HISTOIRE DES ÉPIDÉMIES DR FIÈVRE JAUNE
crite par les docteurs Gomel et Palloni. L'histoire en a été tracée clans un rapport à l'Institut par Hallé (1).
En 1821, la fièvre jaune sévit à Barcelone ; à la même époque elle fat importée à Marseille par le navire Nicolino, capitaine Mold, navire qui, arrivant d'un lieu où régnait la fièvre jaune, avait éprouvé des accidents pendant la traversée. Il est admis dans le port de Pomègues, portsalubre par excellence, parfaitement isolé dans l'île de ce nom, et qui contenait déjà 40 navires. On ouvre les écoutilles le 8 septembre, et le 11, c'està-dire trois jours après, ont lieu les premiers accidents. Parmi ces navires qui tous, comme on en a fait la remarque expresse, étaient sous le vent, il y eut 27 malades et 7 décès. Les navires étaient en quarantaine et, par conséquent, sans communication entre eux. L'un d'eux, le ponton de Lampraje, était tout à fait à Técart et à une assez grande distance. Toutes les précautions possibles furent prises pour éviter la transmission de l'homme ; à l'homme aussi l'épidémie resta locale.
L'épidémie de Barcelone qui éclata cette même année, fat la plus meurtrière de toutes celles qui ont régné en Europe. La Havane en fut encore le point de départ, mais cette fois plus de 20 navires entrèrent à la fois dans le port de Barcelone. Le Taille-pierre et le brick le Grand-Turc doivent être surtout considérés comme les principaux agents d'importation. Le Grand-Turc avait 61 jours de traversée; \r Nuestra senora dol Carmen 73 jours, et, sur six hommes d'équipage, avait eu trois malades dont un mort ; puis les bricks la Joséphine, le Saint-Joseph , la Conception , comptent des malades à bord et en occasionnent autour
(1) Journal de médecine, t. XXIII, p. 3.
d'eux. Tout ce qui approche ces navires, tout ce qui a des rapports avec eux est atteint^ et Ton voit la maladie née de la sorte s'étendre de proche en proche. L'anniversaire de la publication de la constitution espagnole était célébré à ce moment : ce fut la cause de réjouissances. Les quais, l'esplanade suffisaient à peine pour contenir la population qui se porta bientôt sur les vaisseaux. Il y eut un encombrement énorme et une cause puissante de renforcement et de dissémination de la maladie. Le gouvernement français envoya à Barcelone Bally, François et Pariset.
En 1823, eut lieu au Passage, petit port espagnol situé à sept lieues de Bayonne, une autre épidémie de fièvre jaune, dont la relation nous a été donnée par Bally. C'est encore une importation par un navire sucrier venu de la Havane. Il avait fait quarantaine à la Gorogne, mais n'avait pas été désinfecté ; les écoutilles n'avaient même pas été ouvertes. Le navire est déchargé dans le port même, puis on y met les ouvriers. Les accidents apparaissent, et bientôt se déclare une épidémie qui enlève en quelques semaines plus de quarante personnes sur une population agglomérée de 800 habitants, et elle s'étend bientôt à plusieurs localités environnantes (1).
Je n'insisterai pas sur l'épidémie de Gibraltar, que les travaux de Louis et de Trousseau ont assez fait connaître, et j'arrive à quelques épidémies qui ont affligé le Portugal, et dont une relation très-intéressante a été donnée en 1857 (2).
(1) Rapport l'ail, au conseil supérieur de santé sur la fièvre jaune qui a régné au port du Passage, en 1823, par Victor Bally; Paris, 1824.
(2) Piupport officiel fait à S. M. le roi de Portugal par le conseil
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La plus meurtrière de ces épidémies est celle qui se montra à Lisbonne, en 1857. La cause de cette épidémie la rend surtout intéressante à étudier. Elle paraît résulter en effet d'une transmission par des hardes. Nous la suivrons plus tard dans ses détails, lorsque nous aurons à nous occuper de ce mode de transmission.
Parmi les différentes relations d'épidémie, l'observation de l'épidémie de Saint-Nazaire, en 1861, est pour nous l'enseignement le plus complet au point de vue de l'importation, de l'extension et de l'indication des mesures sanitaires. Cette épidémie a été si parfaitement suivie et étudiée, tous ses détails si nettement circonstanciés par Métier, que l'on peut presque, à l'aide de son travail, constituer l'histoire sanitaire de la fièvre jaune. Aussi la retrouverons-nous à chaque instant dans le cours de cette étude.
Une nouvelle importation de fièvre jaune, qui a eu lieu dans une des Canaries, à Sainte-Croix-de-Ténériffe, conduit aux mêmes conclusions que l'épidémie de Saint-Nazaire (1). L'île entière était indemne de toute épidémie, dit Fernando del Busto, lorsqu'à la fm du mois de septembre 1862 la frégate Nivaria, chargée de sucre, eau-de-vie et autres produits venant des Antilles, et soumise à huit jours de quarantaine au port de Vigo, comme n'ayant pas patente nette, aborda dans le port deSanta-Cruz, où elle fut admise en libre pratique. Son chargement fut débarqué et l'équipage descendit à terre . Dès le lendemain, des matelots furent atteints dans
extraordinaire de santé du royaume, spécialement constitué à cet effet par décret du 29 septembre 1857.
(1) Ciglo medico, no 465, p. 766.
l'auberge de Perros, et successivement le mal s'étendit à toute la ville.
Enfin, en 1870, la fièvre jaune éclate à Barcelone, où elle n'avait pas reparu depuis la terrible épidémie de 1821 (1). Elle se propagea sur tout le littoral depuis cette ville jusqu'à Alicante et fut importée aux îles Baléares. Gomme à Saint-Nazaire, c'est un navire infecté venant de la Havane qui transmet la fièvre jaune d'abord aux hommes employés au déchargement. La maladie se propage dans le faubourg habité par ces hommes et s'étend au centre de la ville, dans les quartiers populeux et pauvres. L'épidémie incertaine, comme toujours à son début, pendant le mois d'aoïit, subit un accroissement rapide dès les premiers jours de septembre : le 30 elle atteint son maximum, puis elle décline et cesse complètement à l'apparition des premiers froids. L'influence saisonnière exercée sur la marche de l'épidémie de Barcelone en 1870, comme en 1821; est pour nous un enseignement précieux; elle montre une fois de plus que pour le littoral européen les provenances des pays à fièvre jaune sont particulièrement dangereuses pendant les trois mois d'été.
On voit que tous ces faits se confirment réciproquement. On assignait autrefois à la fièvre jaune, comme latitude maxima, le 43' degré de latitude Nord, c'està-dire une latitude correspondant à l'Espagne et à l'Italie. Or, Saint-Nazaire est à 47 degrés passés ; enfin, la maladie a été importée jusqu'à Brest (2), qui
(1) Rai)purt au comilé d'liyij,iciie, par M. Fauvel, inspecteur général sur la relation de M. Duboul, gérant du consulat de France à Barcelone (Communication orale).
(2) Rapport sur des cas de fièvre jaune importés à Brest [Bulletin do l'Académie) (Beau). — Paris, 1857, t. XXII, p. 889.