AUTOPSIE
S i l’examen de la nature morte n’a pas offert les mêmes résultats à tous les observateurs , on ne peut l’attribuer qu’à ce qu’on n’a pas eu égard à toutes les circonstances qui ont pu compliquer l’Hydrocéphalite, et peut-être à la prévention avec laquelle on a toujours fait les recherches. On se fait une idée de la maladie , et l’on rapporte tout à cette idée de prédilection. C’est ainsi que MM. Gardien et Cnpuron ne voient dans ITIydrocéphalite qu'une fièvre cérébrale; quoique les seules ouvertures qu’ils aient eu occasion défaire, leur aient présenté un épanchement de sérosité dans les ventricules.
M. Coindet a trouvé souvent la surface extérieure du corps couverte de taches livides ou d’ecchymoses , sur-tout au dos^ à la poitrine et $ur les bras. Si je n’ai
pas vu d’ecchymoses caractérisées, j’ai souvent rencontré cette couleur livide qu’on remarque dans toutes les parties les plus déclives des cadavres. Ce n^est point une infiltration sanguine : le système capillaire seul ne réagit pas avec assez de force sur le sang qui lui arrive , et le laisse en quelque sorte stagner et se porter , par son propre poids , vers les parties inférieures.
]\Ton content d’avoir observé et décrit la maladie avec cette exactitude qui caractérise le vrai génie , YVhytt s’aida des lumières anatomiques et compléta son travail : ce qui le frappa constamment, fut la distension des ventricules par une quantité plus ou inoins grande de sérosité limpide. Tous les praticiens pnt vérifié cette remarque, et les cas où la lymphe a manqué sont très-rares : toujours alors la maladie a été très^intense et â parcouru ses périodes avec rapidité: l’épanchement n’a pas eu le temps de s’effectuer, OU, ce qui est probable aussi , les propriétés organiques conservant leur activité après l’extinction de la vie générale , déterminent l’absorption du liquide qui avait été exhalé : ceci n’est point une hypothèse , c’est un fait qu’on observe tous les jours. Lorsque la maladie a suivi sa marche ordinaire , on trouve un liquide plus ou moins abondant , amassé dans les trois ventricules, à cause de leur communication naturelle. Camper , Odier et le professeur Baumes ont prétendu que l’exhalation se faisait dans le ventricule antérieur; les ventricules latéraux ayant paru le plus souvent le siège de la collection , je suis porté à croire que, dans les cas qu’ils ont observés , la position de la tête a déterminé l’humeur séreuse à couler vers la partie la plus déclive ,
sur l’hydro CÉpHÀLITE. 1^3
tt qu’ils ont trop tôt généralisé ce qu’ils ont vu ou cru voir. Cependant il ne serait pas impossible qu’un seul ventricule devînt le siège de la maladie et fût abreuvé d’une plus grande quantité de sérosité , sur-tout si les ouvertures de communication Venaient à s^oblitérer par des adhérences membraneuses. Odier a vu le quatrième ventricule participer à l’épanchement , que Macbride et M. Coindet ont vu s’étendre jusque dans le canal vertébral (i). Mon malheureux ami, le D.r INepple, vient de perdre une fille chérie : l’épanchement occupait à la fois les ventricules , la base du crâne et le canal rachidien. MM. Bard et Durasse ont trouvé de plus, de la sérosité abondamment infiltrée à la base du crâne. On a vu la pie-mère humectée de sérosité jusque dans l’interstice des circonvolutions ; et même le tissu cellulaire parenchymateux du cerveau partager l’affection , se gorger de liquide, et le laisser écouler à chaque incision. L’observation de M. Bresehet en offre un exemple bien remarquable- , que M. Liard dit avoir rencontré deux fois* et que M. Capuron paraît avoir aussi remarqué, puisqu’il dit que la substance du cerveau est abreuvée de sang on de sérosité. Le liquide a encore été trouvé entre les deux lames de
(t) M. Coindet cherche si l'épanchement vertébral est le résultat de l’extension de la maladie dans le canal vertébral* ou de la communication des cavités avec l’extérieur. Il serait disposé àe attribuer à cet épanchement les symptômes abdominaux et thora- ' chiques, coliques, vomissemens, difficulté de respirer, etc., et demande ensuite si l’application des dérivatifs sur le trajet de la colonne épinière ne serait pas bien indiquée. Ces recherches minutieuses et importantes me semblent d’une difficulté peut-être insurmontable.
l'arachnoïde extérieure : et , dans des circonstances vraiment extraordinaires , le tissu cellulaire épicranien a présenté l’empâtement de l'œdème, et, par l’incision des tégumens, a laissé couler la sérosité : telles ont été Jes histoires recueillies par MM. Baumes et JJucasse.
D’après ces faits multipliés, je conclus que les ventricules latéraux et antérieurs sont le siège essentiel de Fép anche ment, et que , par les progrès ou l'intensité de la maladie , il n’est aucune des parties du cerveau ou de ses dépendances qui ne puisse en devenir secondairement le siège.
La sérosité qui constitue l’épanchement est claire et limpide , plus même que dans les autres hydropisies , ainsi que Wliytt , Fofhergill et Odier l’ont avancé , et que cela a depuis été généralement reconnu. Cependant on l’a vue s’écarter de cet état de pureté : Bosert l’a trouvée teinte de sang, mêlée de pus et fétide; M, Gardien dit que l’épanchement est quelquefois sanguin ; M. Baid lui a vu presque la consistance du pus. Un grand nombre d’auteurs ont trouvé du pus bien formé et le plus souvent adhérent aux parties où il a été sécrété , tantôt sur les parois des ventricules , tantôt sur le cervelet , tantôt enfin sur les circonvolutions ou dans les anfractuosités du cerveau. M. Coindet déclare n’en avoir jamais trouvé ; il avoue que , sur la petite fille de M. J)*m* , le ventricule droit contenait une demi-livre d’une bouillie de la couleur et de la consistance du chocolat , et le gauche, douze onces de sérosité limpide. Enfin Fépanchement' s'est présenté sous l’aspect d’un fluide gélatiniforme.
Peu d’auteurs se sont occupés de l’analyse chimique 4ês eaux de l’Hydrocéphalite, Watstfn les a fait éva-
SUS l’iîTBRO CEPH ALITE. Is5
porer, sans pouvoir les faire coaguler. M. Matthey les a aussi fait évaporer à plusieurs reprises : ne les ayant point vues se troubler, et n’en ayant obtenu aucun résidu , il conclut qu elles ne sont pas albumineuses comme les autres produits de l’exhalation séreuse , contre l’opinion de la plupart des médecins , et en particulier du professeur Baumes , qui dit que , dans l’Hydrocéphale aiguë , il y a toujours un amas d eau albumineuse dans les ventricules. M. Haldat en a fait une analyse soignée 5 et a trouvé que sur cent parties elle contenait :
Eau ......... 96. 5
Muriate de Soude .... i* 5
Albumine . . 6
Mucus . . 3
Gélatine . o. 9.
Phosphate de Soude , quantité indéterminée.
Phosphate de chaux présumé.
Le D-r Marcet a publié une analyse des sérosités produites parles hydropisies des différentes cavités; celle des eaux de l’Hydrocéphalite lui a donné sur 1000 grains de ce fluide :
Eau . 990. 80
Matière mucoso - extractive avec des traces d’albumine desséchée 1. 12
Différens sels ..... 8. 08
Ces différences dans les résultats n’annoncent point des expériences ïhfidèles , mais des différences dans la composition chimique de la sérosité, ce que fait toujours pressentir son aspect variable. Baillie a trouvé que cette sérosité ressemblait à celle des autres mem-
ïa6 essai
branes séreuses , et que , s’il y avait quelque différence, ce n’était que dans la proportion moins considérable d’albumine. M. Bouchet (i) dit qu’elle ne se coagule point. M. Coindet avoue aussi qu’elle n’est coagulable ni par les acides, ni par la chaleur, et quJen la faisant évaporer en entier, elle ne laisse sur la cuiller qu’une légère pellicule blanchâtre , qui avait déjà été observée par Stalpart V and er V iel ; mais cette pellicule n’estelle pas albumineuse? Malgré les résultats de MM. Matthey et Coindet , je regarderai , avec la plupart des médecins et des physiologistes , cette lymphe comme un liquide albumineux : comme toutes les autres membranes séreuses, l’arachnoïde ne peut fournir qu’un fluide d’une nature albumineuse. Les flocons qui ont été trouvés nageant dans le liquide , l’analyse de M. Haldat, celle du D.r Marcet, la pellicule même qu’en a retirée M. Coindet , sont des preuves convaincantes. Mais ici , comme dans toutes les autres hydropisies , le fluide peut ne contenir qu’une quantité d’albumine si faible, quelle soit à peine appréciable par les agens chimiques.
Whytt et Fothergill ont établi , par leurs observa-
lions , que la quantité moyenne de la sérosité épanchée s’élevait de 2 à 4 ou 5 onces ; Odier et tous ceux qui ont écrit sur la même matière ont confirmé cette évaluation , tout en reconnaissant que cette quantité peut varier en plus ou en moins. Sur cinq autopsies , M. Cheyne n’a jamais trouvé que d’une à trois onces et demie , une seule fois six onces. On l’a vue d’autres
(1) Annales de Montpellier.
SUR i’hY D R oci PH ALITE. ïlj
fois manquer complètement , ou présenter une quantité extraordinaire : Rasori a trouvé plus d’une livre de sérosité; M. Ducasse en a retiré 24 onces, et le D.r JSeygenfind en a vu deux pintes jaillir avec sifflement par la ponction du cerveau. Il n’est pas nécessaire de dire qu’on n'a rencontré ces collections effrayantes que chez les sujets dont les sutures non encore engrenées ont pu en s’écartant , permettre au cerveau d'acquérir des dimensions excessives.
Il serait intéressant et très-utile pour la cure de i'Hydrocéphalite , de décider à quelle époque la sérosité s’épanche dans les ventricules : tout paraît indiquer la deuxième période. Il conviendrait également de donner les signes positifs de cette accumulation aqueuse : ces deux questions ont été suffisamment examinées dans la description et l’examen des symptômes.
La substance et les enveloppes de l'encéphale ont presque toujours offert des altérations très-variées. Celle qui se présente la première est la dilatation des ventricules, qui diminue proportionnellement la profondeur des anfractuosités et peut aller au point de les effacer et d'étendre le cerveau en membrane , de la manière que Camper et après lui Gall et Spurzhein l’ont si bien expliqué. Ces réductions membraneuses sont assez communes ; Vésale , Tuïpius , Bonnet et Morgagni en ont beaucoup parlé. Il est d’observation que la distension et l'amincissement se font plutôt aux dépens des parties supérieures. Odier a vu plusieurs fois des sinus étendus jusques près de la surface extérieure du cerveau , communiquant avec les ventricules ? et creusés par l’accumulation de la
ïaS ESSAI
sérosité. Il a aussi observé une dilatation concomitante des ouvertures ventriculaires. Dans ces circonstances la substance cérébrale comprimée est absorbée et diminue de poids et de volume. M. Bard a trouvé le septum médian déchiré , dans un cas de dis- ' tension considérable : d’autres fois on l’a vu percé de plusieurs trous; et dans quelques cas, plus épais ou plus aminci : M. Coindet en a vu la cavité distendue par de la sérosité. Le parenchyme du cerveau a paru sain aux premiers médecins qui ont décrit la maladie , sans doute parce que , frappés de l’épanchement , ils lui ont accordé toute leur attention. A mesure que les recherches se sont étendues et qu’on a mieux observé tous les résultats, on s’est convaincu que l’exhalation séreuse était presque toujours jointe à quelque altération organique soit du cerveau soit des méninges. Selon M. Baumes , il y a affaissement ou mollesse de la pulpe cérébrale, avec engorgement du réseau vasculaire de la substance corticale : c’est ce qu’on observe ordinairement lorsque la maladie a parcouru toutes ses périodes. M. Coindet a cru remarquer que cette altération était d’autant plus grande qu’on s'approchait davantage des parois des ventricules : (( J’ai vu quelquefois, dit-il, ces parois tellement ramollies, que ce n’était plus qu’une bouillie, dont une partie déjà décomposée flottait sous la forme de petits fiiamens blancs dans l’eau des ventricules , et lui avait donné une couleur laiteuse qui troublait sa transparence. » Je n’ai jamais trouvé cet état extrême de ramollissement ; mais dans une circonstance je faillis m’en laisser imposer par une exsudation albumineuse concrétée en fiiamens et adhérente
SÛR l’HTDROC^PËAlïTE. Î29
aux parois. En enlevant ces flocons , je Réassurai de leur véritable nature. Souvent l’encéphale a parti plus ferme , plus résistant par un excès de nutrition ou générale ou bornée à quelques points de l’organe , de sorte qu’un développement extraordinaire et disproportionné à la cavité du crâne a été la seule lésion qu’on ait pu apercevoir. Alors le système sanguin est gorgé de sang , et donne à la substance médullaire une teinte rosée parsemée de points rouges produits par la section des vaisseaux. M. Cheyne a beaucoup insisté sur ce développement des vaisseaux sanguins de l'intérieur de la tête. M. Bard a vu le cerveau faire un effort d’expansion , comme pour s’échapper, aussitôt après la section de la boîte osseuse, M. Durasse l’a vu se dilater et se relever , comme s’il eût été comprimé ; les vaisseaux des méninges étaient en outre remplis d’un sang noir. M. Rasori a trouvé la substance du cerveau plus solide et plus ferme. M. Vieusseux l’a vu dans un état ou natu« rel, ou ne présentant qu’un engorgement léger, Heineken a trouvé, comme M. Baumes , la pulpe cérébrale plus molle , presque dissoute , et assez ordinairement recouverte d’un enduit tantôt blanc, transparent et luisant comme du vernis , tantôt d’un, jaune verdâtre et puriforme ; les observations de W enzel sont dans le même sens. M. Montain jeune a rencontré dans un cas un hémisphère plus ferme 9 parcouru de vaisseaux plus développés et pleins de sang : la substance médullaire était d’un rouge clair , et paraissait dans un état voisin de l’inflammation.
Plusieurs fois un ou plusieurs foyers purulens ont occupé l’intérieur du cerveau. Bien souvent des tubei>
cules se sont présentés , et c’est sur leur existence? assez fréquente que M. Laennec a basé THydrocéphalite tuberculeuse* On y a encore rencontré des tumeurs de différente grandeur et de différente nature.
Le cervelet n’a pas toujours été étranger à ces alté* rations , comme il conste par l’observation de Rasori qui vit son intérieur occupé par un corps squirrheux de la grosseur d’une noix.
La protubérance annulaire , les Corps olivaires ont souvent partagé ces différentes- altérations.
La maladie a eu sur les méninges une influence beaucoup plus marquée; il est rare qu’elles n’aient pas présenté quelques traces d’altération infiniment variées. Tantôt , et on l’observe presque toujours , l’arachnoïde est un peu plus épaisse que dans l’état ordinaire, pré* sentant dans différens endroits des marques inflamma^ toires confirmées par des adhérences contre nature presque inséparables, et par des points de suppuration et même par des ulcérations plus ou moins étendues* Les faits en sont si multipliés qu’ils sont attestés par ceux même que leur manière de voir devrait engager à les rejeter pour donner plus de poids à leur opinion* Tantôt elle a été trouvée plus amincie et presque dé* truite (1).
Les plexus choroïdes sont souvent parsemés de corps
glanduleux plus ou moins durs et volumineux. Souvent aussi on y trouve des grappes d’hydatides d’un volume
(1) Il est faux que cette disposition soit la plus fréquente, ainsi que l’a avancé M. Coindet , qui, au reste, convient avoir trouvé les couches optiques adhérentes , et l’arachnoïde ventriculaire légèrement rosée dans différens endroits.
sur l’hydrocéphalite. 1 3ï très-varié , que M. Coindei dit être des kistes d’une nature particulière , et non des vers poîycéphales.
En portant ses recherches sur la cavité abdominale, Cheyne y a constamment trouvé les intestins enflammés , la substance du foie couverte de tubercules blanchâtres et très-adhérens au péritoine , et les glandes du mésentère presque toujours plus volumineuses et contenant une sorte de matière caseuse. Ces altérations ont été rencontrées avant et après Cheyne ? et le D.r Yeats attribue à l’inflammation du duodénum la tension de la région épigastrique. M. Itard signale Testomac comme affecté d’engorgement 9 d'inflammation , de suppuration , et de cette lésion décrite par Jae'ger sous le nom de ramollissement de l’estomac. La fréquence de ces inflammations aurait pu faire croire qu'elles étaient essentielles à la maladie , si nous ne connaissions la réaction puissante du cerveau malade sur les viscères abdominaux 9 si nous ne savions aussi que l’administration constante du calomélas et des autres purgatifs à haute dose est une cause souvent efficiente des pldegmasies abdominales.
M. Coindet désigne comme assez fréquent un épanchement considérable de sérosité dans le péricarde , sans qu’on l’ait pu soupçonner.
Lorsque j'ai pu me procurer l’avantage de pratiquer l’ouverture des enfans morts d'Hydrocéphaîite , j’ai trouvé l’arachnoïde opaque et épaissie dans plusieurs points ; quelquefois présentant la rougeur de l'inflammation-; une seule fois un peu de pus en recouvrait la surface : la pie-mère était boursouffiée et infiltrée d’une sérosité albumineuse presque concrète. Les sillons anfractueux étaient moins profonds # le cerveau plus
aminci paraissait plus ferme , et sa substance ri laire était, au toucher , moins visqueuse , moins filante* L’arachnoïde ventriculaire était très-sensible dans bien des endroits , et recouverte une fois d’une concrétion albumineuse presque membraniforme. Les ventricules très-dilatés contenaient à peu de chose près une verr5ée d’eau limpide et incolore. En général les vaisseaux cérébraux étaient très-dé veîoppés et dans un état de turgescence sanguine. Trois fois j’ai porté mes regards sur la cavité abdominale , et le seul enfant de M.me G... présenta les traces d’une inflammation intestinale bien caractérisée ; chez lui , une entérite avait précédé l’invasion de l’Hydrocéphalite.
tuuwwuvvw
NATURE DE LHYDROCÉPHALITE,
S’élever 9 par l’examen des symptômes dYme mala-* die et des altérations pathologiques que présentent les organes qui en sont le siège , à des résultats qui fournissent des données sinon positives , du moins trèsprobables sur la nature ou la cause prochaine de la maladie elle-même : telle est la marche dont ne s’écarte point le médecin qui veut atteindre ce but. Ce n’est qu’après une étude approfondie de la structure de nos organes , de leurs fonctions les plus secrètes , et de leurs nombreuses relations avec toutes les autres i parties de l’économie , qu’on peut apprécier justement le degré d’altération de nos tissus et de leurs propriétés , et les phénomènes essentiels ou symptoma- * '
tiques
Suk î/hydrocepHalitè. i33 tiques qui en résultent. C’est après de semblables considérations que déjà un grand nombre d’auteurs ont traité cette question intéressante et se sont approchés plus ou moins d’une solution satisfaisante.
Depuis les belles observations de Whytt et Fothergill , la plupart des médecins ont considéré l’Hydrocéphalite comme une liydropisie des ventricules. Les symptômes d’exaltation de la première période , la rapidité avec laquelle la maladie se termine 9 l’ont fait regarder, entr’autres par MM. Jadelot et Bricheteau , comme une hydropisie active , c’est-à-dire se formant par une augmentation d’activité dans les vaisseaux exhalans , d’où résultent accroissement d’exhalation et accumulation de sérosité dans la cavité des ventricules* M. Itard admet la même cause , « une vive irritation, plus ou moins voisine d’un état phlegmasique, exercée sur V arachnoïde. » L'opinion émise par Fothergill est peu vraisemblable , quoiqu’il ne soit pas impossible qu elle soit vraie quelquefois : ii attribue la maladie , à cause de leur texture délicate , à la rupture d’un ou de plusieurs vaisseaux lymphatiques. Le D.r Carmi~ chael Smyth et beaucoup d’autres attribuent la formation de l’Hydrocéphalite à un état trop aqueux du sang ou à une faiblesse locale. D’après cette explication, il a fallu avec Ludwig regarder la fièvre qui existe comme un symptôme de l’épanchement : Jàm et si non negem obscuritatem aliquam hic superesse , quœ ulie rioribus forte observationibus removebitur , tamen febrem symptoma potiùs effusionis aquœ ac irritationis indè ortæ y quam causam esse puto. Cette opinion a été reproduite par M. Garnier dans une dissertation qu’on trouve dans la collection des thèses de Strasbourg.
J’ai dit que M débridé , MM. Chardel , Coll inet , Gardien , Cnpuron et Hecker ont assimilé l’Hydrocéphalite aux fièvres, en lui en donnant la dénomination, La conviction générale où l’on est que les symptômes fébriles ne sont ici que symptomatiques me dispense de tout autre examen. J’ignore si le professeur Pinel, ainsi que beaucoup d’auteurs Font dit , a jamais considéré l’Hydrocéphalite comme une fièvre cérébrale : ce ne pourrait être que dans la première édition de sa Nosographie ; dans toutes les autres il l’a décrite , à la suite de l’hydrocéphale chronique , parmi les hydropisies.
Cullen a presque été le seul qui l’ait associée à Tapoplexie : Qiiin l’avait déjà considérée sous ce rapport en la comparant à cette maladie , et avançant quelle doit toujours son origine à une accumulation morbide de sang dans les vaisseaux du cervead , laquelle va quelquefois jusqréà produire un certain degrç d’inflammation.
L’opinion la plus généralement répandue fait de l’Hydrocéphalite une maladie inflammatoire. Quin et Potterson les premiers ont émis cette idée. Wittering , Rush , Rand , les D.rs Beddoès et Baumes l’ont adoptée. Elle a ensuite subi quelques modifications dansla manière dont on l’a expliquée. Les auteurs cités et M. Gaultier de Glaubry , entraînés par les symptômes d’excitation et les traces d’inflammation sur les méninges , ont admis une véritable inflammation de ces membranes. Cheyne 9 me trouvant pas des preuves suffisantes de phlegmasie, attribue la cauée prochaine à l'augmentation d’activité du système artériel cérébral , qui , appelant une plus grande quantité de sang au cerveau , rompt l’équilibre
SU jri L’HÏ.D ROcÉPHALÎTÈ, l3$
avec le système veineux , qui devient le siège de conges-* tion et détermine Texhalation. Heineken aussi a tu là une irritation appelant le sang à la tête , et une réaction du système artériel pour s^en débarrasser dans le système veineux 5 ce qui produit une rupture d’équilibre entre ces deux systèmes , et cette lésion cérébrale que M. Hegwisch a appelée inflammation exsudative , parce qu’elle amène bientôt l’irrégularité de l’exhalation et de l’absorption*-
MM. Duc as se , Matthëy i Marc et beaücôup d autres 5 Sans admettre un état inflammatoire décidé , reconnaissent une irritation primitive et particulière qui est la cause efficiente de F épanchement. Le D.r Rush , de Philadelphie i admet dans la première période un état phlegmasique moins intense que la frénésie et qu’il appelle pour cela frenicula ; et dans la deuxième , une exhalation séreuse moins rapide que l’apoplexie séreuse
des adultes , et à laquelle il donne le nom d’apoplexie
chronique.
En vain le t>.r Gondinet cherche-t-il à s'appuyer de la pratique à'Odier qui n’a jamais osé saigner , pour prouver que l’Hydrocéphaïite n’est point une maladie inflammatoire ; son observation parle contre lui ; les membranés arachnoïde et pie-mère étaient Un peu plus épaisses que dans l’état ordinaire ; elles avaient Contracté des adhérences vicieuses entr’elîes et avec le cerveau , et les plexus choroïdes étaient parsemés de petits corps glanduleux beaucoup plus gros que dans l’état sain. MM. Gardien et Capuron nient aussi la nature inflammatoire de l’Hydrocéphalite : « Souvent, dit le premier, on trouve l’épanchement aqueux sans trace d’inflammation 5 donc celle-ci n’est pas essen-,
l3S ESSAÎ
tielle. » Mais, d’un autre côté , les résultats qu’il dit démontrés par l’autopsie , tels que traces d’inflammation et adhérences entre les membranes , la manière dont il insiste sur l’utilité des évacuations sanguines 9 sur les avantages des vésicatoires appliqués sur la tête et au col , les sinapismes aux pieds (i) ne sont-ils pas des preuves qu’il reconnaît un état inflammatoire dans la maladie hydrocéphalique , si l’on considère en outre qu’il avoue que l’ensemble des symptômes propres à cette maladie ne permet pas de douter que l’hydropisie ne soit la conséquence de l’irritation vive qui existe vers le cerveau ? M. Capuron nhnsiste pas moins sur l’indispensable nécessité des saignées : « Quùm ne craigne point d’abattre les forces vitales , elles ne sont que trop énergiques , sur-tout pendant la première période , où elles tendent à se concentrer vers le cerveau , à irriter cet organe , à produire la turgescence des vaisseaux , à laisser des traces de phlogose , et à déterminer un excès d’exhalation. » D’ailleurs, le seul malade dont il ait eu occasion de faire l’ouverture offrait , outre une collection de sérosité dans les ventricules latéraux , des marques d’inflammation sur les méninges , et des épanchemens de matière puriforme sur quelques circonvolutions.
Les partisans de l’opinion qui attribue toute la maladie à l’épanchement reconnaissent aussi un mode d’irritation qui , augmentant l’activité des vaisseaqx ëxhalans , détermine une exhalation plus rapide ; ce
(i) L’irritation qu’ils produisent, dit-il, peut opérer le dépla- «em,ent de l’inflammation qui tendrait à «'établir.
qu’ils ont bien exprimé par les mots aigue ou active . Les raisons alléguées par M. Bricheteau , non-seulement contre l’état inflammatoire , mais encore contre un état intermédiaire entre l’irritation et Finflammationqu'il refuse de reconnaître , n’ont pas été suffisantes pour empêcher M. Delens , dans le rapport qu'il a fait de l’ouvrage , d'admettre un état moins inflammatoire que l’arachnoïdésie et plus que la fièvre cérébrale , tenant le milieu entre ces deux affections. Ils ont tous signalé dans leurs autopsies les traces inséparables d’un état à-peu-près inflammatoire. Et M. Jadelot , dont la sévérité et l’exactitude sont connues de tous ceux qui ont fréquenté les hôpitaux de Paris , a trouvé le plus souvent les ventricules très-développés par une abondante sérosité limpide * et l’arachnoïde qui les tapisse , épaissie et opaque.
M. Coindet admet pour cause prochaine une inflammation active de la substance cérébrale qui forme les parois des ventricules, et peut-être, par continuité de tissus , de la membrane qui les tapisse , et que sous ce rapport on devrait l’appeler Céphaliïe interne . Il reconnaît dans cette inflammation quelque chose de particulier , différent des phîegmasies essentielles , et il serait porté à croire que c’est une inflammation des lymphatiques plutôt que des capillaires artériels.
Malgré les efforts des savans, le voile épais qui recouvre la nature intime de l’Hydrocéphalite n’offre encore qu’obscurité , et prépare peut-être une nouvelle erreur à celui qui osera émettre son opinion. Cependant la plupart se sont beaucoup approchés de la vérité , et leurs opinions , en apparence contradictoires y ne sont telles que par la manière dont elles
i3é ESSAI
ont été exposées. Ainsi tons reconnaissent une augmentation d’action , une excitation dans l’encéphale ; mais les uns en placent le siège dans les méninges , les autres dans le cerveau lui-même ? quelques-uns dans le système artériel: on a regardé cette excitation comme un état voisin de l’inflammation 9 ou une inflammation réelle , ou comme une excitation bien différente dont l’unique but est l’augmentation de J’exhalation séreuse.
Avant d’exposer ma manière de voir , je rappellerai que l'arachnoïde , de texture séreuse , presque entièrement composée d’exhalans et d'absorbans , est insensible dans l’état sain , et très-douloureuse lorsqu’elle est malade * que les autopsies multipliées des sujets morts d’Hydrocéphalite ont démontré un épanchement séreux dans les ventricules et différentes traces d’inflammation , soit sur les méninges , soit dans le cerveau , et que les cas rares où ces effets pathologiques ont manqué tiennent à la rapidité avec laquelle la maladie s'est terminée ; alors l’épanchement n’a pas eu le temps de se former ou a été repompé , et les caractères inflammatoires ont disparu , comme cela arrive sur toute autre partie du corps au moment de la mort. Je rappellerai encore que l’inflammation affecte également les capillaires sanguins et les capillaires lymphatiques ; que les phlegmasies de ces derniers ne présentent le symptôme de la rougeur que secondairement lorsque les capillaires sanguins participent h l’inflammation ; enfin,, que tous les tissus sont susceptibles de différens modes d’inflammation : c’est mnsi que la peau nous offre l’érythême , l'érysipèle , les dartres , la scarlatine , etc. Gela posé, je pourrai ?
sur l’hydrocéphalite. i3^
sans donner trop aux hypothèses, établir la théorie suivante.
Quelle que soit la cause de l’Hydrocéphalite , elle agit en irritant les capillaires blancs de l’arachnoïde intérieure : il en résulte une inflammation lymphatique. Alors, augmentation de sensibilité, et par continuité de tissus et consensus de fonctions , exaltation de tout l’arbre sensitif ; de là, douleurs de tête , impression pénible d'une lumière vive , resserrement de\ la pupille , convulsibilité augmentée , accélération du pouls, chaleur de la peau , vomissement , en un mqt excitation de tous les systèmes et appareils. L’irritation de l’arachnoïde se transmet de proche en proche sur une étendue plus ou moins considérable des méninges ; le cerveau et le cervelet lui-même ne restent pas entièrement passifs dans cette communication phlogistique. Une plus grande quantité de fluide est appelée vers la tête , les carotides et les temporales battent avec force , la conjonctive et la face sont injectées ; mais c’est à l’intérieur que la congestion se fait avec plus d’efficacité. Les capillaires artériels ont éprouvé un accroissement d’activité, le sang circule avec force et passe rapidement dans le système veineux qui se dilate et en retient une plus grande quantité , de même qu’on voit les veines du sein se gonfler pendant la lactation , qu’il y a varicocèle chez les jeunes gens doués d’une force propagatrice trop énergique , etc. , et les symptômes d’exaltation acquièrent le plus haut degré d'intensité dont ils soient susceptibles.
Bientôt s’effectue l’exhalation séreuse ; la maladie semble changer de forme et de caractère , l’excitation tombe. Ainsi que l’exhalation purulente détruit 1@
spasme , suspend les symptômes inflammatoires , et calme la fièvre d'une pneumonie, de même cette exlialation , en détruisant le spasme et l’éréthisme , modère tous les symptômes , et serait peut-être une terminaison heureuse , si le siège de l’épanchement , la délicatesse du cerveau et la solidité du crâne ne rendaient cet épanchement même aussi funeste que l’inflammation lymphatique. Alors se manifestent les symptômes de la compression : la couche des nerfs optiques en reçoit le premier effet et décide les viciations de la vision , la dilatation de la pupille : l’assoupissement survient , et les paralysies ont lieu. Cet état de calme n’est pas de longue durée : la compression du cerveau devient cause excitante de cet organe , et la présence du liquide fait la fonction d'un corps étranger contre lequel l’économie entière se soulève pour s’en débarrasser. Ici commence la réaction de la troisième période : accélération incalculable du pouls , retour du vomissement , mouvemens convulsifs beaucoup plus fréquens et plus rapides. Mais cette réaction se ressent de la faiblesse et delà torpeur qu’ont occasionnées l’inflammation et l’épanchement. Tout l’effort se dirige vers la tête, et ne fait qu’ajouter au mal et accélérer la ruine totale des forces et de la vie.
L’inflammation lymphatique a-t-elle été modérée ? a maladie suivra une marche régulière , et l’autopsie ne laissera voir que de faibles altérations pathologiques, à moins que, par sa durée , elle n'ait occasionné l’inflammation consécutive des capillaires sanguins ou lymphatiques des méninges et du cerveau. Alors , gelon le cas , on trouvera des épanchemens variés , des traces d’inflammation et de suppuration dans
SUR L’iIYDROCÉr HALÏTE* 1^1
diflférens endroits , ou même de véritables tubercules qui se seront développés, comme ils se développent dans les poumons à la suite d'un catarrhe. Gardonsnous de donner trop d’extension à cette idée de réaction de l’Hydrocéph alite sur les parties environnantes : il n’est pas rare de voir l’arachnoïde ventriculaire sympathiser passivement avec ces mêmes parties , et devenir secondairement le siège de l’Hydrocéphale aiguë. C’est dans ces circonstances qu'on a donné avec raison à la maladie le nom d'Hydrocéphaîite symptomatique.
L’inflammation des lymphatiques est - elle trèsintense ? elle se communiquera bien vite à tout le système cérébral , le raptus sanguin sera proportionné , l’inflammation s’emparera d’une plus grande étendue de parties , et anéantira le principe de la vie sans laisser la maladie parcourir ses périodes , ou bien , par l'effet de l'afflux d’une plus grande quantité de sang, la seconde période n’a point lieu, et la troisième amène promptement la mort. C’est dans des cas semblables qu’on a trouvé les ventricules vides , des traces bien prononcées d’inflammation ou leur absence complète , et sur-tout la pulpe cérébrale ferme , rouge et gorgée de beaucoup de sang. La douleur vive dont s’accompagne l’inflammation des membranes séreuses et des vaisseaux lymphatiques explique la violence de celle qui arrache les cris déchirans de l’Hydrocéphalite.
Les sympathies multipliées et bien connues de l’encéphale avec tous les organes et tous les appareils , me dispensent d’entrer dans les détails minutieux d’une explication particulière à chaque symptôme ou
résultat pathologique. Il est facile à celui qui a étudié ce consensus sublime de nos fonctions, de saisir , d’après ce qui a été dit, la véritable manière dont chaque phénomène est produit , sans se laisser entraîner par les explications souvent plus qu'hypothétiques du D.r Cheyne (i).
Il est temps de justifier la dénomination d’Hydrocéphalite que j’ai adoptée. Nous trouvons dans la maladie excitation inflammatoire de quelque partie de l’encéphale , et accumulation de sérosité ; or , il est facile de conclure sur la bonté et la justesse de l'expression que je propose, non dans la futile intention de créer un mot , mais pour abréger la locution en lui conservant autant et même plus de force , puisqu’il donne , par son étymologie , une idée exacte de la nature de la maladie : Ydor eau , Cephale tête; et la terminaison ite reçue pour exprimer l’état inflammatoire. Ainsi le terme Hydrocéph alite présente à la pensée , accumulation d’eau dans la tête , à la suite d’une phlegmasie de cette partie (2).
On voit par tout ce qui a été dit que je fais consister la nature essentielle de l’Hydrocéphale aiguë dans la
(1) C’est ainsi qu’il admet, pour expliquer la vision double et le strabisme, que les quatre muscles droits de l’œil étant seuls sous la dépendance de la volonté, sont paralysés par la compression du cerveau ; et que les muscles obliques n’étant point soumis à l’influence de la volonté, continuent à se contracter , et détournent l’œil de sa direction naturelle, d’où résultent le strabisme et ensuite la double vision , par défaut d’accord du point visuel.
(2) Il est une foule de circonstances où , par analogie , on pourra dire : Hydrogéricardite , Hydropleuritis, etc.
SUR l'hybrocephalite, ï43
phlogose des faisceaux blancs de l’arachnoïde ventriculaire , et que c’est là le point de départ de toutes les autres altérations pathologiques , soit du cerveau , soit des organes plus éloignés. Cette opinion est vraie, elle repose sur la connaissance de la structure intime de l’arachnoïde , de ses fonctions et des altérations morbides dont elle est susceptible , et sur l’examen des lésions organiques trouvées après la mort. Elle diffère essentiellement de celle du D.r Coindei ; il. croit le cerveau primitivement enflammé , et tout me porte à croire , au contraire , que c’est l’arachnoïde»