‹ Essai sur l'hydrocéphaliteChapitre 10 sur 27 · ÉTYMOLOGIE, DÉFINITION ET SYNONYMIE · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIE, DÉFINITION ET SYNONYMIE

Le mot Hydrocéphale est composé de deux racines grecques qui peignent assez bien l’idée qu’on s’est faite de la maladie : udôr , eau , et kephalê , tête. On a ensuite joint les mots français aigue ou chronique , pour indiquer la rapidité ou la lenteur de ,1a marche de la maladie*

Les differentes définitions qui ont été données de l’hydrocéphale aigue sont toutes basées sur l’idée qu’on s’est successivement formée de la nature de îa maladie. Les uns , et c’est le plus grand nombre , la définissent , d’après sa dénomination : hydropisie aiguë ou accumulation rapide d’un fluide séreux dans les ventricules du cerveau ; les autres , un peu moins nombreux , l’appellent une inflammation de la membrane séreuse des ventricules; et quelques-uns, en plus petit nombre , la désignent comme une fièvre cérébrale essentielle. Quant à moi , je définirai cette maladie, une exaltation des propriétés organiques de l’arachnoïde ventriculaire , dont la terminaison nécessaire est une augmentation de l’exhalation séreuse.

C’est encore d’après l’idée que chaque auteur s’est faite de la nature de la maladie, qu’il a cru devoir adopter telle ou telle dénomination. Le plus grand, nombre avec Whytt et Fothergill , considérant l’affection comme une hydropisie , l’ont appelée Hydrocéphale interne , ou Hydropisie des ventricules du cerveau ; Fothergill avait déjà senti l’insuffisance de cette dénomination, puisqu’il avoue ne devoir s’en servir que jusqu’à ce qu’on ait trouvé un nom plus convenable ; effectivement elle ne distingue pas cette maladie de l’Hydrocéphale congéniale dont le siège est intérieur.

Pour obvier à cet inconvénient, les uns ont dit :

Hydropisie ou Hydrocéphale aiguë ; les autres , Hydropisie ou Hydrocéphale active. Le D.r Anglais Yeats a substitué le mot Hydrencéphale , dont l’étymologie grammaticale est peut-être plus exacte mais plus dure que l’expression Hydrocéphale, sanctionnée parl’emploh qu’en ont fait tous les anciens; il n’offre rien de

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plus à l’ esprit du lecteur, et ne peut être appliqué aux cas d’Hydrocéphale , où le liquide a son siège à l’extérieur du cerveau. M. Coindet l’a adopté dans sa monographie, et en est si peu satisfait lui-même qu’il dit : « Peut-être aurais-je mieux rempli mon but en la dénom inant : Cephalitis interna Hydrencephatica. a Sauvages , l’ayant regardée connue une espèce de convulsion , l’appelle Eclampsia ab Hydrocéphale ( i ). Catien lui a donné le nom d’ Apoplexie hydrocéphalique; en quoi le D.r Gain l’avait devancé en y joignant le mot enfant ile. Maçbride ,1e premier, l’a rangée parmi les fièvres , sous le nom de fièvre hydrocéphalique , dont il fait une variété de la fièvre inflammatoire. L’assimilant ensuite à la fièvre ataxique, M. Marcelin Chardel a proposé, dans sa dissertation inaugurale, la dénomination de fièvre cérébrale , dont M. Collinel s’est efforcé de prouver la bonté , également dans sa dissertation inaugurale. MM. Gardien et Capuron n’ont rie il négligé de leur côté, pour faire prévaloir cette dénomination. Le professeur Hecker , de Berlin, l’appelle tantôt febris nervosa , cephalica , tantôt febris gastrica , verminosa hydrocéphalie a , selon la manière dont il l’a envisagée.

Pour quelle dénomination se décider ? Chacune compte en sa faveur des hommes c^un grand mérite : cependant le mot Hydrocéphale interne , aiguë ou active , réunit avec juste raison les suffrages les plus nombreux ; et si je me permets de proposer à sa place

(i) îl dit qu’elle était vulgairement connue sous le nom des eaux dans le cerveau.

le mot Hyârocêphalite , c’est qiwl me semble préférable à la longue périphrase employée , et qu’il exprime i assez bien la nature de la maladie, ainsi que j’aurai occasion de le dire plus loin.

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CAUSES PRÉDISPOSANTES.

Combien doivent être multipliées les causes de Inaladies sur un organe physiologiquement lié à tous les autres organes, et renfermé dans une cavité qui ne le protège qu’imparfaitement contre l’action des agens extérieurs ! Sa disposition anatomique et la nature de ses fonctions , sont donc la prédisposition qui se présente la première ; et elle mérite la plus grande attention , la circonstance la plus insignifiante devenant pour le cerveau une cause de maladies effrayantes. Sur la peau , nous voyons tous les jours le simple chatouillement produire les convulsions , amener des attaques d’épilepsie et même la mort. Les plaies les plus légères , les simples égratignures sont trop fréquemment suivies des mêmes accidens, pour qu’il soit besoin de les rappeler. Sur les organes des sens , on a vu l’impression d’une lumière trop vive, d’un bruit subit et trop fort , décider le délire , les convulsions et une mort subite. Les effets funestes des odeurs quelquefois les plus suaves , sont assez connus de tout le monde.

C^esi avec les organes digestifs que le cerveau entretient plus particulièrement un commerce de sympathies actives et passives. Un coup à la tête , une inflamma*^

SUA l’hYDROCEPHALITE.

tion cérébrale, dérangent les fonctions gastriques : et réciproquement une surcharge de l’estomac, une altération quelconque des organes digestifs * produit sur le cerveau des effets trop connus pour devoir être signalés. M. Lespagnol a, dans un excellent mémoire, porté une attention toute particulière sur la fréquence des phlegmasies cérébrales , déterminées par celles des voies digestives. Hippocraie , Baglivi , Sydenham avoient eu occasion de l’observer , et J. H. Rahn en avait déjà fait le sujet de ses réflexions (i).

Enfin il n’est aucun appareil , aucun viscère, aucun organe , aucun tissu , qui ne réagisse avec force sur l’encéphale , et n’y détermine mille affections variées. Tissot et le professeur Beaumes ont réuni le plus grand nombre des faits curieux sur cette susceptibilité sympathique du cerveau.

Prédispositions constitutionnelles. On ne se refusera pas à admettre une constitution originairement disposée à contracter FHydrocéphalite , si la maladie survient plus particulièrement chez les enfans dhm même tempérament , d’un même caractère , et sur-tout chez ceux d’une même famille ; or , les observateurs fournissent de nombreux exemples de ce genre de prédispositions. Sauvages donne la constitution scrophuleuse comme la plus disposée à contracter cette maladie ; le D.r Cheyne partage son opinion et y joint le tempérament lymphatique. Fothergiil , Odier , M, J adelot et le plus grand nombre des médecins , ont

(0 Mirum inter coput et viscera ahdominis commercium. Goett. î77î>

3o ■- ESSAI

désigne comme les plus sujets à l'Hydrocéphale aiguë, non pas les enfans les plus délicats, les plus faibles , les plus mous ou les plus sots ; au contraire , ceux qui sont robustes, vifs, sanguins, actifs, nerveux , et trèsavancés pour leur âge , au physique comme au moral. La même remarque a été faite pour les adultes , et ce sont les personnes d’un tempérament sanguin , nerveux, et celles d’une taille apoplectique , qui présentent un plus grand nombre d'Hydrocéphaiites.

Ces prédispositions constitutionnelles peuvent être connées, de nativité ou héréditaires. Elles sont connèes , lorsque les enfans reçoivent les matériaux de leur développement et de leur nutrition , de parens d’une compîexion faible , délicate et nerveuse ; de parens atteints de quelques maladies , et plus encore peut-être, de mères dont les écarts en tous genres doivent , pendant la grossesse , apporter une influence bien marquée sur la frêle organisation de l’embryon ou du fœtus. Barailon (i) insiste beaucoup sur une grossesse orageuse , et sur la grande quantité de boisson que la mère aura été obligée de prendre : il les regarde comme une cause fréquente de la prédisposition qu'apportera l’enfant à l'Hydrocéphale aiguë.

Elles sont de jiatiHté 9 lorsqu' étant renfermé dans l’utérus , le fœtus a reçu directement ou médiatement l'impression d’une chute qu’a faite la mère , ou d'un coup porté sur l’abdomen : lorsqu'au moment de l'enfantement, la tête a été fortement froissée par un bassin étroit; l’application des fers; des manœuvres nécessai-

(i) Mémoires de la Société Royale de Médecine, 1784.

SUR l’iï YD RO CE PH ALITE. 5î

res ou imprudentes, pendant ou immédiatement après l'accouchement; la compression du col par le cordon, sa torsion dans le pelotonnement : lorsqu’enfin il a éprouvé des maladies qui ont porté une atteinte profonde à son organisation (i).

Elles sont héréditaires , lorsque les parens , ayant joui des mêmes prédispositions , les ont transmises à leurs enfans. Ce point de doctrine n’a pas encore été parfaitement éclairci : les prédispositions connéessoxit héréditaires, mais elles ne présentent pas une disposition plus particulière à l’Hydrocéphalite , qu’à toute autre espèce de maladie convulsive ou cérébrale. Estdl prouvé que des pères qui ont eu cette affreuse maladie , aient donné îe jour à des enfans qui en aient été atteints à leur tour ? L’expérience est encore muette^ D’un autre côté, les exemples multipliés de plusieurs familles ravagées par cette affection terrible , déposent en faveur d’une prédisposition vraiment héréditaire. Armstrong a vu succomber à cette cruelle maladie plusieurs enfans d une même famille ; Underwood en a vu périr à l'âge de deux ans successivement six de la même famille : l’un et l’autre ont vérifié par l’antopsie la nature de la maladie. Odier a depuis observé que cette disposition à l’Hydrocéphalite , était plus grande dans certaines familles que dans d’autres ; il a vu trois pères perdre chacun deux de leurs enfans : il en conclut une disposition héréditaire, qui doit faire tout craindre pour

(i) 11 serait ridicule aujourd'hui de mettre en discussion si le sang, le sérum et autres liquides qui restent en stagnation dans le bout du cordon, peuvent disposera l’Hydrocéphalite , ainsi que scia a été admis par de graves auteurs pour l’épilepsie, etc.

un enfant dont le frère aura été la proie de l’hydropisie des ventricules. Jonh Cheyne croit également à l’hérédité, ayant vu quatre enfans de la même famille mourir successivement , et onze dans une autre. M. Gaultier de Glaubry dit que trois enfans de M. G.... pharmacien à Blois, périrent d’Hydrocéphalite presque tous au même âge. Il connaît une autre famille qui a h déplorer la perte de sept enfans victimes de cette affection. M. Itard nous apprend que la Société de Médecine de Paris , consultée sur les précautions qu il y aurait a prendre pour préserver le seul rejeton dune famille qui avait vu successivement ses autres enfans , au nombre de trois y succomber à cette terrible maladie , recommanda , mais inutilement , de dépayser lr enfant , etc. Il serait facile de grossir le nombre des citations ; et moi-même je connais une famille qui , après avoir perdu trois enfans , a eu le bonheur de voir survivre le quatrième par les talens et les soins empressés de M. Montain jeune , ancien chirurgien en chef de l’hospice de la Charité de Lyon. Tout cela ne prouve pas que les païens aient jamais eu la maladie. Ce n’est donc que par des observations ultérieures, qu’on pourra substituer les preuves aux; conjectures et aux probabilités. Pourquoi , parmi les maladies nerveuses et cérébrales , l’Hydrocéphalite presque seule ne serait - elle pas héréditaire ? On sait tout ce qu’on a à craindre pour le fils d’un père mort d’épilepsie, d^apoplexie, de paralysie ou d’hypocondrie. M. Coindet vient encore fortifier ces probabilités, en assurant avoir soigné plusieurs enfans, dont le père et la mère avaient des frères ou des sœurs qui y avaient succombé.

J3e quelque cause que naissent ces prédispositions »

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Yôici en général les signes auxquels on pourra les reconnaître : volume de la tête plus considérable , forme ronde plutôt qu’ovale , saillie des frontaux et enfoncement des yeux ; habitude du corps tantôt grêle , tantôt pléthorique , mais ferme; peau fine et blanche; visage tantôt pâle , tantôt coloré, quelquefois dJun seul côté , ou variant rapidement; mobilité nerveuse excessive; sommeil court, souvent agité et troublé par des cris subits ou des terreurs paniques ; caractère vif , pétulant, impatient, et même colérique; les yeux vifs, et ayant quelque chose de hagard par leur vivacité même; tressaillement pour la moindre cause, la plus petite frayeur ; ordinairement constipation , couleur et consistance variables des selles.

Climat. Nous avons déjà vu que Tissot avait pensé a tort que l’Hydrocéphale aigue était particulière à Edimbourg. A mesure qu’elle devient plus connue $ elle n’est plus la maladie d’un pays, mais celle de tous* Observons cependant que c’est dans les contrées tempérées de l’Europe et de l’Amérique , qu’ont été recueillies presque toutes les observations que nous possédons. Les régions méridionales et glaciales auraient - elles le privilège d’être exemptes de cette affection? ou bien, ce qui me paraît plus vraisembla-' ble d’après la saison où règne plus particulièrement l’Hydrocéphalite , les médecins de ces contrées ne lui ont-ils pas encore prêté toute l’attention quelle mérite? L’air vicié des villes, l’éducation trop molle qu’on y donne aux enfans , et mille autres circonstances en rendent le séjour plus favorable au développement de l’Hydrocéphale aiguë : cette remarque est généra-* Jement reconnue.

Saisons. Depuis Whytt , on a cm que î’Hvdrocépbalite se montrait plus fréquemment en été que dans les autres saisons ; c’est aussi l’époque de l’année que MM. Ckeyne et Jadelot ont sur-tout désignée. L’action directe des rayons du soleil sur la tète paraît alors avoir beaucoup d’influence sur la production de la maladie : la cinquième et la septième observation de M. Matthcy , une du D.r Coinâet , ont reconnu cette cause. D’après les registres tenus régulièrement par M. Terras , M. Coindet à trouvé que, pendant dix ans ? la maladie était plus commune dans les mois de F évrier, Mars, Avril et Novembre, et Tassimile, par cette raison , avec les fièvres éruptives et catarrhales. Je ne sais jusqu’à quel point cette opinion est fondée ; mais la plupart des faits que j’ai eu occasion d’observer , correspondent aux mêmes époques : cinq seulement se sont présentés pendant les chaleurs de l’été. Jusqu'à ce que de nouvelles observations viennent infirmer ou assurer l’une ou l’autre de ces opinions, je regarderai toutes les saisons comme également propices à l’Hydrocéphalite.

Age. Trop long-temps, d’après les observations de Whytt , on a regardé l’Hydrocéphale aiguë comme l’apanage de l’enfance. Cette manière de voir a, n’en doutons point > contribué à ralentir les progrès de l’art sur l’histoire de cette maladie. On ne met plus en doute aujourd’hui si elle peut affecter les adultes. Fothergill l’a rencontrée deux ou trois fois de io à 3o ans, deux fois de 70 à go, et il cite l’observation de Huck sur une femme qui avait 3 2 ans. Odier l’a observée sur un homme de 35 ansj M. Bord , sur un

sur l’hydrocéfhàlite. 35

homme de 5o. Elle s'est présentée une foî? dans ma pratique sur un homme de 34 ans.

Tous les bons observateurs conviennent qu’elle appartient à tous les âges; mais qu’elle est plus particulière à l’enfance , et que c’est sur-tout de 2 à 5 ans qu'elle est plus fréquente, puis de 5 à 10. Très-rare au-dessous de 2 ans, Whytt , Underwood , Odier , etc. ont cependant eu l’occasion de la rencontrer à 6 mois. M. Gondinet ( 1 ) a voulu établir sur deux faits, que bien loin d’être particulière à l’enfance , l’Hydrocé* phalite était une maladie des adultes , et que c’était faute d’avoir bien observé qu’on avait pensé le contraire. Quoiqu’elle ne soit pas très-rare dans l’âge mûr, ainsi que l’a remarqué Baraiion , il me semble difficile de voir , dans l’opinion de M. Gondinet , autre chose que l’intention de se singulariser par une idée plutôt nouvelle que vraie et solide. Il n’ignore pas la prédominance du système cérébral dans l’enfance , et la facilité avec laquelle la tête , douée d’une activité beaucoup plus grande, reçoit à cet âge l’impression fâcheuse de toutes les causes morbifiques. Ce qui à 20 ans causera une fluxion de poitrine , à 4° une inflammation du foie, produira à 4 ans l’épilepsie, les convulsions et l’Hydrocéphalite.

Sexe, Je ne crois pas que l’Hydrocéphale aigue ait montré de la préférence pour un sexe plutôt que pour un autre. Le relevé de M. Bidault de Vilier , dans sa traduction des observations de Fothergill} donne vingt individus du sexe masculin sur 87 malades. Fothergill

(1) Annales de Montpellier, tome VI.

a vu aussi^a maladie sur un plus grand nombre de garçons. Cependant Ludwig pense que dans l’enfance l’hydropisie des ventricules est propre aux deux sexes, et que , passée cette époque, elle est plus particulière aux filles. Cheyne a suivi son opinion. Ils ont probablement sacrifié à l’idée que , conservant plus de susceptibilité nerveuse que les hommes , les femmes doivent être plus exposées à la maladie. S’il est vrai pourtant qu’ils aient vu un plus grand nombre de femmes malades, c’est un effet du hasard; et d’autres praticiens verront un plus grand nombre d’hommes malades , sans que pour cela , ni les uns ni les autres, soient en droit de rien conclure. Rien ne le prouve mieux que le relevé fait à Genève par Coindet rsur 209 malades, il s’est trouvé io4 garçons et io5 filles.

C’est a dessein que je parais omettre un grand nom-' brc de causes regardées comme prédisposantes : leur action devenant quelquefois assez subite pour produire la maladie , j^ai cru devoir, avec plus de raison, ne point les séparer des causes efficientes.

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