la précède et qui la suit. Ce temps est ténébreux et incommode poumons. Il nous tourmente par l'impossibilité de le connaître ; si donc la nouvelle doctrine peut nous en apprendre quelque chose d'un peu certain, elle mérite que nous la suivions. » Tel fut, dans sa poétique naïveté, cet appel adressé par les hommes du nord au christianisme,, contre cette douloureuse inquiétude qui est partout l'apanage, la gloire et le tourment de l'esprit humain.
Les Anglo-Saxons de l'est, jusque-là flottants entre l'idolâtrie et le christianisme, furent décidément convertis par l'influence du Northumberland devenu chrétien. Le Wessex entra définitivement dans l'Église Le pays dé Mercie y fut entraîné par une femme qm convertit le roi et par lui le royaume. Enfin, vers la fin du septième siècle, le Sussex devint catholique.
L'Angleterre convertie et l'Irlande devenue ïlle
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des SaintSf étendirent sur le continent Tinfluence chrétienne, purifiant la Gaule des restes de Tidolâtrie et attaquant la Germanie. Saint Golomban vînt du couvent dé Bangor fonder les monastères de Luxeuil et de Fontaine. L'Helvétie geimanique fut ouverte par ses disciples à TEvangile, lorsque Golomban lui-même eut été chassé ^de Luxeuil, pour avoir repris avec la liberté chrétienne les désordres de Brunehaut et du roi d^Austrasie. Ges disciples fondèrent Tabbaye de Saint- Gall et deux autres abbayes qui devinrent les villes de Zurich et de Luceme. Les missionnaires anglosaxons commencèrent la conversion de la Frise. Un Northumbrien, Willebord, apôtre infatigable, fonda Févêché d'Utrecht, convertit les Saxons de Tembouchure de TEIbe et mourut, épuisé par quarante ans d*an glorieux apostolat. Son disciple Winfrid poursuivit ses conquêtes; il fit entrer les Hessois et les Thuringiens dans l'Eglise. Grégoire II le nomma évéque de Germanie, et l'appela Boniface. Grégoire III lui conféra le pouvoir d'ériger des évéchés parmi les peuples convertis. Il fonda ceux de Saltzbourg, de Frisingue, de Passau et de Ratisbonne, et, devenu luimême évêque métropolitain de Mayence, dirigea de ce siège les efforts de ses disciples. Mais il ne put se résigner au repos, et, exposant de nouveau sa vieillesse, s'enfonça dans la Frise païenne. Il mourut le 9 juin 755, assassiné sur les bords du Zuidersée, martyr de TËvangile et de la civilisation.
Ill« AffraneblMieBieiit de la papaaté.
Les derniers Mérovingiens avaient prêté leur appui aux convertisseurs de l'Angleterre. Les premiers Carlovingiens protégèrent ceux de la Germanie, et le plus grand de leur race acheva l'œuvre de la prédication par la guerre. Si les Carlovingiens aidèrent TEglise à s'étendre, ils contribuèrent à l'organiser, et ce fut grâce à eux que la papauté assura sa liberté, qui était son premier pas vers la toute-puissance. Allié aux rois de rOccident, le siège de Rome ne trouvait plus dans ses relations avec l'empire de Gonstantinople qu'une marque inutile de dépendance. Lorsque Léon l'Isaurien, soutenant les iconoclastes, voulut faire exécuter en IlaHe son édit pour la destruction des images, le pape saisit avec joie l'occasion de briser ce dernier lien et proclama l'indépendance de l'Eglise dans une lettre énergique où il menaçait l'empire d'Orient de la belliqueuse piété des barbares. L*événement confirma ses paroles : le préfet impérial de Rome fut cJiassé par les habitants, qui reconnurent le pape pour souverain.
Mais les barbares eux-mêmes menacèrent aussitôt la papauté d'une oppression plus réelle et plus voisine que celle des empereuis. Les Lombards ariens avaient envahi l'exarchat de Ravenne et pouvaient emporter Rome. Le pape appela les Francs, ses alliés naturels^ c'était le moment où les Héristal allaient renverser les Mérovingiens. L'Église les y aida, et, sacrant Pépin, éleva ainsi son futur protecteur. Le roi franc passa deux fois les Alpes, battit les Lombards, leur arracha
l'exarchat et le donna au saint-siége. Le clergé des Gaules, admis par Pépin aux assemblées nationales, travailla de nouveau à relever, avec les formes de Tadministration romaine, un empire d^Occident.
Le règne de Charlemagne fut l'éphémère accomplissement de cette grande pensée de TEglise. Elle trouva en lui un protecteur, et, ce qui était inévitable, un réformateur. L'épiscopat, où le nombre des barbares s^accroissait tous les jours, tendait naturellement, comme F aristocratie elle-même, à la féodalité, et fut pour un temps arrêté dans cette voie par Charlemagne. Il voulut organiser rÉglise comme le reste de son empire, nomma des évêques, régla renseignement ecclésiastique et la prédication, et faillit, troubler la chrétienté en faisant proscrire le culte des images par le concile de Francfort. Il se laissa ramener à Torthodoxie par le pape Adrien ; mais il avait montré à rÉglise, une fois de plus, que la protection des puissances temporelles n'est jamais sans péril. Son fils Louis secondait, dans le midi de la Gaule, ce mouvement réformateur. Saint Benoit d'Âniane y avait rétabli dans toute sa vigueur la règle bénédictinie. La mort de Charlemagne vint bientôt rendre au clergé sa complète indépendance, et la faiblesse de Louis le Débonnaire laissa la papauté s'élever par degrés audessus du pouvoir qui l'avait affranchie et quelque temps dominée.
Ce pouvoir était d'ailleurs diminué tous les jours par l'envahissement de l'aristocratie et de Tépiscopat. Pendant que les Eglises tendaient à vivre dans l'isolement et que les évéques prenaient leur rang dans la féoda-
lité naissante, la papauté, qui voulait en&n revendî* quer pour elle-même cet empire de TOccident, qu^elle avait en vain tenté de reconstituer par la main des Francs, continuait à s^affranchir de TOrient et à marcher, à travers mille obstacles, à une complète suprématie sur les Eglises presque émancipées. A cette époque de respect pour la tradition, ce fut un coup de foudre pour les partisans de Tindépendance épiscopale que Texhumation de certains actes des premiers papes qui établissaient clairement leur supériorité absolue sur les évéques, en matière de foi et de discipline. Ce recueil était une longue supposition d^actes imaginaires, et le nom de Fausses Décrétales lui est définitivement resté. Mais la critique n'existait pas alors, et cet audacieux mensonge, s'imposant aux esprits, fut l'origine d'une grande révolution. Tandis que rOccident paraissait se soumettre a ces titres accablants, rÉglise d'Orient se révolta ouvertement contres eux, se déclara indépendante de celle de Rome, et même souveraine en droit, depuis que l'empire était transféré à Constantinople. C'était oublier que l'invasiou avait changé, avec l'équilibre du monde ancien, le centre de la civilisation. Le patriarche de Constantinople fut déclaré hérétique et le schisme commença.
Cependant le temps de la domination n'était point venu pour la papauté. Elle n'est encore qu'indépendante, et cette indépendance même est précaire. La papauté, comme toute l'Eglise, à la mort de Charlemagne, a hérité de cette liberté mobile et toujours exposée qui est l'élément du monde féodal. Evêque, abbé, chacun s'isole et devient maître dVne parcelle
de TEglise. Les désordres ciîoissent avec Tiadépendance individuelle, et les esprits éclairés essayent en vain d^y porter remède. Il faudra que la papauté lutte elle-même contre la féodalité, s'en affranchisse avant de la soumettre; qu'elle s'élève enfin par degrés à cette monarchie universelle qui sera inaugurée par un grand homme, après une lutte remplie de vicissitudes. Nous avons vu le christianisme conquérir la barbarie, quelquefois par la violence, plus souvent par la persuasion : l'Europe ne peut oublier les noms glorieux dos Grégoire le Grand, des Colomban et des Boniface. Partout l'influence de rE«:lise a été salutaire. Elle a donné aux Visigoths d'Espagne, ramenés à l'orthodoxie, des lois humaines; etensouifrantparfois de la contagion des mœurs barbares, elle les a , en général, rendues meilleures. Enfin elle a tente avec les rois francs la vaste restauration d'un empire régulier, et s'est associée avec intelligence aux efforts, malheureusement inutiles, du plus grand des barbares, pour hâter le terme de la barbarie et pour avancer l'heure de la civilisation de l'Occident.
ET SON DÉVELOPPEMENT JUSQu'a. LA FIN