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CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur l'origine et la propagation des épidémies.

La transmission des maladies par le contact est une idée qui remonte à la plus haute antiquité ; et les prescriptions si minutieuses par lesquelles Moïse cherchait à isoler, au milieu de son camp, les individus atteints de la lèpre ou d'autres affections qu'il supposait contagieuses (1), semblent indiquer que déjà, chez les anciens

(1) Le mot de contagion no se trouve pas dans les livres attribués à Moïse; mais il nous semble que l'idée s'y trouve assez clairement exprimée par le mot de souillure qui s'y rencontre à chaque instant.

Égyptiens , très-versés d'ailleurs clans l'étude de la médecine, cette notion première avait été universellement acceptée.

Toutefois, par un hasard singulier, le premier récit d'une épidémie se propageant par voie de contagion nous a été transmis, non par un médecin, mais par un historien ; et la peste d'Athènes est le premier exemple connu de ces affections formidables qui, venues du dehors, s'abattent soudainement sur une population tout entière, et frappent mortellement, dans un court espace de temps, d'innombrables victimes.

Dans la marche de cette épidémie, la première dont l'histoire ait conservé le souvenir, nous retrouvons les principaux caractères qui, à diverses époques, se sont rencontrés dans d'autres affections de la même nature.

L'encombrement, la misère et la faim s'y montrent au nombre des causes prédisposantes qui, en tout temps, ont favorisé le développement de ces fléaux redoutables ; mais les deux caractères vraiment essentiels, ceux qui impriment aux yeux du médecin un cachet vraiment spécial à ce genre de maladie, nous les retrouvons tous deux dans la peste d'Athènes; ce sont :

1° La locahsation de l'épidémie, pendant un certain espace de temps, dans un foyer circonscrit ;

2° L'arrivée d'un germe morbifique venant du dehors.

Ce serait en Egypte (ou en Ethiopie), d'après Thucydide, que le mal aurait débuté : il aurait gagné de

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proche en proche la Perse, l'xVsie Mineure et les iles de TArchipel ; et c'est au Pirée que les premiers cas de cette maladie auraient éclaté parmi les habitants d'Athènes, preuve évidente que la voie des communications maritimes, seule praticable dans une ville assiégée par terre, avait servi de porte d'entrée à l'épidémie.

C'est dans des conditions analogues que les affections pestilentielles qui ont si souvent décimé les populations au moyen âge, paraissent s'être développées chez nous. On attribue aux incursions des Sarrazins en Europe l'apparition de la variole, maladie entièrement inconnue des anciens ; et si l'incertitude de l'histoire à cette époque laisse subsister quelques doutes à cet égard, il est indubitable que les Européens ont introduit cette maladie en Amérique et en Océanie, où, comme on le sait, elle a exercé, dans les premiers temps, d'épouvantables ravages.

Aussi, pendant tout le moyen âge, l'idée de la contagion a régné sans partage, et dès que les progrès de la civilisation et l'organisation plus réguhère des sociétés - modernes ont permis de mettre en pratique les données de la théorie, on s'est efforcé de circonscrire les épidémies et d'en arrêter la marche envahissante, par une surveillance rigoureuse et des mesures sanitaires plus ou moins adaptées à leur but.

Mais, depuis la fm du siècle dernier, des idées tout opposées se sont fait jour; et l'on a vu des observateurs du plus grand mérite s'élever d'une manière générale contre la doctrine de la contagion et les conséquences pratiques que l'on prétendait en tirer.

La suppression des quarantaines, l'abolition de toutes les entraves qui peuvent gêner le commerce, et la

libre circulaLioii des voyageurs et des marchandises : tels sont les résultats les plus immédiats de cette opinion nouvelle. On comprend dès lors la faveur dont elle a naturellement joui chez les peuples mercantiles; et l'on n'a guère été surpris, dans la conférence sanitaire de Gonstantinople, de voir le représentant de l'Angleterre s'élever au nom de l'humanité contre des mesures destinées à restreindre la liberté des échanges et gêner les transactions commerciales.

Aujourd'hui les idées anciennes semblent avoir regagné le terrain qu'elles avaient perdu, et l'on s'accorde généralement à penser que des germes d'infection apportés du dehors, ou ensevelis dans le sol, sont l'origine et la cause première de ces grandes épidémies qui, malgré certaines irrégularités plus apparentes que réelles, obéissent évidemment à des lois spéciales dans leur marche et leur développement.

Il est d'ailleurs évident que c'est exclusivement sur quelques points limités que porte le débat. Jamais, en effet, on n a songé à nier le caractère éminemment contagieux de la variole et de certaines autres maladies qui peuvent régner épidémiquement ; mais le problème, malgré ces restrictions, n'en subsiste pas moins dans toute son intégrité : car c'est précisément à l'égard des seules affections qui puissent aujourd'hui donner lieu à des mesures sanitaires que la controverse est encore pendante.

La peste, la iicxre jaune, le clioléra, tels sont les ennemis contre lesquels nous sommes appelés à nous défendre; et toute la ({uestion, si nous l'envisageons au point de vue de l'hygiène internationale, se réduit rà savoir si, pour ces trois maladies, il faut admettre ou

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repousser le principe de la contagion. Ce n'est point là, d'ailleurs, une de ces discussions purement scientifiques qui passionnent si vivement les esprits les plus élevés, mais qui ne sauraient donner lieu, pour le moment, à une conclusion pratique. Il est évident, au contraire, que la solution affirmative ou négative du problème doit paralyser tous nos efforts, ou leur imprimer une direction nettement déterminée; car, si l'origine des épidémies se rattache à des causes cosmiques, telluriques ou individuelles, sur lesquelles nous ne pouvons nous flatter d'exercer aucune influence , il faut nous résigner à les subir, et les supporter avec autant de patience que les neiges de l'hiver et les sécheresses de l'été.

Un exemple récent nous permettra de mieux expliquer notre pensée : la peste bovine s'est déclarée presque en même temps, il y a quelques années, en France et en Angleterre; les vétérinaires français, convaincus du caractère contagieux de cette épidémie et armés par la, loi d'une autorité suffisante, ont pris immédiatement les mesures les plus rigoureuses pour couper le mal dans sa racine; il a suffi d'abattre une centaine de tètes de bétail pour mettre un terme aux progrès de l'épidémie.

En Angleterre, il n'en a pas été ainsi ; et l'anarchie des opinions ainsi que l'insuffisance de la législation ayant laissé les choses suivre leur cours naturel, il en est résulté une mortalité colossale, qu'on évalue à plus de 300,000 tètes pour toute l'étendue du Royaume- Uni.

Il est donc de la plus haute importance d'avoir sur cette question des opinions bien arrêtées; et nous

croyons pouvoir le dire, les progrès de la science contemporaine paraissent devoir aujourd'hui dissiper toute incertitude à cet égard.

Une observation rigoureuse, appliquée aux faits individuels, a démontré que, plus d'une fois, l'arrivée d'un seul malade dans une localité jusqu'alors épargnée a suffi pour y développer le fléau; dans d'autres cas, il a été possible de s'assurer que la contamination des eaux ou du sol a suffi pour infecter certains quartiers d'une ville à l'exclusion des autres. Enfin, l'étude attentive de la marche des principales épidémies contemporaines a permis de constater qu'elles suivent un itinéraire presque aussi régulier que celui des voyageurs dont le déplacement sert à les transmettre.

Des expériences pratiquées sur les animaux ont enfin démontré que l'inoculation des produits morbides avait pour effet de déterminer un empoisonnement, dont les principaux symptômes étaient en rapport avec les phénomènes les plus caractéristiques de la maladie primitive.

Ainsi, les données de l'observation clinique, de l'hygiène internationale et de l'expérimentation directe se trouvent entièrement d'accord avec les enseignements de la médecine traditionnelle.

Il nous est donc permis de croire que, sur ce point comme sur tant d'autres, nos prédécesseurs avaient sainement jugé les choses, malgré toute l'imperfection de leurs moyens d'étude.

Ajoutons enfin que la tendance générale du mouvement scientifique moderne vient apporter à ces vieilles idées une jeunesse toute nouvelle. Les recherches si remarquables de M. Pasteur sur le panspermisme et

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Fintervention de ferments animés clans tous les phénomènes de la putréfaction ; les expériences si curieuses de Recklinghausen qui démontrent la possibilité de conserver presque indéfiniment des substances éminemment altérables (le sang, par exemple,) grâce à quelques précautions élémentaires destinées à prévenir la pénétration des germes venus de l'extérieur; eniln, les découvertes vraiment capitales de M. Davaine relativement à l'origine du sang- de rate et des autres maladies charbonneuses : voilà des arguments imprévus s'il en fut jamais, et qui donnent à l'idée de la contagion une force inattendue.

Aussi voit-on se dessiner une tendance à faire rentrer, dans le cadre des " affections infectieuses et contagieuses, beaucoup de maladies, qui, jusqu'à présent semblaient y rester complètement étrangères.

Il nous suffira de citer l'infection purulente, qui se rattacherait, au dire de plusieurs micrographes des plus éminents, à la présence de certains microphytes dans les tissus.

Il ne nous appartient pas, évidemment, de résoudre des questions aussi controversées; tout au plus nous permettrons-nous d'y faire allusion, pour caractériser la direction du mouvement ([ui semble entraîner aujourd'hui les esprits même les i)lus sévères.

D'ailleurs la discussion si intéressante qui se déroule en ce moment devant l'Académie de médecine de Paris n'est-elle pas aussi l'un des indices les plus significatifs de nos préoccupations contemporaines? Et les faits vraiment extraordinaires qu'elle a mis en lumière ne sont-ils pas de nature à nous inspirer de sérieuses re-

HYGIÈNE IiNTERNATIOiNALE

flexions, quelle que soit d'ailleurs la manière de les interpréter ?

Ce livre est conçu tout entier dans les idées que nous venons d'indiquer^ ou, pour mieux dire, si ces idées n'existaient pas, il n'aurait aucune raison d'être. Le lecteur peut, dès cà présent, se rendre compte du plan de l'ouvrage et de l'esprit qui a présidé à sa rédaction.

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