AVEC PLUSIEURS AUTRES MALADIES
Le grand nombre des maladies qui peuvent simuler l’Hydrocéphalite ou que celle-ci peut simuler à son tour, a toujours été cause de la difficulté qu’on a éprouvée lorsqu’on a voulu en établir le diagnostic. Tantôt ce sont d’autres affections du cerveau qui
causent la difficulté, et alors l’analogie est plus grande, sur-tout quand elles produisent, comme l’observe M. Laennec , une dilatation excentrique des ventricules , par exemple , une matière tuberculeuse, un abcès formé dans leur intérieur, ou même le volume trop considérable du cerveau relativement au crâne qui le renferme. Tantôt, et le cas n’est pas rare, ce sont des affections tout-à-fait étrangères à l’organe encéphalique qui occasionnent tous les signes les plus trompeurs ; alors l’analogie n’est que dans les symptômes.
i.° Hydrocéphale Chronique. Les deux maladies ont long-temps été confondues , et par un grand nombre d'auteurs: Piosen encore ne les a point isolées. L’accumulation séreuse dans les ventricules est la seul analogie qu’elles présentent quelquefois. L’époque différente de la vie à laquelle chacune se manifeste, la lenteur du développement de hune, et la rapidité de l’autre; leur durée comparée ? la fréquence de l’aiguë et la rareté
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de la chronique ; l’absence des symptômes fébriles > des vomissemens, des convulsions dans celle-ci , sa physionomie particulière si propre à la faire reconnaître : tout se réunit pour empêcher toute espèce de méprise.
2.0 Phrènésie. Dans les deux affections la même membrane est malade, ses propriétés vitales sont augmentées, elles effets fébriles et nerveux présentent aussi quelque analogie.
Mais leurs différences ne permettront pas de jamais les confondre. L’enfance est moins exposée à l’arachnitis , et beaucoup plus à l’Hydrocéphalite. La première s’établit de préférence sur l'arachnoïde extérieure; et la seconde sur Y intérieure. L’inflammation, est réelle dans la phrénésie ; l’exaltation des propriétés vitales n’est point portée jusqu’à l'état inflammatoire des capillaires sanguins dans l’Hydrocéphalite, aussi les symptômes de la première sont-ils plus intenses , plus violens. La douleur de tête est fixe , aiguë , sans alternative avec d’autres douleurs. Les yeux sont scintillans , et ont quelque chose de hagard et de féroce, plutôt que de stupide; leurs convulsions et Je- strabisme sont plus rares , sur-tout dans le commencement. Lailèvre est plus intense ; le pouls est dur et vibrant, et ne devient jamais lent. Le délire survient rarement dès l’invasion, souvent du 3.e au 4.e jour ; il est continu, violent, furieux, quelquefois léger et intermittent. La face est rouge et animée; il y a rire sardonique. La pupille ne se dilate que vers la fin de la maladie , et l’iris à l’approche de la lumière n'est point agitée de l’oscillation convulsive. Les muscles du col et de la mâchoire sont dans un,
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état de roideur tétanique. A l'autopsie , l'arachnoïde est rouge , épaisse, recouverte d’un enduit purulent, membrani forme , épais ou fluide : s’il y a épanchement séreux , il est toujours parsemé de flocons albumineux , et jamais parfaitement limpide et sans mélange.
3.° Syriasis , ou Erysipèle interne cérébrale des non veaux-nés. Il est, comme Son nom l’indique , une inflammation érysipélateuse des enveloppes du cerveau; quoi-* que analogue à l’arachnitis , elle présente avec elle des différences essentielles. Il n'est pas possible non plus , avec un peu d’attention , de la confondre avec l’Hydrocéphalite. Elle n’attaque les enfans que jusqu’au i8.e mois: c’est une maladie très-rare. Bien loin d’offrir, par les progrès du mal , les signes d’un épanchement et sur-tout l'ampliation de la tête , il s'opère une coarctation qui déprime la fontanelle encore existante, il semble s'y faire un vide: l'Hyclrocéphalite qui surviendrait à cet âge la ferait au contraire saillir, écarterait les sutures , et laisserait des doutes moins que dans toute autre circonstance.
4.0 Céphalite. L’inflammation du parenchyme même du cerveau est très-rare. Des frissons irréguliers , plutôt qu’un état fébrile , annoncent l’invasion de la maladie. La douleur n'est point aiguë, elle est sourde, vague , profonde , et répond à l’occiput. Le pouls est mou, faible et irrégulier. Le délire , rare même vers la fin de l’Hydrocéphalite , paraît presque dès le début de [la céphalite ; il est continu et trèsintense. La lumière , insupportable dans le commencement , ne fait plus d'impression vers la fin , et la pupille dilatée ne laisse point voir d’oscillation dans
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l’iris. Le strabisme est rare , le regard fixe , hébète , l’œil chassieux et larmoyant ; état bien souvent apo-* plectique, respiration bruyante, gênée et difficile. L’autopsie indiquerait des différences plus essentielles, mais alors il devient inutile de les connaître.
5. ° Apoplexie. Malgré les observations et les belles recherches de Licuiaud , de V answieten , etc. sur l’apoplexie séreuse, elle est aujourd’hui généralement rejetée , et l’on s'est convaincu que ce qu’on appelait apoplexie séreuse n’était le plus souvent qu’une apo^ pîexie sanguine , et quelquefois une maladie toute di£* férente. Quelle que soit au reste l’espèce d’apoplexie, la méprise sera difficile. Cette maladie est rare dans l’enfance , qui d’ailleurs rfest pas sujette à l’intempérance et à l’inaction , causes ordinaires de l’apoplexie ; elle est aussi plus commune chez les hommes que chez les femmes: elle attaque subitement, sans jamais avoir été annoncée par la fièvre :1e pouls n’est jamais fébrile pendant sa durée :1a figure rouge, la respiration ster* toreuse, l’embarras de la langue, l'absence des vomissemens réitérés, l'hémiplégie, la rétention d’urine et son évacuation par regorgement , ne peuvent laisser de doute sur la nature de la maladie.
6. ° Altérations organiques du cerveau. Ces altérations nombreuses et trop peu connues peuvent simuler la maladie hydrocéphalique. Ainsi un abcès, une dégénérescence cancéreuse ou skirrheuse , des tubercules, des concrétions , des hydatides , des épanchemens sanguins ou purulens, etc. peuvent tous donner lieu , par les symptômes qu’ils produiront, aux apparences d’une Hydrocéphalite ; mais en remontant à l’origine de la maladie, il est facile de s’assurer, sinon de sa
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nature, au moins quelle n’est point l’affection simulée. Il ne faudra pas conclure, dans tous les cas, que l’hydropisie ventriculaire n’existe point : en évitant une erreur on tomberait souvent dans une autre, ces altérations étant elles - mêmes des causes fréquentes d'Hydrocépliaiite. Alors la maladie n’est que secondaire ou symptomatique ; c’est la deuxième espèce de M. Coindet , et la troisième de M. Laennec , sous le nom de tuberculeuse : le premier en cite une longue observation, qui reconnut pour cause un tubercule développé dans le côté gaucbe du pont de Vcirole . Qudl y ait ou non Hydrocéphalite, la maladie essentielle est incurable , et l’on ne court aucun risque de combattre l’affection secondaire, parce que si elle existe et qu’on parvienne à la guérir , on aura au moins prolongé l’existence. Mais la maladie deviendra tout-à-fait impossible à reconnaître, s’il se fait dans les ventricules ou dans leur voisinage une collection de matière quelconque, qui comprime le cerveau de l’intérieur à l'extérieur , en le dilatant. Heureusement ce cas est très-rare , et sur 13 Hydrocéphalies , à peine y en a-t-il une semblable. (
7.0 Fièvre Atajrique.De nombreux points de contact existent entre la fièvre ataxique et f Hydrocéphalite : ils autorisent et justifient même les médecins qui n’en ont fait qu’une maladie identique, et ont regardé l’hydropisie des ventricules comme un accident de la fièvre. Mais celle-ci est rare dans l’enfance, fréquente au contraire dans l’âge avancé : elle n’a pas trois périodes distinctes , et poursuit sa marche avec plus de rapidité que 1 Hydrocéphalite. Presque dès le début , le délire est constant , plus ou moins intense et près-
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que continu. La céphalalgie est sourde , profonde, obtuse , et bien souvent le malade ne sent aucune douleur : s’il se plaint, ce ne sont point les cris aigus de FHydrocéphalite. Le pouls, plus constamment fébrile, ne s’accompagne point de ces violentes exacerbations 5 si fréquentes dans l’Hydrocéphalite. Les mouvemens convulsifs sont moins caractérisés, et sont bientôt suivis d’un état comateux profond. , qui se prolonge pendant plusieurs jours, s’accroît en se prolongeant, et ne finit qu’avec la vie. Lesxsoubresauts des tendons sont multipliés. Les urines sont ordinaire*» ment claires, tantôt abondantes, tantôt presque nulles. ^La constipation est rare , et les matières rendues sont bien différentes de celles de l’Hydrocéphalite. Dilatée ou resserrée, l’iris n’offre point d’oscillation convulsive. Enfin l’ouverture montre des altérations bien différentes : la pie-mère est infiltrée , boursoufïlée , beaucoup plus épaisse , par l’accumulation d’une humeur albumineuse , quelquefois liquide et s’épanchant par l’incision de la membrane , d’autres fois coagulée, et alors souvent d’un aspect puriforme.
8.° La fièvre hectique d 'Armstrong , les fièvres nerveuses, les fièvres rémittentes aiguës, auxquelles sont sujets les enfans, n’induiront jamais en erreur celui qui aura présens à la mémoire les symptômes et la marche de l’Hydrocéphalite et de ces fièvres. Régularité des paroxismes, état du pouls, caractère des douleurs , des symptômes nerveux , des selles , tout contribue à éclairer le diagnostic incertain.
g.0 Dentition. On ne peut refuser entièrement à la dentition le triste privilège de causer, lorsqu’elle est laborieuse 5 une foule d’acçidens souvent trèsdacheux.
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Les plus ordinaires sont nerveux; il ne faut pas avoir beaucoup observé pour s’en être convaincu : ainsi les convulsions, les paralysies, les comas reconnaissent ensemble ou touivà-tour cette cause de leur existence. Ils peuvent être coordonnés de manière à simuler parfaitement l’Hydrocéphalite : il sera toujours possible de les reconnaître, si l’on fait attention que, dans la pousse des dents, l’assoupissement est peu marqué; la pupille peut être dilatée , mais l’iris reste tranquille ; que la face et sur- tout les lèvres, les pouces et les gros orteils éprouvent des mouvemens spasmodiques plus prononcés; que le rire sardonique est assez fréquent ; que le visage est bouffi, parsemé de ces rougeurs que les nourrices appellent des feux , et surmonté d’une plus ou moins grande quantité de boutons, toujours plus multipliés aux lèvres et au menton; que les gencives sont gonflées , rouges , très-chaudes et pulsatives 9 la salive coule abondamment et mouille le menton ; qu’il y a dévoiement plutôt que constipation , et déjections de matières qui n’ont ni le caractère ni la puanteur de celles de rHydrocéphalite; que ces déjections sont précédées de vives tranchées et souvent de cris perçans et aigus , qui ne sont point soutenus et n’ont pas l’accent hydrocéphalique; que les mains, an lieu de se porter à la tête, vont à la bouche ; que l’enfant y porte tout ce qu’il trouve pour le mordre , et à défaut de tout autre corps se sert de ses doigts; que les convulsions de i’odaxisme sont toutes cloniques , et celles de l’Hydrocéphalite sont le plus ordinairement toniques, et coïncident avec des paralysies du côté opposé ; que le pouls ne présente point cette succession d'accélération, de lenteur, et de nouvelle accélération
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plus grande que la première; enfin, que le traitement ne peut être le même : l’opium calme la fièvre de dentition et exaspère l’Hydrocéphalite ; l’autopsie Rapporterait qu’une certitude trop tardive.
L’erreur serait peut-être plus difficile à éviter si l’Hvdrocéphalite prenait le masque de la fièvre de dentition. Cependant l’époque à laquelle elle survient, les symptômes odaxistiques moins caractérisés , et ceux propres à la maladie essentielle qui ne tarde pas à se prononcer à travers des signes étrangers et symptomatiques, ne laisseront pas long-temps dans l’erreur.
i o.° y ers . La fièvre , la dilatation de la pupille , les convulsions , la démangeaison du nez , le coma et même la sortie de vers par le haut ou par le bas , sont des symptômes communs; mais l'oscillation de l’iris, la douleur de tête intense , le cri hydrocéplialique , le mouvement des mains à la tête , quelquefois à l’estomac et jamais au-dessous comme dans les vers , le vomissement, la constipation et les déjections d’un vert foncé , onctueuses et mêlées de bile brillante , l’haleine moins forte , le faciès et Y habitus particuliers à chacune de ces affections , seront , dans le plus grand nombre des cas , suffisans pour lever tous les doutes. Avouons cependant que, malgré toute l’attention possible , la maladie simulée pourra n’être reconnue que lorsqu’il ne sera plus temps d’y apporter remède. Fothergill, Odier , Brera , M. Bidault de V Hiers et bien d’autres ont vu ou des affections caractérisées par tous les symptômes de l’Hydrocéphalite guérir spontanément par l’évacuation de quelques vers; ou des malades mourir tout-à-coup avec les symptômes
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d’une fièvre vermineuse, et présenter à Fouverture toutes les preuves de l’existence antérieure d’une Hydrocéphalite. L’erreur sera moins grave si les vers simulent l’Hydrocéphale aiguë , parce que la plupart des moyens employés contr’elle évacueront ces êtres parasites, et le soulagement subit qui en naîtra dévoilera le vrai caractère. Si FHydrocéphalite , au contraire , simule les vers, on perdra un temps précieux avant de reconnaître la maladie, et le malheureux meurt lorsque peut-être on eût pu le sauver.
ii,° On a encore indiqué plusieurs altérations du bas-ventre comme propres à déguiser la maladie hÿdrocéphalique : Cheyne a vu différentes affections de V estomac , des intestins et du foie produire cet effet. Dans la plupart des cas, le consensus sympathique de la tête avec Fabdomen a déterminé, par la réaction morbifique des différens organes malades , une véritable Hydrocéphalite qui , sans la détruire , est devenue complication de la maladie abdominale. Aussi y avait-il alors coexistence , si l’on veut même confusion des signes de chaque affection. C’est de la même manière qu’on entendra ce qu’a écrit du duodénum le B.r Yeats\ il regarde comme le signe le plus constant et le plus caractéristique le gonflement de la région épigastrique , qu’il fait dépendre d’un état morbide de cet intestin : il établit sa théorie sur quelques faits qui n’étaient que des complications. Si dans les circonstances précédentes FHydrocéphalite est complication ou maladie secondaire , elle occasionnera d’autres fois différentes altérations de l’abdomen, qui entraveront à leur tour sa marche, et apporteront même quelque confusion dans le diagnostic, si on
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n’a pas été bien attentif à suivre le développement de tous les symptômes.
i2.c II ne serait peut-être pas inutile de rechercher si les animaux sont exposés à l'hydrocéphale aiguë. Trop peu versé dans l’étude épizootique, je me voue à un silence nécessaire. Je me contenterai de dire que d’après les observations de M. Henrick kfatson , du collège royal des chirurgiens de Londres , les moutons y seraient sujets et que la maladie appelée le Tournoiement ne serait autre chose que l’Hydrocéphalite. Invité par un boucher à examiner ses moutons qui étaient pris de vertiges , d’inappétence , de stupeur et mouraient au bout de quelques jours sur la litière , il trouva par l’autopsie les ventricules remplis de sérosité. Cette observation , en la supposant fondée, porterait à présumer qu’au moins chez ces animaux la maladie était contagieuse.
J’ajouterai que M. Coindet désigne entr’autres les veaux et les chiens comme présentant le plus souvent cette maladie ; et il rapporte avoir perdu un épagneul dont l’autopsie ne laissa point de doute sur la nature de l’Hydrocéphalite. Thomas Barthoiin et W epfer ont rencontré souvent, chez certaines bêtes à cornes, l’Hydrocéphale aiguë produite par des hvdatides placées sous la dure-mère. « Selon ce dernier qui a observé la maladie en Suisse , dit M. Itard , elle serait très-commune aux vaches de ce pays. Il rapporte à ce sujet une méthode d'exploration dont se servaient les bouviers , qui se rapporte beaucoup à celle d ’ Avembrugger. Elle consiste à percuter le crâne] de ces animaux avec un petit marteau , afin de juger, par la différence du son, du lieu occupé
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par les hydatides. Eclaires par cette épreuve , les bouviers, au rapport de Wepfer , perforaient le crâne et en retiraient les vésicules par la succion. »
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