DURÉE DE L'INCUBATION DE L/V FIÈVRE JAUNE
Toutefois, le fait du cinquième malade d'Indret donne une incubation dépassant un peu le septième jour. Quelques faits exceptionnels semblent aussi affirmer une durée plus longue. Aussi^ l'opinion de Mélier, qui considérait comme rare une incubation dépassant quatre jours, a-t-elle été attaquée à la tribune académique. Sans nier d'une façon absolue que le poison de la fièvre jaune ne fût un poison à effet rapide, M. Jules Guérin a attribué à l'incubation une durée beaucoup plus longue que celle qui lui est généralement accordée, basant cette opinion sur une statistique dont les éléments sont discutables. Il a prétendu, par exemple, que les individus qui ont été malades de la fièvre jaune sur VAnne-Marie même, pendant le voyage, en avaient contracté le germe à la Havane, et il est arrivé ainsi à une incubation de 17, de 18, de 20, de 24 jours, pour ces malades. Je ne puis entrer davantage dans cette discussion, et je crois que la durée de 2 à 6 jours doit être acceptée comme représentant la vérité pour la généralité des faits. Voici quelques cas en faveur de cette opinion :
1^ Fait dePomègues, Marseille, 1821 :
Les écoutilles du navire infecté sont ouvertes le 8 septembre; les accidents se déclarent le 11, incubation de 2 jours.
2° Fait de Mazet, Barcelone :
Arrivée de la commission dont Mazet faisait partie, le 9 octobre. Mazet voit les malades le 11 ; il est pris le 12, c'est-à-dire le troisième jour si l'on date de l'arrivée, le lendemain si l'on date de la visite des malades.
3° La Havane, épidémie de 1886, vue et décrite par Maher : Arrivée de la frégate FZ/erm J73ie, exempte
de toute maladie le 3 août. La maladie s'y montre le 7 ; quatre jours d'incubation.
Il est une remarque qui nous semble devoir être déduite de ces observations, c'est que la durée de l'incubation doit être d'autant moins considérable qu'il s'agit d'une épidémie plus redoutable. Il est évident qu'en prenant la comparaison de germes dont nous nous sommes servi si souvent, plus l'épidémie sera intense, plus les germes seront nombreux ; plus les conditions du milieu seront favorables, température élevée, etc., plus le nouveau-venu non acclimaté sera atteint facilement et moins longue sera la durée de l'incubation.
Quoi qu'il en soit, la limite de 2 à 6 jours est celle qui est le plus probable ; c'était l'opinion de Bally, celle de Maher , celle de Métier et celle de Dellery, auteur d'un livre sur la fièvre jaune publié à la Nouvelle-Orléans (1).
Ce résultat s'accorde également avec les approximations données par Dutrouleau qui, tout en acceptant la donnée générale, cite cependant quelques exceptions.
En résumé nous conclurons que la limite que nous avons fixée (2 à 6 jours) doit déterminer dans nos ports la durée des mesures quarantenaires.
(1) Dellery. Fu-vrc jauno, cpidémio de 1859.