‹ Essai sur l'hydrocéphaliteChapitre 19 sur 27 · TERMINAISONS · texte numérisé non relu

TERMINAISONS

Abandonnée aux seuls efforts de la nature , LHydro* céphalite est-elle susceptible de se terminer par le retour à la santé? Le [).r Cheyne est de cet avis, et je crois qffil est le seul ; il n’est question que de la 3.e forme sous laquelle il présente la maladie à son début. Voici le passage inséré dans le Journal universel des sciences médicales : « La situation de l’enfant n’est pas pour cela entièrement désespérée , car souvent après l'apparition de la plupart ou même de tous les symptômes énumérés en décrivant les deux i.res formes de l’IIydrocépliale aiguë, la constitution du malade n’en est pas toujours abattue ; il y a des exemples dans ces cas d’une terminaison heureuse par les seules forces de la nature et sans ^intervention d’une médecine active. » Mais un peu plus loin , il nous dit qu’elle se termine si rarement par la santé sans les secours de l’art , que sa tendance la plus grande est par la destruction. Cependant une observation de y illam Report serait à l’appui de cette terminaison heureuse ; il raconte l’histoire d'un enfant qui fut abandonné à sa destinée et n’en guérit pas moins. Tout concourt à donner au mal le caractère fatal de la léthalité , sensibilité exquise du cerveau, délicatesse

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de sa structure , siège de l'épanchement , et résistance insurmontable des parois. Que les malades, livrés à eux-mêmes ou aidés de tout ce que la médecine a de plus puissant, guérissent ou succombent, ces deux modes de terminaisons ne se font pas toujours de la même manière; aussi a-t-on cherché à les apprécier, et M. Coindet a cru pouvoir établir huit terminaisons différentes : n’en a-t-il pas admis quelques-unes un peu légèrement et plutôt par analogie que diaprés l’observation ? Il est plus naturel de n’admettre que quatre espèces de terminaisons , qui peuvent , il est vrai , présenter elles-mêmes quelques variétés : ainsi je dirai que l’Hydrocéphalite se termine , i.° par la mort ; 2. 9 par la guérison; 3. 9 en laissant des suites morbides liées à la nature des fonctions de l’organe qui a été le siège de la maladie ; 4-Q en se transformant en une autre maladie.

i.° Lorsque la mort est la terminaison de l’Hydrocéphalite , et j’ai déjà observé qu’elle en était la plus fréquente , elle ne survient pas toujours de la même manière. Le plus souvent la compression du cerveau par la lymphe épanchée amène un assoupissement comateux , pendant lequel les enfans semblent abandonner progressivement la vie ; et comme il s’accompagne quelquefois de râle et de sterteur , il est assez commun d’entendre dire que le malade a été emporté par une attaque d'apoplexie. Fothergill compare cette mort à celle de ceux qui périssent par un enfoncement du crâne : car il y a très-peu de différence , dit-il, entre la compression qui va de la circonférence du cerveau à son centre, et celle qui est produite dans scs cavités intérieures par un fluide qui

sur l'hydrocéphalïte. ïi!>

repousse avec force leurs parois , et 3e cerveau luimême contre les os du crâne. Macbride nous a peint les convulsions emportant brusquement un enfant au milieu d’un calme trompeur de plusieurs jours. Le fils de M.me G..... m’a présenté cette terrible catastrophe. M. Ducasse , attribuant dans ces cas la mort à la résistance du crâne , pense que si cette boîte pouvait prêter à l’ampliation du cerveau, la maladie serait moins funeste ou moins promptement funeste : lorsque l’affection parcourt ses périodes avec régularité, la chose serait possible, et peut-être en résulterait-il quelquefois l’Hydrocéphale chronique; mais quand des symptômes très-intenses annoncent une altération profonde, le malade succombe , même avant que F épanchement ait eu le temps de se faire.

2.0 Le retour à la santé peut être prompt ou lent, sans crise apparente, ou après une évacuation abondante et critique. Il est rare qub la guérison soit rapide , cependant on en voit des exemples , et Odier en rapporte un. Il est plus ordinaire de voir le rétablissement s’opérer par degrés presqu’insensibles , par une vraie résolution. Après une durée illimitée des symptômes les plus graves, on observe leur diminution progressive : les convulsions s’apaisent, l’assoupissement est moins profond, le cri hydrocéphalique moins aigu et moins fréquent ; le malade semble entendre et voir, et bientôt il commence à répondre; sa tête reste encore lourde et pesante ; cependant il conserve un engourdissement presque paralytique. Toutes les fonctions se rétablissent peu-à-peu ; les fosses nasales s’humectent , la soif est moins vive , quelques ali mens légers peuvent passer et le vomissement se .dissipe; le

ilô ESSAI

ventre s’ouvre, et les déjections alvines reprennent leurs qualités naturelles; les urines reviennent à leur état ordinaire ; les exacerbations cessent , le pouls n’est plus aussi fréquent et devient plus fort et régulier; la chaleur du corps et la transpiration sont ramenées au type de la santé.

Cette guérison par âcrisîe est très^rare. Plus communément la santé ne renaît qu'après l’augmentation critique d’une évacuation naturelle. M. Cheyne a remarqué cette crise s’opérant par une abondante sécrétion d’urine , ou par une diapiiorèse excessive sur-tout de la tête : qu’ils fussent le produit du vis medicatrix ou du traitement employé, j’ai eu occasion, ainsi que beaucoup d’autres praticiens , d’observer ces deux modes de terminaisons. Les évacuations alvine9 augmentées ont aussi amené, par leur influence salutaire, le rétablissement du malade. Je ne doute point qu’on ne rencontre par la suite d’autres évacuations critiques , et je crois que déjà une salivation abondante a plus d’une fois jugé la maladie: M. Girard 9 de Lyon , a vu la sécrétion du mucus nasal beaucoup augmentée , après sa suppression pendant la durée de la maladie, être la véritable crise qui ramena la santé. Dans ces cas, l’Hydrocéphalite portée au plus haut degré d’intensité , perd de sa violence à mesure que l'évacuation critique s’établit. Cette influence est si vraie que , malgré les raisonnemens des détracteurs des crises, on a vu la maladie alterner quelquefois avec la crise elle-même , les symptômes reprendre ou perdre leur intensité, à mesure que l’évacuation critique diminuait ou augmentait. Enfin la convalescence se fortifie par la continuité de la crise.

Sür l’hydrocéphàiite, i tf Il serait important de désigner ici les jours critiques * Comme on l’a fait pour la plupart des maladies. Cette tâche est encore impossible à remplir , le médecin n’étant bien souvent appelé que lorsque le mal a déjà fait des progrès effrayans : alors il ne peut préciser 9 avec exactitude ^ à quel jour de la maladie on est parvenu, et son observation est perdue pour Fobjefc qui nous occupe. En général 5 la crise ne paraît pas commencer avant la fin du deuxième septénaire, et quelquefois du troisième ou même plus tard. Il est rare de l’observer avant , quoique je l’aie vue survenir au septième jour par un flux abondant d’urines chargées en couleur et tachant beaucoup le linge, qui se prolongea jusqu’au dix-septième jour que la con~* valescence fut bien décidée. Disons , par anticipation^ que ces voies de guérison que la nature emploie ne sont point suffisantes pour engager le praticien à les provoquer artificiellement. Les moyens qu’il mettrait en usage pourraient entraver la marche de la nature et paralyser ses efforts, en leur donnant une tendance différente de celle qui leur avait été imprimée. Il devra seulement chercher à reconnaître ou tendent ces efforts salutaires, et alors les favoriser par tout ce que Fart met en son pouvoir. — Lorsque cette terminaison a été franche et complète , il ne reste plus de traces de la maladie, non seulement pendant la vie , mais encore après la mort. Odier a eu l’occasion d’ouvrir, un an après l’avoir guéri de FHydrocéphalite , un enfant mort de toute autre affection : il n’a rien trouvé qui ait pu rappeler la première maladie.

3.° La cure de FHydrocéphalite rfest pas toujours •entière ; elle laisse bien des fois différentes lésions

toutes dépendantes du système sensitif. Odier a vu

des malades rester maniaques , d’autres imbécilles

pendant plus ou moins long-temps : il en a vu un chez

qui le rétablissement de la parole se fit beaucoup

attendre. Une des suites les plus fréquentes est la

paralysie des membres inférieurs. Toujours grave ,

elle l’est davantage chez les petits enfans; les mouve-

mens faciles et multipliés qu’ils exécutent avec les

mains, la tête, le col, empêchent de s’apercevoir de

l’immobilité des cuisses et des jambes enveloppées

dans le maillot , et la durée de la paralysie rend

ensuite plus douteux, les moyens qu’on dirige contre

elle. Les organes des sens peuvent aussi ne pas recou- %

\ rer le libre exercice de leurs fonctions ; l’on a vu la cécité et la surdité persister après la disparition de la maladie. Dans ces circonstances , la fonction qui doit rester altérée ne suit point la marche du rétablissement général; à mesure delà cessation des symptômes hydrocéphaliques, et lorsque tout est rentré dans l’ordre , elle atteste encore les ravages de la maladie , et demande, pour reprendre toute son activité, et du temps et de nouveaux médicamens.

4-° La conversion de l’Hydrocéphalite en une autre affection n’est pas rare. Tantôt la maladie consécutive semble la terminaison , ou plutôt la crise de l’Hydrocéphale aiguë ; tantôt elle la reconnaît pour cause, sans avoir aucune influence sur sa terminaison; ce qui arrive sur-tout lorsque la maladie du cerveau avait été occasionnée par une autre affection pathologique , qui le plus souvent reparaît. Quelquefois la maladie secondaire paraît empiéter sur la première, et ne pas attendre qu’elle ait parcouru ses trois périodes;

Süft l’hydroc^phâlItè# ftg

Vautres fois * au contraire, le malade est en pleine convalescence lorsque l'affection consécutive se manh* Teste. Odier a vu plusieurs fois l’anasarque servir de crise à l’Hydrocéphale aiguë : alors l'oedème commence au front, puis descend sur les bras et devient général* M. Chejne a vu succéder beaucoup de fièvres inter-4 înittentes; il a Vu attssi plusieurs fois les accidens céphaliques cesser , et le malade succomber à une inflammation du foie , de l’estomac ou des intestins i il n’a pas seul observé ces faits ; le D.r Coindet parle de métastases sür la poitrine , l’abdomen , les glandes du col; toutes ces métastases, la plupart admises par analogie , ne sont que la conversion d'une maladie en une autre. La quatrième terminaison qu^il admet par fièvre lente ou marasme , et qui devient funeste, rentre dans la même classe, puisque à l'autopsie, les ventricules sont vides de sérosité ; leurs parois seules sont dans un état particulier d’altération ou de ramollissement.

Ne deVonsmoüs pas encore regarder cômriie une terminaison de THydrocéphalite , lorsque , se prolongeant à Finfini , elle se convertit en Hydrocéphale chronique. J’admets , à cet égard , l’opinion de M*

! Coindet qui la soupçonne, dans tous les cas, la suite ; de l’Hydrocéphafite , dont lés symptômes , moins violens dans les premiers temps de la vie* se calment par l’exhalation séreuse dont les effets sont moins funestes sur le cerveau , qui ne trouve pas alors la résistance

et la solidité des parois osseuses , et se distend sans \ être comprimé.

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